09.07.2009
Marguerite Honduras
Dans la lointaine Amérique Latine, qui est à l'Amérique ce que la province est à la France, c'est à dire une vague excroissance peuplée d'indigènes aux moeurs douteuses, il existe de petits pays. Plein. Certains sont très forts en football, comme le Brésil ou Boca Junior, et d'autres un peu moins, ce qui fait qu'on les connait très mal. C'est très injuste, même si bon, tout le monde n'a pas forcément le temps de s'intéresser à des choses aussi confidentielles, y en a qui ont un boulot.
Heureusement, l'Actualité est parfois providentielle et elle s'est, ces derniers temps, montrée généreuse d'attention pour une de ces petites zones tribales que les sudaméricains appellent pays sous prétexte qu'ils ont eu une idée de drapeau différente de leur voisin : le Honduras.
Le Honduras, entouré par trois pays tout aussi méconnus, à savoir le Nicaragua, le Salvador et le Costa Rica (bon on connait un peu le Costa Rica : ils étaient à la Coupe du Monde), est une république d'Amérique Centrale, un peu plus grande que le Portugal, et un peu plus petite que l'Espagne, mais avec beaucoup moins de corridas. Comme les honduriens n'avaient pas les moyens d'acquérir une langue à eux, ils parlent espagnol.
Récemment, leur chef Manuel Zelaya, qu'on appelle "président de la république", mais qui n'a rien à voir avec le nôtre puisqu'il ne réunit jamais personne au congrès de Versailles, a été assez aimablement poussé de son siège par l'armée, au motif qu'il comptait rester au pouvoir indéfiniment. Ce qui n'est pas très gentil. A la place, l'Armée à installé Roberto Michelleti, qui est beaucoup plus sympa, et surtout beaucoup plus sérieux puisqu'il porte des cravates, et qu'il n'a pas de moustache bolchévique.Tout semblait aller pour le mieux, lorsque les choses se sont compliqué.
D'abord, Hugo Chavez (qui est un chef de pays comme le Honduras, mais plus grand, et surtout très très bolchévique - même s'il n'a pas de moustache) a dit que ce n'était pas bien, et qu'il fallait remettre à sa place Zelaya qui est son pote. A ce stade, l'Actualité n'était pas perdue, c'est normal qu'un bolchévique impérialiste et tyrannique soutienne un autre bolchévique impérialiste et tyrannique.
Mais les autres pays d'Amérique Latine ont également manifesté leur soutien au président déchu. Et bientôt, l'ONU. Et même : les Etats-Unis. Ca commencait à faire beaucoup, et c'était bizarre, que des pays progressistes soutiennent eux aussi un bolchévique impérialiste. Alors l'Actualité s'est penché sur la question, et on a compris que la situation était un peu moins simple, que Manuel Zelaya (le moustachu) n'était pas si impérialiste, et que Roberto Michelleti (avec des cravates) n'était pas si sympa. Le fait qu'il ait muselé les médias et réprimé dans le sang les manifestations pro-moustache en donnaient quelques indices.
Bref, nous étions plongé dans une situation complexe, aux ramifications géopolitiques opaques, et dans un pays dont franchement on a rien à foutre. C'était inadmissible.
Et tu noteras, cher lecteur, que depuis ce constat, la solution a été drastique : on en parle plus. Le dernier épisode en date (à savoir l'atterissage refusé à Zelaya sur le sol hondurien date de dimanche, depuis : plus rien. Un entrefilet dans le Point mentionnant une médiation des Etats-Unis et d'un prix nobel de la paix costa-ricain, mais rien dans Le Monde, rien dans Libé, rien dans Le Figaro ou l'Express.
Nous ne connaitrons donc probablement pas la fin de l'histoire, ce qui serait dommage si d'autres palpitantes aventures n'étaient pas nés pour nous divertir en lieu et place des gesticulations honduriennes : les tribulations du G8 à l'Aquila. Beaucoup moins de moustaches, beaucoup plus de cravates, enfin un sujet sérieux pour l'Actualité.
10:29 Publié dans Ca m'énerve | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note








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