09.02.2009

Irantanplan

Je commencerai cet article par un renvoi (burp) à l'excellent article d'Article11, consacré à l'usage de l'antisémitisme comme contre-feu dans l'affaire Kouchner/Péan, formidable instrument de discrédit manié avec une extrême indécence par de plus en plus nombreux apôtres décomplexés de la concorde civile (what else ?). Ca mériterait une tartine de commentaires énervés, mais j'ai trop peur de me manger une tribune de BHL dans la face.

Sautons du coq à l'âne, à moins que ce soit l'inverse, et intéressons-nous à la récente déclaration du nain puissant qui, réagissant au lancement réussi d'un satellite par l'Iran, déplorait une "extrême mauvaise nouvelle", et appelait au "renforcement des sanctions" comme "seule solution". Solution à quoi, voilà qui demande un peu d'enquête. J'enfile mon Leica (je suis oldschool), empoche mon carnet Moleskine, et saute dans mon hummer pour aller investiguer sur les tenants et aboutissants de cette "mauvaise nouvelle".

Téméraire, je me jette la tête la première dans Le Figaro, qui m'apprend les raisons de l'inquiétude présidentielle (et plus largement occidentale). L'Occident, car je me répète mais c'est bien lui qui tremble, relève en effet que "la technologie utilisée (pour lancer le satellite) est très similaire à celle des missiles balistiques". Ce qui, je ne suis pas expert en aéronautique, est probablement vrai. Mais ne m'inquiète pas outre mesure, pas plus en tout cas que le lancement d'un satellite belge, dont la technologie de lancement est elle aussi plus similaire à celle des missiles balistiques qu'à celles des frites-mayo. Alors pourquoi Sarko, pourtant peu enclin à avouer sa peur, cowboy qu'il est, est-il inquiet ?

Toujours équipé en baroudeur, je prends mon courage à deux mains et me plonge dans les eaux troubles de l'ONU. Evoluant avec peine dans l'atmosphère lourde et humide de l'organe supranational, j'extirpe d'un buisson de résolutions la suivante (je vous ai mis la traduction cé-fran). Celle-ci s'appuie notamment sur une résolution précédente, que vous trouverez ici, et qui dit globalement la même chose. A savoir que le conseil de sécurité onusien, préoccupé par la volonté iranienne de développer un programme nucléaire, enjoint l'Iran à collaborer avec l'AIEA (Agence Internationale de l'Energie Atomique), ainsi qu'à faire preuve de transparence. Ce qui en langage non-diplomatique, veut dire : arrêtez de jouer avec les atomes, messieurs les mollah, il y a des règles strictes à ce sujet (le TNP, par exemple). Et dont la discussion ne sera pas l'objet de ce (déjà) long article.

Reprenons : Sarkozy s'inquiète parce que l'Iran envoie un satellite dans l'espace, parce que ça ressemble à lancer un missile sur la tete de l'Occident. Et Sarkozy réclame d'intensifier les sanctions, au nom d'une résolution enjoignant l'Iran à stopper son programme nucléaire. On fait rapidement le lien, mais cela nous autorise deux constats :

1- les relations diplomatiques "occidentales" avec l'Iran sont dramatiquement paranoïaques. Le sophisme est évident ("vous lancez un satellite/or lancer un satellite c'est comme lancer un missile (nucléaire)/donc vous voulez lancer un missile (nucléaire)"),et l'élever au rang de discours officiel est ma foi révélateur. Sous prétexte que l'Iran n'a pas rassuré sur sa non-volonté de développer un programme nucléaire militaire (celle-ci n'étant pas avérée, il ne s'agit que de conjectures, certes adossées à quelques indices de l'AIEA), toute avancée technologique iranienne sera donc vécue comme un pas vers la guerre atomique.

2- corollaire du premier point, l'avancée technologique iranienne est nécessairement inquiétante. "Quoi, vous avez inventé le vaccin contre le SIDA ? Mais celui-ci s'appuie sur des souches maitrisées du virus ! Ca veut dire que vous êtes capables de mener une guerre virale contre l'Occident !". Même réflexion avec un moteur d'avion, un nouveau type de colle, ou un sèche-cheveux.

Où veux-tu en venir, me direz-vous si vous avez l'outrecuidance de me tutoyer. Je veux en venir là : cette réaction est conne. Oui, conne. L'Iran est un pays, il siège à l'ONU, il me semble légitime qu'il puisse faire travailler ses savants et ses ingénieurs à autre chose que le tchador anti-transpirant ou le peigne à barbe électrique. Le régime iranien n'est pas des plus sympathiques, je n'ai par ailleurs aucune affinité ni avec les antisémites de la trempe d'Ahmadinejad ,ni avec les grenouilles de minaret qui l'entourent, mais j'ai du mal à voir en quel nom il serait interdit à un pays souverain d'avancer technologiquement. Ou alors pourquoi s'arrêter là ? Pour lancer un missile, il faut le construire, et pour ça il faut de l'éléctronique de pointe : interdisons aux iraniens de concevoir des calculatrices ou des téléphones ! Pour construire une centrale nucléaire il faut du béton : interdisons le BTP !

Bon j'exagère, on dirait une chronique de Philippe Val (sans référence à Spinoza, je ne l'ai pas encore commencé). Mais quand même, je soupçonne un raisonnement parent du célèbre "attention les islamistes menacent notre paisible occident", lui-même fréquemment associé aux non-moins célèbre "attention les arabes on peut pas leur faire confiance". Si c'était une question de régime, on se pencherait aussi sur les avancées chinoises. Si c'était une question "d'équilibre régional", on poserait quelques questions à Israël et ses bombes au phosphore. Et si c'était un problème spécifique à la prolifération du nucléaire, pourquoi Sarko fournit-il Kadhafi en came de haut niveau ?

Non, je veux pas être désagréable, hein, mais si j'étais iranien je crois bien que je lui ferai un petit bras d'honneur, à "l'inquiet" tartuffe qui nous préside.

(d'ailleurs je lui en fais un. Pour la route.)

Les commentaires sont fermés.