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27.01.2009
Il rame, Eric.
Pour rouvrir la parenthèse allitérative "je justifie ma journée de jeudi", j'aimerais en placer une pour Eric Woerth, qui non content d'arborer la coupe de cheveux la plus élégante du monde (la mienne), est un brillant théoricien de l'action publique, comme il a pu en faire la preuve ce matin sur France Inter. Ouvrons les guillemets avec déférence.
"Il y a d’autres moyens pour se faire entendre. On ferait mieux de se serrer un peu les coudes" puis "Qu’ils se démènent, (…) qu’ils bougent, qu’ils ne le fassent pas nécessairement uniquement en défilant ou en râlant! (…) Qu’ils deviennent un acteur de la sortie de crise. Et devenir un acteur de la sortie de crise, c’est quand même me semble-t-il se remonter un tout petit peu les manches et se mettre à travailler plutôt à l’unité du pays."
J'avoue n'avoir pas su, alors, tirer profit de ses conseils, tiraillé que j'étais entre l'envie de chanter la Marseillaise et celle d'aller sous la douche. Mais je m'offre désormais, et devant vous, une séance de rattrapage pour bien prendre la mesure de la bienveillance éveillée du ministre du Budget.
Pour commencer, la méthode. Il existe, nous dit-il, et nous le croyons car il est docte et dégarni, "d'autres moyens de se faire entendre". Merveilleux professeur, il préfère nous laisser les chercher plutôt que de nous les livrer clés en main, conscient qu'on n'apprend jamais autant que dans le doute et l'effort. Alors cherchons, en posant les bases du problème : comment se faire entendre des esprits éclairés qui gouvernent notre pays sans se vautrer dans le grossier et le brouillon de la manifestation ?
Un exemple s'offre à nous, que nous serions bien idiots d'ignorer : Patrick B., maire d'une célèbre bourgade nécessiteuse, s'est vu accorder un prêt de 100 millions d'euros (oui, 100 000 000 euros) dans le cadre du plan de relance. Et quelle démarche pour ce (joli) résultat ? A-t-on vu l'édile battre le pavé comme un vulgaire prof ? S'est-il fourvoyé dans le slogan creux ou dans la pancarte agressive ?
Pas du tout. Un coup de fil à l'Elysée, et hop. C'est plus civilisé que de défiler dans la rue, non ? Voilà ce qu'Eric essaie de nous dire.
Deuxième leçon, devenir "un acteur de la sortie de crise" en deux étapes.
Etape 1 : se remonter un petit peu les manches.
Etape 2 : se mettre à travailler à l'unité du pays.
Deux étapes pour lesquelles il est absolument nécessaire de "bouger" et de "se démener", mais "pas nécessairement uniquement en défilant ou en râlant".
Le message ne vous parait-il pas limpide ? Faites un effort, et chercher ce qui pourrait contribuer positivement à l'unité du pays. Le gouvernement, jamais le dernier pour donner l'exemple, a quelques idées sur la question :
- chasser des sans-papiers et les expulser.
- embarquer les gauchistes, de Paris ou de province
- pointer du doigt les syndicalistes, l'organisation des hopitaux, les juges d'instruction, les mineurs délinquants
Ces activités, qui se doublent d'un salutaire exercice physique (les sans-papiers étant reconnaissables à leur couleur noire, qui leur permet de courir très vite), ne manqueront pas de renforcer la patrie et de nous unir tous sur la bannière glorieuse du bleu, du blanc, et du rouge.
Le bleu pour la peur.
Le blanc pourla justice.
Le rouge pour la colère.
Connard de droite, c'est l'heure de flipper ta mère.
16:33 Publié dans Res publica | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Terre de minus
Je m'étais promis de lâcher du lest sur ce blog, de parler de choses légères, de démissions de Charles Villeneuve, de livres d'Anouilh, de Rivers Cuomo, de mon rapport aux vieux films ou au caisson de basse des voisins. Mais c'est dur, de parler de soi, d'abord, et puis ensuite il faut avouer que l'actualité fait rien qu'à me provoquer. Et je cède, inlassablement, à ses provocations.
Dernière en date, Gare Saint-Lazare. C'est l'objet d'un discret paragraphe dans 20minutes, idem dans Libé, je n'ose regarder dans les journaux de droite de peur d'y lire l'avis d'Ivan Rioufol, mais dans tous les cas, c'est discret. Tellement discret que ça semble anodin, comme une coupure de courant ou une rupture de caténaire (quoique ce dernier exemple ne soit pas tout à fait bien choisi), un petit truc infime qui provoque un léger bordel comme on en voit régulièrement, sans y prêter plus d'attention que ça.
De quoi parle-je, vous demandez-vous sans avoir cliqué sur les liens, et je vous comprends, ma prose est prenante. Je parle de ça : vendredi soir, à la suite d'une interruption de trafic gare Saint-Lazare, "des voyageurs ont insulté des agents de la SNCF et ont menacé de leur casser la figure, au point que ces derniers se sont réfugiés dans un local sous la protection de policiers. Des vitres ont également été brisées." Raconté par Libé c'est pire : "Des voyageurs impatients ont encerclé un local d'accueil et ont brisé deux vitres de ce local et craché sur les autres, a constaté un journaliste de l'AFP. De très nombreux voyageurs ont lancé des cris de haine et des insultes contre les agents de la SNCF et les syndicalistes de Sud accusés d'incompétence. Des passagers surexcités par toute une série de dysfonctionnements récents au départ de cette gare, ont pris à partie des agents SNCF, menaçant de leur casser la figure, au point que ces derniers se sont réfugiés dans le local d'accueil du public, sous la protection de policiers."
Indéniablement, il y a du romanesque dans cette histoire d'otages qui prennent à partie leurs tortionnaires. Un peu la version française du vol détourné par ses propre passagers un certain 11 septembre. Au cruel détail près que l'interruption du trafic était dûe à la présence sur les voies d'un imprudent, renversé par un train.
Je ne sais pas vous, mon boucher m'explique qu'il ferme boutique parce qu'un client s'est blessé avec sa scie à jambon, je n'ai pas spécialement envie de lui péter la gueule. Si les pompiers me coupent l'eau pour éteindre un incendie dans l'immeuble, il est assez peu probable que je leur crache dessus, même si je suis en train de faire la vaisselle.
Alors quoi ?
Alors notre éminent président a laché les chiens. Les cheminots grévistes sont irresponsables, ils doivent être punis, et puis s'excuser, aussi, quand leur grève perturbe la vie des usagers (j'aimerais vraiment que quelqu'un de droite m'explique sa conception de la grêvè, puisque si j'en crois le présidentiel imbécile ou ses sous-fifres - Eric Woerth sur France Inter ce matin -, la grève est un droit à la seule condition qu'elle ne fasse chier personne). Livrant ainsi à la vindicte populaire les syndicalistes inconséquents qui empêchent les forces vives de la nation d'aller bosser. Et par extension, les cheminots dans leur ensemble, puisqu'on sait bien que cette profession est essentiellement composés de tires-au-flanc de gauche (pléonasme).
Que les choses soient claires, je comprends l'énervement, voire l'égarement des gens bloqués dans les gares. Je le déplore, c'est le signe d'une crasse bêtise et d'une conception (à mon sens) méprisable du service public, dû puisque payé par ses impôts, mais pour avoir déjà vécu quelques grèves (je m'obstine à écrire "grêve", je dois avoir envie de mer) parisiennes, les nerfs sont vite en pelote, et quand on est enervé on prend le premier coupable venu. Quitte à en avoir honte après, et j'espère très fortement que les abrutis de vendredi s'en veulent.
Mais comment s'étonner de ces réactions violentes, vulgaires, et bestiales, quand elles sont refletées jusqu'au sommet de l'Etat. Le discours vindicatif du pitre en chef et de ses sbires n'est-il pas le premier responsable de cette atmosphère de merde ? A crier haro sur le syndicaliste, on prend le risque de la bavure au premier problème venu. A quelques jours d'une manifestation nationale, c'est évidemment une excellente idée.
Je n'ai pas mentionné cette grève éclair de SUD rail, aussi en profite-je pour dire mon incrédulité. Des gens interrompent leur travail pour rendre hommage à un collègue agressé, faisant preuve d'une exemplaire solidarité en même temps que d'une conscience collective respectable, et que fait-on ? On hurle. On s'indigne. Mais monsieur et ma réunion de 9h30 ? Qu'essj'en ai à foutre de ton collègue, et mes enfants à la crêche ? Mon incrédulité, j'exagère, je sais malheureusement trop combien le nombril est le seul maitre étalon de nombre de mes concitoyens (le mien aussi, peut-être, mais pas quand j'écris à tête reposée). Je dirai donc plutôt ma tristesse, en même temps que je donnerai quelques conseils à ces mêmes concitoyens pour aller jusqu'au bout de leur logique : huez donc les minutes de silence., ces marques insupportables d'émotion pour des mecs qu'en général vous ne connaissez pas, et qui vous gâchent un morceau de votre loisir payant.
La foule (cassdédi) est souvent conne (pas cassdédi), ce n'est pas neuf. La rôle des "responsables", c'est de désamorcer sa sauvagerie intrinsèque, d'éclairer l'individu pour qu'il agisse en toute compréhension et non emporté par la (pleutre) vague du nombre. Le rôle de Nicolas Sarkozy, ou de Guillaume Pépy, c'était d'analyser la nature et les racines du problème, pas de pointer du doigt d'éventuels coupables.
Voilà pourtant la seule chose que les "responsables" savent encore faire : désigner les fautifs. Réprimer ou menacer. La police, la sanction, "l'encadrement" (du droit de grève ou du travail parlementaire), l'appel inepte au bon sens de l'évidence. C'est moins fatiguant que d'expliquer, ou pire, de comprendre.
Ce pays pue le fascisme qui vient.
12:13 Publié dans Res publica | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
26.01.2009
Rendez-vous
On me dit, non sans raison, que la manifestation est inefficace. Qu'elle a trop souvent tendance à mobiliser contre, à rassembler les colères plutôt qu'à agréger les énergies, à dissiper la volonté d'agir dans le slogan provocateur et vain.
C'est vrai, tout est vrai, il existe de bien meilleurs moyens de lutter pour changer ce qui doit l'être. Il y a le dialogue, il y a le compromis, il y a le chaque chose en son temps et, surtout, patience et longueur de temps.
Mais le compromis n'existe qu'à l'aune du rapport de force, et celui-ci penche dramatiquement du côté de la matraque et des stock-options. Tant que le sarkozysme et ses satellites se sentiront en sécurité, sereins dans leurs mots creux et leurs contre-sens, le temps jouera pour eux. Tant qu'ils pourront lire le silence comme un encouragement et non comme une menace, tant qu'ils auront le sentiment d'avoir les mains libres, à l'abri des regards braqués sur les contre-feux qu'ils allument (ON S'EN FOUT DE VOS ENFANTS DANS VOS CRECHES FLAMANDES, ON S'EN FOUT DE VOS COMING-OUT ELECTORAUX, ON S'EN FOUT DE VOS BOURRASQUES LANDAISES), le dialogue sera sans substance.
Avant de discuter, on pose les forces en présence, sans quoi le fort présumé l'emportera toujours. Voilà le sens de la manifestation. Elle n'est pas une fin, la forme ultime et définitive de la lutte sociale, elle est une démonstration de force dans sa plus simple expression : celle du nombre.
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