06.06.2005
L'Europe ou la corde ?
Trêves de plaisanteries cinq minutes, il existe egalement des sujets graves qui ont droit de cité sur ce blog. Et notamment l'Europe, thème qui a houleusement agité nos medias depuis des mois, et qui au lendemain d'un referendum baclé agite les medias des pays voisins avec la même intensité dramatique et les mêmes bétises réthoriques, dramatiques également. Etant actuellement à Londres, mais coupé d'une bonne partie des medias (pas de télé, pas de radio, et comme toute presse ecrite le journal gratuit distribué dans le metro), je n'ai qu'une vision partielle du débat en cours, mais il semble se restreindre à de bien tristes échanges : la majorité du Labour, pro-européenne, est malmenée par les déclarations péremptoires des Tories (conservateurs) qui interprètent le Non francais (et depuis, le Non néerlandais) comme un rejet de l'Europe et donc un constat d'échec pour tous les pouvoirs pro-européens. Une interprétation que l'on retrouvait au lendemain du referendum chez tout ce que l'Europe compte de populistes, à commencer par l'inénarrable Jorg Haider, fachodémago d'Autriche qui n'a rien à envier à notre Jean-Marie national, sinon quelques cheveux blancs supplémentaires.
L'idée que le résultat du referendum francais s'attire la sympathie de toute cette faune politicienne illustre la pire crainte que pouvaient avoir les votants du NON : l'interprétation du refus de cette constitution comme le refus de TOUTE constitution, soit l'expression manifeste et populaire d'un anti-européanisme primaire. On lit de-ci de-la que les français ont rejeté l'Europe technocratique, l'Europe qui s'élargit, l'Europe qui va trop loin, et qu'il faut revenir à des politiques nationalo-centrées, plus proches des préoccupations de cette France d'en bas que notre bien aimé ex-premier ministre avait eu la riche idée de conceptualiser. Et bien j'ai voté non, et je refuse, je réfute, je renie totalement cette analyse coincée qui sert la soupe à tous les frustrés minoritaires et les déçus majoritaires. Mon non ne ferme pas la porte à la Turquie (et je suis même terriblement attristé de voir que l'amour de l'etranger qui fleurissait en Europe s'arrête net dès lors que celui-ci se basane un peu), non je n'ai pas utilisé le referendum pour sanctionner Chirac et son charismatique poitevin de leur politique déplorable, non je n'estime pas que l'Europe empiète trop sur cette souveraineté nationale si chère à nos roquets d'extrême droite, avec ou sans particule, et NON je ne suis pas anti-européen ! Mon non exprimait un refus de la voie du libéralisme institutionnalisé, et plus globalement du fait de graver dans le marbre les aspects sociaux et économiques d'un espace que j'espère voir grandir d'une meilleure façon que son concurrent outre-atlantique, à la puissance enviable mais à la morale ô combien contestable. Un non qui n'a pas l'honneur d'être lu, pressés que sont les analystes de se replonger dans le bain de la politique politicienne française, dans les eaux familières du vote-sanction et du tirage de couverture a soi.
Et j'avoue qu'à l'heure du bilan, j'en veux à tout le monde. J'en veux aux partisans du NON qui dans leur immense majorité se servent du résultat pour avancer leurs pions sur l'échiquier national, occultant à loisir l'aspect européen du referendum pour n'en faire qu'un cri de colère des français contre leur gouvernement, récupération aussi malhonnête que scandaleuse d'une vague de mécontentement qui ne peut pas avoir QUE ces mauvaises raisons. J'en veux aux partisans du OUI, et notamment à cette gauche plurielle qui préfère se tirer dans les pattes au lieu de tirer un bilan cohérent et pertinent du vote. J'en veux enfin aux medias qui n'ont eu de cesse de relayer au cours de cette campagne les amalgames débiles, Turquie, privatisations, élite technocrate, pour faire le lit du non bête, du non malsain, du non mesquin et égoïste. J'en veux pour finir à tout ceux qui sous couvert de campagne européenne n'ont pensé qu'à se placer dans la perspective de 2007 plutot qu'à défendre des convictions quils n'ont peut-être même pas, confits qu'ils sont dans leurs ambitions franco-françaises de petits édiles cocardiers.
Oui, à l'heure du bilan politique de ce referendum, l'amertume ne peut que prédominer. La droite de Chirac se congratule, ahanant leurs sempiternels refrains demago-nationalistes. Le président en exercice se coupe un peu plus encore du pays qu'il représente en continuant à défendre le oui dans les autres pays, tout en nommant l'épouvantail Sarko pour le couvrir et s'assurer le soutien panurgique de sa majorité bêlante. Le PS s'auto-dissout en querelles intestines, martyrs et bourreaux se tirant la bourre pour qui pontifiera le plus. L'extrême gauche enfin, pavoise et s'approprie ce non si opaque, revendiquant une popularité et une divergence avec les socialistes qui lui serviront, comme en 2002, à ouvrir la porte du deuxième de la présidentielle au pitbull de Saint Maur, et la voie du triomphe au démago-communicant de Neuilly.
On peut positiver en se disant que si l'Europe est allée dans le mur, la France ne va pas tarder à la rejoindre.
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Commentaires
J'arrive après la guerre mais ça fait du bien de lire ça :) Et si les dirigeants du plat pays qui est le mien m'avaient accordé un droit de vote sur cette Constitution, je lui aurais dit non également!
Ecrit par : drasche | 08.07.2005
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