31.03.2008
La coupe des Crocodiles
La polémique fait rage. Ou plutôt, non, l'affaire ne souffre aucune polémique, la rage seule a droit de cité. L'indignation virulente et unanime de la France, qu'elle soit du football ou d'autre chose, est indiscutable. Inévitable. Elle est partout : dans la bouche d'un entraineur rageux, dans les trémolos pathétiques d'un président de club, dans la furia judiciaire d'un édile de l'Artois, dans la vindicte populaire qui s'abat sur le club de la capitale, sans qu'on sache trop pourquoi.
Les faits sont simples : quelques abrutis, probablement encartés au PSG, ont déployé cette désormais fameuse (merci pour eux) banderole, "Pédophiles, chômeurs, consanguins : Bienvenue chez les Ch'tits!". C'est idiot, vulgaire, inepte. Trois épithètes tristement fréquents à l'heure de commenter la prose échangée dans les stades de France, de Navarre ou d'un peu plus loin. Y a-t-il pour autant lieu d'en faire une affaire d'Etat ?
Ma réponse se devine aisément : non. Je ne peux guère m'empêcher d'associer ces cris d'orfaie à ceux poussés par les Lensois après le match, aiguillonés par la défaite, fondant sur l'arbitrage comme des vautours sur un lapin boiteux. "Le corner oublié", "le pénalty discutable", "un vol", "un viol", "un scandale", voilà les mots qui fusent dans les bouches écumantes des vaincus du soir. Et puis d'un coup, on se souvient de cette banderole : on s'indigne, on mouline du bras, on montre les dents, on évoque sa résolution, sa colère, sa douleur, sa blessure, j'en passe des crocodiles plus larmoyants. Entendre le maire de Lens demander à ce que la finale soit rejouée (quel rapport ?) ne fait que rajouter au caractère foireux de ce mélange des genre : coco, tu portes plainte contre l'insulte, ou contre la défaite ?
Que le doute ne soit pas permis : je condamne cette banderole, elle ne m'amuse ni ne m'indiffère. Il y a lieu de la dénoncer, et je me joins à ces voix-là. Je ne peux en revanche cautionner l'avalanche d'hystérie qui s'abat sur ceux qui l'ont commis, et indirectement sur le club et ses supporters lambda. Voir que l'affaire prend d'aussi dantesques proportions me fout sur les nerfs : ces déclarations à chaud, ces propos délirants, ce pathos qui dégouline de chaque déclaration, c'est à vomir.
Qu'on en fasse des caisses sur "Bienvenue chez les Ch'tits", dans le registre un peu condescendant du "mais regardez, y a pas que de la misère là-bas", ça me choque au moins autant que les insultes de la tribune Boulogne. Pourtant les mêmes qui s'agitent comme d'imbéciles pantins mûs par cette puante démagogie que transpirent les médias n'ont jamais protestés. Ils se réjouissent. L'image d'Epinal, c'est cool quand c'est positif.
Je ne sais pas comment va se conclure cette affaire, ou plutôt je ne le sais que trop bien : une sanction "édifiante" envers le club, une fois de plus. Et rien après. Bienvenue chez les tocards.
12:49 Publié dans Ca m'énerve | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note








Commentaires
Je comprends (en me forçant quand même...) ton point de vue. Mais malheureusement, le passé l'a prouvé : tout le monde s'indigne quand il y a une affaire de ce genre pendant quelques jours et tout est très vite oublié (même les sanctions dérisoires comme l'interdiction de stade pendant 3 mois). Un supporter insulte un joueur parce qu'il est noir ou arabe ? Ce n'est pas 3 mois qu'il doit se prendre mais une interdiction de stade de 5 ou 10 ans. Idem pour les personnes ayant déployé cette banderole (que les RG à mon avis connaissent déjà très bien...). E je me dis que si faire de cette banderole une affaire d'état permet de se pencher sur le problème sérieusement (avec des solutions sérieuses pour une fois), et bien pourquoi s'en priver ? C'est quoi le plus con : se servir du succès d'un film pour combattre un fléau ou finalement retirer 1 ou 2 points à Paris jusqu'à la prochaine fois ?
D'ailleurs, plutôt que de râler après le maire de Lens et consort, tu ferais mieux de t'en prendre à F. Thiriez !!!
Ecrit par : Pascal | 01.04.2008
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