17.02.2009
Chav(ir)ez
Je comptais réprimer ce cri du coeur, mais trop de perches me sont tendues par nos estimés journalistes métropolitains. Aussi, comme l'urine trop longtemps contenue dans une vessie comprimée, je laisse jaillir de moi la métaphore élégante et ces quelques mots en majuscule :
ARRETEZ AVEC VOTRE FLUTE SUR HUGO CHAVEZ, BORDEL DE VOS MERES.
On a compris que vous aviez du mal avec les gens à gauche de François Bayrou, messieurs-dames des médias, on ne se fait guère plus d'illusions. Mais vous poussez dans vos récents papiers la distorsion tellement loin qu'on dirait un brin d'ADN.
Libé le 14 février. "Chavez se verrait bien président à vie".
Rue89, le 16 février. "Chavez l'emporte : un pas vers la démocratie...ou la dictature".
Le Monde, le 16 février. "La victoire du oui permettra à Chavez de se représenter".
Le Figaro, le 17février. "Triomphe en trompe-l'oeil pour Chavez".
C'est éloquent. Ne serait le vernis de politesse et de mesure qu'emprunte le journaliste pour masquer son agacement, ça donnerait probablement des "Un dictateur gauchiste renforce son emprise bolchévique sur un pays trompé". Ce n'est pas ce qu'on lit, mais c'est heureusement ce que l'on comprend.
Je vous renvoie à chacun des articles pour vous faire une idée, mais il est certain qu'à leur lecture, on ne doute pas :
- Que Chavez est un autocrate menaçant, irrespectueux des libertés publiques, qui ambitionne d'accaparer le pouvoir jusqu'à la fin de sa vie
- Que le Venezuela n'est démocrate qu'en apparence, et qu'en réalité, par un mélange de populisme et de contrôle médiatique, Chavez se joue des libertés publiques.
- Que le peuple vénézuelien, malgré la révolte d'élites éclairées, se fourvoie, manipulé par un fasciste en puissance.
Glissons sur les habiles références à sa diplomatie (avec l'Iran), à ses amis ("castristes") et ses inimitiés (l'Amérique, Israël). Et une mention spéciale au Figaro qui nous explique que si les venezueliens ont voté oui, c'est parce qu'ils pensent un peu non, et que la victoire de Chavez souligne son intéret à changer rapidement de discours. Du grand art.
En remettant quelques orteils dans le monde réel, on s'appuiera cependant sur les faits, concédés du bout des lèvres par nos amis de la Pravda.
D'abord, Chavez ne s'offre pas une présidence à vie. Il s'offre la possibilité de mandats supplémentaires. Et cela, par un référendum. En résumant grossièrement, il s'offre démocratiquement la possibilité d'être démocratiquement ré-élu. On peut désapprouver la démarche, mais y voir un déni de démocratie est pour le moins paradoxal.
Ensuite, Chavez essuie depuis des années les brimades et les sermons de nos amis du côté du manche. "Caudillo" (fasciste, donc), "castriste" (dictatorial, donc), "populiste", tous les épithètes sont bons pour qualifier les dérives du président vénézuélien. S'il apparait dans une émission télévisuelle hebdomadaire, on hurle au contrôle des médias. S'il redistribue la manne pétrolière aux plus pauvres, c'est du clientélisme. S'il expulse un député européen (de droite) qui lui prête "des comportements typiques d’un dictateur, incompatibles avec tout paramètre démocratique", c'est un scandale. Tout est prétexte a procès d'intention, étant entendu qu'il s'agit d'un dangereux criminel qui ne se maintient au pouvoir qu'à la grâce d'un pétrole qui coule à flot. Ben voyons.
Le personnage est complexe, et ses méthodes discutables. Il fait des erreurs, des choix critiquables, il est probable qu'il se rende coupable d'abus et d'outrances à foison. Mais la désinformation à son sujet est incroyable. Insupportable, même. Un article récent revient sur l'article de Libé cité plus haut, et le démonte point par point. Un autre s'en moque. Un dernier relativise. Mais c'est un peu triste, de voir que les blogs seuls s'offrent en contre-poids de l'unanimité médiatique anti-Chavez.
La matière ne manque pourtant pas, dans nos proches environs, pour pointer du doigt la misère politique et la manipulation, le fascisme rampant et les méthodes mafieuses. Il y a le Maghreb et ses dictateurs "amis", l'Afrique chère à Bernard Kouchner. Plus près encore, il y a l'Italie, qui glisse progressivement dans la merde brune. L'extrême droite y prospère, les lois racistes y pullulent (lire ici), les milices (!!!) y renaissent. (lire là). Les faits divers exhalent un délicat fumet de haine et de connerie, façon ratonnade. Où sont, alors, nos amis journalistes ?
Certainement dans leur bureau, à éplucher les dépêches AFP et les éditos de penseurs-censeurs. Ce métier meurt à petits feux.
14:45 Publié dans Res publica | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note








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