26.03.2007

De l'inanité du drapeau

Les socialistes sont des crétins. Il est toujours bon de commencer une note par une accroche prometteuse, aussi me permets-je de résumer mon propos avec ce qu'il faut de provocation pour attirer le chaland. Vous avez remarqué à quel point les articles putassiers réveillent ? Il a suffit d'un étron chroniqueux sur Libé pour me donner envie de défendre un film qui sans ces attaques imbéciles n'aurait mérité qu'un vague et flemmard "ouais, bon, c'est pas mal, enfin c'est comme la bd quoi". Je ne sais pas vraiment quelle mouche a piqué les deux journalistes qui ont pondu ce brûlot au titre prémonitoire, mais ça doit être une sacré bête. Demain, ils nous expliqueront pourquoi "Cours, Lola, Cours" est un film de propagande nazie. La preuve, l'héroïne est blanche (oui, comme la poudre) et elle court plus vite que les autres. Scandaleux !
 
Bref, je diverge au point d'en oublier de satisfaire à ma provocation initiale. Les socialistes sont-ils vraiment des crétins ? Tu brûles de le savoir, ô rare lecteur, et je te sais gré de ce feu qui réchauffe mes doigts gourds et mon coeur empesé de cette solitude cruelle qui mange nos jours et allonge nos nuits jusqu'à l'infini grisâtre des plus terribles déliquescences. Ok. Donc, les socialistes. En réalité je ne veux parler que de l'équipe de campagne de Mme Royal, et plus précisément de ses stratèges qui, et je les mets dans le même sac du fait de ma totale ignorance de leur fonctionnement (participatif ?), se vautre dans la fange nationaliste avec béatitude, en bricolant pour leur candidate un discours à la thématique putride et réac. "Sortez vos drapeaux français", "chantons la Marseillaise",... Ah la belle trouvaille. Brandissez vos baguettes et vos saucissons, mes amis, faites pêter les bérets plutôt que les casquettes Nike, c'est ça la beauté de notre pays ! 
 
Il y a 5 ans, déjà, les socialistes avaient commis la pire des erreurs stratégiques conçues par les esprits machiavéliques et tortueux qui turbinent pour rendre la rupture tranquille et l'ordre juste à la France d'après : ils avaient fondu comme des rapaces borgnes dans le piège tendu par le malin Jacques Chirac, et s'était précipité dans le thème (ô combien porteur) de l'insécurité, au point de se rendre inaudibles sur toutes les autres thématiques. En permettant à la droite de jouer sur son propre terrain, celui des petites peurs individuelles, Lionel Jospin s'était tiré une balle dans le pied. Aujourd'hui, et alors que j'espérais les dents serrées jusqu'à me blanchir les orteils qu'elle ne tomberait pas dans un panneau similaire, Ségolène Royal fonce tête baissée dans le thème merveilleux de l'identité nationale, de la fierté populaire, du bal des pompiers et de l'étranger qui est très très gentil mais étranger quand même.  Que Sarko capitalise sur ces discours, c'est évident. Il flatte avec un succès proportionnel à la mesquinerie de la démarche les bas instincts du peuple français, et ne s'adresse absolument jamais au citoyen. Augmente ton pouvoir d'achat, aies en pour ton argent, t'inquiète pas pour ton boulot je vais les virer ces feignasses qui te le piquent (NDLR : c'est toi le paradoxe), et autres promesses nombrilistes inhérentes au raisonnement qui caractérise la droite, celui de l'explosion du ciment collectif pour atomiser la société en millions de petites cellules consommatrices, c'est un ressort habituel de nos amis libéraux (au sens économique). Mais que les socialistes, qui devraient déjà être échaudés par le coup de pied au cul de 2002, répondent à ces arguments sur le même refrain, c'est desespérant. Qu'ils rebondissent sur l'identité et la fierté nationale avec aussi peu de nuance, qu'ils soient incapable d'élever le débat au dessus de la fosse sceptique dans laquelle la droite l'enfonce, c'est déprimant.  

La gauche souffre d'un gigantesque problème de visibilité, de lisibilité, d'où le tapis rouge déroulé à Bayrou. Trop de gens en France ne conceptualisent plus du tout la différence entre droite et gauche, "c'est pareil", "c'est éculé". Le salut passe par une démarcation claire, par un discours centré sur la raison d'être de la gauche, l'édification d'un ciment social fort, une protection collective des individus et un respect de l'humain qui ne s'arrête pas à la carte d'identité. Répondre à la droite par un discours "concurrent", c'est déjà perdre, c'est se rallier à leur programme, à leurs principes, c'est se débattre dans la boue d'un terrain trop favorable à l'adversaire. Ségolène Royal était une coquille vide. C'est du moins comme ça que j'aimais la concevoir lors de sa nomination, investissant le PS et notamment François Hollande de la responsabilité de la remplir (merci de n'y voir rien de graveleux) d'un discours fort et intelligible, intelligent et social au sens large. Force est de constater que le contrat n'est pas rempli, lui. Le discours de Royal est d'une vacuité terrible. Il surfe sur la tendance, il réagit, il rebondit, mais à aucun moment il ne propose vraiment, il n'explique, il ne structure une pensée claire. C'est une politique de marché, de consommation, et à aucun moment de conviction. C'est au mieux un miroir de la "tendance", à aucun moment une force de proposition progressiste. Ségolène sonne faux, elle sonne loin, elle va finir par se perdre dans la stratosphère du dédain politique et du plaire à tout prix.

J'ai prévu de longue date de voter socialiste, moins par conviction que pour m'éviter les mêmes affres de culpabilité qu'au soir du premier tour de 2002. J'ai de plus en plus de mal à me tenir à cette ligne directrice. J'ai de plus en plus de mal à défendre la candidate. Allez donner confiance en quelqu'un qui vous a déçu...J'en suis désormais à guetter dans les déclarations de la candidate quelques mots rassurants, quelques subtilités qui me chuchoteraient tranquillement "du calme, Olivier, tout ça c'est tactique, je ne suis pas dupe". De quoi justifier ma confiance initiale, de quoi me redonner la force de batailler pour défendre l'égérie pour l'instant survendue d'une gauche moribonde. Vous allez quand même pas m'obliger à revoter Besancenot, hein ?

Commentaires

Il existe une solution a ton premier mal : ne pas lire Libé.

Ecrit par : Blèh | 09.04.2007

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