11.07.2005

Le jour d'après (pour faire original)

Les événements d’hier sont encore à la une des journaux, à la bouche des journalistes et des politiciens, peut-être même dans les yeux de mon voisin d’en face dans le métro. Un métro qui a recommencé à fonctionner normalement, ou presque, moins de 24h après le drame qui a coûté la vie à 50 personnes et en blessant 700, dernier bilan officiel. Un métro plutôt vide, vue l’heure, mais pas désert, comme si les londoniens voulaient dire aux terroristes, à l’instar de leur premier ministre, « vous avez peut-être le monopole de la terreur, mais ça ne suffira pas, la vie continue malgré vous». Tout le monde se plonge dans l’édition spéciale de Métro, 30 pages de chiffres, de photos, pour dire et rationaliser l’horreur. Les visages sont graves, les regards moins ternes que d’habitude, mais les indices de l’attentat sont rares. La rame file, comme si rien ne s’était passé. La voie synthétique égrène les noms des stations, jusqu'à Bank. La Circle line (touchée par l’explosion d’une rame à Aldgate) est coupée, je parcours donc le kilomètre qui me sépare du bureau à pied. Les gens marchent d’un bon pas vers le cœur de la City, un peu moins nombreux que d’habitude, mais il est tôt, à peine 8h. Un cordon de sécurité interdit le passage plus loin dans la rue. Après consultation de l’agent de police en présence, les environs de la station Aldgate sont condamnés. J’appelle un collègue, « pas la peine de venir, l’accès au bâtiment est interdit. Oui, toute la journée. De rien, bon week-end ». Je repars dans l’autre sens, croisant ces fourmis en costume qui n’auront peut-être pas ma chance, et qui iront travailler à deux pas, la tête probablement pleine de ces cris, de cette fumée, de ce sang, qu’ils ont évité de justesse hier. Je rentre chez moi. Le soleil brille, comme il brillait hier, quand je parcourais les 8 kms qui séparent Aldgate de Clapham, home. Un soleil vif, après la pluie du matin, comme si après avoir pleuré les morts, le ciel passait au autre chose, incitant la multitude fuyant la City à faire de même. Un flot ininterrompu traverse le London Bridge, quelques heures à peine après les explosions. Les bus fonctionnent peu, ou pas. Les voitures de police filent dans le sens inverse, toutes sirènes dehors. Et déjà, on a l’impression que ces évènements sont loin. Je croise des gens qui font leur jogging. D’autres leurs courses. Certains rigolent à l’arret de bus. Bordel, il y a 5h cette ville a été frappée par un attentat meurtrier, et dont la valeur symbolique est inestimable, et ces gens rient. Mais que faire d’autres ? Les gens vivent, oui, les gens continuent à vivre, comme si de rien n’était. Ou plutôt comme si ça ne changeait rien. Et ils ont raison. Le deuil, l’émotion, c’est quelque chose qu’on vit intimement, qui ne doit pas impacter nos vies sociales. Les pleurnicheries politiciennes, les « nous sommes tous londoniens », les minute de silence, ce sont des passages obligés, parce qu’il faut faire comme d’habitude. Mais hors caméra, on continue à faire ce que l’on a à faire. Et qu’est ce que j’ai fait moi, en rentrant ? Rassurer quelques proches inquiets, suivre les derniers bilans, les dernières déclarations. Et puis j’ai pris un bain. Comme d’habitude. J’aimerais dire qu’il avait valeur exceptionnelle, baptême ou purge, mais non. C’était pour me laver. Et c’est peut-être plus beau que la compassion photogénique.

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