09.03.2007

Pauvres, est-ce que vos cercles s'élargissent ?

Une news Yahoo People (oui, j'ai des sources respectables) titre aujourd'hui : "Le cercle des milliardaires s'élargit encore". Reprenant un article du magazine américain Forbes, haut-lieu de la juste économie et de l'égalité financière (voire de la légalité financière, mais ne polémiquons pas en vain), la news annonce avec enthousiasme que le monde recense désormais 946 milliardaires, un record absolu. En soi cette annonce ne me fait ni chaud ni froid, d'abord parce que je ne connais aucun milliardaire - ou alors il le cache bien -, et surtout parce que ces fortunes démesurées ne représentent rien de tangible dans mon petit référentiel de salarié, qui hésite plusieurs mois avant d'investir dans une Xbox360 (je vous ai pas dit ? J'ai une Xbox 360 !). Non, si je prends la peine de retranscrire cette joyeuse nouvelle, c'est parce que la rédactrice de Forbes que l'article paraphrase nous annonce, je cite avec des guillemets stérilisés pour ne pas choper une saloperie capitaliste, que "de part et autre du globe, cette croissance est le simple reflet d'une économie mondiale dynamique". Joli, non ?

Parce que, comme beaucoup de par le monde, je suis assez peu réceptif au concept de "dynamisme économique" seriné par quelques médias de masse et quelques politiciens, de masse également. N'ayant pas bénéficié (ou subi) d'études économiques, et mon autodidactisme se limitant à la lecture d'un hors-série du Point (SATAN !), tous les pourcentages avec un "+" devant ne me sont jamais apparus comme de réjouissantes nouvelles annonçant des lendemains qui chantent. C'est con, quand on sait que l'augmentation du CAC40 provoque chez certains une joie équivalente à trois orgasmes, je me prive de quelque chose. Bref, je ne savais pas comment appréhender l'économie mondialisée et son bonheur chiffré, pondéré, mesurable. Grâce à Forbes, j'y vois plus clair. L'économie va bien. Très bien, même, puisqu'elle n'a jamais concentré autant de richesse autour d'individus nantis (mais qui le méritent, hein. On sait bien que les riches méritent de l'être, et je vous laisse deviner le corollaire évident de cette affirmation méritocrate). Son dynamisme est indéniable, qui garantit au monde entier plus d'heureuses gens qui brassent des sommes colossales pour le bien commun. Souriez, connards, regardez comme c'est beau quand on a plein d'argent, et dites-vous que ça peut vous arriver, la preuve, il y a 100 nouveaux milliardaires par an.

Je ne connais ni le public du magazine Forbes, ni sa direction politique. Mais qu'on puisse, sans ciller, considérer que l'apparition de nouveaux milliardaires (dans des pays où il fait aussi bon vivre que la Russie ou la Chine) est le signe d'un dynamisme économique réjouissant, ça me sidère. Qu'on légitime la concentration des richesses mondiales autour d'une élite aussi humaniste que je suis chevelu, qu'on loue un système qui paupérise en masse et enrichit en particulier, je l'accepte avec d'autant moins de grâce qu'à l'échelle mondiale je fais plus partie du bon côté du porte-monnaie. 

Le système économique actuel, encensé par tous les crétins libéraux qui le juge juste et égalitaire, n'a besoin d'autres preuves de son insupportable hypocrisie que ce genre d'articles à la con. Le marché s'auto-régule, bullshit, tout le monde y gagne, bullshit, on est dans une dynamique positive, mon cercle avec du gravier. Le libéralisme au sens où l'entendent nos amis financiers, ça ne marche pas pour vivre ensemble. Ca crée une noblesse de fait, qui ne mérite pas plus son statut que celle de l'Ancien Régime, et une armée de serfs dont le travail entretient le statut susdit. Ca créé de la misère sociale en masse, et de l'élévation pour une infime minorité, qui fera malheureusement toujours plus de bruit (le rêve, ça vend du papier) que ceux qu'elle écrase. 

Donc si vous croisez un exemplaire de Forbes, n'hésitez pas à le planquer au milieu des magazines de cul, la pornographie économique y sera à sa place.(et puis évitez de voter Bayrou, hein, s'il vous plait.)

 

Commentaires

N'étant pas toujours d'accord avec tes analyses (surtout de fin de post ;-), je me régale toujours autant à te lire mon 2ème chauve préféré (le 1er étant bien sur qui tu sais).

Ecrit par : Kiser | 10.03.2007

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