07.07.2009

Estivale empathie

Lecteur, je t'en prie, réprime ce frisson d'allegresse qui hérisse ta peau de mille petites érections pileuses communément réduites à la "chair de poule", mais que le sage et le cultivé nomme "horripilation", de sorte que ceux qui disent "tu m'horripiles" à quelqu'un qui les agace confessent en réalité qu'il les fait grave kiffer, lecteur, disais-je, cache ta oij, si ton fil RSS frémit, ce n'est point que l'auteur de ce blog s'astreint à nouveau à la régularité, c'est juste que y en a marre d'avoir un vocabulaire de ministre sarkozyste à force de ne plus écrire que des compte-rendus de réunion. La pratique (j'avais écrit "praxis" pour crâner mais en fait ça n'allait pas), voilà bien l'unique salut du chauve oisif. Du chevelu oisif aussi, ne me fais pas dire ce que je n'ai pas dit.

Ton frisson réprimé, ta joie cachée, le séant bien calé sur ta chaise de bureau, ton canapé, ou ton aspirateur si le coeur t'en dit, abordons ensemble un sujet grave et sérieux comme une tribune de Robert Hue dans le Monde : l'été.

L'été, il fait chaud. Déjà en soi, c'est perturbant, et l'Homme, dans sa grande détresse, n'est plus que sudation et taches dégueulasses sous les aisselles (tandis que la femme, heureuse et légère créature, n'est plus que décolleté plongeant et gambettes glabres). Mais l'été, c'est également l'heure où l'Homme (celui avec les taches dégueulasses), sevré de football, sort de sa torpeur et s'intéresse aux grands problèmes du monde : la mort des gens connus, la mort des gens en avion, la mort des gens en train, la mort des gens exotiques, et puis le tour de France.

Accablé d'images choc, l'Homme souffre, et sa souffrance est comme une petite flûte traversière dans le grand concert du monde, il est un comorien qui s'écrase, un enfant qui se noie dans la piscine, un cycliste qui tombe et se fait mal au genou. Il est Michael Jackson. La caisse de résonnance médiatique l'alimente en douleurs, en drames, en accidents, il sent, il s'apitoie, il s'insurge contre le destin facétieux qui tue les enfants, les voyageurs et les français au lieu de s'attaquer aux vieux, aux casaniers et aux étrangers. Et quand le moulin s'essoufle, quand aucun avion ne tombe, aucune célebrité ne meurt, aucun gamin ne se fait broyer la jambe dans un escalator, il reste toujours l'évocation des drames passés, les procès de grands pédophiles, les meurtres non élucidés.

Hey, l'Homme. Cesse donc de renifler la détresse des autres, recule-toi quelques secondes du sourcil compatissant de Laurence Ferrari, et réponds : pourquoi t'infliges-tu cette litanie de cadavres et d'explosions ? Pourquoi ça te fascine, les accidents et les crimes ? Pourquoi Grégory Coupet ?

Je n'ai pas de réponse.

Mais ce qui se trame au Honduras, en Chine, en Iran, ou sous les ors du palais Bourbon, je pense humblement que ça devrait t'intéresser davantage. Et je ne te parle pas du camp des loges.

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