25.07.2008
Siné die
Rapide retour sur l'affaire Siné (dans la mesure où l'insignifiant BHL s'offre une tribune dans Le monde, il est on ne peut plus légitime que je m'en offre une dans le mien).
Le résumé des épisodes précédents sera rapide, tant pulullent les articles et tribunes sur ce sujet.
1- Siné, vieux dessinateur/râleur historique de Charly Hebdo, ose dans sa chronique hebdomadaire la phrase suivante : "Jean Sarkozy a déclaré vouloir se convertir au judaïsme avant d’épouser sa fiancée, juive, et héritière des fondateurs de Darty. Il fera son chemin ce petit…".
2- Claude Askolovitch, journaliste spécialisé dans le livre de combat (entretiens avec Basile Boli, Eric Besson, Rachida Dati et Manuel Valls - ne cherchez pas l'intrus il n'y en a pas), reprend cette phrase sur RTL et la bombarde antisémite, et explique avoir eu Philippe Val (rédac'chef de Charly Hebdo) qui lui a annoncé, je cite, que "la semaine prochaine il va faire son éditorial (...) pour expliquer que Siné est une ordure, a dérapé totalement et qu'il devrait partir."
3- Philippe Val met Siné devant le choix suivant : s'excuser (en signant le mot rédigé pour lui par...Philippe Val), ou s'en aller. Devant le refus du dessinateur, Charly Hebdo publie une note aux lecteurs expliquant que Siné "a porté atteinte aux valeurs essentielles de Charlie." Val, lui pontifie dans son éditorial sur la chienlit d'internet et des blogs, refuge de pleutres et de grossiers.
4- Bernard Henri Levy prend la plume et nous gratifie d'une tribune dans Le Monde, où il en profite pour remettre un petit coup sur Alain Badiou et son "De quoi Sarkozy est-il le nom ?".
5- Laurent Joffrin apporte son soutien à Philippe Val.
Evidemment cette chronologie n'est pas exhaustive, on pourrait citer les soutiens de Plantu, Bedos ou Gisèle Hallimi au dessinateur, les menaces de plainte de la famille Sarkozy, etc. Mais je trouve opportun de dégager la belle unanimité chez les éditorialistes tocards (les mêmes qui se bercaient de grands discours larmoyants sur la liberté d'expression lors du procès des caricatures de Mahomet) à l'heure de la curée.
Pour en revenir à la chronique de Siné, et après en avoir discuté avec des gens d'une sensibilité plus immédiate que moi à ce genre de sujet, il y a bien sûr ambiguité. Et il est légitime que la question se pose du bon goût (pas forcément le point fort de Siné) de ce commentaire. Mais y avait-il lieu de dégainer cet arsenal de points Godwin ? Est-il nécessaire, ou même approprié, de taxer d'antisémitisme (sans conditionnel ni point d'interrogation) un dessinateur notoirement connu pour son anti-cléricalisme impénitent ? Quoiqu'en dise l'imbécile à la chemise pimpante dans son interminable sermon, l'identité de l'auteur est importante pour juger du racisme d'un propos. J'aurais tendance à moins douter de l'antisémitisme de Dieudonné que de celui des époux Klarsfeld, par exemple.
La tendance, lourde chez quelques-uns des imbéciles suscités, a user de l'antisémitisme comme d'un bazooka éristique, et faire taire toute voix qui n'irait pas dans leur sens, est ici illustrée avec bonheur. BHL l'emploie contre Badiou (son histoire de rats qui évoqueraient les juifs est un fantasme maintes fois démonté par Sébastien Fontenelle), Val l'emploie contre Siné (qui, étrangement, s'était très récemment opposé à lui quant au traitement de l'affaire Denis Robert vs Clearstream), Alain Finkelkriaut l'emploie dans tous les sens, j'en passe et des plus ineptes.
J'ai toujours eu du mal avec la distinction antisémitisme/racisme, comme si la haine des juifs était encore un peu plus grave que la haine des autres, mais je peux concevoir que, devant l'ampleur de son expression nazie, il soit vécu plus vivement encore par ceux qu'il vise. Je comprends, et j'excuse, la paranoïa qui parfois en résulte. Mais j'abhorre en revanche ceux qui, pour appuyer leurs thèses, le dénoncent partout, sans nuance, sans précaution, à coups de mots terribles ("odieuse, inexcusable, mortelle"), dans les discours de leurs contradicteurs.
On notera dans la tribune de BHL deux passages édifiants, où l'on retrouve les marottes de nos penseurs au gros. Les voici :
"jusqu'au recyclage, par l'islamo-gauchisme d'aujourd'hui, des scies de l'ultradroite, les exemples, hélas, abondent"
Notez le sournois du discours : l'anti-sarkozysme, au même titre que l'islamo-gauchisme (dont j'aimerais qu'un jour BHL et ses comparses se risquent à la définition, avant le christo-communisme et le krishna-zapatisme), sont des antisémitismes. Quelque part, si l'on comprend bien ce que veut dire notre autoproclamé philosophe, la partie la plus antisémite de la phrase de Siné, c'est "Jean Sarkozy", pas la mention de sa conversion. Ce discours, cet amalgame répugnant entre l'extrême gauche, les adversaires de Nicolas Sarkozy et la haine des juifs, on le retrouve dans les éditoriaux de Philippe Val, dans les livres d'Alain Finkelkriaut, dans les interviews de Max Gallo et probablement ailleurs chez cette intelligentsia des médias qui, en plus de monopoliser le temps d'antenne et les colonnes des newsmag, finit d'assassiner ses adversaires idéologiques à grands coups de discrédit raciste.
14:58 Publié dans Ca m'énerve | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : siné, val, bhl, antisémitisme, charly, caca








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