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30.12.2008

Commune otarie

Consultant la page "Rebonds" de Libération, je tombe sur une perle.

Je suis globalement d'accord avec le texte, qui ressemble par ailleurs furieusement au discours prononcé par Nicolas Sarkozy à Polytechnique il y a quelques semaines. Ce n'est pas sur le fond que je tique.

C'est sur ça : "La diversité comme principe reviendrait à figer les individus dans une de leurs facettes identitaires et ouvrirait la voie du communautarisme". C'est vrai. Signé : "les étudiants juifs des grandes écoles, membres de l’UEJF".

Ce serait pas un petit peu du foutage de gueule les enfants ? C'est pas "communautaire", l'Union des Etudiants Juifs de France ?

Non que je nie votre bonne foi, j'accepte volontiers votre souscription à ce discours. Mais pourquoi signer ce texte en tant que juifs ? Et pas en tant qu'étudiants, dont la confession et l'origine importent peu ?

Et comment dénoncer le "communautarisme", quand on se définit en tout premier lieu comme "juif" ? A moins que, dans votre bouche comme dans celle du chef de l'Etat, "communautarisme" veuille dire "islamisme" ?

Je n'ose y croire.

En vrac

Un.

André Glucksmann, "philosophe", dans Libération, s'épanche sur les principaux dangers qui pèsent sur le Monde en cette fin d'année. Parmi eux : "La formidable puissance de nuisance de la Russie, sa capacité de parrainer non seulement Chávez et les narco-marxistes d’Amérique du Sud, mais aussi bien la Corée du Nord, l’Iran et ses bricolages nucléaires, peut prendre la paix du monde en otage."

Big up pour le concept de "narco-marxiste", que je range soigneusement dans mon répertoire à fumisteries, et un bisou pour cet homme clairvoyant qui oublie cependant dans sa liste de course la "menace islamiste" qui semblait pourtant aller de soi.

Deux.

J'entends ce matin le numéro 2 de l'ambassade israélienne s'exprimer sur RFI. La journaliste lui demande quel est l'objectif d'Israël dans ce conflit. L'état hébreu, apprend-t-on, cherche à "sécuriser la zone". La journaliste aura beau insister pour le faire dévier de cette expression inepte, elle n'aura guère plus. Tout juste avoue-t-il en fin d'interview qu'Israel souhaite "affaiblir le Hamas", parce qu'il menace la sécurité nationale. Gros scoop.

J'espère consacrer à tête reposée un article à ces évènements, mais je ne peux m'empêcher, en attendant, de résumer ma principale interrogation : Au sortir d'une "trêve" qu'Israel aura mis à profit pour planifier une opération militaire (puisque Ehud Olmert annonce que c'est une opération planifiée) et renforcer son armée, le tout sans lever le blocus qui etouffe la population (civile!) de Gaza, qui peut réellement considérer que ces raids aériens sont une réplique aux roquettes et une "sécurisation" de la zone ? Quel diplomate, quel ministre, quel dirigeant (hormis ces abrutis de faucons américains qui considère qu'un arabe est par essence voyou) peut sincèrement imaginer qu'Israel frappe pour se défendre ?

Je me pose une autre gave question : que dit Glucksmann de tout cela ?

Trois.

J'attends les voeux présidentiels avec une impatience de gamin. L'année dernière, c'était la suppression de la pub sur la télévision publique. Cette année, quel arbrisseau pour cacher la forêt législative 2009 (qu'on devine touffue, entre la dépénalisation du droit des affaires, le musellement du parlement, et les différents coups de machette dans le contrat social prévus dans la roadmap présidentielle) ? Je pose quelques jetons sur l'annonce d'un cadeau bancaire aux français, du genre épargne à fort taux, ou prêts gratuits.

Quatre.

Le vénérable site Brave Patrie lance un "réseau social" d'un genre à part. Fafbook, puisque c'est son nom, met en relation les gens les plus respectables de notre paysage politique, ceux que ne menace, et ne menacera jamais, un ralliement au feu dévorant de l'ultra-gauche. Si vous venez, faites un bisou à Patrick Troivedjian de ma part.

15.12.2008

AB Prod : Hellène et l'égarement

Laydiz and gèntelmène,


Je vous remercie de me laisser vous présenter tonight le fleuron (qui comme une fleur, sent bon) du journalisme d'analyse, de l'édito cinglant et factuel, de la déontologie-et-pas-l'idéologie s'il vous plait.

 

_mg_4755-1.jpgDéjà, il est beau.

Franchement, si vous me dites le contraire, vous êtes de mauvaise foi, et je viens tout de suite vous crever l'oeil (chafouin) en représailles.

Il est beau, et il est sérieux.

On ne pose pas ses mains croisées sur la table (laquée) d'un air détendu quand on n'est pas sérieux.

Et puis il ne dit pas n'importe quoi, sinon il ne s'exprimerait pas dans une pièce avec des bandes blanches aux fenêtres.

S'il vous plait.

 

Il s'appelle Alexis Brezet, et ses initiales sont comme un hommage à sa production du jour. Alexis officie actuellement, si j'ai bien compris sont tumultueux parcours dans les diverses pravda néo-libérales, au Figaro Magazine. Et il est PAS CONTENT.

PAS CONTENT DU TOUT. Regardez.

Parce que "Coucou, les revoilà ! Qui ça ? Les lycéens « en colère », les parents « mécontents », les profs « résistants » (!). On devrait en avoir l'habitude : 18 mouvements lycéens depuis 1971, 33 grèves de l'éducation en huit ans..."

C'est lui qui le dit, mais je fais miens ces mots frappés du bon sens : ils nous font chier ces cons, à protester tout le temps. "La France n'est pas la Grèce", qu'il rappelle, à raison.

Et malgré ça, on ne peut que constater : "ces occupations sauvages, ces affrontements avec les forces de l'ordre, cette contamination des syndicats « classiques » par des éléments gauchisants", ça fait flipper. Sauvage, affrontement, contamination : à côté des profs gauchistes, la grippe aviaire c'est du gateau.

Et pourquoi ce bordel dans nos rues, hein ? Parce que "Les lycéens manifestent avec d'autant plus d'entrain que la méconnaissance qu'ils ont du contenu de la réforme leur permet d'aligner tranquillement les contrevérités".

Si on manifestait pour de bonnes raisons en France, ça se saurait, de toute façon. Est-ce qu'on manifeste, au Figaro ? Non, on est civilisé, on proteste dans des éditoriaux très bien écrits et documentés. Par exemple, on prouve que les lycéens disent n'importe quoi. Comment ? En affirmant qu'ils disent n'importe quoi. Sur la vie de ma mère, ça vaut. Et puis on va pas passer six mois à justifier ce qu'on écrit, l'essentiel n'est pas là. L'essentiel, il est dans cette phrase : "Mais ces sottises, qui les leur a mises dans la tête ? Les professeurs, évidemment !"

Ben oui. Si ça réfléchissait, les lycéens, ça deviendrait pas directeur de la rédaction du FigMag. Et puis si les professeurs n'étaient pas là pour mettre des sottises dans les têtes, qui aurait appris le journalisme à Alexis ?

Bon, reprenons, on a des bolchéviques sur le feu.

On le sait bien, "le Mammouth, quand il ne veut pas bouger, lance devant lui la piétaille lycéenne...". Organisé, le mammouth. Pour un peu on le confondrait avec l'UMP et ses jeunesses populaires nous expliquant que l'héritage de 68 est à droite. Sauf que lui il ne veut pas bouger. C'est un mammouth congelé. Et c'est énervant, cette inertie, parce que "les syndicats savent fort bien, eux, ce qu'il y a dans la réforme. Et pour cause : ils en ont longuement discuté avec le ministre et, sur le fond, n'y ont guère trouvé à redire."

Logique : t'es d'accord sur le fond, mais tu balances tes féaux lycéens dans la rue comme ça, pour le fun. C'est  bien là qu'on reconnait la cruauté des profs, qui foutent le bordel gratuitement. Mais, bien fait pour eux, grâce aux habiletés de Xavier Darcos, "les dirigeants syndicaux s'en étranglent de rage". Pour un peu le mammouth tousserait. Alors il redouble de fourberie : "Avec la crise économique, voilà qu'ils pensent avoir trouvé l'argument en or : comment peut-on économiser sur l'éducation quand on distribue des milliards pour sauver les banques et relancer l'investissement ? La caricature est facile. Elle pourrait rencontrer un certain écho dans l'opinion"

Rendez-vous compte : si on les laisse faire, il pourrait aussi manger le cerveau de notre bonne "opinion", d'habitude si prompt à approuver le travail le dimanche, l'enfermement des mineurs et des fous, et le renflouement des banquiers. C'est inique. D'autant plus inique que la caricature, au Figaro, on guerroie contre depuis des années. La preuve, on n'offre aucune tribune à Ivan Rioufol.

De toute façon, on sait quoi répondre, à ces Staline de collège : "Pourquoi faudrait-il, sous prétexte que notre économie traverse de graves difficultés, s'accommoder d'un système aussi cher et aussi peu performant ?" (si tu veux t'amuser, intervertis "économie" et "système" dans la question, tu pourras à peu de frais te glisser dans la peau d'un gauchiste sanguinaire).

PAN DANS TA GUEULE, le prof. Hein ? Ah tu réponds rien, hein ? Et pourquoi est-ce qu'il faudrait pas qu'on retire des sous à l'éducation, alors qu'on en a grave besoin sa mère pour payer nos étrennes au Figaro ? Hein ? Egoiste va."Quand 160 000 enfants, voués au chômage, sortent tous les ans du système scolaire sans qualification ni diplôme", on ferme un peu sa gueule et on s'émeut, on se sacrifie, on file sa thune. On arrête la "pusillanimité politique" (Alexis est très fier de ce morceau là, on dirait un peu du Voltaire. Et puis ça fait "PP", et c'est comme ça qu'il appelle Etienne Mougeotte dans l'intimité) et "le jusqu'au-boutisme syndical".

Franchement, le prof, t'en as pas marre de nous voler nos impôts pour t'engraisser à ne rien foutre, alors que t'es même pas foutu de trouver un emploi à tes élèves ? T'as pas honte de lâcher annuellement des milliers d'étudiants qui fondent sur l'ANPE comme le zizi de Sarkozy dans la bouche de Claude Askolovitch (oups) ?

Tu te tais, chacal enseignant ? C'est pas si dur de rabattre le caquet, en fait ? Suffit d'analyser avec bon sens la situation, et de te mettre face à tes contradictions, comme l'a fait Alexis. Comme quoi, quand on sort de l'idéologie et du mensonge, quand on discute calmement des faits, c'est moins simple, la vie, hein ?

Hein ?

 

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