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11.08.2005

Une vie pour un million

Londres, vendredi 18 août 2006. Hatem est en retard, pour changer. Si sa mère ne s’obstinait pas a lui dire qu’elle l’aime a chaque fois qu’il quitte la maison, il ne serait pas en train de dévaler quatre a quatre les marches de la station Clapham Common au risque de se rompre le cou. Quelle idée de partir si tard, n’aurait il pu préparer ses affaires hier soir ? Maintenant Laura et Andrew vont l’attendre, et se moquer gentiment de son incroyable propension à trouver des excuses. C’est pourtant vrai qu’il ne retrouvait plus son couteau suisse ! A l’heure qu’il est ils doivent déjà être en train de charger la voiture avec les bagages et les sacs de couchage pour ce week-end qu’ils attendent depuis des mois. Des mois que, chacun a leur tour, les circonstances les empêchent d’organiser ces trois jours dans la  vieille maison de campagne de la famille de Laura. La dernière fois c’est même lui qui a repousse la date a cause de son concours d’avocat. C’eut été bête de compromettre ses chances d’entrer à l’école de la magistrature de Londres. Mr Delawney, son professeur de droit lui a bien dit que c’était la dernière ligne droite, et que doue comme il était il touchait au but. Comme sa mère était fière quand il lui a annonce les résultats. Hatem Madhjali, fils d’immigres pakistanais, reçu a la prestigieuse London Academy avec la troisième place du concours en prime. Mais pour l’instant, le brillant futur avocat est en retard. Son gros sac de campeur cliquete de partout, pas étonnant vu le bordel, c’est ça de tout préparer a la dernière minute. Les couloirs du  metro défilent à toute vitesse tandis qu’il court vers le quai de la Northern Line. 19h a la sortie de la station Golders Green, lui a dit Andrew. Evidemment, il n’y sera pas, il était déjà 18h quand il est parti de chez lui et c’est presque à l’autre bout de la ligne. Il entend un metro arriver. Avec un peu de chance, s’il attrape celui la il limitera les dégâts. Il accélère encore, laissant derrière lui les dernières publicités pour les comédies musicales du West End, une petite vieille essoufflée, et un groupe de policiers qui surveille la station depuis les attentats du mois dernier. Il y en a d’ailleurs un autre sur le quai, là-bas. Le metro arrive dans un bruit d’enfer. Les policiers semblent s’agiter, et regardent dans sa direction. Lui crient-ils quelque chose ? Mais que fait celui de droite, il..c’est…
La balle l’a cueilli en plein front.
Andrew et Laura ont attendu en vain. Le lendemain, les journaux publiaient les excuses fatiguées du chef de Scotland Yard. « La protection des citoyens britanniques nécessite une vigilance de tous les instants. Une fois de plus nous répétons que ce genre d’incident peut se produire, mais qu’est ce qu’une vie en comparaison des millions que l’on préserve ? ».  La mère d’Hatem, elle, connaît la réponse.

Seminaire de rien

Axa, comme toute entreprise multinationale et tentaculaire, developpe en son sein une mentalite corporate. Ainsi, les organes de communication interne rivalisent de bonnes idees (une tour eiffel en carton, des briques anti-stress avec chacune un mot dessus et qui mises bout-a-bout forment une phrase du type "give confiance to the full to people for life, ou autre apologie vibrante des valeurs de l'entreprise...). J'apprecie tout particulierement la campagne "devenez un Axa hero", pour laquelle sont placardees sur chaque mur des affiches d'hommes serrant le poing ou de femmes marchant d'un bon pas un dossier sous le bras et l'air resolu de celles qui savent que rien n'importe plus que la vie en entreprise. Bref, les efforts consentis pour instaurer dans la boite une mentalite pro-active et impliquee sont nombreux.

Victime collaterale de la volonte de lobotomiser ses employes, j'ai recu hier un mail du boss de mon boss m'annoncant que j'etais cordialement invite a un seminaire dans un luxueux hotel du Derbyshire, au Nord de l'Angleterre. En soi, sortir de Londres deux jours n'est pas pour me deplaire, ma vision du pays etant pour l'instant plus que parcellaire. Mais laissez moi vous donner l'objectif de ces deux jours en compagnie d'autres employes d'AXA Insurance :

The purpose of the Conference is to provide an opportunity for 30 representatives from across Planning & Business Support to come together, meet and exchange ideas on our common vision of “Enabling The Business To Do Business”.

Je cache mal mon enthousiasme a l'idee, deux jours durant, de disserter sur les vertus du middle-management, de gloser sur les ambitions a long terme d'AXA sur le marche des assurances, et a faire des pendus en vocabulaire d'entreprise (anglais, ahah) dans le but de mieux connaitre des gens plus vieux qui n'auront pas plus envie que moi d'etre la.

Il  ne reste plus qu'a esperer que la bouffe sera bonne...

 

08.08.2005

Cinq espèces qu’il faudrait rayer de la surface de la Terre.

1 : Le gamin de moins d’un an.

Il bave. Il ne va pas aux toilettes quand il a besoin de faire pipi ou caca, et il ne s’en excuse même pas. Il agite ses membres de manière désordonnée, comme un pantin grotesque manipulé par un marionnettiste bourré. Il a les yeux globuleux, et soit trop de cheveux soit pas assez. Sa conversation manque d’intérêt. Il pleure pour des conneries, comme par exemple quand il a faim.

2 : Le gamin de 5 ans.

Il parle fort pour montrer qu’il sait parler. Il court partout pour montrer qu’il sait marcher. Il vient vous parler même quand vous ne le connaissez pas, parce qu’il aime bien la couleur de votre pull. Il pose des questions  comme « Ca sert à quoi le parterre ? ». Il ne chante pas très bien, et des chansons idiotes. Il croit que le père Noël existe. On est obligé de les regarder d’un air attendri lorsqu’ils vous agrippent le sac à dos pour voir ce qu’il y a dedans. Il pleure pour des conneries, comme par exemple quand il se cogne le genou.

3 : Le gamin de 10 ans.

En famille, il est gluant de remarquable fierté bêcheuse, finissant un maximum de phrases par « hein pas vrai ? » pour chercher l’approbation d’une figure tutélaire omnisciente et le rassurer dans sa connaissance naissante du monde. « Hey, Papa, les tomates c’est pas des légumes c’est des fruits hein pas vrai ? »

En groupe, il vit les débuts du comportement grégaire : il parle fort, il fait le malin, il ricane, il prononce les gros mots avec maladresse, pas encore affranchi de la morale parentale. Il lui manque des dents, ou il a un appareil dentaire. Il pleure pour des conneries, par exemple quand son copain lui pique sa Game-Boy.

4 : Le gamin de 15 ans.

Il sait tout. Il est persuadé que vous n’y connaissez rien et qu’il souffre comme vous n’avez jamais souffert. Il bourgeonne à tout point de vue, et en est fier. Il se retranche dans des convictions opaques pour se démarquer de son entourage et s’en créer un nouveau. Il cherche à choquer et en cela il fait comme tout ceux de son âge. Il a un skyblog. Il fume, il se drogue, il érige le vice en style de vie. Ou en tout cas il le voudrait. Il pleure pour des conneries,  comme par exemple quand Vanessa Granger lui dit qu’il est trop moche pour sortir avec elle.

5 : L’adulte.

Il est mature. Il observe avec recul et distance ses congénères moins experimentés, et en parle parfois sur son blog. Il sait ce qu’il veut dans la vie, et comment l’obtenir. Il est posé, sarcastique et cultivé, mais le tait modestement. Il peste contre la société de consommation et le réchauffement global avant de prendre sa voiture pour aller au supermarché. Il se dit que ses meilleures années sont derrière lui. Il ne pleure plus, il a passé l’age.

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