07.01.2009

Halte à la nouvelle intifada

Souvenez-vous, le début d'année 2009 était décevant pour Ivan Rioufol, dépassé sur sa droite par les commentateurs de son propre blog (Dans la mare à Ivan). On se demandait même s'il n'amorçait pas un virage bien-pensant à force d'anesthésier ses fulgurances réacs.


EH BIEN NON.

Respirons, mes amis, Ivan le terrible est de retour, avec sa verve et son couteau, paré à pourfendre du gauchiste antisémite et de l'islamiste bolchévique. La preuve est . Et elle commence en fanfare : "l'alliance des islamo-gauchistes s'est affichée au grand jour, samedi, dans les rues de Paris" (le gras est de lui). Et pourquoi s'affichait-elle, cette alliance nauséabonde ? C'est pourtant évident : pour y "manifester leur soutien au Hamas avant d'entamer, en début de soirée, une répétition d'intifada dans le quartier Haussmann-Saint Augustin" (le gras est toujours de lui).

Bon évidemment, si l'on s'en tient aux faits, la manifestation de samedi dernier était organisée par le "Collectif national pour une paix juste entre Palestiniens et Israéliens". Il y avait bien des banderoles, mais si l'on en croit le compte-rendu de l'Express (dont on ne peut soupçonner de noires accointances avec les "islamo-gauchistes"), point de soutien au Hamas, sinon aux Palestiniens. Allez, je pousse le vice, même le compte-rendu du Figaro dans lequel écrit Ivan ne fait mention d'aucun soutien au Hamas.

Par ailleurs, s'il y a bien eu des dérapages en fin de manifestation, Ouest-France nous informe que "la manifestation parisienne contre l'offensive israélienne à Gaza a réuni samedi à Paris entre 21.000 et 25.000 personnes selon les sources, et après sa dispersion, 200 à 300 casseurs se sont affrontés avec les forces de l'ordre". Pour compléter le tableau, le Nouvel Observateur nous apprend que "Le bilan de la préfecture de police de Paris fait état de trois véhicules incendiés et de 13 dégradés, dont deux véhicules de police. En outre cinq commerces ont été dégradés ou vandalisés et deux ont été pillés. En tout, 20 interpellations ont eu lieu et 10 membres des forces de l'ordre ont été légèrement blessés, selon la préfecture de police".

Voilà, ça, c'était la vraie vie. Passons maintenant dans le monde cruel des islamo-gauchistes selon Docteur Ivan. Pour lui, meme si "de telles scènes ne font plus scandale dans les médias", il y avait de quoi flipper. La preuve ? "Je n'ai pas assisté aux scènes de razzia, mais j'ai vu des jeunes au visage dissimulé par leur keffieh, suivis d'adolescents surexcités dès qu'un emblème "sioniste" était brûlé".

Pire, la foule était "arabe et maghrébine" (il cite d'ailleurs comme exemples "Olivier Besancenot et Alain Krivine (Ligue communiste révolutionnaire), Maire-George Buffet (PCF), Denis Baupin (Verts)", qui sont tous extrêmement maghrebins). Cette foule de bicots était, nous dit-il "calme" (même lorsqu'un emblème sioniste était brulé ?) "mais revendicative" (putain la salope de foule maghrébine, elle fait une manif, et elle a le culot d'être revendicative). Et qu'est ce qu'elle faisait, cette foule ? Hein ? Ben elle "brandissait des drapeaux du Hamas, de la Palestine, d'Algérie, du Maroc, de Tunisie". Et Ivan se désole : il n'a "pas vu un drapeau tricolore" (le drapeau algérien étant orné de vert, de blanc, et de rouge, mais pas tricolore). Notez-bien, chers amis : quand on défile à Paris (quand bien même ce serait pour défendre des métèques étrangers), c'est avec des drapeaux tricolores. Sinon, on est des islamo-gauchistes.


Mais là où l'article d'Ivan est gouteux, c'est qu'il nous autorise à plonger dans la manifestation comme si on y était. D'ailleurs, lui, y était ("Je suis resté longtemps, ce samedi, aux abords de cette manifestation", "installé devant les Galeries Lafayette"). Un islamo-gauchiste lui a même parlé ("un manifestant m'a demandé : "c'est là, l'ambassade d'Israël ?""). Il entend les slogans rapportés par les compte-rendus cités plus haut, mais aussi des slogans plus originaux ("J'ai également entendu: "Des armes ! Des armes !" et aussi : "La police t'es foutue le Hamas est dans la rue !"). Pire, alors que nous sommes en France, au coeur de la civilisation occidentale, "D'autres diatribes se faisaient en arabe. Régulièrement, des groupes lançaient des "Alloua akbar !" (alloua akbar ? Allah akbar ? Quel charabia).

C'est quasiment un reportage sur le terrain que nous communique Ivan, qui  n'oublie pas de mentionner pour nous faire bien flipper que "L'étoile de David était très systématique associée à la croix gammée". Pas "systématiquement", hein, "très systématiquement". J'aurais presque envie de dire "toujours tout le temps très systématiquement", si je n'avais peur de spolier notre courageux correspondant de guerre civile de son superbe effet de manche.

En attendant que lui échoie le prix Pulitzer pour cette passionante enquête au coeur d'un pogrom communiste, je me fais donc le porte-voix de monsieur Rioufol, et m'autorise à vulgariser pour vous, ingénus citoyens pas encore au fait de la profonde "fracture identitaire" qui coupe notre belle France en deux, la thèse de notre futur Prix Nobel. Cela en quelques équations simples, que vous pourrez aisément reproduire sur vos tracts, ou vos banderoles si vous défilez un jour (mais avec des drapeaux tricolores svp).

1. Arabe = Maghrebin = Palestinien = Hamas = terroriste.
2. Opposé à la politique israelienne = opposé à Israël = anti-juif = antisémite.
3. Parti à la gauche du Modem = gauchiste = caution morale des terroristes (voir 1) et des antisémites (voir 2)
Et le numéro complémentaire : manifestant = casseur = danger = intifada

J'espère que, munis de ces quelques notions certes complexes mais extrêmement bien documentées, vous saurez désormais quoi faire si vous croisez un basané ou un encarté au PS, et sortirez avec doigté votre bombe au phosphore (tricolore) pour défendre notre pays et le débarasser de cette menace intestine.

Qu'un sang impur abreuve nos saillies, steuplé.

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