08.01.2009
Emprisonner avec modération
Edifiante interview publiée ce matin dans Libé d'un député "modéré" du Hamas. Si la phrase mise en exergue par le journaliste ("le Hamas ne repoussera pas l'armée israëlienne mais il peut lui resister longtemps") semble vindicative, le reste de l'entretien dissonne incroyablement d'avec l'image de mouvement fanatique et cruel qu'on colle au Hamas dans son ensemble.
Je ne tiens pas ici, une fois encore, à légitimer ce mouvement dont la charte est parait-il d'une profonde connerie, mais simplement à pointer que le principal argument des dirigeants israëliens pour légitimer l'offensive, à savoir qu'il est "impossible de d'avoir la paix tant que le Hamas existera" prend du plomb (durci) dans l'aile.
Morceaux choisis :
Sur la rupture de la trêve : "Mais le Hamas a strictement observé la «tahadiya». C’est Israël qui n’a cessé de la violer, en refusant d’ouvrir les points de passage de la bande de Gaza, en organisant le blocus et en procédant à des assassinats ciblés. Après quatre mois de respect de la «tahadiya» de notre part, l’armée israélienne a tué, le 4 novembre, six membres du Hamas plus un septième qui est mort de ses blessures. Après une telle action, il nous était difficile de maintenir la «tahadiya»."
Sur de potentiels attentats-suicide pour répondre à l'agression : "Je ne sais pas ce que décidera la branche armée du mouvement. Mais les attentats ne sont pas dans l’intérêt du peuple palestinien. Ils risqueraient de réduire le soutien politique et de l’opinion publique que reçoit la résistance. Je désapprouve totalement cette option."
Sur la guerre en elle-même : "Ce n’est pas une guerre entre deux armées régulières. Le Hamas n’a donc nullement la capacité de repousser l’armée israélienne mais il a celle de lui résister et de lui résister jusqu’à ce qu’elle n’ait plus le moral, plus l’envie de demeurer à Gaza. Et, évidemment, plus elle aura de pertes, plus vite elle partira. Mais une telle situation aura des conséquences à long terme. Ce seront aussi les valeurs de la démocratie qui seront perdantes."
Même si l'on peut douter de la parfaite franchise de ces positions, on ne peut que souligner leur modération, à opposer aux déclarations va-t-en-guerre des "démocrates" agresseurs. Entend-t-on des responsables israëliens désapprouver la violence ? Aucun. Ca va quand même rapidement devenir difficile de nous vendre cette guerre comme une lutte de la liberté contre l'oppression, mes chers Tzipi, Ehud, et autres.
(le journaliste précise par ailleurs que l'interviewé a depuis été "à nouveau arrêté dans la nuit de lundi à mardi par l’armée israélienne quelques heures après avoir donné une interview à Libération". C'est sur que mettre en prison les modérés n'aide pas à trouver des interlocuteurs pour la paix, messieurs dames).
En bonus, deux témoignages de responsables humanitaires, l'un d'une responsable de Médecins sans Frontières, l'autre d'un responsable de l'ONU en charge des réfugiés palestiniens. L'un comme l'autre souligne à quel point "l'arrêt des bombardements pendant trois heures" n'a aucun sens, d'un point de vue pratique (en trois heures on ne peut rien faire) comme d'un point de vue politique (pourquoi ne pas interrompre complètement les bombardements si l'on admet qu'un arret est nécessaire ?). L'occasion également de repenser à Tzipi Livni déclarant qu'à Gaza la "situation humanitaire est comme elle doit être".
11:52 Publié dans Ca m'énerve | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note








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