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31.03.2008

Du 20, du H, et de la droite

Je suis affligé. Quelle idée, aussi, de m'asseoir sur mon canapé pour subir la doxa médiatique à grand coup de David Pujadas ? N'ai-je pas mieux à faire ? Il faut croire que non.

Le 20H de France 2 est en tout cas édifiant à plus d'un titre d'actualité. Je vous le narre par le menu, et probablement avec des trous pour favoriser la digestion :

20h : La grâce des français de l'Arche de Zoé. Reportage retraçant l'historique de l'affaire à grands coups de président Déby chelou. Aucune analyse, aucune investigation tangible sinon la proposition suivante : "Le Tchad a-t-il touché une contre-partie de la France ?". Très bonne question, hein ?
20h05 : Procès Fourniret. Oukiléméchant  le Fourniret. Rien de remarquable.
20h09 : Pourquoi faut-il envoyer des soldats français en Afghanistan ?Clip pour l'armée de Terre. Aucune mention d'éventuelles protestations à l'encontre de cette (merveilleuse) décision.
20h14 : Lancement génial du reportage : "Pourquoi autant de rigueur salariale chez les entreprises françaises ?". J'aurais personnellement lancé le sujet comme ça : Pourquoi les patrons français résistent noblement à l'oppression du salariat fainéant et cupide. Mais j'exagère. Reportage dans une entreprise en forte croissance (et à fort bénéfice), dont le patron a gelé son salaire (et ses primes ?), et où personne ne touche d'augmentation depuis 6 ans. Explication du chef d'entreprise : augmenter, avec les charges patronales, c'est vraiment trop cher. Laurence Parisot pouffe.
20h21 :  Affaire de la banderole anti-chtis au Stade de France.  Interview d'un supporter lensois qui porte à son tour plainte, et qui annonce "ah bah oui ça nous a foutu un gros coup au moral". Y a des coups de grisou qui se perdent. Bien évidemment, aucune mention des charges de CRS contre les supporters parisiens avant le match. Ca fout pas un coup au moral, une matraque dans la gueule ?
20h27 : Le clou. "Un pédiatre lance une polémique en publiant un livre prônant le rétablissement de l'autorité parentale". Et la journaliste d'évoquer en vrac les violences en milieu scolaire, la nécessité de fixer des règles à ses enfants (formulé trois fois différemment histoire de tenir 5 minutes), avec une fin de reportage hilarante : des images de boite de nuit avec une voix off expliquant "Les enfants qui ne se seront vu fixé aucune règle deviendront des adolescents, puis des adultes inadaptés à la vie en société". Faire la fête c'est anti-social, ok ?
20h30 : Un reportage sur des éoliennes sous-marines. Cool.

Après j'ai décroché pour vous retranscrire, brut de fonderie, ce que je viens de voir.

Autorité, déreglementation, répression : le journalisme servile et réactionnaire à de grands jours devant lui. 

 

La coupe des Crocodiles

La polémique fait rage. Ou plutôt, non, l'affaire ne souffre aucune polémique, la rage seule a droit de cité. L'indignation virulente et unanime de la France, qu'elle soit du football ou d'autre chose, est indiscutable. Inévitable. Elle est partout : dans la bouche d'un entraineur rageux, dans les trémolos pathétiques d'un président de club, dans la furia judiciaire d'un édile de l'Artois, dans la vindicte populaire qui s'abat sur le club de la capitale, sans qu'on sache trop pourquoi.

Les faits sont simples : quelques abrutis, probablement encartés au PSG, ont déployé cette désormais fameuse (merci pour eux) banderole, "Pédophiles, chômeurs, consanguins : Bienvenue chez les Ch'tits!". C'est idiot, vulgaire, inepte. Trois épithètes tristement fréquents à l'heure de commenter la prose échangée dans les stades de France, de Navarre ou d'un peu plus loin. Y a-t-il pour autant lieu d'en faire une affaire d'Etat ?

Ma réponse se devine aisément : non. Je ne peux guère m'empêcher d'associer ces cris d'orfaie à ceux poussés par les Lensois après le match, aiguillonés par la défaite, fondant sur l'arbitrage comme des vautours sur un lapin boiteux. "Le corner oublié", "le pénalty discutable", "un vol", "un viol", "un scandale", voilà les mots qui fusent dans les bouches écumantes des vaincus du soir. Et puis d'un coup, on se souvient de cette banderole : on s'indigne, on mouline du bras, on montre les dents, on évoque sa résolution, sa colère, sa douleur, sa blessure, j'en passe des crocodiles plus larmoyants. Entendre le maire de Lens demander à ce que la finale soit rejouée (quel rapport ?) ne fait que rajouter au caractère foireux de ce mélange des genre : coco, tu portes plainte contre l'insulte, ou contre la défaite ?

Que le doute ne soit pas permis : je condamne cette banderole, elle ne m'amuse ni ne m'indiffère. Il y a lieu de la dénoncer, et je me joins à ces voix-là.  Je ne peux en revanche cautionner l'avalanche d'hystérie qui s'abat sur ceux qui l'ont commis, et indirectement sur le club et ses supporters lambda. Voir que l'affaire prend d'aussi dantesques proportions me fout sur les nerfs : ces déclarations à chaud, ces propos délirants, ce pathos qui dégouline de chaque déclaration, c'est à vomir.

Qu'on en fasse des caisses sur "Bienvenue chez les Ch'tits", dans le registre un peu condescendant du "mais regardez, y a pas que de la misère là-bas", ça me choque au moins autant que les insultes de la tribune Boulogne. Pourtant les mêmes qui s'agitent comme d'imbéciles pantins mûs par cette puante démagogie que transpirent les médias n'ont jamais protestés. Ils se réjouissent. L'image d'Epinal, c'est cool quand c'est positif.

Je ne sais pas comment va se conclure cette affaire, ou plutôt je ne le sais que trop bien : une sanction "édifiante" envers le club, une fois de plus. Et rien après.  Bienvenue chez les tocards.

25.03.2008

Légions de donneurs

Nous sommes tous au fait de l'excellence de la Nation française, terre de Grands Hommes comme d'autres sont terres de chacals chafouins (je pense notamment à la Macédoine, incapable de nous sortir une individualité digne de ce nom depuis l'inventeur du plat du même nom, en -5 avant Jean-Pierre Coffe). La France, elle, offre chaque année au monde une légion de génies révolutionnaires qui conduisent l'humanité sur le chemin glorieux de l'élévation spirituelle, ou matérielle, ou les deux. Ces gens-là se trouvent distingués, pour services rendus à l'Homme avec un grand lol, d'une jolie médaille à pendre à leur veston, ou à leur tailleur Channel s'ils ont pris une double ration de chromosome X, qui s'appelle -justement- la Légion d'Honneur.

Evidemment, comme les vins (l'autre grande fierté nationale (je tais l'existence du fromage par pur dégoût)), il y a de plus ou moins grands crus. Mais cette année, je vous jure que la liste des fleurons de l'apport français au monde ferait pâlir d'envie le casting d'une émission de télé-réalité hollandaise. Dégustons, je vous prie.

Bernadette Chirac (pour son rôle de femme de.)
Christian Clavier (pour l'ensemble de son oeuvre.)
Hélène Carrère d'Encausse (pour ses déclarations iconoclastes mais lucides sur les noirs qui sont quand même des cons)
Roberto Alagna (pour son prénom)
Valérie-Anne Giscard d'Estaing (pour son rôle de je sais pas quoi de.)
Francis Veber (pour tous ses films sans Christian Clavier)
Lee Radziwill (pour, je cite, son rôle de soeur de Jackie Kennedy)
Jean-René Fourtou (PDG de Vivendi, pour son imitation parfaitement hilarante de Jean Gabin quand il est bourré)
Patrick Le Lay (pour les progrès réalisés dans le nettoyage d'encéphale francophone)
Mark Halter (pour cette phrase dans wikipedia : Homme de gauche, il vote Nicolas Sarkozy en 2007)

Je ne les cite pas tous, ayant la flemme de fouiller les biographies de chacun pour y trouver qui un goût pour les ballades en vélo avec Nicolas Sarkozy, qui pour sa vision flamboyante du cinéma d'auteur , et qui pour son invention du taser anti-basané, mais il est certain que le palmarès de cette semaine recèle d'autres perles.

Chers lecteurs, si vous avez la chance d'être un connard riche et célèbre de droite (ou de gauche qui vote Sarkozy, s'entend), vous pouvez adresser vos demandes de breloque à ruban à l'adresse suivante : 

Nico Sarkozy
55, rue du Faubourg Saint-Honoré
75008 Paris

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