« 2007-04 | Page d'accueil
| 2007-06 »
22.05.2007
U, PS
Non. C'est une entame peu courante, je vous l'accorde, mais je tiens à couper court aux nombreuses spéculations qui n'auront certainement pas manqué de vous agiter pendant mes quelques jours d'absence : non je n'ai pas rejoint les jeunesses trotksistes, non je n'ai pas jeté de pavés sur des policiers innocents, et non, aucun drapeau du Che ne flotte au mur (oui, c'est très aéré chez moi) de mon salon. Simplement, je refléchis encore. Et pas uniquement à mes vacances estivales.
D'abord, je suis rassuré de n'être pas le seul à me poser des questions sur la façon de me mobiliser, de me canaliser, et autres mots en "liser". Certains, et pas nécessairement les plus quelconques, semblent nager dans la même incertitude que moi. Avec des pistes similaires, mais la même appréhension à glisser le doigt dans les puissants rouages de ces machines à pervertir la conscience politique que semblent être les appareils. Mais partager une hésitation ne la rend pas moins pénible, juste un peu moins timide. Alors pour passer le temps (et certainement pas pour recueillir des avis, c'est pas mon genre) je vais vous l'expliciter, ce dilemme.
Alors voilà, MPR ou FN ? Reconnaître le génocide vendéen ou rétablir la peine de mort ? Interdire l'avortement ou réinstaurer le droit divin ? Franchement c'est dur de choisir, heureusement qu'on peut avoir tout d'un coup. Et ça pour le prix modique d'un petit raz-de-marée UMPesque aux législatives prochaines. Franchement c'est donné. Plus sérieusement, je tangue (j'aurais bien dit je gîte, mais c'est un mot si laid qu'il en ferait probablement planter la page web) entre gauche de gouvernement, et gauche de pas gouvernement. Non pardon c'est inexact : je penche vers la gauche de gouvernement, mais une petite voix taquine me retient en me disant "mais merde, et si la solution était ailleurs ? T'es sûr que tu t'es bien renseigné ? Que tu ne les juges pas à l'aune de ce que les médias serinent ? Que ça ne vaut pas le coup ?". C'est une sale pute, cette voix taquine, je ne sais pas ce qui me retient d'espièglement la faire taire à coup de marteau. Certes, la "gauche de la gauche" est un champ de ruines où les vautours pulullent, mais faire le constat de son démembrement est insuffisant. Et si personne ne se dévouait pour la reconstruire ? Et si c'était par facilité que je m'orientais ailleurs, parce que la tâche est aussi incertaine qu'insurmontable ? De là à penser que cette droitisation de la France que tout le monde évoque vient de ce lâche constat d'échec qui incite à rejoindre le confort du compromis plutôt que le sacerdoce de la conviction, il n'y a qu'un pas que je franchirais allègrement en jetant en patûre à la postérité une locution latine bien classe. Gloria Mundi Jacta Est, et c'est toi le rubis con, moi je suis la rose promise.
Le Parti Socialiste - j'ai du mal à écrire PS, j'ai toujours l'impression d'être à la fin de mon post et c'est désobligeant, un peu comme quelqu'un qui vous dit "au revoir" en pleine conversation parce que vous lui cassez les pieds (non ça ne sent pas le vécu, merde) - me tend donc amicalement les bras. Sauf que je me méfie des étreintes faciles, surtout depuis que ces crétins de "Free Huggers" courent les rues pour voler un peu de cette précieuse tendresse qu'ils entendent dispenser. Le PS, oui, mais pas n'importe lequel. Pas celui qui ressemble à l'antichambre d'un cimetière d'éléphants, pas celui des couteaux tirés au moindre revers, de l'extinction progressive des convictions derrière les égos et les intérêts particuliers. Pas ce PS de réaction, qui se définit par défaut, qui se plie aux modes, aux médias, qui se convertit au populisme et au nationalisme parce que c'est plus vendeur que la pensée sociale. Pas ce PS de droite.
Moi je cherche autre chose. Je cherche certes la force politique, mais je cherche aussi ceux qui y croient, ceux qui se sentent obligés d'être de gauche, parce que c'est la que repose la dignité. Ceux qui s'estiment nécessaires à cette société qui dérapent. Et pas ceux qui s'y installent de bon gré du moment qu'ils y trônent. Je cherche, et puis j'attends un peu, aussi. Puisqu'on lui prédit les pires écartèlements, j'attends de voir ce que ce parti va devenir. Mais je peux attendre longtemps, et je n'ai ni prétendants à éconduire ni tapisserie à défaire. Tout au plus ai-je une table à monter, et franchement elle n'a guère de conversation.
J'ai interrogé un ami (il s'appelle Wikipédia. Il raconte souvent n'importe quoi mais c'est un puit, c'est pratique pour apporter de l'eau à son moulin) sur les mouvances socialistes susceptibles de m'intéresser. Deux sortent du lot. Le Nouveau Parti Socialiste, et Alternative Socialiste. Je ne vais pas développer leurs spécificités, celles-ci vous sont accessibles d'un clic de votre index droit, ou gauche, faites pas chier les contrariés. Elles m'intéressent, me parlent, même, et cependant je sens comme une réticence à prendre au sérieux des projets qui après deux ans d'existence font déjà l'objet de scissions, de divisions, de désaccords.
C'est peut-être le propre de toute action politique que de se diviser sans cesse. La conception de la politique est trop personnelle pour se fondre doucement dans un moule collectif. Mais quand on se dit capable d'aider les autres à aller mieux, peut-être est-il bon de s'appliquer à soi la discipline qu'on leur propose. Enfin, ça, je ne le saurai pas si je ne me lance pas. Et comme en plus c'est pas loin de chez moi...
11:47 Publié dans Res publica | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
09.05.2007
Post-electum, citoyen triste
Voilà, c'est fait, la France a sauté le pas. Difficile de feindre la surprise, on nous l'annonçait à coup de pourcentages depuis plusieurs semaines, et nos espoirs d'y couper se sont vite réduits comme la peau du prévisible chagrin post-campagne. C'est peut-être ce caractère prévisible, attendu, qui rend le résultat si pénible. Un choc, c'est salutaire, ça nous prend aux tripes, ça donne envie d'exploser, c'est une douche froide sur la langueur de nos convictions. Là, non. L'implacable roue du(fabuleux, sauf que de cette fable il est le héros ET l'auteur) destin de monsieur Sarkozy nous a broyé le moral. Ca nous apprendra à traverser les autoroutes du "bon sens".
Il est élu, l'heure est à la digestion. A la résignation, pour beaucoup, tant les baudruches bravaches se dégonflent à l'heure où les noires prédictions se réalisent. J'essaie pour ma part d'éviter cette ultime lacheté qui consiste à oublier son indignation "de campagne" pour annoncer, l'air désappointé mais les principes en berne, qu'on en "prend pour 5 ans", et que tant pis. Je vous exposerai bien le fruit de mes réflexions quant à la manière appropriée de réagir à cet avènement de la droite dure, mais il n'est pas encore mûr. Tout mais pas ne rien faire, ne rien dire, voilà ma seule certitude.
Et puis comment construire sa réaction, quand ce à quoi on voudrait s'accrocher part en lambeaux. La gauche de la gauche est en ruine, qui cherche à sauver ses maigres sièges à l'Assemblée mais sans cohérence ni compromis (DEUX candidats communistes en Seine-Saint-Denis. Mouloud Aounit, si tu m'entends, fais comme Eric Besson, rejoins vite le nouveau président, c'est un environnement plus sain pour les indignes carriéristes). Et le parti socialiste, fer de lance présupposé de la future opposition, se déchire, ses requins-éléphants (vous savez, l'espèce qui prolifère sur les plateaux télé et qui affute ses (second-)couteaux en souriant comme un camelot) règlent leurs comptes sans la moindre pudeur ni le moindre scrupule, se disputant les maigres étincelles d'un contre-pouvoir bien éteint. Strauss-Kahn, Fabius, nouveaux Brutus imbéciles, puisse votre égo vous obstruer la gorge avant que vous ne massacriez les dernières chances de sauver le pays d'un règne sans partage du "moi" contre le "nous".
Cette élection nous apprend nombre de choses, toutes plus tristes les unes que les autres. D'abord, que la France souffre d'une malsaine soif de répression, de sanctions. Contre les "racailles", contre les chômeurs, contre les immigrés, contre tout ce qu'on conceptualise de loin. La prison, la fin de l'"assistanat", la fermeture des frontières, autant de façons de fermer sa porte à l'autre. On ne fait pas l'aumône, on chasse. Il n'y a plus de victimes, il n'y a que des profiteurs et des délinquants. Grand bien vous fasse, messieurs qui pronez le mérite et avilissez ceux qui sont la marge (à dessein, évidemment. Ou par leur gènes, qui sait). Je vous souhaite d'un jour tomber de l'autre côté de cette barrière que vous érigez avec le sourire satisfait du porc ségrégationniste qui vous habite.
On y apprend également que nous sommes des envieux. Un peuple de jaloux. Cette jalousie qui enferme, presque autant que la peur, dans la haine de l'autre et la soif de répression. Electeurs de Sarko, sa formule phare est inexacte. Vous ne souhaitez pas gagner plus, vous souhaitez que les autres gagnent moins que vous. Qu'on vous paie au lance-pierre, peu vous chaut, ce qui compte, c'est que le voisin le soit au martinet. Le délinquant n'est pas celui qui vous redistribue 5% du fruit de votre travail, mais celui qui vous "vole" votre dû. C'est une forme de renoncement, de soumission aux puissants. Et pour compenser, on tape sur celui d'en dessous. Peuple de cheffaillons, petites âmes obscènes qui préférez le règne du profit tant qu'il y a toujours moins bien loti que vous. Vous n'êtes pas des citoyens, vous êtes des serfs. Merde, je vais vomir.
Au petit jeu de la mesquinerie démocratique, les grands vainqueurs du suffrage sont...les vieux. N'est-il pas fondamentalement déprimant que celui qui prône le "travailler plus" soit élu par ceux qui ne travaillent plus ? Parce qu'ils jugent, ces brontosaures pré-alzheimeriens, que les générations suivantes triment moins qu'eux et que c'est injuste ? Parce que la solidarité nationale, c'est bon pour payer leurs retraites, pas les RMI de ces feignasses (souvent noires, en plus, mon dieu, on aurait jamais vu ça du temps du maréchal) ? Ce vote réac, nauséabond, m'afflige d'autant plus que notre pyramide des ages lui donne un poids croissant. Ce n'est pas les retraites qu'il faut réformer, ce sont les retraités ! Enfin...facile de prêcher quand on renonce à convaincre sa propre ascendance d'oublier ses bas-instincts et ses peurs ineptes.
La vie continue. Plus de la moitié des personnes que je croise chaque jour ont donné dans la solidarité sociale un grand coup de pied rageur, mais il ne m'est pas permis de le leur retourner dans le fondement. Après le raz de marée dans les urnes, le tsunami dans les burnes. Non, ok. C'est comme ça, on vit dans un pays (encore) démocratique, où l'on exprime ses idées par les mots. Même les plus vilains, "identité nationale", "racaille", "assistanat". Il appartient à ceux qui les maitrisent, qui comprennent le sens qu'on leur donne et qui en voit le danger, de les expliquer, et de les contrer. J'espère qu'on sera plus nombreux que ceux qui s'y résignent.
11:00 Publié dans Res publica | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note







