06.01.2009

Une chaussure pour André

C'est indéniable, 2009 commence fort. Il fait froid, il fait gris, et Nicolas Sarkozy n'est toujours pas mort dans d'atroces souffrances. Comme tout homme de bonne compagnie, on cherche le réconfort non pas dans la drogue ou dans les bras rougeauds d'une relation tarifée, mais dans nos amis les médias (m'étant promis de ne pas aborder le sujet des jeux vidéo sur ce blog, de peur d'être intarissable, je vous prie donc de croire que mon occupation principale est la lecture des web-journaux).

Ainsi, nos petits coeurs gelés pourront se réchauffer à la flamme d'André Glucksmann, qui écrit aujourd'hui dans Le Monde. Le titre, "Gaza, une riposte excessive ?", en dit déjà tout, mais je vous recommande sa lecture. On y apprend notamment que "devant un conflit, l'opinion se divise entre les inconditionnels (lire "les cons") et les circonspects (lire "l'auteur")". Les premiers font preuve de "fanatisme" et sont manichéens. Les seconds jugent au cas par cas si "une action est opportune ou inopportune". Or, dans le cas du conflit de Gaza, André se réjouit, car les inconditionnels paraissent "minoritaires". Ca ne me sautait pas aux yeux, mais André le prouve : "La discussion chez les Israéliens roule comme d'habitude dans une démocratie". Sur quoi roule-t-elle (à part bien sûr sur les cadavres des petits enfants de Gaza) ? Sur des questions de ouf : "est-ce le moment ?", "Jusqu'où ?", "jusqu'à quand ?" (on notera que la discussion ne roule donc que sur les modalités de l'offensive, pas sur son bien fondé). Mieux, André est aux anges, car, "la surprise est qu'un semblable débat partage à micros ouverts les Palestiniens et leurs soutiens".

Je passe à la ligne tant cette phrase en dit long. Se dire "surpris" que des palestiniens soient capables de "circonspection" (ce qui est synonyme d'intelligence, si l'on se rappelle l'opposition initiale), est-ce bien "circonspect", André ? Est-ce que ce ne serait pas le signe que tu as "décidé une fois pour toute qui a tort et qui a raison" ? Un peu comme la fois où tu dis que le débat est ouvert grand dans le  joyeux espace démocratique d'Israel, où, rappelons-le, 80% de l'opinion et 100% de la classe politique soutiennent le bombardement de Gaza. Et puis illustrer le "débat" qui "partage les Palestiniens" en pointant le "courage" de Mahmoud Abbas, "d'imputer au Hamas en rupture de trêve la responsabilité initiaile du malheur des civils de Gaza", ne serait-ce pas froler l'inconditionnalité selon ta propre définition ? "C'est le Hamas qui a tort", c'est ça que ça veut dire non ?

Je vous laisse lire la suite de l'article, longue variation de mauvaise foi sur l'utilisation du mot "disproportionnée", avec notamment un morceau de bravoure "à la Sarko", que je cite in extenso : "L'armée israélienne devrait-elle ne pas user de sa suprématie technique et se borner à utiliser les mêmes armes que le Hamas, c'est-à-dire la guerre des roquettes imprécises, celle des pierres, voire à son libre gré la stratégie des attentats-suicides, des bombes humaines et du ciblage délibéré des populations civiles ?"

Ben oui, connard à franges, évidemment qu'on voudrait bien que les israeliens se fassent sauter sur des marchés, ça ferait des juifs en moins (je rappelle que pour André Glucksmann, désapprouver l'action d'Israel est un antisémitisme).

Plus sérieusement, cet article inepte résume assez bien le "débat" vers lequel souhaitent nous orienter les faucons médiatiques : soit tu soutiens Israel, soit tu soutiens le Hamas. Un débat d'autant plus traitre qu'il nie toute alternative, et ramène tout à cette opposition stupide. Et ça s'enveloppe dans des phrases de belle facture ("On ne peut travailler pour la paix au Proche-Orient qu'à la condition d'échapper aux tentations de l'inconditionnalité"), malheureusement en totale contradiction avec le choix de l'auteur, qui est éminemment inconditionnel, mais du "bon" camp, celui de la "démocratie".

Après la forme, le fond. D'abord, rappellons que le Hamas est, à Gaza, démocratiquement élu. Ca ne veut pas dire que je l'approuve, mais opposer le gouvernement Israelien au Hamas sur ce plan est une connerie : ils ont la même légitimité des urnes.

Ensuite, on assiste à une assimilation absolument infecte entre le Hamas et la population gazaoui, qui relève de la MEME bêtise que ceux qui assimilent le peuple juif à Ariel Sharon, ou les américains à Bush. Qui plus est quand les mêmes artisans d'amalgame affublent le Hamas du terme "barbare". L'équation est alors sous-entendue : gazaouis (à différencier du terme "palestiniens" qui concerne également les cisjordaniens du "courageux" Mahmoud Abbas) = Hamas = barbares. Ca vous semblera peut-être extrême de prêter cette assimilation aux partisans de la guerre, mais un article d'Haaretz la souligne : comment bombarder une zone de population aussi dense si vous ne considérez pas cette population comme négligeable ou méprisable ?

On rappellera utilement qu'Israël et sa "supériorité technologique" bombarbe des écoles, des hopitaux, empêche l'accès à Gaza des convois humanitaires, tue des étudiants et des médecins, et que sa ministre des affaires étrangères juge que "la situation humanitaire à Gaza est comme elle doit être". On commence à mentionner l'usage de bombes au phosphore, interdites par la convention de Genève.La liste des accords internationaux violés par l'état hébreux s'allonge chaque jour un peu plus.

L'action d'Israël peut, et doit, être qualifiée de barbare. Elle l'est. Lui opposer la barbarie du Hamas est une poudre aux yeux. Répondre à la barbarie par la barbarie, C'EST la barbarie. La question de la légitimité de cette action, présentée comme évidente ("vous feriez quoi, hein, si on envoyait des roquettes sur votre maison ?"), coupée de toute responsabilité antérieure, est ouverte. Cyniquement, on pourra dire que lea réponse n'interessera plus personne si l'action est efficace. Mais l'est-elle ? Son objectif avoué est de stopper les tirs de roquette sur le Sud d'Israel. Il n'en est jamais parti autant. Son but est d'affaiblir le Hamas, il n'a jamais été aussi populaire à Gaza.

Si en revanche, l'objectif était de tester l'apathie de la communauté internationale, et l'impunité d'Israel (comme, un peu plus tôt dans le siècle, l'impunité irakienne des américains), alors ne nous posons plus la question : c'est bien joué.

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