25.06.2005

De la popularité du ventilateur

Histoire de changer, l'actualité politique française m'attriste, m'atterre, m'afflige, et tout ces verbes qui expriment le desarroi et l'abattement. Evidemment, je suis loin d'être le seul, et s'en plaindre revient globalement à enfoncer des portes ouvertes. Mais ce blog ne se veut pas qu'informatif, et a aussi vocation à me servir d'exutoire lorsque j'ai besoin de lâcher la pression.

La pression. Il lui plairait ce terme, à Nicolas. C'est positif la pression, ça fait avancer. La pression qu'on subit et dont on s'accomode. La pression qu'on met sur les adversaires pour les pousser à la faute. C'est une hydre tentaculaire la pression. Protéiforme. Elle peut être physique, rhétorique, intellectuelle. Mais dans le cas de Nicolas, la pression est médiatique. Il évolue parmi les journalistes comme un requin au milieu des poissons pilotes. Ils lui servent la soupe avec une bienveillance et une bonne volonté qui frisent l'obséquiosité. Nicolas a un avis sur tout et, ça tombe bien, on le lui demande. Et dès qu'on commence à l'oublier, il suffit de remettre un coup de manivelle dans le moulin à provoc' pour relancer la machine.

Et la machine a été merveilleusement bien relancée, cette semaine. Le meurtre d'un gamin dans la cité des 4000 à La Courneuve, dramatique héritier d'une balle pas forcément si perdue, a été l'occasion de voir resurgir sous les feux des projecteurs Super-Ministre de l'intérieur, déclarations percutantes et auto-satisfaction en bandoulière. Tout est bon pour entretenir son image d'homme efficace et determiné. Et tant pis si pour cela il faut patauger dans la démagogie la plus crasse, et emprunter à la peste brune une partie de son champ sémantique. Nicolas va passer un "coup de karcher" dans cette cité, la "nettoyer". Ne vous inquiétez pas messieurs-dames, la police est là pour chasser les trafiquants, les criminels. Quoi madame, quels prochains ? Caméraman, foutez la moi hors-champ, elle m'emmerde.

Nicolas sait trouver les mots pour que le français le comprenne. Il sait le rassurer, il sait dompter sa peur, sa colère, et s'en faire le héraut. Plus jamais ça, monsieur, plus jamais. L'état français va agir, enfin. Et de prôner la repression, la sanction. La punition. Notre Rambo de Neuilly le claironne, il veut "qu'on rétablisse l'ordre et ensuite seulement qu'on dialogue". Comment ne pas y souscrire, quand on a le nez dans son nombril suant la peur et la méfiance ? Comment se dire que la répression n'éradiquera jamais les racines que seules analyse et préventions peuvent arracher ? Comment déceler derrière le roi des médias l'homme qui parle fort parce qu'il n'a rien à dire ? Qui tape parce qu'il ne sait faire que ça ?

Difficile. D'autant plus que l'oiseau, dont on ne peut qu'admettre l'habilité, sait profiter du silence ou de l'indignement maladroit des autres pour faire le nid de sa propre importance. "Vous voyez, j'ai voulu qu'on agisse, le gouvernement décide d'agir alors les professionnels de la pensée unique, tous ceux qui parlent sans rien faire depuis longtemps, aujourd'hui doivent s'inquiéter parce qu'on a décidé d'agir", dit il. Comprenez "Moi je bosse pour vous, françaises, français, contrairement à ces bouffons qui se gavent de petits fours en parlant Europe et Développement Durable dans les salons aux dorures centenaires", "Moi je ne suis pas comme eux, je suis comme vous". On a du mal à concevoir q'une démagogie si ostentatoire, un populisme si flagrant, puisse passer comme une lettre à la poste. Mais c'est le cas. C'est triste.

C'est triste, mais ce n'est malheureusement qu'une facette de Nicolas. Il y en a une autre. Plus sournoise encore. Nicolas a trouvé son bouc-emissaire pour la mort du gamin : les juges. Ces sales juges qui se cachent derrière leur pouvoir pour en abuser, et qui se trompent impunément. Ces juges laxistes qui mènent la France à la catastrophe. Et quand on rappelle au ministre, numéro 3 de l'executif, que le principe de séparation des pouvoirs est constitutionnel en France, il répond "La loi, il faut la changer". Absolument Nicolas, bien vu. Le pouvoir judiciaire, finalement, on peut s'en passer, s'il ne punit pas autant qu'on le voudrait. Les principes républicains peuvent bien s'effacer, ya un gamin mort là quand même !

Nicolas a donc fait d'une pierre trois coups. S'affirmer plus que jamais comme LE battant, l'homme impliqué et responsable, loin de la chienlit politicienne qui l'entoure. Resensibiliser médias et électeurs sur le thème de la repression policière chère à son coeur, se gardant bien d'évoquer toute solution à long terme. Et enfin, élargir encore un peu plus son influence politique en mettant la pression, cette chère pression, sur les juges, qu'il ne peut pas contrôler. Joli bilan, Nico.

Afin de conclure cet article sur un ton un peu plus ludique, essayons d'imaginer le futur politique de la France, dans la droite (l'extrême droite ?) lignée des évènements de cette semaine.


11/2005 : Les grandes manifestations sociales mettent le gouvernement à genoux. De Villepin demissione. Chirac appelle un socialiste à Matignon pour une enième cohabitation.

05/2007 : Plombé par une gauche divisée, le candidat socialiste Bertrand Delanoë ne passe pas le premier tour de l'éléction présidentielle.

06/2007 : Nicolas Sarkozy triomphe au deuxième tour, et souligne "le désir des français d'une action efficace et immédiate"

01/2008 : Un fait divers atroce bouleverse l'opinion. Dix gamins ont été mutilés par un homme qui revendait leurs organes. Nicolas Sarkozy propose de rétablir la peine de mort pour les meurtres multiples sur mineurs. 75% des français trouvent cette décision courageuse.

03/2008 : La loi est adoptée par la majorité parlementaire, l'opposition n'osant aller à l'encontre des sondages.

09/2008 : Trop de criminels échappent à la peine de mort, finalement rétablie pour tous les homicides volontaires avec préméditation. Nicolas Sarkozy s'en prend aux juges, qu'il juge "trop éloignés de la réalité du terrain".

10/2008 : Les tribunaux sont rattachés aux préfectures de police. Les magistrats descendent dans la rue, mais les médias couvrent peu le mouvement. Le président parle de "feu de paille" au journal de TF1.

03/2009 : Les chiffres parlent d'eux même : la criminalité est en baisse de 15% dans les quartiers sensibles. Nicolas Sarkozy, qui jouit d'une côte de popularité de 80%, annonce que ministère de la justice et de l'intérieur vont être fondus en un seul super-ministère qui dépendra directement du président pour, dit-il, "moins de paperasse et plus d'efficacité au jour le jour et sur le terrain".

07/2009 : La police réprime dans le sang les manifestations visant à protester contre la privatisation de l'éducation nationale supérieure. Nicolas Sarkozy parle de "terrorisme corporatiste, qui confirme que l'éducation doit être laissé aux professionnels, pour que nos enfants ne soient pas endoctrinés". TF1 (rebaptisé France1), France2 et France3, rattachées depuis quelques semaines au ministère de l'interieur, parlent d'"incidents mineurs".

08/2009 : Les leaders de la manifestation sont condamnés à mort, pour "violence en société à des fins terroristes".

10/2009 : Le taux de scolarisation après 16ans tombe à 35%. Le chomage baisse. Nicolas Sarkozy exprime sa "satisfaction de voir la France s'engager sur le chemin du plein emploi".

02/2010 : Nicolas Sarkozy propose de relancer l'idée d'un septennat, afin "d'inscrire l'impulsion donnée par les français dans la durée". Le suffrage n'est plus universel. L'opposition crie au "suffrage censitaire" mais les médias préfèrent s'apesantir sur la capture d'Oussama Ben Laden par l'armée française, présente en Iran depuis le début de la troisième guerre du Golfe.

06/2011 : Un attentat dévaste un étage des 4 Temps à la Défense, faisant 400 morts et des milliers de blessés. Nicolas Sarkozy déclare l'état d'urgence pour mieux contrer la menace terroriste. L'assemblée nationale est dissoute et se constitue un "conseil républicain" nommé par le président. La peine de mort est rétablie pour tous délits la méritant.

07/2011 : Les manifestations anti-arabes se multiplient, l'opposition dénonce "le laisser-faire de la police". Nicolas Sarkozy annonce qu'une commission va être créée afin de mieux enqueter sur les ramifications terroristes en France. Les français sont encouragés à lui rapporter toute activité suspecte détectée dans leur entourage.

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Commentaires

« Si jamais un tueur à gage ou un déséquilibré passe sur ma fiche : flingue ce mec, tu seras riche, et le paradis te tendra les bras ! »

:D j'adore. (quand même, pour un gnou, t'es vachement flippant quand tu t'y mets)

Ecrit par : JuNkô Poubelle | 28.06.2005

Je t'aime ^^

Ecrit par : Morel | 06.07.2005

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