19.07.2005

La vie de bureau

Travailler, ce n'est pas seulement s'asseoir devant son ordinateur tous les jours ouvres pour lire ses mails en attendant que son café refroidisse. Non, c'est aussi partager son espace vital avec des gens. Pire, avec des gens que l'on ne choisit pas. Et comme tout être humain est par essence xénophobe et vil, la reaction première que déclenche cette situation, c'est la médisance. Donc je vais médire. Et pour cela lister les différents types d'individus qui composent ce charmant sixième étage du 1, Aldgate.

Les ricaneuses.

Tout open-space ne peut décemment se passer d'une ou deux boites à rire sur pattes, qui meublent avec élégance et discretion l'espace sonore de tout un chacun. Ainsi, sont installées cote à cote deux charmantes dames, entre 30 et 40 ans, qui sont régulièrement prises d'une frénésie ricanante. Qu'entends-je par "frénésie ricanante" ? Eh bien il s'agit d'une phase où l'individu réagit au moindre stimuli verbal extérieur par un "ah ah ah" ou "hi hi hi". Il est important de noter que la réaction doit être systématiquement sur le MEME ton, pour exercer tout son potentiel néfaste sur la concentration des collègues. Cela donne, dans les faits, un son "rire" identique toutes les, allez, deux minutes. Mais là où ces dames sont redoutables, c'est qu'elles sont légèrement décalées. Ainsi le résultat ressemble a "Ahahaha hihi", avec "Ahahah" le rire de l'une et "hihi" le rire de l'autre. Toutes les 5 minutes. Le MEME son. Pendant, genre, 3 heures. A se pendre. Je reflechis donc à une solution pour résoudre le problème. Parmi les choses envisagées, figurent l'ablation de la langue, l'ecoute forcée pendant 24h nonstop de l'intégrale de Patrick Bosso pour définitivement leur flinguer le sens de l'humour, ou le déménagement.

Le gras qui souffle.

Se moquer de son prochain, c'est mal. C'est pas moi qui le dit, c'est la morale, et elle saoule. Donc faisons fi de ce conseil, et abordons le deuxieme spécimen que l'on croise dans l'open space. On l'entend souvent arriver avant de le voir, tant il respire avec une force qui ferait palir un soufflet de forge. Humpfff...HUUUMPFFF...tandis qu'il s'avance de son pas lourd, la lippe pendante et l'oeil éteint. Chaque foulée semble lui coûter un effort démesuré, quantifié par un volume d'air expulsé équivalent à celui d'une soufflerie expérimentale. Bref, il est bruyant, et le bruit est d'autant moins élégant qu'on croit qu'il va baver chaque fois qu'il ouvre la bouche. Cela suffirait à faire de lui une terreur, mais il est en plus affublé d'un défaut d'élocution manifeste, qui le rend incompréhensible du français que je suis mais aussi de TOUS les collègues qu'il peut croiser. L'observation de ses conversations est d'ailleurs édifiante, puisqu'elles sont un exemple fabuleux de dialogue de sourd. "Agneuniegnowibagnoher" "yeah, yeah, i agree". Le pauvre. Et en plus il est technicien informatique. Le pauvre. Y a des clichés qui ont la vie dure.

La harpie téléphonique.

On peut me croire, au vu des premiers paragraphes, asocial et désagréable envers les êtres humains qui partagent mon lieu de travail. C'est faux, je m'efforce d'être souriant et poli. Mais il y en a une avec qui, non, je ne peux pas. Cette dame a le bonheur d'occuper le bureau juste derrière mon dos (nous sommes donc dos à dos), et j'ai mis quelques jours avant de mettre un visage sur la voix que j'entendais. Une voix atroce. Imaginez un croisement entre un tuberculeux enroué et une gamine prépubère à un concert de Saez. Entre une routière testostéronée et un castrat. Sa voix monte dans les aigus rauques, et descend dans de ténébreux abysses dissonants. Mais une voix, c'est une voix, c'est pas sa faute, c'est celle à la cigarette. Le problème c'est qu'il y a le ton, aussi. Elle ne parle pas, elle aboie. Si elle pouvait déchirer le combine avec ses dents, nul doute qu'elle le ferait. J'ai longtemps cru que ce caractère de cochon se limitait à ses échanges téléphoniques (fréquents, et sonorement volumineux) mais non, elle est pareille avec les gens en vrai. Le regard noir, le sourire rare ou froid, la moue hautaine et condescendante. Tenez lui la porte, elle ne vous regardera même pas. L'ascenseur se referme sur une pauvre dame encombrée de papiers, elle attendra, stoïque, que les portes se ferment sans esquisser un geste vers le bouton d'ouverture. C'est un glaçon, un bloc de misanthropie mobile. Je la pousserais bien dans l'escalier. Mais elle prend l'ascenseur.

D'autres specimens mériteraient d'etre décrits, tel le "sympa qui bouffe tout le temps", le "timide qui se marie et que les autres saoulent de questions", ou la "jolie qui le sait et qui se la pète". Mais ceux la manquent de profondeur, et puis faut arreter de se moquer des fois, apres on va en Enfer.

Commentaires

Encore !

Ecrit par : Aude | 19.07.2005

Moi j'aimerais que tu nous en dises plus sur la jolie qui se la pète :D

Ecrit par : corso | 22.07.2005

ça sent le vécu ... et je dois avouer que quand je regarde autour de moi, au bureau, je retrouve les mêmes personnages.

À quand un article sur celui qui est assis dans un coin et dont la spécialité est d'envoyer des vidéos bien cochonnes?

Ecrit par : webby | 22.07.2005

Je me disais bien qu'il manquait quelqu'un de capital à cette diatribe.
L'obsédé de service!! Enfin voyons, tout de même ! Il est là dans toutes les sitcoms americaines à tendance bureautique, nous aurait-on menti ?

Puis sinon, Gnou, tu décris bien la vie de bureau. Je n'y connais strictement rien mais n'empêche, ça ressemble über à l'idée que je m'en fais.
À savoir que la vie de bureau, elle est chiante ^^
Nonobstant : vas-y, continue tes moqueries, elles font du bien à tout le monde de toute façon :D ON adore les clichés vivants et ON en veut encore.

Ecrit par : junko | 22.07.2005

Une espèce intéressante pour ton bestiaire : le lèche-cul glandeur.

Le lèche-cul glandeur arrive tous les matins 2 min après tout le monde afin de pouvoir faire le tour de l'open-space et serrer toutes les mains. Ensuite il glande tout en maîtrisant le alt+tab pour faire semblant de bosser. Car avant d'être glandeur le lèche-cul glandeur est lèche-cul.

C'est une espèce particulièrement habile qui obéit à des règles simples :

- si un problème est facilement solvable, il doit paraître très important et impossible à résoudre. Cela permet au lèche-cul glandeur d'envoyer un mail du style : "C'était moins une, il fallait vraiment être très doué pour réussir. Je l'ai fait".

- si un problème est impossible à résoudre, il faut le déléguer et envoyer un mail qui ressemble plus à celui-ci "Mon travail a été très fortement perturbé par l'événement X dont la résolution a été confié à Y."

Le lèche-cul glandeur passe 40% de son temps à glander, 20% de son temps à travailler et 40% de son temps à montrer le travail qu'il a fait : présentations, mails, reporting, intervention à des réunions, etc.

Le lèche-cul glandeur doit toujours avoir l'air débordé, il prend des pauses café d'une demie-heure mais après les autres parce que "lui il a du boulot" quand on vient le chercher.

Le lèche-cul glandeur n'hésite pas à aller voir ses collègues pour leurs répéter les ordres du chef.

Ecrit par : Monsieur T. | 26.07.2005

excellent! :D

Ecrit par : drasche | 03.08.2005

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