03.02.2009

Souffler sur les Brezet

J'en ai déjà parlé, mais j'en reparle, parce que cet homme me fait rêver. Et parce qu'il berce mes nuits de mille (MILLE) songes vaporeux, je vous remets sa photo.

 

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Il s'appelle Alexis Brezet, il est éditorialiste au Figaro (un bien beau métier, veuillez bien le croire), et il a souvent des mots très justes pour qualifier les fonctionnaires, les profs, les syndicalistes, et les terroristes. C'est un homme moral, droit, respectueux des lois et de son prochain.

La preuve, son dernier chef d'oeuvre est un hymne citoyen à la tolérance et à la poésie de la main tendue (et du majeur dressé). Que dit-il, ce chef d'oeuvre ? Il dit beaucoup.

D'abord, il se félicite de la France active et solidaire, qui cicatrise de la tempête avec célérité. Merci les pompiers, merci les agents EDF (Alexis n'oublie pas de remercier les agents EDF bien qu'ils soient fonctionnaires, c'est la preuve de son extrême politesse), et les assureurs. Pas d'intrus ici, ne soyez pas étroits d'esprit. Puis, par un élégant parallèle, Alexis rebondit sur la crise actuelle, tempête économique autrement plus dangereuse et durable que les bourrasques landaises. Et là, malheureusement, point de courageux pompiers, mais la tentation "de répondre par le désordre, la discorde, et la démagogie du chacun pour soi".

Evidemment, là, on est intrigué, on sent qu'il y a un truc qui ne tourne pas rond, mais on ne met pas le doigt dessus. On sait bien (on est lecteur du Figaro) que le gouvernement réagit courageusement à la crise, ce n'est donc pas de lui qu'il parle. Alors de qui, merde ? On souffre de ne pas savoir ! Heureusement, le suspense est de courte durée. Car, et c'est très vrai, "c'est bien beau de défiler «contre la crise», mais croit-on vraiment que les banderoles de jeudi l'auront effrayée ?" Franchement, les connards à banderoles, vous pensez sérieusement que vous servez à quelque chose ? Hein ? Vous et vos leaders syndicaux (non représentatifs), vous en avez pas marre de nous casser les couilles et les oreilles avec vos éructations grossières ? J'ai tout lu Eric Woerth, je sais combien vous êtes nuls.

Pire, vous êtes "inciviques", comme le dit Alexis. Inciviques comme les profs qui refusent d'aider les élèves en difficultés, comme les enseignants chercheurs qui privent les étudiants de leurs notes, comme les cheminots (encartés chez SUD, hein) qui trichent en faisant des grêves qui bloquent au lieu de faire des grêves dont plus personne ne s'aperçoit. Et comme les banquiers qui ne veulent pas renoncer à leurs bonus.

Comme Alexis est poli, il en reste à "incivique", mais on sent bien qu'il est scandalisé, et que s'il était éditorialiste dans Charlie Hebdo, il lacherait la bride. Ah, ces connards, ces fils de pute de profiteurs qui pendant qu'on s'échine au travail (moi qui vous parle, je torche des éditos moisis à la chaine pour un salaire qui égale à peine le triple de celui d'un prof agregé), foutent le bordel, glandent, et volent nos impôts. Les banquiers qui s'engraissent ou les profs qui manifestent (pour des broutilles : on les contraint juste à un peu plus de "performance", ces fainéants), même combat.

D'ailleurs, sur la fin, le vernis de civilité d'Alexis s'écaille. Prenant le contre-pied des sondages douteux arguant que les français soutiennent majoritairement les grèvistes, il nous relate l'épisode de la gare Saint-Lazare, où de nobles citoyens, ulcérés par la chienlit syndicale (pardon, "exaspérés par un énième débrayage" - du il est vrai à un voyageur présent sur les voies), ont civiquement tenté de fracasser des agents SNCF. "L'épisode ferait sourire", nous susurre avec gourmandise Alexis, et rien n'est plus juste : comment ne pas se délecter de la sauvagerie populaire quand elle s'exerce contre ces blattes syndicales ou ces endémiques fainéants que sont les fonctionnaires.

Mais si le sourire est conditionnel (dommage !), c'est qu'il est également "lourd de menaces". Pythie moderne, Alexis se drape alors dans sa toge d'acrylique, et entonne cet augure flippant à l'adresse des "boutefeux" qui veulent "destabiliser le gouvernement" : "Quand la tempête se lève, nul ne sait où elle va souffler."

Exalté, j'ai éteint mon PC et je suis allé violer une enseignante de maternelle, probablement de gauche puisqu'il y avait de jeunes immigrés dans sa classe. Là j'écris une chanson pour Michel Sardou qui s'appelerait "Fonctionnaires de tous les pays, je vous encule", et ensuite je rejoins Ivan R. pour le sacrifice rituel d'un cheminot anarcho-autonome. C'est bon, finalement, la décomplexion.

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