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07.09.2007

Yade cons partout

Une fois n'est pas coutume, je suis coi. Parce que pour l'une des premières (sinon la première) fois, mes convictions politiques se heurtent à la tangible réalité. Ou plutôt se confrontent, j'ai le verbe violent bien prématurément. Je vous explique, vous en avez sûrement entendu parler.

Hier, la police est intervenue à Aubervilliers, la ville où j'ai grandi et passé le plus clair de mes vingt premières années, pour démanteler un campement de squatteurs dans la cité de la Maladrerie (pas tout à fait un chef d'oeuvre d'architecture baroque ni de volupté vicinale), cela à la demande de la mairie qui avait interpellé la préfecture, invoquant un "trouble à l'ordre public" notamment en raison de la proximité d'une école primaire (ils campaient devant son entrée). Ces squatteurs occupaient préalablement des appartements de l'OPHLM, et avaient fait l'objet d'une première expulsion en juillet.  Voilà pour les faits.

Je ne sais absolument pas quoi en penser. 

J'ai une profonde aversion pour les interventions policières massives, un peu par bêtise anar', surtout parce qu'elles représentent selon moi un symbole de la brutalité d'un Etat sans nuances. Je ne vois donc pas d'un bon oeil le recours à la force pour déloger des gens précaires, démunis, et très probablement déconnectés du reste de la société. L'affaire aurait eu lieu en terre UMP, ou n'importe où ailleurs, j'eus probablement hurlé avec les loups, ceux-là qui dénoncent l'inhumanité et la violence de cette décision. 

Seulement, c'est ma ville. Et si je n'y vis plus, j'y ai encore trop d'attaches pour m'en abstraire. C'est ma ville, et si je n'ai jamais surveillé en détails sa politique, j'ai une affection sincère et un respect profond pour ses édiles (les convictions parentales n'y étant pas, j'en conviens, pour rien). Je suis donc incapable de les imaginer en bourreaux inconséquents, prompts à chasser le faible à des fins cosmétiques, cela ne ressemble ni à la ville, ni aux politiques municipales de ces dernières décénnies. J'ai donc un peu cherché, et trouvé ça. Le maire y explique (assez mal, je trouve) le recours à la préfecture et à la police, le justifiant notamment par le refus d'un passage en force de ces squatteurs devant les milliers d'autres demandeurs d'habitations HLM que compte la ville. Il a raison. Il a raison, mais la question qui se pose est : la méthode est-elle bonne ? Et que faire, face à l'illégalité de la détresse ?

Je ne doute pas qu'on entendra beaucoup de commentaires sur l'incapacité de la mairie (de gauche, est-il utile de le préciser ?) à résoudre pacifiquement cette crise. On entendra les donneurs de leçons télévisées (Morandini, que le grain de maïs qui te sert de cerveau explose comme un popcorn) vomir leur indignation, quoi, la gauche s'y met, mais alors autant voter à droite, au moins elle sait ce qu'elle fait. J'ai hâte, vous imaginez bien.

Cette proximité avec l'évènement et ses acteurs, elle me force à réfléchir, à m'extraire de cette tenace première impression que le faible à toujours raison. C'est faux. Etre une victime n'empeche malheureusement pas d'en faire à son tour, et le rôle d'une collectivité (Etat, ou municipalité) est d'arbitrer, ou mieux, de prévenir de tels conflits. Mais quoi, quand elle s'avère impuissante ? Quand elle doit choisir entre l'immédiate empathie et la responsabilité ? George Mothron, le batard pesticide, s'est-il lui aussi trouvé dans un tel cas ? Ces deux choix sont-ils similaires ?

Non. George Mothron a fait le cowboy vaporisateur, traitant ses SDF comme une vermine. La mairie d'Aubervilliers a eu recours à la préfecture, traitant ses squatteurs comme des gens, dans l'illégalité, certes, mais des gens. Cela veut dire : je ne suis pas apte à résoudre cette crise seule. Help. De l'aide. Et on lui envoie la cavalerie. Ces fameux "moyens supplémentaires" qui prennent souvent la forme d'un supplément de matraques. La solution existe, pourtant. Ces gens ont le droit au logement. Pas celui de s'imposer n'importe où, mais d'être logés, si. Le maire d'Aubervilliers a raison : le premier responsable, ce ne sont pas ces familles, mais l'Etat qui rechigne à imposer le minimum de logements sociaux requis par la loi SRU. Ca n'arrive pas à Neuilly, évidemment.

Ca me fait réfléchir, tout ça, et ça m'attriste un peu parce que je me dis que j'attaque bien vite bille en tête des problèmes plus nuancés. Que ma sensibilité efface mon intelligence, et que je devrais faire preuve de ce degré d'implication dans tout ce dont je parle. Je vous rassure, la conclusion ne change pas, vous allez voir.

Parce que Rama Yade. Parce que mademoiselle, ministre d'un gouvernement charitable où les sans-papiers sont impitoyablement pourchassés, caution minorité visible d'un ancien maire s'étant toujours opposé à la construction du moindre logement social, vient jouer du violon. "Ca m'étonne d'une ville communiste". Et ça t'étonne d'un gouvernement de droite ? Que dis-tu, exactement ? Que la décision du tribunal de Bobigny est la mauvaise, ou qu'y recourir est lâche ? Qu'il vaut mieux le statu quo, ou qu'il y avait mieux à faire ? 

Je crois que j'ai ma réponse, Rama. Je crois que tu t'en branles. Je crois que comme ton éminent modèle, l'important c'est la com', pas la conviction. Pleurer dans les bras des opprimés, c'est bon pour l'image et à peu de frais. C'est d'une profonde malhonnêteté intellectuelle et morale, mais est-on à ça près, désormais ?

Enfin, ne nous inquiétons pas, pendant ce temps-là, loin des caméras, Brice Hortefeux fait du chiffre, ça fait toujours moins de sans-papiers à loger. 

 

06.09.2007

Suprême dinde

Citée par Lepoint.fr (je ne mets pas de lien, il est hors de question que mes rares lecteurs aillent se corrompre l'âme en se frottant au triste spectacle de la défaite du journalisme), Rachida Dati vient de poser les bases de son ministère avec une finesse d'hippopotame colérique. Attention, je cite à mon tour :

"La légitimité suprême, c'est celle des Français qui ont élu Nicolas Sarkozy pour restaurer l'autorité. Les magistrats rendent la justice au nom de cette légitimité suprême" Je saute à la ligne et j'applaudis.

*applause*

Hey, les magistrats, arrêtez maintenant, hein. Vous êtes investis d'une légitimité suprême, c'est quand même la classe, c'est pas donné à tout le monde. Mieux, cette légitimité suprême vous vient droit de Dieu Nicolas Sarkozy, qui avec votre concours va restaurer l'autorité, cette valeur morale déliquescente qui voit des sans-papiers agresser des fenêtres, des employés faire grêve sans demander l'autorisation, j'en passe et des bien pires. Tout part en couilles, messieurs les magistrats (à l'exception notable du monde patronal, qui fait preuve d'une telle vertu qu'il devient totalement inepte de le soumettre à la moindre loi pénale), et c'est à vous qu'il incombe de taper du poing sur la table et sur la tête des délinquants. Je, Rachida Dati, disciple et zélateur du Président (j'aurais bien mis un plus gros P, mais je ne le peux), vous ordonne et vous guide vers l'accomplissement de vos destinés. "La justice est indépendante dans son acte de juger (...) mais j'ai une autorité dans l'application de la loi et de la politique pénale. Je suis chef du parquet, ça veut dire quoi ? Je suis chef des procureurs, ils sont là pour appliquer la loi et une politique pénale", alors faites pas vos marioles, au pas. Les peines planchers, ça s'applique. Quoi, il est prévu qu'elles n'aientt valeur que de recommandations ? Vous êtes naïfs ou quoi ? Je me serais fait chier à pondre une loi pour qu'elle ne s'applique pas ? T'as piqué un BN ? 5 ans, peine plancher. T'as insulté le flic qui brutalisait ta mère ? 10 ans, renégat. Tu l'ouvres encore ? 20. Tu la sens ma grosse autorité ?

Bon trêve de galéjades, c'est en réalité d'une tristesse insondable. Cette ministre, intime du président (ils ont gardé les jetskis ensemble), fait montre d'une conception totalement erronnée de la séparation des pouvoirs. Pire, elle la nie, en sous-entendant que les juges et procureurs sont des rouages de l'exécutif, chargés comme tant d'autres fonctionnaires d'appliquer à la lettre la politique de Sarko, cette politique de bon sens, décomplexée, qui chaque jour nous rapproche d'une autre restauration que celle de l'autorité. Celle avec un grand R et un gros Louis.

C'est pas pour dire, mais ça va commencer à se voir, tout ça.

05.09.2007

Médiocre supplémentaire

Petite phrase édifiante dans le "20 minutes" d'hier.  Evoquant les bagarres entre bandes rivales à la gare du Nord, et à la visite du Premier Ministre, le journaliste rapporte :

"Il (François Fillon) a promis des caméras de surveillance, et des "moyens supplémentaires" (les guillemets sont d'origines) sans plus de précisions."

Pas mal, non ? Non ?

C'est pourtant simple de faire des heureux, de donner l'impression d'agir, d'être proactif et responsable.  T'as un problème ? Tiens, des moyens supplémentaires.  Ton fils s'est fait violer ? Tiens, des moyens supplémentaires. T'as des SDF devant ton centre commercial ? Tiens, des moyens supplémentaires. T'as des immigrés clandestins qui font rien qu'à sauter par tes fenêtres ? Tiens, des moyens supplémentaires.

Nouveau mantra médiatique, nouvelle conception de l'action politique, et révolutionnaire : s'il y a un problème, on te file des thunes, et ta gueule, change pas. Dans le cas de la Gare du Nord, on notera que François Fillon ne s'est pas risqué à détailler les moyens supplémentaires. C'est vrai que ça le faisait moyen d'annoncer "plein de dobermanns qui vont leur bouffer la gueule à ces connards violents", ou "des tasers encore plus puissants pour buter ces bougnoules qui pourrissent nos gares", voire "des mitrailleuses lourdes pour sécuriser l'accès des usagers au train". Là, "des moyens supplémentaires", c'est plus digne, plus pro, plus propre, et ça laisse penser qu'on réfléchit au lieu de simplement boucher les trous.

Ce qui est marrant, c'est que ce n'est pas valable partout. Il y a de l'échec scolaire ? Bon, bah les profs faut travailler plus, l'Etat n'a plus d'argent. Des salariés font grêves pour réclamer "plus de moyens", justement ? Vos gueules, les gauchistes, service minimum et hop, profond. 

Deux poids, deux mesures, quatre raisons d'avoir confiance. 

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