02.08.2005

Plaidoyer pour un sorcier

Il a été dit énormément de choses sur la série des Harry Potter. Chef d'oeuvre de la littérature contemporaine pour les uns, symbole de la blockbusterisation du marché du livre pour les autres, l'hexalogie (pour l'instant) de J.K. Rowling fait en tout cas couler beaucoup d'encre, a commencer par le sien. 6 tomes, au nombre de pages croissant pour culminer aux alentours de 800 cette année, c'est de la lecture. Et pourtant si peu...

Il faut savoir que le fan moyen dévore un tome d’Harry Potter avec un enthousiasme proche de la frénésie. Et la langue anglaise n’est même plus un obstacle pour la majorité d’entre eux, la faute a un processus de traduction bien trop long qui prolonge insupportablement l’attente. Une attente qui croit inexorablement a chaque épisode : si la fin du premier tome laissait place a une curiosité amusée pour la suite, la fin du cinquième laisse le fan la bave aux lèvres, répétant comme un mantra « bordel, encore plus d’un an a attendre ». Et le sixième promet, si l’on en croit les quelques affamés qui l’ont déjà dévoré, une attente encore plus difficile. D’où vient un tel attachement, une telle dépendance a ce roman ? Difficile d’analyser les raisons de ce succès, la littérature n’est pas une science exacte. Néanmoins quelques éléments peuvent nous servir de pistes.

Premièrement, l’univers. La romancière anglaise a construit, au fur et a mesure des tomes, un monde mi-réel mi-fantaisiste, peuplés de personnages charismatiques, surfant a la fois sur une imagination débordante et sur les stéréotypes les plus courants du roman « enfantin » (un terme a prendre avec des pincettes tant la série s’éloigne, dans les derniers tomes, du ton « gentillet » des débuts) : les clichés de la vilaine famille adoptive, du géant amical, ou du méchant garçon rival ne viennent jamais plomber le récit. D’abord parce que l’aventure ne laisse pas le temps d’approfondir leur manque de relief initial. Mais surtout parce que chaque tome les rend plus complexes, plus fouillés. Ajoutez a cela un vocabulaire et des noms pittoresques, vous obtenez un background solide pour y inscrire une histoire, une vraie.

Le deuxième aspect séduisant des Harry Potter est assurément leur rythme : effréné. Les rebondissements sont légions, les pages se dévorent, et le style fluide et léger de Rowling accélère encore le processus. Son talent est d’ailleurs essentiellement fonde sur cette capacité a nous tenir en haleine, a vibrer avec son héros. L’identification quasi immédiate nous entraîne à sa suite de Privet Drive à Hogwarts, des terrains de Quiddich aux bois des Centaures. On enrage aux brimades qu’il subit, on désespère aux malheurs qui lui tombent dessus, et, corollaire évident, ses succès nous rendent euphoriques. On se surprend bien souvent avec un sourire terriblement niais collé au visage, ou a contrario une boule d’angoisse dans l’estomac. Pour une histoire légère et sans ambition, ça surprend.

Une histoire légère, en apparence. C’est la que repose l’aspect le plus riche de la série. Entamé comme un conte, le récit se densifie, s’intensifie, et se complexifie au fil des tomes. Le postulat de cette évolution : Harry grandit. Il a 10ans lorsque ses aventures débutent. A l’aube du 6eme tome, il en a bientôt 16. Période charnière que la fin de l’enfance, lorsque le héros découvre l’age adulte. Et comme un narrateur qui suivrait l’évolution de son personnage, l’écriture de la romancière suit le mouvement. La candeur des débuts se teinte d’ironie, les difficultés bénignes auxquelles fait face Harry deviennent sordides. Ainsi, un style qui aurait pu devenir lassant devient palpitant du fait de sa constante évolution, vers un ton plus adulte, plus sombre. Au point de se demander comment va finir ce cycle, dans le bonheur ou dans le sang.

Harry Potter est chez certains victime de son succès. L’excès de popularité lasse, et nombreux sont ceux qui ne s’y plongent pas par refus du conformisme. C’est une pose qui les prive d’une lecture prenante, plaisante, passionnante peut être, et c’est plutôt dommage. Enfin, si ça les sauve du Da Vinci Code, on ne peut pas les blâmer.

Commentaires

Hé mais si j'ai pas lu les premiers je vais rien comprendre au dernier ?

Ecrit par : Virginie | 03.08.2005

D'ou l'interet de commencer par les premiers avant de lire les derniers. D'autres questions de blonde ? :D

Ecrit par : Troll | 03.08.2005

moi je rajouterai la réutilisation efficace des ressorts classiques des contes (dit) pour enfants, avec notamment le principe de la "revanche" : le binoclard intelligent mais renfermé, objet de moqueries, avec personne pour l'encourage et qui parvient pourtant à l'aide de valeurs tès morales à sauver l'ensemble de ces même moqueurs. Un mélange de cosette, de vilain petit canard ou de petit poucet, recette universelle et assumée qui parle à tout le monde et qui aide à l'identification au héros.

Virginie : commencer par le 6e ? mais ce serait un sacrilège !!! (et à n'y rien comprendre effectivement :p)

Ecrit par : thom | 03.08.2005

Donc si j'ai bien compris, il faut commencer par le Da Vinci Code ?

Ecrit par : Thomas | 03.08.2005

Le Volume 6, c'est une tuerie... Je me suis forcée à faire des pauses à la fin des chapitres...

Ecrit par : Eglantine | 24.08.2005

"6 tomes, au nombre de pages croissant pour culminer aux alentours de 800 cette année, c'est de la lecture."

Faux !
Le 5e tome faisait près de 1000 pages ;)

J'avais envie de t'emmerder :p

Moi je n'ai qu'une chose à dire
j'ai pleuré a la fin du 6e
et j'avais jamais pleuré pour un livre
Spour dire

Ecrit par : Moon | 18.10.2005

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