19.04.2007
Le 20 t'enivre ? Attends le 22.
Voilà, J-3. Le ton monte, le borgne aussi. Le spectre du 21 avril, cette merveilleuse périphrase cliché, commence à faire le tour des rotatives. Le journaliste maladroit, ou cynique, tend à Jean-Marie Le Pen des perches telles qu'on pourrait répondre à sa place, et fait enfler les polémiques ineptes (Sarkozy français, pas français ?) à l'heure de choix autrement plus pertinents que le nombre de générations nécessaires pour présenter une candidature présidentielle en France.
Il y a quelques semaines, la situation médiatique m'aurait désespéré. Aucun "petit" candidat n'est audible, le débat se concentre sur des broutilles et des querelles d'écoliers. Le ralliement d'un fossile républicain fait couler plus d'encre que les dérapages insupportables de l'homme qui fait (mais pour combien de temps ?) la course en tête. La présidentielle est traitée par l'anodin, le futile, l'inepte, comme si Jean-Pierre Pernaud avait phagocyté les rédactions du pays entier. Mais je m'en fous. C'est trop tard. J-3. Mes neurones fument comme des pompiers, j'ai l'impression de succomber à une triste monomanie. Je ne pense plus qu'à ça. Je ne parle plus que de ça. J'applique malgré moi l'imbécile politique du court terme, celle qui veut qu'on ne se passionne pour elle qu'à la veille d'une échéance électorale. Je suis prisonnier de mon impuissant militantisme, de ma flemme aussi. J'ai l'impression que les jeux sont faits, que les affligeants sondages ont beau changer toutes les trois heures, alea jacta est.
Autour de moi, on vote Bayrou. Je généralise, mais le béarnais est implacablement majoritaire parmi les gens que je cotoie. Et le discours est le même partout : "je trouve qu'il y a du bon à gauche et du bon à droite, et puis il m'énerve, le vieux système". Variante douce du "tous pourris", triste constat de la déshérence de la politique de conviction chez les mieux lotis par le système. Le vote Bayrou est un vote blanc, et il n'aurait rien de condamnable s'il n'avait aucune chance de le porter au pouvoir. Mais, au même titre que le vote FN, il est dangereux, presque irresponsable. Quand le coup de pied dans la fourmilière est d'une telle force qu'il peut propulser son bénéficiaire jusqu'au second tour, le geste est inconséquent. Elire, c'est choisir, ça ne peut par définition être protestataire. Qu'un candidat puisse capitaliser sur l'insatisfaction citoyenne au point de l'emporter, c'est effrayant, et l'illustration que la politique française est maltraitée, mal comprise, mal ressentie. Le vote Bayrou est naïf, ou cynique, mais dans tous les cas malsain. Où l'art de la communication prévaut sur les principes. Où le projet se résume à ce qui se vend bien. A ce qui "intéresse". Putain...
Je parle beaucoup de Bayrou, parce que je me sens cerné. Je n'oublie pas Sarkozy, mais j'ai quelque part la conviction qu'il s'est grillé à force de gesticulations foireuses et laides. Je ne veux pas croire que la haine, même enrobée de miel républicain, puisse plaire et rassembler. Si j'ai tort, ma foi en l'humanité en prendra un coup.
Et puis il y a ceux qui ne votent pas, qui s'en foutent. Ceux-la, je n'en parle pas, ça pourrait être mon tour de déraper.
11:32 Publié dans Res publica | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note








Commentaires
"Le vote Bayrou est un vote blanc"
Tu as tout à fait raison. Seulement voilà : ca donne quoi de voter blanc ou nul ? Rien, puisque ce n'est pas pris en compte. Dès lors, comment traduire son insatisfaction ? Que faire quand on ne se reconnaît réellement dans aucun candidat ?
Ecrit par : Kiser | 19.04.2007
Militer pour la reconnaissance et le comptage du vote blanc, plutôt que celui d'une abstention hétérogène et dont on ne peut tirer aucune leçon ?
Le problème du vote Bayrou en tant que vote blanc, c'est que, pour N raisons (talent personnel, coup de pouce médiatique, conjoncture, etc...), son bénéficiaire a une chance non-négligeable de passer le premier tour. Ca rend le vote non plus contestataire, mais déterminant, et ça m'effraie. Pas parce que je me pose en gardien d'un système immuable, mais parce sous pretexte de bousculer la France, on l'envoie dans le mur (pour les raisons déjà évoquées : absence de majorité présidentielle, de projet de société clair,...).
Si Bayrou a réellement changé de sensibilité et de vision d'avenir depuis ses précédents mandats, il n'est pas illégitime dans un gouvernement. Mais on ne peut pas, selon moi, être Président parce qu'on représente le non-choix.
Ecrit par : Troll | 19.04.2007
Héhé :-)
Et qui propose le vote obligatoire et la reconnaissance des votes blancs ? L'ami François...
Mais surtout, qui n'a rien fait pour endiguer un abstentionisme grandissant depuis de nombreuses années ? Qui a combattu ce désinterêt de plus en plus inquiétant pour la vie politique ? Certainement pas ces deux grands partis qui se sont partagés le pouvoir depuis 25 ans et qui ne voulaient pas scier la branche sur laquelle ils sont assis...
Et surtout, dire qu'il représente le non choix, je ne comprends vraiment pas. N'a t-on d'autres choix que SR ou NS ?
Et oui, le vote Besancenot ou Le Pen sont des votes contestataires parce que tout le monde sait que quoiqu'il arrive, ils n'ont aucune chance d'être élu.
Dans ce cas, on vote pour sa conscience au 1er tour, pour se faire "plaisir" tout en sachant très bien que notre vote ne servira à rien et qu'au 2e tour on aura le choix entre les deux partis qui nous gouvernent depuis tant d'années avec les résultats que l'on connaît...
Un vote Bayrou est peut être un vote de non choix pour certains, mais c'est un vote à mon sens plus ambitieux qu'un vote qui ne servira à rien une fois les résultats du 1er tour effacés...
L'Allemagne, en "alliant" le SPD et la CDU a par exemple réussi à réformer certains sujets importants...
Ecrit par : Kiser | 20.04.2007
Comme allonger la durée du temps de travail par exemple.
Ceci dit, intégrer des sites pornos sur le wap, moi je le ferai bien jusqu'à 67 ans.
Ecrit par : Bew | 22.04.2007
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