20.02.2007
De la masse assommante et assommée.
Hier, Ségolène Royal passait sur TF1 dans l'émission "J'ai une question à vous poser" dont le principe, réunissant une centaine d'ectoplasmes plus ou moins représentatifs des clichés sociaux en vigueur (la discrimination positive, vous savez) servent la so posent leurs questions à un candidat venu là pour les régaler de sa vision politique et de ses projets d'avenir.
Je n'ai pas vu cette émission, d'abord parce que j'avais mieux à faire (l), et ensuite parce que je ne me commets devant la télévision qu'en d'exceptionnelles circonstances, ou lors de la diffusion de matchs de football, je ne l'ai pas vue, donc, mais je vais la commenter, parce que d'une part tout le monde le fait, et d'autre part j'ai envie, et que c'est mon espace d'expression, et que si je commence à justifier chacune de mes interventions je vais finir par tomber dans la redondance.
Après les deux grands démocrates que sont Sarkozy et Lepen, Ségolène Royale s'est donc prétée au jeu du Bigdi de la citoyenneté télévisuelle, au sens où l'entend bien sûr TF1, à savoir des questions simples, mélodramatiques si possible, et suffisamment proches des gens pour leur titiller le nombril plutot que la conscience politique. De l'avis général, elle s'en est plutôt bien tirée (je me garderai de conclure, le fait de n'avoir pas regardé me dispense d'un avis sur le sujet), même si on lui reproche d'être restée délibérément floue sur certains aspects clés, notamment le financement de ses promesses. Pour ma part, je suis confus.
Je suis confus parce que, malgré mon aversion pour le système médiatique en général, et pour la télévision en particulier, je me fais comme les autres attraper par le bel appeau du show politique et de la frénésie qui l'entoure : je suis plutôt content que la socialiste ne se soit pas fait allumer par le panel de cerveaux disponibles dont l'avait affublé TF1, et je réprime même un sourire satisfait quand je lis que sa prestation pourrait redonner un coup de fouet à sa campagne. Mais si j'ai tout les signes extérieurs du pigeon téléspectateur moyen, je n'en conçois pas moins quelques réticences à me fondre dans le troupeau bêlant du tout-médiatique.
Ainsi, je me désole qu'on s'abaisse à considérer une émission de télévision privée (ie dont l'objectif est de faire des thunes, donc de l'audience, pas de fabriquer du citoyen) comme un moteur de la campagne présidentielle. Pire, je m'insurge contre l'importance que prend ce média putassier à quelques semaines de la plus importante élection nationale de ce début de siècle. Et surtout, je suis profondément attristé par le cercle vicieux dans lequel on se retrouve : l'émission étant plus vendeuse qu'un meeting quel qu'il soit, les commentaires autour de phrases lapidaires et de déclarations chocs sont multiples, alors que les discours travaillés, creusés, et sensés, en un mot intelligents sont relegués au fin-fond des éditos.
On transforme lentement et sûrement la politique en commerce, les candidats en VRP, et les discours en produits d'appel. Les électeurs sont relegués au rang de consommateurs, on vote comme on fait ses courses, et on finit par voter pour celui qui se vend le mieux.
Alors Ségolène, ok, il t'est nécessaire de céder à la pression médiatique et de te fondre dans le moule imposé à tous, mais s'il te plait, en tant que femme de gauche, essaie d'élever un minimum le débat au dessus du porte-monnaie. Merci !
18:35 Publié dans Res publica | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : ségolène, TF1, royal, politique, 2007








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