21.02.2007
De l'assassinat par les chiffres
L'élection présidentielle approche, et les programmes des candidats se mettent progressivement en place. Les solutions, les promesses et tout le vocable de la sortie de crise (ou du Père Noël si l'on est cynique et sans nuance) peuplent les discours des présidentiables de gauche, de droite ou d'ailleurs. Mais si les projets se structurent et que les propositions se précisent, l'essentiel du champ médiatique est occupé par UNE polémique : combien ?
Combien pour Ségolène, combien pour Nicolas. 35 milliards, 50 milliards, la guerre des chiffres est en marche. On balance au chaland des sommes monstrueuses, démesurées, on lui explique que la politique c'est bien mais que ça reste du vent tant qu'on n'a pas mis un prix derrière chaque parole et une addition pour parapher les programmes. La république des idées devient la république des calculatrices, mais pour le bien de la démocratie. Chacun y va non pas de son avis, mais de son calcul. On ne juge pas, monsieur, on prône l'objectivité, nous, monsieur. Les chiffres sont parait-il les juges les plus impartiaux qui soient. C'est connu, on ne peut pas leur faire dire n'importe quoi, aux chiffres.Surtout aux gros. Ca parle à tout le monde, les dizaines de milliards d'euros, on voit bien qu'un programme à 35 est plus intéressant qu'un programme à 50, ma bonne dame, c'est du bon sens.
Triste scène politique et médiatique française, qu'on assassine doucement sans que personne ne s'en offense. Que la droite s'empare des chiffres, c'est finalement dans l'ordre des choses. Elle s'adresse au nombril de l'électeur, et dans le monde libéral qu'elle rêve, l'électeur est avant tout un compte bancaire. Elle parle pouvoir d'achat, économie, allègement des prélèvements, "travailler plus pour gagner plus", "les français en auront pour leur argent". Mais la gauche, bordel, la gauche. Si le chiffre est de droite, la gauche a mieux à faire que de s'y fourvoyer. On ne batît pas un projet de société avec des bouliers, et s'il est nécessaire de rester rationnel, un discours éléctoral doit s'adresser au citoyen qui vote, pas uniquement au consommateur qui paie. En cela, la riposte du PS et sa conférence de presse d'aujourd'hui témoigneront (ou non) de sa capacité à élever le débat au dessus de la bourse.
Cette tendance au chiffrage absurde est dans tous les cas une formidable machine à broyer le débat, à niveller par le bas les échanges démocratiques et citoyens. Cette campagne présidentielle est plus que jamais plongée dans la médiocrité, et j'attends avec une impatience qui confine au désespoir un sursaut d'intelligence de la part des candidats et des médias relayeurs. Ces médias qui annoncent aujourd'hui un sondage donnant Ségolène Royal devançant d'un point Nicolas Sarkozy au premier tour. Hier Sarko était devant de 4 points. Belle démonstration de la pertinence des chiffres.
12:05 Publié dans Ca m'énerve, Res publica | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : chiffres, sondages, programme, politique, 2007








Commentaires
Je pense que ces débats autour du chiffrage des programmes ont,au contaire, élevé le débat. Cela a permis de démontrer que celui de l'UMP était irréaliste. Ils ont donc réduit leur "ambition" en retirant certaines mesures. On ne peut pas tout démontrer par des chiffres mais ils peuvent aider à démontrer la démagogie la plus grossière. Ces débats autour du chiffrage n'ont duré qu'une grosse semaine et je n'ait pas eut l'impression qu'ils aient particulièrement occulté ceux autour des idées. Ils ont même lancer des débats sur l'utilité des baisses d'impôts, du bouclier fiscal... Voici un article intéressant sur l'importance de ces chiffrages:
http://www.lemonde.fr/web/article/0,1- href="mailto:0@2">0@2-3232,36-876724,0.html
Ecrit par : Harry Haller | 27.02.2007
Je pense que ces débats autour du chiffrage des programmes ont,au contaire, élevé le débat. Cela a permis de démontrer que celui de l'UMP était irréaliste. Ils ont donc réduit leur "ambition" en retirant certaines mesures. On ne peut pas tout démontrer par des chiffres mais ils peuvent aider à démontrer la démagogie la plus grossière. Ces débats autour du chiffrage n'ont duré qu'une grosse semaine et je n'ait pas eut l'impression qu'ils aient particulièrement occulté ceux autour des idées. Ils ont même lancer des débats sur l'utilité des baisses d'impôts, du bouclier fiscal... Voici un article intéressant sur l'importance de ces chiffrages:
http://www.lemonde.fr/web/article/0,1- href="mailto:0@2">0@2-3232,36-876724,0.html
Ecrit par : Harry Haller | 27.02.2007
Désolé, j'ai cru qu'il n'était pas passé. Voici le bon lien pour l'article:
http://www.lemonde.fr/web/article/0,1- href="mailto:0@2">0@2-3232,36-876724,0.html
Ecrit par : Harry Haller | 27.02.2007
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