27.02.2007
De l'ascension mécanique chez les mous
J'avoue concevoir une certaine perplexité vis à vis de mes réflexions matinales, bercées par le doux balottement du métro et la non moins douce promiscuité que m'offre mes concitoyens, éclairées des vieux néons sales et rythmées par les jolis raclements de gorge de mon voisin tuberculeux (quelle autre circonstance atténuante ?). Ainsi, je crois pouvoir revendiquer la paternité de la métaphore politique la plus inepte du siècle naissant. Je vous explique.
Il était 9h12, précises, et je me joignais dignement au flot mouvant des passagers du RER A terminus La Défense, flot essentiellement constitué de cadres en déguisement traditionnel grisâtre, de touristes (???) probablement égarés ou japonais (eux seuls semblent trouver un interet à l'étron de bronze érigé comme un doigt d'honneur au ciel qui décore la place Carpeaux), et d'étudiants aisés-mais-rebelles-avec-des-trous-à-leur-pantalon qui vont d'un pas nonchalant apprendre à enculer les masses à grands coups de marketing mix. Ce flot cosmopolite s'avançait vers les majestueux escalators qui mènent à la liberté lorsque survint à mon esprit encore engourdi une interrogation subite (j'aime bien les épithètes inutiles) : devais-je contourner le gros des troupes par la gauche, la droite, ou avancer calmement au centre ?
Là, je crois que vous me voyez venir, et vous avez tout à fait raison d'estimer que ce n'est plus les cheveux que je tire, mais les soies. Oui, ma conscience perpétuellement focalisée sur l'échéance présidentielle venait d'interpreter cette question à l'aune du choix politique à venir, et le parallèle s'imposait. Mais si, il s'impose, je vous jure.
Comment ne pas voir dans ce choix trivial une réplique simplificatrice de celui qui s'imposera aux Français dans quelques semaines ? Ne me trouvé-je pas exactement dans la position de l'électeur qui hésite entre l'engagement politique, de gauche ou de droite, et le compromis centriste ? Et qu'en déduire ?
Dans le cas de l'escalator, choisir un côté, c'est s'exposer au courroux de la masse, aux soupirs contrariés des centristes doublés, voire aux tentatives de coude des plus agressifs bestiaux (je ne parle pas d'expérience mais certains comportements observés s'en rapprochent, promis), pour avancer un peu plus vite. Rester au centre du troupeau, et piétiner derrière la grosse dame rougeaude, c'est le choix du confort. Pas celui de la lâcheté, n'allons pas jusque là, mais la manifestation d'une certaine indifférence vis à vis de la montée, d'un détachement certain quant à la suite des évènements. Un non-choix.
Dans le cadre politique, mon analyse est analogue. Choisir le compromis centriste, c'est tentant parce que c'est confortable et qu'on n'est sûr de ne pas s'exposer trop violemment. C'est pratique, comme un robot ménager qui défigure la cuisine mais qui coupe tellement bien les carottes. Le vote latéral (de préférence de gauche hein, déconnez pas), c'est prendre la responsabilité d'un choix tranché. Ca demande un peu d'engagement, un peu de réflexion, un peu de naïveté peut-être, mais c'est le prix pour ne pas piétiner dans le flot des indifférents.
Evidemment, les plus contrariants d'entre vous argueront que face à l'escalator demeure toujours le choix de prendre l'escalier, mais je prie les anarchistes et les relous de pérorer ailleurs que sur mon blog à moi.
12:05 Publié dans Res publica | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note








Commentaires
Bin oui je prends souvent l'escalier c'est le moyen le plus rapide pour arriver en haut et puis ça fait faire du sport.
Ecrit par : Tigermilk | 27.02.2007
"Choisir le compromis centriste, c'est tentant parce que c'est confortable et qu'on n'est sûr de ne pas s'exposer trop violemment."
"Le vote latéral (de préférence de gauche hein, déconnez pas), c'est prendre la responsabilité d'un choix tranché. Ca demande un peu d'engagement, un peu de réflexion, un peu de naïveté peut-être, mais c'est le prix pour ne pas piétiner dans le flot des indifférents."
Tout dépend de quel point de vue on se place car cela peut s'inverser très facilement ;-)
Bon et sinon, tu réponds plus aux sms / mails ?!
Ecrit par : Kiser | 27.02.2007
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