08.07.2009
Mettre des colles
Le soleil se lève à peine (il est 10h30) sur le morne parvis hérissé de tours informes qui porte le même nom que le ministre de la guerre, et déjà s'étend sur nos frêles épaules l'étreinte délicate du paternalisme gouvernemental. La Une de libération.fr affiche ainsi dès l'aube (il est 10h36), et dans le désordre, "Sarkozy à sa majorité : travailler le dimanche n'est pas un drame", "pirates de Sarkozy : jusqu'à 4 ans ferme", "Le plan Hirsch pour aider les jeunes", "Tibéhirine : Sarkozy lèvera le secret défense", etc, nous nous abreuvons à satiété des gesticulations du régime, jusqu'à tomber sur un article qui semble de prime abord sans intérêt, puisque le nom du président de la République n'y apparait pas : Luc Chatel : maintien des poursuites contre les enseignants désobéisseurs". Chic.
La sagesse populaire, qui n'est jamais la dernière pour avoir un avis sur tout, énonce que "l'éducation c'est comme la guerre, faut pas la filer à des biknits". Maxime ô combien vérifiée par l'état dramatique de notre pays, livré à une jeunesse décadente qui brûle des voitures en écoutant de la musique nègre, sous les cagoules et les burqas, alors que dans les Choristes les enfants ils sont bien sages. Luc Chatel, rutilant nouveau ministre de l'Ecole et des Fouilles au Corps, est un homme raisonnable : la sagesse populaire, c'est son crédo.
Ainsi des poursuites disciplinaires lancées par l'Education Nationale contre des maitres d'école qui refusaient d'appliquer des réformes, Luc Chatel pense qu'elles sont légitimes. Pourquoi ? Parce que les "procédures existent". Légitimer l'existence d'une procédure par son existence, voilà bien le signe que l'Etat Français est entre de bonnes mains pleines de bon sens, mais là n'est pas le coeur du discours de notre estimé ministre : son message le plus fondamental, il le délivre ensuite. "Je suis ministre de l'Education nationale, et je suis très attaché et je revendique ce point précis. Les programmes, ils sont nationaux, conçus dans l'intérêt général des enfants, l'enseignant doit les mettre en oeuvre"", explique-t-il avec la syntaxe d'un élève de CE2. Les programmes, c'est comme les procédures : ils existent, donc il faut qu'ils existent, ok ?
Luc, très attaché (c'est lui qui le dit, même s'il oublie de dire à quoi), est également adepte du fouet. "La désobéissance, ça me paraît assez peu compatible avec ce qu'est le métier d'enseignant. Un enseignant, il doit faire obéir ses élèves (...), donc il y aurait un véritable paradoxe que lui-même ne s'applique pas ses propres règles". On notera la syntaxe une nouvelle fois pleine de vie, qu'on dirait que c'est Booba qui clashe les journalistes. Mais surtout, on notera ça : La désobéissance, ça me parait assez peu compatible avec ce qu'est le métier d'enseignant.
Tu pourrais penser, cher lecteur, et tu m'excuseras si je te prête une candeur démesurée, que le métier de l'enseignant, c'est avant tout d'enseigner. Beaucoup croient ça. Mais ce sont des gens un peu rêveurs, ou un peu staliniens. Dans la vraie vie, où le bon sens est loi, l'important dans "maître d'école", ce n'est pas "d'école". L'important ce n'est pas de transmettre, d'intéresser, d'échanger : c'est diriger. C'est faire obéir, régir, dominer, mettre en coupe réglée, tataner la face des perturbateurs et des feignasses. Apprendre, c'est obéir.
Soyons clairs, la position de Luc Chatel se tient : au rythme où vont les choses, et du fait de cette interminable crise qui nous oppresse, mâme Michu, et qui faut qu'on soit responsable pour s'en sortir, les seuls fonctionnaires dont les effectifs ne seront pas drastiquement réduits, ce sont lers flics. Des flics de proximité, des flics cowboys, des flics pompiers, des flics soldats, des flics juges, alors pourquoi pas des flics enseignants ? Après tout, un cours de math ce n'est pas foncièrement différent d'une garde à vue : on enferme les gamins, on pose des questions, s'ils répondent mal on sanctionne, c'est à la portée de n'importe qui, tant que l'ordre prévaut.
L'ordre.
Elle est là, l'essence de cette droite dure qui s'habille de pipeaux et d'ouverture, qui réussit à nous faire croire qu'elle n'est ni dure, ni de droite : l'amour de l'ordre. A la Défense, à la Justice, à l'Education Nationale, les mêmes principes : en haut, on décide. En bas, on applique. Et en rythme.
Ca n'a l'air de rien, mais à force de subir leurs pernicieux assauts, on va finir par s'endormir. Et on se réveillerait entouré de kapos que ça ne m'étonnerait guère.
11:15 Publié dans Res publica | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note








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