02.09.2008
Inique et SuperFétatoire
Il était 13h12, je mâchais sans conviction un morceau d'avocat un peu trop impregné de jus de citron provenant de ma salade quotidienne, lorsque la lumière m'a frappé, plutôt comme un violent direct dans la joue que comme l'aimable rai de chatoyance céleste que je vous vois imaginer, biberonnés que vous êtes au cliché visuel. Elle m'a frappé, et je m'en voudrais de garder pour moi cette illumination. Permettez que je vous l'introduise (la lumière).
La lumière s'appelle Laurence. Son nom commence comme la capitale de la France, et finit comme un con. Laurence aime l'argent, l'UMP, et se poser un doigt sur la tempe pour montrer qu'elle réfléchit. Laurence est la patronne des patrons français, c'est donc loin d'être la moitié d'un étron. Laurence connaît très bien les rouages de l'économie, sinon elle ne serait pas si riche (l'héritage de son grand-papa est un détail de l'histoire).
Aujourd'hui, Laurence s'attaque aux problèmes de l'économie française. En effet, elle sait que le plus gros problème de notre pays aujourd'hui, c'est que quand les gens ils veulent devenir riches, ils peuvent pas, parce qu'on leur prend tout ce qu'ils gagnent. Alors, de desespoir, ils s'en vont être riches ailleurs, et forcément, on s'appauvrit. "Comment voulez-vous qu'on puisse continuer à créer des entreprises, à investir dans des entreprises si nous n'avons plus le capitaliste prêt à risquer son argent dans une entreprise ?", lance-t-elle rageusement à la face de nos instances immobilistes. "L'ISF nous a abimé de ce point de vue là de façon catastrophique.", conclut-elle. Nos équipes cherchent actuellement à déterminer qui se cache derrière le "nous", mais les premiers résultats de l'enquête nous orientent vers un discret collectif de généreux humanistes qui préfèrent rester anonymes par pure modestie. Mais nul doute n'est permis : amis, l'ISF nous abîme. Mais qu'est ce que l'ISF ?
L'ISF est une invention soviétique, voire nazie (antisémite en tout les cas, vous dirait BHL), qui vise à voler aux gens productifs (les directeurs de fonds de pension, les princes saoudiens, les grands héritiers,...) pour donner aux fainéants improductifs (les fonctionnaires, les chômeurs, les familles africaines qui font beaucoup d'enfants sans respect aucun pour nos fils et nos compagnes,...). Ce concept issu des heures les plus noires de notre histoire (j'emprunte cette superbe image à Philippe Val, il l'utilise tellement qu'il ne s'en formalisera pas) repose d'ailleurs pour l'essentiel sur une escroquerie de gauchistes : l'idée que l'on pourrait vouloir contribuer au bien commun dans l'espoir dans bénéficier plutôt que de s'acheter un pied-à-terre dans le Vème. On note d'ailleurs une cruelle dégradation lorsqu'on lit le sigle de cette horreur de gauche à droite : Impôt (berk) de Solidarité (hihi) sur la Fortune (bien !).
Cet impôt (berk) frappe de plein fouet toutes les personnes physiques (les personnes morales - les entreprises par exemple - n'étant pas concernées) touchant à peine 770k€ net par an, les plongeant souvent dans une misère noire, comme le montrent les chiffres suivants :
- une personne touchant entre 770k€ et 1 240k€ s'acquittera chaque année d'un impôt compris entre 0 et 2585€
- une personne touchant entre 7 360k€ et 16 020k€ s'acquittera chaque année d'un impôt compris entre 71 290 et 214 180 €
Franchement, c'est beaucoup. On comprend que le "capitaliste" (terme générique qui comprend le PDG, le chanteur, ou le footballeur) s'enfuie à grandes enjambées pour éviter le couperet de la spoliation.C'est d'une machine à liquider nos fleurons économiques que nous parlons.
Il est du devoir de l'homme de bonne volonté de lutter contre cette discrimination anti-gagnants. Il est temps de cesser l'apologie de la médiocratie, et de promouvoir ceux qui osent sans les opprimer ni les priver du juste usufruit de leur labeur.
Laurence dirait en conclusion que ce serait ""la meilleure façon de conserver des investisseurs dans notre pays et la meilleure façon de faire venir d'autres investisseurs qui avaient quitté notre pays"
C'est un enjeu qui dépasse et de loin notre simple confort individuel, et je vous enjoins dans le sillage de Laurence à peser de tout votre poids pour que cesse ce scandale.
PS : J'en profite pour vous recommander "Rêves de Gauche : défaire l'imaginaire Blumien" par Cholla Monnaie. C'est très très bien.
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27.07.2008
Un prêté pour deux Ranu
Exercice convenu s'il en est, mais néanmoins salutaire pour mieux se situer dans le magma de la blogosphère, je souhaite partager avec vous les dernières requêtes Google ayant conduits quelques brebis égarées jusqu'à l'avalanche de bile alternative que constitue ces pages. Elles sont rares (les requêtes) mais éloquentes :
"buter un gros con"
"jean michel ranu"
"sardou viol"
J'avoue que je m'interroge. Que je fasse office de référence quant à l'histoire crimino-sexuelle des Sardou, soit. Que je sois l'impasse où viennent mourir les pulsions sanguinaires de quelque cyber-vener, soit. MAIS QUI EST CE JEAN MICHEL RANU ?
Je ne sais pas. Un évadé de la COGIP, peut-être ?
Difficile d'accepter de ne pas même satisfaire aux trois requêtes mensuelles des internautes que Google a la grâce de m'adresser. Je me remets en question : pourquoi ai-je si longtemps évité de parler de Jean-Michel Ranu ? Pardonne-moi, toi qui cherchait la vérité sur cet homme. Je n'ai pas su t'éclairer, et je m'en veux. C'est bien d'aborder la vie des grands de ce monde, de disserter sur Rachida Dati ou Philippe Val, mais l'on se coupe progressivement de la vraie vie, celle où le chomeur souffre avant de flemasser (ahah, vous espériez un poste sans relents gauchistes ? Raté), où évolue l'individu - si improbable soit son patronyme- et non le pourcent virtuel de quelque sondage Ifop.
Jean-Michel Ranu, pardon. Je ne t'oublierai plus.
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25.07.2008
De quoi ta mère est-elle le nom ?
Cette affaire Siné s'avère être la face immergée d'un iceberg de saloperies journalistiques. Je ne sais pas si le fait d'avoir été, quinze jours durant, coupé de tout ça rend le retour violent, ou si je vire ponctuellement monomaniaque, mais chaque hyperlien me rapproche de la nausée. Deux exemples.
Premièrement, le blog de Pierre Assouline, au sujet du fameux essai d'Alain Badiou resuscité par BHL dans la polémique qui nous occupe. Ce monsieur, dont j'ai la flemme de consulter les états de service, avait à l'époque de la publication de "De quoi Sarkozy est-il le nom ?" pondu un billet imaginativement intitulé "De quoi Badiou est-il le nom ?". Plus tard, BHL écrira un article intitulé "De quoi Siné est-il le nom ?". Ces gens sont des génies.
Dans son billet de novembre 2007, Assouline se moque du contenu (discutable) d'un cours de Badiou à Ulm, puis s'apesantit sur sa métaphore de l'Homme aux Rats (cas Freudien de névrose obsessionnelle), employée à propos de Nicolas Sarkozy. S'apesantit jusqu'à dégainer l'arme ultime, en sous-entendant que Badiou est...antisémite. L'argument est fulgurant : "tu parles de rats, or en 1942, c'est comme ça qu'on appelait les Juifs, donc tu es antisémite". A ce stade, ce n'est plus du sophisme, c'est de l'art abstrait. Si un jour je traite Bob (ami fictif, peu susceptible de représailles à mon encontre) de raton-laveur, j'espère que vous en déduirez que je suis raciste. Les ratons, les arabes, tout ça. Et si je le traite d'alpaga, vous trouverez bien un truc. Bref. Fin du premier acte.
24 juillet 2007 (deux jours après la tribune de BHL le mettant en cause), Alain Badiou réplique. Je passe sur les quelques lauriers qu'il s'auto-décerne (et que je ne goute guère), pour le fond de l'article : il moque la paranoïa zoologique d'Assouline et Levy, et appuie là où ça fait mal : l'amour propre. Il leur renvoie en effet à la tête leur médiocre érudition et leurs approximations. C'est un peu de l'ordre du "tralalère", mais vu les délires des deux perdreaux de l'année, ça n'est pas immérité.
Le lendemain, Assouline dégaine à nouveau. Je ne vais pas m'apesantir point par point sur la puérilité de la riposte, mais tous les clichés de cour de récréation y passent. "Et d'abord t'es vieux et t'es tout lent, et puis tu sais pas lire, et puis viens me le dire en face, et puis j'ai jamais dit bleu, j'ai dit bleu clair, c'est pas pareil". Finalement, je jette un oeil aux états de service du bonhomme. Wikipédia : "Pierre Assouline rejoint la France et suit des études secondaires au cours Fidès et au lycée Janson-de-Sailly de Paris". Ah ouais, je comprends. Mais c'est la fin de l'article qui vaut son pesant de noix de cajou : Assouline y explique posément que Badiou est un "antisémite imaginaire", qui s'auto-décerne ce titre afin de "tenir son rang au club des proscrits". Si vous avez une once de mémoire de plus que notre ami distrait, vous vous rappelerez que Badiou=antisémite était le coeur de son billet d'il y a six mois. Un mec qui a étudié à Janson de Sailly ne pouvant être un complet imbécile, on peut supposer qu'il s'en souvient, ou qu'il s'est rafraichit la mémoire avant de répondre. Alors quoi ? Alors il compte sur la même chose que Nicolas Sarkozy quand il promet noir puis blanc à six mois d'intervalle : la mémoire de poule des médias et des masses. 1, je te traite de connard. 2, je te traite de pleureuse qui croit que je le traite de connard. Implacable.
Le deuxième point que je voulais aborder concerne Denis Robert et l'éditorial délirant que lui a consacré cette merde de Philippe Val, mais le temps me manque. J'en parlerai une autre fois, mais j'en conseille la lecture : elle offre des clés sympathiques pour reconnaître un journaliste d'un bouffon.
18:50 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Sous le Tapie
Tribune de François Bayrou dans Le Monde, au sujet de l'affaire Tapie/Crédit Lyonnais.
Claire, précise, et releguée derrière l'affaire Siné et Barack Obama qui est bien joli. On ne la trouve déjà plus sur la home de lemonde.Fr.
Putain.
15:28 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Siné die
Rapide retour sur l'affaire Siné (dans la mesure où l'insignifiant BHL s'offre une tribune dans Le monde, il est on ne peut plus légitime que je m'en offre une dans le mien).
Le résumé des épisodes précédents sera rapide, tant pulullent les articles et tribunes sur ce sujet.
1- Siné, vieux dessinateur/râleur historique de Charly Hebdo, ose dans sa chronique hebdomadaire la phrase suivante : "Jean Sarkozy a déclaré vouloir se convertir au judaïsme avant d’épouser sa fiancée, juive, et héritière des fondateurs de Darty. Il fera son chemin ce petit…".
2- Claude Askolovitch, journaliste spécialisé dans le livre de combat (entretiens avec Basile Boli, Eric Besson, Rachida Dati et Manuel Valls - ne cherchez pas l'intrus il n'y en a pas), reprend cette phrase sur RTL et la bombarde antisémite, et explique avoir eu Philippe Val (rédac'chef de Charly Hebdo) qui lui a annoncé, je cite, que "la semaine prochaine il va faire son éditorial (...) pour expliquer que Siné est une ordure, a dérapé totalement et qu'il devrait partir."
3- Philippe Val met Siné devant le choix suivant : s'excuser (en signant le mot rédigé pour lui par...Philippe Val), ou s'en aller. Devant le refus du dessinateur, Charly Hebdo publie une note aux lecteurs expliquant que Siné "a porté atteinte aux valeurs essentielles de Charlie." Val, lui pontifie dans son éditorial sur la chienlit d'internet et des blogs, refuge de pleutres et de grossiers.
4- Bernard Henri Levy prend la plume et nous gratifie d'une tribune dans Le Monde, où il en profite pour remettre un petit coup sur Alain Badiou et son "De quoi Sarkozy est-il le nom ?".
5- Laurent Joffrin apporte son soutien à Philippe Val.
Evidemment cette chronologie n'est pas exhaustive, on pourrait citer les soutiens de Plantu, Bedos ou Gisèle Hallimi au dessinateur, les menaces de plainte de la famille Sarkozy, etc. Mais je trouve opportun de dégager la belle unanimité chez les éditorialistes tocards (les mêmes qui se bercaient de grands discours larmoyants sur la liberté d'expression lors du procès des caricatures de Mahomet) à l'heure de la curée.
Pour en revenir à la chronique de Siné, et après en avoir discuté avec des gens d'une sensibilité plus immédiate que moi à ce genre de sujet, il y a bien sûr ambiguité. Et il est légitime que la question se pose du bon goût (pas forcément le point fort de Siné) de ce commentaire. Mais y avait-il lieu de dégainer cet arsenal de points Godwin ? Est-il nécessaire, ou même approprié, de taxer d'antisémitisme (sans conditionnel ni point d'interrogation) un dessinateur notoirement connu pour son anti-cléricalisme impénitent ? Quoiqu'en dise l'imbécile à la chemise pimpante dans son interminable sermon, l'identité de l'auteur est importante pour juger du racisme d'un propos. J'aurais tendance à moins douter de l'antisémitisme de Dieudonné que de celui des époux Klarsfeld, par exemple.
La tendance, lourde chez quelques-uns des imbéciles suscités, a user de l'antisémitisme comme d'un bazooka éristique, et faire taire toute voix qui n'irait pas dans leur sens, est ici illustrée avec bonheur. BHL l'emploie contre Badiou (son histoire de rats qui évoqueraient les juifs est un fantasme maintes fois démonté par Sébastien Fontenelle), Val l'emploie contre Siné (qui, étrangement, s'était très récemment opposé à lui quant au traitement de l'affaire Denis Robert vs Clearstream), Alain Finkelkriaut l'emploie dans tous les sens, j'en passe et des plus ineptes.
J'ai toujours eu du mal avec la distinction antisémitisme/racisme, comme si la haine des juifs était encore un peu plus grave que la haine des autres, mais je peux concevoir que, devant l'ampleur de son expression nazie, il soit vécu plus vivement encore par ceux qu'il vise. Je comprends, et j'excuse, la paranoïa qui parfois en résulte. Mais j'abhorre en revanche ceux qui, pour appuyer leurs thèses, le dénoncent partout, sans nuance, sans précaution, à coups de mots terribles ("odieuse, inexcusable, mortelle"), dans les discours de leurs contradicteurs.
On notera dans la tribune de BHL deux passages édifiants, où l'on retrouve les marottes de nos penseurs au gros. Les voici :
"jusqu'au recyclage, par l'islamo-gauchisme d'aujourd'hui, des scies de l'ultradroite, les exemples, hélas, abondent"
Notez le sournois du discours : l'anti-sarkozysme, au même titre que l'islamo-gauchisme (dont j'aimerais qu'un jour BHL et ses comparses se risquent à la définition, avant le christo-communisme et le krishna-zapatisme), sont des antisémitismes. Quelque part, si l'on comprend bien ce que veut dire notre autoproclamé philosophe, la partie la plus antisémite de la phrase de Siné, c'est "Jean Sarkozy", pas la mention de sa conversion. Ce discours, cet amalgame répugnant entre l'extrême gauche, les adversaires de Nicolas Sarkozy et la haine des juifs, on le retrouve dans les éditoriaux de Philippe Val, dans les livres d'Alain Finkelkriaut, dans les interviews de Max Gallo et probablement ailleurs chez cette intelligentsia des médias qui, en plus de monopoliser le temps d'antenne et les colonnes des newsmag, finit d'assassiner ses adversaires idéologiques à grands coups de discrédit raciste.
14:58 Publié dans Ca m'énerve | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : siné, val, bhl, antisémitisme, charly, caca
19.06.2008
Plaidoyer pour un loser
En ces temps déprimants où l'homme de football navigue entre la fadeur pénible d'un Didier Deschamps, et l'indigence intellectuelle crasse d'un Luis Fernandez, il est une oasis de verdeur cynique et de verve moqueuse dont nous ne pouvons faire l'économie.
Alors que ses collègues, entre relents racistes et soumission aux mass-media (qui comme leur nom l'indique, sont en tous domaines, et en sport particulièrement, à la masse), sautillent de poncifs en poncifs, nous tartinant les yeux et les oreilles de leurs clichés médiocres (recensés avec à propos dans l'ouvrage des Cahiers du foot "A partir de là", que je recommande) et de leur rhétorique d'animateur télé, il en est un, roublard et corrosif, qui ne tacle pas dans la même cour.
Là où les mongoliens du short nous serinent du "on prend les matchs les uns après les autres", du "à partir de là je crois que c'est le football", et autres creuses assertions volées au dernier édito de France Football, il se complait à replacer les journalistes sportifs dans leur milieu naturel : la honte.
Il les bâche, il les surprend, il les désoriente, ils le détestent. Quand on voit quels sommets d'aigreur et de mauvaise foi ils atteignent à l'heure de justifier son éviction, on ne peut qu'appartir au camp de ses défenseurs. Honnêtement, quelqu'un de sensé accepterait-il d'être, rien qu'une fois, du même avis que Pierre Ménès ?
Alors oui, Raymond ne gagne jamais rien, Raymond titularise des vieux un peu hors de forme, Raymond joue au lover un soir de défaite contre l'Ennemi avec un grand spaghetti.
Mais dans un monde au ras du gazon, qu'un esprit un peu différent souffle sur les monceaux de prose pesante et d'analyses convenues qui meublent l'Equipe depuis des siècles, ça ne peut pas vraiment faire de mal.
C'est pourquoi, malgré la déception de cet Euro foiré, et ses sourcils broussailleux qui ne vont pas du tout avec ses cheveux blancs, je clame, je hurle, et j'hulule ce slogan :
Raymond, c'est bon, Deschamps, c'est chiant.
Merci de votre attention.
20:00 Publié dans Trip | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
23.04.2008
Toutes les cultures de la gauche
Libération est un grand journal de gauche. A propos de la toute récente "déclaration de principe" du Parti*kof* Socialiste, on y lit :
En 2008, les voilà «partisans d’une économie sociale et écologique de marché», dans le sillage de Nicolas Hulot et d’Al Gore (..). Dans son article 21, la déclaration de principe précise que «le PS veut rassembler toutes les cultures de la gauche».
Nicolas Hulot et Al Gore. Manquent Flipper le dauphin et Dany Boon, et on balayait exhaustivement et indubitablement "toutes les cultures de la gauche".
12:47 Publié dans Ca m'énerve | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
31.03.2008
Du 20, du H, et de la droite
Je suis affligé. Quelle idée, aussi, de m'asseoir sur mon canapé pour subir la doxa médiatique à grand coup de David Pujadas ? N'ai-je pas mieux à faire ? Il faut croire que non.
Le 20H de France 2 est en tout cas édifiant à plus d'un titre d'actualité. Je vous le narre par le menu, et probablement avec des trous pour favoriser la digestion :
20h : La grâce des français de l'Arche de Zoé. Reportage retraçant l'historique de l'affaire à grands coups de président Déby chelou. Aucune analyse, aucune investigation tangible sinon la proposition suivante : "Le Tchad a-t-il touché une contre-partie de la France ?". Très bonne question, hein ?
20h05 : Procès Fourniret. Oukiléméchant le Fourniret. Rien de remarquable.
20h09 : Pourquoi faut-il envoyer des soldats français en Afghanistan ?Clip pour l'armée de Terre. Aucune mention d'éventuelles protestations à l'encontre de cette (merveilleuse) décision.
20h14 : Lancement génial du reportage : "Pourquoi autant de rigueur salariale chez les entreprises françaises ?". J'aurais personnellement lancé le sujet comme ça : Pourquoi les patrons français résistent noblement à l'oppression du salariat fainéant et cupide. Mais j'exagère. Reportage dans une entreprise en forte croissance (et à fort bénéfice), dont le patron a gelé son salaire (et ses primes ?), et où personne ne touche d'augmentation depuis 6 ans. Explication du chef d'entreprise : augmenter, avec les charges patronales, c'est vraiment trop cher. Laurence Parisot pouffe.
20h21 : Affaire de la banderole anti-chtis au Stade de France. Interview d'un supporter lensois qui porte à son tour plainte, et qui annonce "ah bah oui ça nous a foutu un gros coup au moral". Y a des coups de grisou qui se perdent. Bien évidemment, aucune mention des charges de CRS contre les supporters parisiens avant le match. Ca fout pas un coup au moral, une matraque dans la gueule ?
20h27 : Le clou. "Un pédiatre lance une polémique en publiant un livre prônant le rétablissement de l'autorité parentale". Et la journaliste d'évoquer en vrac les violences en milieu scolaire, la nécessité de fixer des règles à ses enfants (formulé trois fois différemment histoire de tenir 5 minutes), avec une fin de reportage hilarante : des images de boite de nuit avec une voix off expliquant "Les enfants qui ne se seront vu fixé aucune règle deviendront des adolescents, puis des adultes inadaptés à la vie en société". Faire la fête c'est anti-social, ok ?
20h30 : Un reportage sur des éoliennes sous-marines. Cool.
Après j'ai décroché pour vous retranscrire, brut de fonderie, ce que je viens de voir.
Autorité, déreglementation, répression : le journalisme servile et réactionnaire à de grands jours devant lui.
20:49 Publié dans Daily Life | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
La coupe des Crocodiles
La polémique fait rage. Ou plutôt, non, l'affaire ne souffre aucune polémique, la rage seule a droit de cité. L'indignation virulente et unanime de la France, qu'elle soit du football ou d'autre chose, est indiscutable. Inévitable. Elle est partout : dans la bouche d'un entraineur rageux, dans les trémolos pathétiques d'un président de club, dans la furia judiciaire d'un édile de l'Artois, dans la vindicte populaire qui s'abat sur le club de la capitale, sans qu'on sache trop pourquoi.
Les faits sont simples : quelques abrutis, probablement encartés au PSG, ont déployé cette désormais fameuse (merci pour eux) banderole, "Pédophiles, chômeurs, consanguins : Bienvenue chez les Ch'tits!". C'est idiot, vulgaire, inepte. Trois épithètes tristement fréquents à l'heure de commenter la prose échangée dans les stades de France, de Navarre ou d'un peu plus loin. Y a-t-il pour autant lieu d'en faire une affaire d'Etat ?
Ma réponse se devine aisément : non. Je ne peux guère m'empêcher d'associer ces cris d'orfaie à ceux poussés par les Lensois après le match, aiguillonés par la défaite, fondant sur l'arbitrage comme des vautours sur un lapin boiteux. "Le corner oublié", "le pénalty discutable", "un vol", "un viol", "un scandale", voilà les mots qui fusent dans les bouches écumantes des vaincus du soir. Et puis d'un coup, on se souvient de cette banderole : on s'indigne, on mouline du bras, on montre les dents, on évoque sa résolution, sa colère, sa douleur, sa blessure, j'en passe des crocodiles plus larmoyants. Entendre le maire de Lens demander à ce que la finale soit rejouée (quel rapport ?) ne fait que rajouter au caractère foireux de ce mélange des genre : coco, tu portes plainte contre l'insulte, ou contre la défaite ?
Que le doute ne soit pas permis : je condamne cette banderole, elle ne m'amuse ni ne m'indiffère. Il y a lieu de la dénoncer, et je me joins à ces voix-là. Je ne peux en revanche cautionner l'avalanche d'hystérie qui s'abat sur ceux qui l'ont commis, et indirectement sur le club et ses supporters lambda. Voir que l'affaire prend d'aussi dantesques proportions me fout sur les nerfs : ces déclarations à chaud, ces propos délirants, ce pathos qui dégouline de chaque déclaration, c'est à vomir.
Qu'on en fasse des caisses sur "Bienvenue chez les Ch'tits", dans le registre un peu condescendant du "mais regardez, y a pas que de la misère là-bas", ça me choque au moins autant que les insultes de la tribune Boulogne. Pourtant les mêmes qui s'agitent comme d'imbéciles pantins mûs par cette puante démagogie que transpirent les médias n'ont jamais protestés. Ils se réjouissent. L'image d'Epinal, c'est cool quand c'est positif.
Je ne sais pas comment va se conclure cette affaire, ou plutôt je ne le sais que trop bien : une sanction "édifiante" envers le club, une fois de plus. Et rien après. Bienvenue chez les tocards.
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25.03.2008
Légions de donneurs
Nous sommes tous au fait de l'excellence de la Nation française, terre de Grands Hommes comme d'autres sont terres de chacals chafouins (je pense notamment à la Macédoine, incapable de nous sortir une individualité digne de ce nom depuis l'inventeur du plat du même nom, en -5 avant Jean-Pierre Coffe). La France, elle, offre chaque année au monde une légion de génies révolutionnaires qui conduisent l'humanité sur le chemin glorieux de l'élévation spirituelle, ou matérielle, ou les deux. Ces gens-là se trouvent distingués, pour services rendus à l'Homme avec un grand lol, d'une jolie médaille à pendre à leur veston, ou à leur tailleur Channel s'ils ont pris une double ration de chromosome X, qui s'appelle -justement- la Légion d'Honneur.
Evidemment, comme les vins (l'autre grande fierté nationale (je tais l'existence du fromage par pur dégoût)), il y a de plus ou moins grands crus. Mais cette année, je vous jure que la liste des fleurons de l'apport français au monde ferait pâlir d'envie le casting d'une émission de télé-réalité hollandaise. Dégustons, je vous prie.
Bernadette Chirac (pour son rôle de femme de.)
Christian Clavier (pour l'ensemble de son oeuvre.)
Hélène Carrère d'Encausse (pour ses déclarations iconoclastes mais lucides sur les noirs qui sont quand même des cons)
Roberto Alagna (pour son prénom)
Valérie-Anne Giscard d'Estaing (pour son rôle de je sais pas quoi de.)
Francis Veber (pour tous ses films sans Christian Clavier)
Lee Radziwill (pour, je cite, son rôle de soeur de Jackie Kennedy)
Jean-René Fourtou (PDG de Vivendi, pour son imitation parfaitement hilarante de Jean Gabin quand il est bourré)
Patrick Le Lay (pour les progrès réalisés dans le nettoyage d'encéphale francophone)
Mark Halter (pour cette phrase dans wikipedia : Homme de gauche, il vote Nicolas Sarkozy en 2007)
Je ne les cite pas tous, ayant la flemme de fouiller les biographies de chacun pour y trouver qui un goût pour les ballades en vélo avec Nicolas Sarkozy, qui pour sa vision flamboyante du cinéma d'auteur , et qui pour son invention du taser anti-basané, mais il est certain que le palmarès de cette semaine recèle d'autres perles.
Chers lecteurs, si vous avez la chance d'être un connard riche et célèbre de droite (ou de gauche qui vote Sarkozy, s'entend), vous pouvez adresser vos demandes de breloque à ruban à l'adresse suivante :
Nico Sarkozy55, rue du Faubourg Saint-Honoré
75008 Paris
18:51 Publié dans Ca m'énerve | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
20.03.2008
Cuit-cuit
C'est le printemps. Et avec lui déboule l'habituel cortège de petits oiseaux malicieux, de joyeux bourgeons odorants, et le soleil de troquer son hivernale pâleur pour de plus chatoyants atours sous le rideau pudique des manichéens nuages de Mars, un coup je suis noir, un coup je suis blanc, je vote Barack Obama.
Mais si le printemps débarque, il ne s'accompagne pas que d'hirondelles : la dinde est également de sortie. Qu'elle entre au gouvernement sous le couvert d'un secrétariat d'Etat pipeau, ou qu'elle mouline des bras face caméra pour entretenir une image d'incontournable pasionaria, pas un jour ne passe sans que l'oiseau grotesque n'occupe le devant de la scène.
J'aimerais donc marquer d'une blanche obélisque, et tout à la fois, la fin de l'hiver et l'avènement d'une période d'abondance : pauvres, sentez la joie qui violemment envahit vos coeurs meurtris, la chaleur se diffusant dans vos estomacs creux. Il y aura tous les soirs de la volaille au menu.
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13.03.2008
Pâle estime
C'est un sujet pour lequel je n'ai jamais su exprimer clairement ma pensée, ou penser clairement, d'ailleurs. C'est un sujet que les anodins dommage collatéraux de Tsahal à Gaza, ou les cordiaux lancers de roquettes sur Israël, rendent tristement actuel.
C'est traité sur ce blog avec humilité, et simplicité. Et ce n'est pas inopportun de s'y pencher pour ne pas dire n'importe quoi.
17:08 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Viol au dessus d'un nid de coconnes
L'évènement vous aura peut-être échappé, perdu qu'il est au milieu d'une actualité riche en vaguelettes roses (et les bleus réactionnaires écument, pas de jaloux), mais ce serait grand tort que vous passiez à côté, vous que je sais friands de littérature de combat.
Il est des témoignages qui nous touchent, qui ébranlent d'une pichenette jusqu'à nos plus intimes convictions, qui font éclore en nous mille bourgeons de cette humanité souvent flétrie en nos coeurs éteints et froids. Il est des livres dont émane une fragrance d'absolu, une vérité si pure que même avec les traces de doigts on peut voir au travers. Il est des leçons que seule la (grande) littérature, conduite par la plume du talent et la justesse du sens, nous offre.
Après Rimbaud, après Radiguet, voilà qu'un autre joyau juvénile nous dévoile avec génie les affres de l'amour adolescent. Et la nature étant bien faite, le patronyme de notre précoce étoile des lettres est taillé pour la postérité. Elle s'appelle Cynthia Sardou, fille de, et porte sa douleur et ses 34 ans avec la même élégance que les hideuses boucles d'oreille qu'elle arbore sur la couverture de son dernier opus, "Faut-il que je me fais encore violée".
J'eus aimé vous faire part de mon admiration avec mes propres mots, mais d'autres ont, avant moi, témoigné de leur émerveillement et décrit le chef d'oeuvre avec enthousiasme. J'enfile mes gants Mapa et je copie-colle.
Cynthia Sardou, a été kidnappée et violée par trois criminels dont deux récidivistes, durant la nuit du 24 au 25 décembre 1999. Elle a raconté son cauchemar et sa lente rédemption dans Appelez-moi Li Lou. Par cet ouvrage elle prend sa vie en main et dit aux victimes : «levez-vous !».
Ce livre est son «J'accuse» : Cynthia Sardou dénonce une magistrature irresponsable, lente et permissive, une presse qui fait en «Une» la part belle aux bourreaux, un soutien aux victimes médicalement et socialement indigent, une politique accablante, plus soucieuse de réduire les peines des délinquants que de protéger les citoyens, alors que les agressions sexuelles commises par des récidivistes défrayent chaque jour la chronique : du pédophile Francis Evrard à Andréas Pandy, de Guy Georges à Michel Fourniret, la liste des multi-agresseurs est longue, et cent prédateurs sont remis en liberté chaque année...
Ce vibrant hommage à l'éclat d'un talent par trop ignoré est signé de l'éditeur sur le site de la fnac. Je vous encourage à jeter un oeil à son catalogue, vous ne serez pas surpris d'y retrouver d'autres merveilles contemporaines comme "Grégory le petit prince au destin brisé", ou encore "Carla et Nicolas, la chanteuse et le président", où l'on devine la puissance du discours et la profondeur de l'investigation. Je ne suis pas allé jusqu'à consulter le "mot de l'éditeur" de chacun de ces ouvrages, mais je ne doute pas qu'on y compare Grégory Lemarchal à Jacques Brel et Nicolas Sarkozy à Winston Churchill. Mais revenons à notre brebis si vous le voulez bien.
L'éditeur, généreux, nous offre en plus de son panégyrique facho un extrait du prologue du livre. L'occasion de nous rendre compte du formidable don de Cynthia : ses lettres mises bout à bout forment des mots, ses mots mis bout à bout forment des phrases, et parfois ses phrases mises bout à bout forment des paragraphes. Pour le reste, je vous laisse seuls juges : "Il a eu la violence, puis il y a eu l'indifférence. Les faits, et puis le bavardage. L'incompréhension, et maintenant le sursaut et la révolte." Vous avez vibré ? Moi aussi, j'ai du mal à m'en remettre.
Ca s'appelle donc "Faut-il que je me fais encore violée", et pour 18euros, vous saurez tout des aventures sordides de notre héroïne, de son viol par trois arabes mangeurs d'enfant jusqu'à son combat pour le retour de la peine de mort, en passant par le drame de la génétique qui nous amène à cet amer constat final : Michel Sardou avec des boucles d'oreille et du mascara, berk.
16:23 Publié dans Critiques | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : sardou, viol, ump, pétain, lol
25.02.2008
Histoire de...
Lu sur le blog de Maitre Eolas :
Article 5. - Le Président de la République veille au respect de la Constitution.
Nicolas, si tu passes par là...
10:04 Publié dans Res publica | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
21.02.2008
Athée tais-toi.
Chers lecteurs, au pluriel ô combien
Jusqu'alors ce blog n'avait d'autre objet que d'expurger son auteur d'une bile quotidienne et nauséabonde, bile qui depuis les élections présidentielles se déverse essentiellement sur l'UMP et ses séides, qu'ils soient ministres, parlementaires, ou simple clowns médiatiques. Cet exercice d'avilissement gratuit de nos hommes et femmes politiques a ses avantages, en cela qu'il évite l'ulcère, mais il n'est en rien constructif et n'est en aucun cas digne d'un citoyen responsable et moderne. Voilà pourquoi mon billet sera aujourd'hui l'occasion, non pas de fouler au pied quelque représentant de la digne majorité présidentielle, mais de rendre un hommage, vibrant, à l'une des plus discrètes inspiratrices du chef de meute.
Son nom est déjà une promesse : Mignon. Il est des coïncidences si frappantes qu'on ne peut y voir que l'invisible main d'une volonté supérieure. D'une Volonté Supérieure, pardon. Après l'ingénu et poupon Klaus Barbie, voilà la touchante Emmanuelle Mignon, dont je vous propose de découvrir céant le parcours exceptionnel.
Née en septembre 1968, quelques mois après les grotesques gesticulations d'imbéciles libertaires, Emmanuelle se frotte très tôt à la diversité sociale et culturelle qui fait l'indéniable richesse de notre pays : d'abord à l'école Sainte-Marie de Neuilly, puis au Lycée Sainte-Geneviève de Versailles, où elle se forge un caractère délicat et un goût prononcé pour le multiculturalisme. Son implication dans le mouvement des scouts unitaires de France ne fait que renforcer son amour du prochain, qu'il soit humain ou non. Quand on lui demande quelles sont ses animaux préférés, la petite Emmanuelle cite déjà la grenouille et le bénitier.
Le temps vient alors des études supérieures. Emmanuelle interrompt sa licence de théologie (elle savait déjà tout, elle s'ennuyait) pour entrer à l'ESSEC, avant de sortir major de la promotion 1995 de l'ENA. Ce modeste parcours lui permet d'entrer, en 2002, au cabinet du ministère de l'intérieur, alors dirigé par Nicolas Sarkozy. Une lumière pâle auréole tout à coup Emmanuelle, tandis que retentit le murmure sublime des Anges, et la main invisible d'une Volonté Supérieure (la même que tout à l'heure) pointe un doigt autoritaire vers sa droite, levant ainsi le voile sur son destin. "De cet homme tu seras la plume, l'aumônière, et puis un peu le cerveau, steuplé". La vie d'Emmanuelle, jusqu'ici humble et modeste, trouve ici sa finalité.
Mais un homme, et a fortiori une femme, ne se résume pas à son passé, il est aussi le fruit du présent, dont le spirituel est la graine et l'arbre, Dieu. Il est donc temps de se pencher sur le coeur de notre hommage : l'actualité d'Emmanuelle.
C'est le mémorable discours de Latran, où son pantin le président rendit un hommage vibrant aux curés qui éduquent quand même très bien les enfants, mieux que les enseignants qui sont feignants, ou gauchistes, quand ce n'est pas les deux, qui mit enfin en lumière le rôle jusque là obscur de mademoiselle Mignon. Son goût de la laïcité, soluble dans le long manteau d'Eglises qui couvre notre beau pays, y trouvait son apogée. Autre récent fait d'armes : l'idée présidentielle d'associer à chaque élève de CM2 la mémoire d'un enfant déporté, et ce dès l'année prochaine. Quelques esprits étroits ont bien levé quelques objections, à commencer par l'utilité d'infliger à un enfant de dix ans le poids d'une mémoire qui fait défaut à nos plus hautes institutions. Mais le débat est lancé, et il relève du génie : insister sur l'importance de se souvenir de la Shoah, tout en raflant les clandestins à tour de bras et selon des méthodes pour le moins similaires avec le régime de Vichy. Les yeux brouillés de larmes, on voit moins bien l'indécence de la manipulation. Mais revenons à nos moutons de catéchisme. Emmanuelle, certainement mise en confiance par le succès de ses précédentes illuminations, se lance dans un nouveau combat : réhabiliter l'injustement décriée Scientologie. Sa saillie a déclenché une nouvelle levée de boucliers, à droite, à gauche, partout. Il est cependant notable que Tom Cruise est lui aussi mignon.
Les faits sont là, et d'importance : l'une des éminences grises les plus écoutées de l'Elysée est à la laïcité ce que Brice Hortefeux est au respect des droits de l'Homme. Biberonnée au prosélytisme dans un cocon réactionnaire, il est incontestable que la présence discrète d'Emmanuel Mignon au creux du pavillon droit du Président est une bonne nouvelle pour les intégristes de tout bord. Et derrière les effets d'annonces fumeux et les écrans de fumée sensationnalistes, c'est la loi de 1905 qui tremble de tous ses petits articles. Mignons, les articles.
14:23 Publié dans Res publica | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
19.02.2008
Je rame, tu rames, elle rame.
Rama Yadé, évoquant sa visite aux squatteurs d'un immeuble d'Aubervilliers, déjà mentionnés dans un billet précédent :
«Je suis allée voir et j'ai découvert que le maire qui avait fait ça était un maire communiste», explique la secrétaire d'Etat aux Droits de l'homme. «Cette gauche qui dit défendre les modestes, les minorités et les immigrés, c'est cette gauche qui s'en prend à moi, qui ne suis que numéro 3 de la liste, je le rappelle, qui s'en prend à moi parce que je suis noire», ajoute Rama Yade.
Afin d'aider les adversaires politiques de Rama à construire une argumentation plus acceptable, je vous propose de participer à un petit test :
1. Doit-on s'en prendre à Rama Yade pour
a) sa couleur de peau.
b) ses multiples amalgames foireux.
c) l'indicible profondeur de ses analyses politiques.
d) C'EST LA FAUTE A JEROME KERVIEL
2. Les contrôles policiers multipliés par le gouvernement auquel Rama Yade appartient se font-ils en fonction
a) de la couleur de peau.
b) de multiples amalgames foireux.
c) de critères de bon sens destinés à rationnaliser l'accueil de populations nègres mais néanmoins amies.
d) C'EST LA FAUTE A JEROME KERVIEL
3. L'opposition qui martyrise et stigmatise les immigrés...
a) a bien raison, pour une fois.
b) c'est une belle poutre dans l'oeil chafouin de l'UMP.
c) est un signe de plus de l'inhumanité d'une gauche stalinienne qui oppresse et prive le pays de ses libertés les plus fondamentales.
d) C'EST LA FAUTE A JEROME KERVIEL
4. Question subsidiaire : Rama Yade est-elle avant tout :
a) noire.
b) une ordure décomplexée qui prend les élécteurs pour des abrutis en assimilant les critiques qu'on lui adresse à du racisme primaire.
c) l'admirable pasionaria qui s'est récemment dressée contre le tyran Kadhafi.
d) C'EST LA FAUTE A JEROME KERVIEL
Vous avez un maximum de a), vous êtes mûr pour débattre avec la secrétaire d'Etat.
Vous avez un maximum de b), ben on est d'accord, hein.
Vous avez un maximum de c), vous êtes de droite, cassez-vous.
Si vous avez un maximum de d), vous êtes administrateur à la Société Générale, et franchement, c'est plus crédible les mecs.
18:50 Publié dans Ca m'énerve | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
18.10.2007
De l'art de maquiller le crime
Un décor un peu pompeux, façon colonnades de marbre, tapis de velours rouge, fauteuil de cuir et bureau d'acajou. Deux hommes.
- David, j'ai une idée géniale.
- C'est vrai, boss ? Encore une ?
- Parfaitement. Tu vois, cette grève, elle ne vit que par la grâce de ceux qui la relaient. Un peu comme toi ou moi, en fait.
- Mais nous on est pas des gauchistes de merde, boss. Et puis ceux qui relaient nous servent nous, pas elle.
- Tu as raison, mais la taire, on ne peut pas. Pas encore. Et qu'est ce qu'on fait, quand on ne peut pas faire taire quelqu'un qui nous emmerde ?
- On le renvoie dans son pays, boss ?
- Ahah, oui David. Mais quand son pays c'est ici ?
- On le recrute ?
- Bien vu. Mais Thibault ça va pas être simple de le faire cohabiter avec Fillon. Y a une autre méthode : on crie plus fort que lui. Pour que la grève, personne ne s'y intéresse, c'est simple, il suffit de la couvrir de quelque chose de beaucoup plus intéressant.
- Je comprends. On pourrait demander à Lagardère et Bolloré de faire leurs une sur le rugby, boss.
- Non, abruti, c'est mort on a perdu. Non faut trouver un autre truc, un truc qui émeut, qui intrigue, qui mobilise l'esprit des gens, mais pas un truc compliqué, faut que les téléspectateurs de TF1 comprennent.
- Ca fait beaucoup de critères, boss, je vois pas trop...Un truc sur les robes de Cécilia ?
- Ah non, je veux plus en ent...Cécilia tu dis ? Mais oui...
15:24 Publié dans Ca m'énerve | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
Marche ou grève
Ce matin, nos délicieux transports parisiens ont comme des airs de landes désolées, à l'exception peut-être du côté "lande", mais ce n'est pas vraiment de ma faute si ce mot va si bien à la désolation. La gare RER de la Défense vous a comme un parfum post-apocalyptique pas tout à fait désagréable. Escalators éteints et guichets vides, la fourmilière à cadres baigne dans le silence sépulcral d'une vieille citadelle oubliée. Hasard ou non,- Dieu s'avère quelqu'un d'éminemment facétieux- il fait un soleil radieux, comme pour souligner l'inhabituel du jour. Ce matin, c’est –bouchez vous le nez et éloignez les enfants, c’est sale- la grève.
La grève, noire, et vile, celle qui nous bloque et nous entrave, cette bête vorace qui nous mange la vie au profit d’une poignée d’inconséquents flemmards arqueboutés (quel vilain mot) sur leurs acquis injustes et désuets comme autant d’immeubles décrépis sur leurs vieilles fondations pourries. Celle qui empêche nos fils et nos compagnes de vaquer joyeusement à l’exercice de leur vitalité, les emprisonnant en d’infinis bouchons ou d’improbables affluences sur les quais de nos métros. Voyez comme tout s’arrête lorsque se dresse le spectre ignoble et laid du gréviste.
Ce matin, 7h55. Mon réveil se déclenche (et la France qui se lève tôt me jette un regard courroucé) sur les informations d’une radio nationale. Confit dans mon demi-sommeil comme une prune douce et sucrée dans le pot de verre des confitures de ma mamy l’été, je dresse approximativement l’oreille pour prendre connaissance de l’état du réseau qui me conduira, inlassable, là où s’exercent les talents qui me nourrissent (quels talents ? C’est un autre débat). Comme il est d’usage à chaque mouvement national, le journaleux de service a dégainé son micro, et le tend avec une générosité qui frise le zèle aux usagers contrariés par ledit mouvement. Ainsi s’exprime Josiane (je m’autorise à la nommer ainsi pour éviter de me vautrer dans le nom d’oiseau, mais j’ignore autant son prénom que les tristes raisons pour lesquelles elle barbote dans la crasse bêtise dont elle va faire la preuve), le verbe haut et très probablement riche de postillons. « Je trouve ça scandaleux d’être prise en otage. Y a pas de respect ».
Josiane, ma sœur, toi qui partage à mon grand dam la quasi-intégralité de mon génome, que n’avais-tu point choisi ce matin-la le vélo ? Il t’eut permis d’esquiver poliment le micro qui t’était tendu et le paisible imbécile qui en tenait l’autre bout. Il t’eut permis d’éviter la bassesse infinie dans laquelle tu t’es vautrée avec l’aisance et le plaisir d’un hippopotame dans la boue saumâtre d’une lagune abyssine. Pourtant, Josiane, je comprends que tu t’énerves. Je confesse moi-même avoir étouffé un soupir lorsqu’arrivé sur le quai ce matin j’aperçus la mention « 19 minutes ». Je t’autorise à te scandaliser, garder son flegme en de telles circonstances n’est pas donné à tout le monde. Mais « prise en otage », Josiane ? Quelle perche vas-tu tendre à ceux qui s’indignent qu’une grève puisse être un tant soit peu contrariante ? Il me semble, Josiane, que ce qui te choque, c’est que cette grêve t’emmerde toi, qui n’a rien demandé. Que ces jean-foutres qui se gavent sur tes impôts s’amusent à contrarier ton trajet quotidien pour défendre leurs privilèges. Sois rassurée, tu n’es pas la seule à penser de travers, il est quelques célébrités nationales qui pensent à l’identique. Un certain Nicolas Sarkozy, par exemple, ne dit pas autre chose lorsqu’il évoque un « service minimum ». « Qu’ils fassent grève si ça leur chante, mais sans nous casser les couilles ». Qu’ils râlent, mais sans nous « prendre en otage », nous besogneux et fiables agents de la « valeur travail ». Tu conviendras pourtant, Josiane, qu’une grêve qui n’emmerde personne perd un peu de sa substance. Sauf évidemment si tu la considères comme une raison qu’ont trouvé les tire-au-flancs pour aller à la pêche aux dépens de ceux qui triment. C’est assurément cette conception que fait mine d’adopter notre sympathique gouvernement. « Regardez-moi ces feignasses qui nous paralysent de leur flemme vindicative. Mais qu’ils fassent du vélo après une grasse mat’, qu’ils descendent dans la rue faire les cons avec des pancartes et des chansons, les réformes, nous les ferons ». PS : Dans vos culs, cordialement.
Je ne t’aime pas, Josiane, il m’a suffi d’une phrase pour le sentir. Je ne t’aimerai jamais. Tu as probablement, comme beaucoup d’autres, voté pour Nicolas Sarkozy avec l’espoir qu’il te débarrasse de ceux qui te prennent en otage. De ceux qui viennent dévorer le fruit de ton travail sous forme d’impôts et de taxes. De ceux qui jugent que foutre dans un charter un voisin sénégalais sous le prétexte qu’il n’avait pas de papiers et qu’il volait tes allocations (légitimes, elles, au contraire des prélèvements) ou ton emploi n’est pas très raisonnable. De ceux qui protestent un peu quand la misère frappe à ta porte et que tu lui donnes un coup de pied. Des hordes de réactionnaires qui essaient de défendre les quelques règles qui cimentent une société fêlée et qui n’en finit pas d’être attaquée à coups de marteau-pilon au nom de la « liberté » d’agir et d’entreprendre. Des cuistres qui arrêtent les transports pour dire leur refus d’une politique de classes et d’ordures.
Tu es une conne, Josiane, et j’aimerais que tu cesses de geindre dans mon réveil ta rage des autres. Je souhaite beaucoup de bien à ton nombril, que jamais tu ne cesses de le contempler pour relever le menton sur ce qui t’entoure. Vomis ton fiel en silence, et laisse moi dormir.
Quant aux preneurs d’otage, c’est peut-être le syndrome de Stockholm, mais ils me sont éminemment sympathiques.
13:30 Publié dans Ca m'énerve | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
07.09.2007
Yade cons partout
Une fois n'est pas coutume, je suis coi. Parce que pour l'une des premières (sinon la première) fois, mes convictions politiques se heurtent à la tangible réalité. Ou plutôt se confrontent, j'ai le verbe violent bien prématurément. Je vous explique, vous en avez sûrement entendu parler.
Hier, la police est intervenue à Aubervilliers, la ville où j'ai grandi et passé le plus clair de mes vingt premières années, pour démanteler un campement de squatteurs dans la cité de la Maladrerie (pas tout à fait un chef d'oeuvre d'architecture baroque ni de volupté vicinale), cela à la demande de la mairie qui avait interpellé la préfecture, invoquant un "trouble à l'ordre public" notamment en raison de la proximité d'une école primaire (ils campaient devant son entrée). Ces squatteurs occupaient préalablement des appartements de l'OPHLM, et avaient fait l'objet d'une première expulsion en juillet. Voilà pour les faits.
Je ne sais absolument pas quoi en penser.
J'ai une profonde aversion pour les interventions policières massives, un peu par bêtise anar', surtout parce qu'elles représentent selon moi un symbole de la brutalité d'un Etat sans nuances. Je ne vois donc pas d'un bon oeil le recours à la force pour déloger des gens précaires, démunis, et très probablement déconnectés du reste de la société. L'affaire aurait eu lieu en terre UMP, ou n'importe où ailleurs, j'eus probablement hurlé avec les loups, ceux-là qui dénoncent l'inhumanité et la violence de cette décision.
Seulement, c'est ma ville. Et si je n'y vis plus, j'y ai encore trop d'attaches pour m'en abstraire. C'est ma ville, et si je n'ai jamais surveillé en détails sa politique, j'ai une affection sincère et un respect profond pour ses édiles (les convictions parentales n'y étant pas, j'en conviens, pour rien). Je suis donc incapable de les imaginer en bourreaux inconséquents, prompts à chasser le faible à des fins cosmétiques, cela ne ressemble ni à la ville, ni aux politiques municipales de ces dernières décénnies. J'ai donc un peu cherché, et trouvé ça. Le maire y explique (assez mal, je trouve) le recours à la préfecture et à la police, le justifiant notamment par le refus d'un passage en force de ces squatteurs devant les milliers d'autres demandeurs d'habitations HLM que compte la ville. Il a raison. Il a raison, mais la question qui se pose est : la méthode est-elle bonne ? Et que faire, face à l'illégalité de la détresse ?
Je ne doute pas qu'on entendra beaucoup de commentaires sur l'incapacité de la mairie (de gauche, est-il utile de le préciser ?) à résoudre pacifiquement cette crise. On entendra les donneurs de leçons télévisées (Morandini, que le grain de maïs qui te sert de cerveau explose comme un popcorn) vomir leur indignation, quoi, la gauche s'y met, mais alors autant voter à droite, au moins elle sait ce qu'elle fait. J'ai hâte, vous imaginez bien.
Cette proximité avec l'évènement et ses acteurs, elle me force à réfléchir, à m'extraire de cette tenace première impression que le faible à toujours raison. C'est faux. Etre une victime n'empeche malheureusement pas d'en faire à son tour, et le rôle d'une collectivité (Etat, ou municipalité) est d'arbitrer, ou mieux, de prévenir de tels conflits. Mais quoi, quand elle s'avère impuissante ? Quand elle doit choisir entre l'immédiate empathie et la responsabilité ? George Mothron, le batard pesticide, s'est-il lui aussi trouvé dans un tel cas ? Ces deux choix sont-ils similaires ?
Non. George Mothron a fait le cowboy vaporisateur, traitant ses SDF comme une vermine. La mairie d'Aubervilliers a eu recours à la préfecture, traitant ses squatteurs comme des gens, dans l'illégalité, certes, mais des gens. Cela veut dire : je ne suis pas apte à résoudre cette crise seule. Help. De l'aide. Et on lui envoie la cavalerie. Ces fameux "moyens supplémentaires" qui prennent souvent la forme d'un supplément de matraques. La solution existe, pourtant. Ces gens ont le droit au logement. Pas celui de s'imposer n'importe où, mais d'être logés, si. Le maire d'Aubervilliers a raison : le premier responsable, ce ne sont pas ces familles, mais l'Etat qui rechigne à imposer le minimum de logements sociaux requis par la loi SRU. Ca n'arrive pas à Neuilly, évidemment.
Ca me fait réfléchir, tout ça, et ça m'attriste un peu parce que je me dis que j'attaque bien vite bille en tête des problèmes plus nuancés. Que ma sensibilité efface mon intelligence, et que je devrais faire preuve de ce degré d'implication dans tout ce dont je parle. Je vous rassure, la conclusion ne change pas, vous allez voir.
Parce que Rama Yade. Parce que mademoiselle, ministre d'un gouvernement charitable où les sans-papiers sont impitoyablement pourchassés, caution minorité visible d'un ancien maire s'étant toujours opposé à la construction du moindre logement social, vient jouer du violon. "Ca m'étonne d'une ville communiste". Et ça t'étonne d'un gouvernement de droite ? Que dis-tu, exactement ? Que la décision du tribunal de Bobigny est la mauvaise, ou qu'y recourir est lâche ? Qu'il vaut mieux le statu quo, ou qu'il y avait mieux à faire ?
Je crois que j'ai ma réponse, Rama. Je crois que tu t'en branles. Je crois que comme ton éminent modèle, l'important c'est la com', pas la conviction. Pleurer dans les bras des opprimés, c'est bon pour l'image et à peu de frais. C'est d'une profonde malhonnêteté intellectuelle et morale, mais est-on à ça près, désormais ?
Enfin, ne nous inquiétons pas, pendant ce temps-là, loin des caméras, Brice Hortefeux fait du chiffre, ça fait toujours moins de sans-papiers à loger.
19:21 Publié dans Res publica | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
06.09.2007
Suprême dinde
Citée par Lepoint.fr (je ne mets pas de lien, il est hors de question que mes rares lecteurs aillent se corrompre l'âme en se frottant au triste spectacle de la défaite du journalisme), Rachida Dati vient de poser les bases de son ministère avec une finesse d'hippopotame colérique. Attention, je cite à mon tour :
"La légitimité suprême, c'est celle des Français qui ont élu Nicolas Sarkozy pour restaurer l'autorité. Les magistrats rendent la justice au nom de cette légitimité suprême" Je saute à la ligne et j'applaudis.
*applause*
Hey, les magistrats, arrêtez maintenant, hein. Vous êtes investis d'une légitimité suprême, c'est quand même la classe, c'est pas donné à tout le monde. Mieux, cette légitimité suprême vous vient droit de Dieu Nicolas Sarkozy, qui avec votre concours va restaurer l'autorité, cette valeur morale déliquescente qui voit des sans-papiers agresser des fenêtres, des employés faire grêve sans demander l'autorisation, j'en passe et des bien pires. Tout part en couilles, messieurs les magistrats (à l'exception notable du monde patronal, qui fait preuve d'une telle vertu qu'il devient totalement inepte de le soumettre à la moindre loi pénale), et c'est à vous qu'il incombe de taper du poing sur la table et sur la tête des délinquants. Je, Rachida Dati, disciple et zélateur du Président (j'aurais bien mis un plus gros P, mais je ne le peux), vous ordonne et vous guide vers l'accomplissement de vos destinés. "La justice est indépendante dans son acte de juger (...) mais j'ai une autorité dans l'application de la loi et de la politique pénale. Je suis chef du parquet, ça veut dire quoi ? Je suis chef des procureurs, ils sont là pour appliquer la loi et une politique pénale", alors faites pas vos marioles, au pas. Les peines planchers, ça s'applique. Quoi, il est prévu qu'elles n'aientt valeur que de recommandations ? Vous êtes naïfs ou quoi ? Je me serais fait chier à pondre une loi pour qu'elle ne s'applique pas ? T'as piqué un BN ? 5 ans, peine plancher. T'as insulté le flic qui brutalisait ta mère ? 10 ans, renégat. Tu l'ouvres encore ? 20. Tu la sens ma grosse autorité ?
Bon trêve de galéjades, c'est en réalité d'une tristesse insondable. Cette ministre, intime du président (ils ont gardé les jetskis ensemble), fait montre d'une conception totalement erronnée de la séparation des pouvoirs. Pire, elle la nie, en sous-entendant que les juges et procureurs sont des rouages de l'exécutif, chargés comme tant d'autres fonctionnaires d'appliquer à la lettre la politique de Sarko, cette politique de bon sens, décomplexée, qui chaque jour nous rapproche d'une autre restauration que celle de l'autorité. Celle avec un grand R et un gros Louis.
C'est pas pour dire, mais ça va commencer à se voir, tout ça.
19:26 Publié dans Res publica | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
05.09.2007
Médiocre supplémentaire
Petite phrase édifiante dans le "20 minutes" d'hier. Evoquant les bagarres entre bandes rivales à la gare du Nord, et à la visite du Premier Ministre, le journaliste rapporte :
"Il (François Fillon) a promis des caméras de surveillance, et des "moyens supplémentaires" (les guillemets sont d'origines) sans plus de précisions."
Pas mal, non ? Non ?
C'est pourtant simple de faire des heureux, de donner l'impression d'agir, d'être proactif et responsable. T'as un problème ? Tiens, des moyens supplémentaires. Ton fils s'est fait violer ? Tiens, des moyens supplémentaires. T'as des SDF devant ton centre commercial ? Tiens, des moyens supplémentaires. T'as des immigrés clandestins qui font rien qu'à sauter par tes fenêtres ? Tiens, des moyens supplémentaires.
Nouveau mantra médiatique, nouvelle conception de l'action politique, et révolutionnaire : s'il y a un problème, on te file des thunes, et ta gueule, change pas. Dans le cas de la Gare du Nord, on notera que François Fillon ne s'est pas risqué à détailler les moyens supplémentaires. C'est vrai que ça le faisait moyen d'annoncer "plein de dobermanns qui vont leur bouffer la gueule à ces connards violents", ou "des tasers encore plus puissants pour buter ces bougnoules qui pourrissent nos gares", voire "des mitrailleuses lourdes pour sécuriser l'accès des usagers au train". Là, "des moyens supplémentaires", c'est plus digne, plus pro, plus propre, et ça laisse penser qu'on réfléchit au lieu de simplement boucher les trous.
Ce qui est marrant, c'est que ce n'est pas valable partout. Il y a de l'échec scolaire ? Bon, bah les profs faut travailler plus, l'Etat n'a plus d'argent. Des salariés font grêves pour réclamer "plus de moyens", justement ? Vos gueules, les gauchistes, service minimum et hop, profond.
Deux poids, deux mesures, quatre raisons d'avoir confiance.
12:50 Publié dans Res publica | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Du courage présidentiel
Quand il implique sa femme dans une affaire d'Etat (et une bien nauséabonde) et qu'il refuse qu'elle en rende des comptes, il ne transforme pas en monarchie cette république à laquelle il clame son attachement souvent qu'à son tour, il est courageux.
12:36 Publié dans Res publica | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
29.08.2007
Merci Michel
Je crois que j'ai compris le sens profond de la politique "d'ouverture" chère à notre nouveau président. Je l'ai comprise par la grâce d'une intervention de Michel Rocard, autant dire qu'elle m'a pris par surprise, cette lucidité subite. Michel Rocard, annoncé partout comme la "nouvelle figure de l'ouverture" sus-évoquée, et qui s'en défend certes peu vigoureusement, mais quand même, un peu, c'est déjà ça, expliquait que non, quand même, vous êtes gonflant les journalistes, je ne viens pas d'accepter une sucette contre mon âme, je participe en tant que simple membre, et pas sous mon autorité (comme le clame Xavier Darcos et 99% des brillants journalistes qui affectueusement caressent le gouvernement et ses membres dans le sens du poil) à une comission de réflexion sur la rénovation du métier d'enseignant, il s'agit d'une démarche normale que d'impliquer l'opposition dans certains débats, tout ça, lâchez-moi maintenant. En gros, hein.
C'est le mot "opposition", qui m'a mis la puce à l'oreille. C'est que je l'avais un peu oublié, ce mot, tant il a perdu de son sel et de son allant au contact de la sarkozymania. C'est que l'opposition, maintenant, c'est soit le PS et ses querelles de clocher, soit de futures figures de l'ouverture, et pas grand chose d'autre médiatiquement parlant. On a réussi l'exploit d'occulter un fait pourtant solide et chiffré : Nicolas Sarkozy a été élu avec 53% des suffrages exprimés. 100 - 53 = 47. Il y a donc 47% d'électeurs qui, techniquement, font partie de l'opposition, soit 16 790 830 voix. Ca fait un paquet, et il n'y aura pas de secrétariat d'Etat ou de direction du FMI pour tout le monde. Alors il faut ruser, et à ce jeu, il en est un qui passe maître, c'est Nico. Je vous explique.
Nico, il se dit, putain, je vais quand même devoir gouverner avec tout le monde, mes prédécesseurs ont bien dû discuter avec des gens de l'autre camp. Mais j'ai quand même pas franchement envie qu'on me contredise, et ils en sont bien capables, ces gros pénibles. Et là, il a l'idée qui tue, au sens propre, toute vélléité de contradiction : je vais bosser avec eux, mais si gros et si fort qu'on oubliera complètement que j'y étais obligé, qu'on trouvera ça généreux, et qu'on se contentera des miettes que je distribue. Aussitôt dit, aussitôt fait, ouverture, débauchage, Eric Besson, Bernard Kouchner, Fadela Amara, ta soeur, tout ça.
C'est génial. Parce que non seulement il se fait une image de mec ouvert, libéré des vieilles rivalités politiques, mais il remplace 47% d'opposants plus ou moins vigoureux par une vingtaine d'ectoplasmes avides de gloriole sans que personne ne remarque la manip. 16 790 810 individus escamotés en quelques mois, aucun prestidigitateur n'avait tenté ça depuis un célèbre allemand moustachu (qui n'est pas allé jusqu'au bout de son idée). Génial, je vous dis.
Evidemment, les socialistes n'y ont vu que du feu. Ceux qui se font débaucher, plutôt que de souligner qu'il était de toute façon impossible à Sarkozy de gouverner seul, se confondent en molles protestations, à base de "je fais qu'est ce que je veux arrêtez de m'embêter". Et ceux qui restent condamnent les traîtres, sans jamais mentionner que le débat public concerne tout le monde, l'opposition comprise, et qu'il est "normal" (merci Michel) qu'elle soit impliquée dans les différentes réflexions engagées (quitte, évidemment à s'y opposer).
Là où l'on pousse fort loin le burlesque, c'est qu'au final, on en ressort avec l'impression que participer à ces réflexions revient à cautionner le gouvernement qui les organise, ce qui revient à dissoudre l'opposition dans l'ouverture. Car si l'on n'a que le choix binaire de s'opposer ou de discuter, on voit vite qui a le beau rôle. Un joli cercle vicieux dont il sera compliqué de s'extraire pour un PS englué et aphone, hésitant entre les cris d'orfaie et la mollesse consensuelle (et pas complètement désintéressée) d'un, par exemple, Manuel Valls - on te voit venir, copain.
Et puisque la solution ne vient jamais que de la base, je vous propose de seriner sans faillir ces deux citations d'un monsieur mort, Alphonse Karr, romancier, journaliste, et accessoirement opposant à Napoléon III :
Tant de gens échangent volontiers l'honneur contre les honneurs. et Etre contente, pour l'opposition, c'est cesser d'être.
Je trouve qu'elles vont bien ensemble.
17:49 Publié dans Res publica | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
Le choix du chômage.
Vous allez probablement vous lasser, mais pas tant que moi. Vous lasser de quoi, aimeriez-vous savoir. De l'indignation vociférante et de la paraphrase écoeurée, voyez-vous. Il n'est pas une journée sans que mes yeux (certes avides, mais quand même) s'égarent sur la prose dégueulasse d'un de ces apôtres de la mondialisation/flexibilité/ouverture/ niquetamèrelepauvre qui n'en finissent plus d'apparaître ici ou là, champignons nauséabonds dont les ténèbres humides de "la droite décomplexée" font plus qu'encourager la pousse. Pas une journée sans qu'on ne m'impose la doxa du travailler plus parce qu'il le faut. Et aujourd'hui, le tribun du profit-roi s'appelle Laurence Parisot, reprise sur Yahoo.fr entre deux entre deux apologies de Nicolas Sarkozy.
La chef du MEDEF, qui oeuvre comme chacun sait au bien-être de l'humanité en général et de ses individus les plus méritants en particulier, en appelle depuis le campus d'HEC à la "responsabilité des syndicats" pour autoriser la mise en place de réformes visant à "favoriser la compétitivité des entreprises françaises et à stimuler leur production". Vieille antienne néolibérale qui vise à nous convaincre que le salut de l'économie française passe par la dérégulation du travail (celui du salarié, évidemment), nos entreprises (les notres, sisi, à vous, et à moi aussi) se trouvant en concurrence avec celles de pays aux politiques autrement plus "rationnelles" (i.e. compréhensives vis à vis du marché et peu regardantes quant au reste). Il est vrai que nous avons encore maints progrès à accomplir avant de rattraper l'efficacité chinoise, l'opinion n'étant pas encore tout à fait prête (mais on y vient) à accepter le travail forcé des enfants et des handicapés.
Laurence énonce, en se tenant le menton pour dissimuler sa large dentition de prédateur et son sourire de vendeur d'aspirateurs, que cette réforme est "l'occasion ou jamais que plus personne ne fasse le choix du chômage".L'ayant déjà employé dans le post précédent, je me garderai d'employer le mot "pute", mais il me brûle les lêvres plus sûrement qu'un café trop chaud. "Que plus personne ne fasse le choix du chômage". Entendez : que ces feignasses de pauvres se sortent les doigts du cul au lieu de geindre qu'ils n'ont pas de quoi entretenir leur flemme pendant que nous on bosse. Car il est sensible que cette chère madame rejoint ici l'avis de nombre d'élécteurs sarkozystes : ceux qui ne travaillent pas, c'est parce que c'est des gros fainéants qui font rien qu'à pomper nos impôts.
J'espère sincèrement que les syndicats ne resteront pas sourds à l'appel poignant de notre amie. Qu'ils auront honte d'avoir favoriser la glande en lieu et place du sain(t) travail. Qu'ils lanceront un énergique coup de pied dans le fondement des vampires qui vivent à nos crochets, nous, les forces vives de la nation. Noble combat que de pourchasser l'inutile qui plombe la croissance en gaspillant d'injustes indemnités en loisirs et spiritueux (voir fin du post précédent). Non Laurence, même si je ne suis pas syndicaliste, mon soutien t'es acquis. C'est que, comme toi, j'ai beaucoup fréquenté le chômeur. J'ai vu à quel point il se vautre dans sa luxueuse oisiveté. Avec quelle arrogance il me nargue en dépensant ce que je, moi, travailleur, m'échine à produire. Ah, moi aussi j'aimerais bien être en vacances toute l'année, passer ma vie entre les boutiques de Saint-Germain-des-Prés et l'opéra Bastille, et passer du temps avec mes potes au frais du contribuable. J'aimerais bien librement disposer de mon temps, sans responsabilité autre que celle que je m'accorde, à nager dans le plaisir sans rendre de compte à personne. Moi aussi j'aimerais être Cécilia Sarkozy.
C'est ça, ton problème, Laurence, tu utilises le mot "chômage" mais ce n'est pas à lui que tu penses. Si tu en usais à bon escient, tu penserais détresse, perte de repères, sentiment de rejet et d'inutilité, dépression, isolement et...pauvreté. Et ensuite, parce que malgré tes lacunes sémantiques, tu n'es pas complètement conne, tu te demanderais comment on peut en faire le choix, de tout ça. On se lève le matin et on se dit "tiens, et si je devenais pauvre et honteux, moi" ? On s'éclate à bouffer des pâtes premier prix, en expliquant à ses enfants que non, on n'a pas assez pour leur payer un cartable à la rentrée ? On prend son pied à s'abrutir devant la télé parce que les cinés, les théatres, les expos et les livres sont hors de prix ? Enfin, Laurence,...
Et je te vois venir. Tu vas me dire que le mérite intervient. Que si on en veut vraiment, on s'en sort, que c'est une question de volonté et d'effort. Tu vas te le manger, ton "pute" qui m'agace la gorge depuis tout à l'heure. Que viendras-tu parler d'efforts et de sacrifices, quand tu es née 276ème fortune française, couvée par ton papa et ses potes, et que tu diriges une boite que tu possèdes. Oh, je ne doute pas que du travail, tu en aies fourni, on peut naître dans la rose et en tomber, mais il est proprement scandaleux qu'un héritier sur-privilégié en ton genre s'autorise le moindre commentaire sur ce que les autres "méritent", ou que tu pondes d'aussi atroces contresens que ce "choix du chômage". Ta légitimité, acquise à la force de l'argent et de l'entregent paternels, est nulle.
Les ordures qui font la publicité de cent profiteurs pour stigmatiser les millions qui souffrent, ce sont elles et eux qui font un choix, celui d'une malhonnêteté intellectuelle toute entière tournée vers le renforcement de leur statut d'élite, économique, sociale, et culturelle. Tu fais bouffer au quidam la haine envieuse de son voisin chômeur parce qu'elle le détourne de toi, bénéficiaire satisfaite des inégalités sociales qu'on ne cesse d'élargir à coups de paquet fiscal ou d'impôts minimum. Tout ce que tu "mérites", Laurence, c'est d'être à la place de ceux que tu ériges en mal endémique de notre société laxiste, en parasites grouillant sur la carcasse d'une générosité sociale imbécile. Je doute évidemment qu'il t'arrive un jour de faire ce "choix du chômage" que tu nous vends si bien. Mais s'il survient, crois-moi, j'espère qu'ils seront nombreux à te cracher au visage la haine que tu sèmes.
16:32 Publié dans Res publica | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : parisot, chômage, MEDEF, choix, indignation, Laurence, travail
28.08.2007
Du désinfectant social
Georges Mothron vit, depuis hier, son instant de gloire warholien. A l'image de son modèle et patron, il est partout, à la une de toutes les gazettes, même, et surtout, les gratuites. George Mothron est député-maire d'Argenteuil, et il vient d'ajouter son nom à la longue liste des édiles UMP qui font rimer mandature avec ordure (Manuel Aeschlimann, cassdédi). Je pense inutile de vous resituer le personnage, la cause de sa soudaine célébrité n'a guère pu vous échapper, à moins que vous fuyiez tout média contemporain, auquel cas vous avez peu de chance de lire ce blog qui n'est pas encore diffusé en nuages de fumée. En revanche, ses réponses à la polémique en cours vous auront peut-être échappées, aussi me permets-je de vous en retranscrire l'essentiel, aussi fidèlement que la décence l'autorise.
A la question d'un journaliste de 20 minutes s'interrogeant sur les raisons du recours à un répulsif chimique, Georges (je vais l'appeler Georges, hein, j'appelle toujours par leur prénom les gens dont je me sens proche) répond avec calme et sérénité. "Nous avons une quinzaine de SDF à Argenteuil". Pour une ville rassemblant plus de 100.000 habitants, c'est un quota qui force le respect, au point que le chiffre annoncé pose deux questions : George ment-il comme un arracheur de dents ? Ou bien sa politique de chasse au SDF est-elle d'une rare efficacité (étant donné les moyens employés récemment, c'est une éventualité qu'il ne faut pas négliger) ? "Nous assurons vingt-cinq lits libres été comme hiver. Mais quatre ou cinq personnes retirées de la vie sociale, alcooliques, qui font sur eux ou sous eux, refusent l'aide de quiconque, et s'installent devant les issues de secours du centre commercial et de son parking." Là, normalement, la bile vous monte à la gorge. Des gens, qui boivent et qui sont sales, importunent de braves consommateurs innocents, refusant qui plus est l'aide qui leur est généreusement offerte.Quelle arrogance. Quelle ignominie. Non seulement ce sont des rébus, mais ils entendent le rester. Heureusement, notre maire-courage est là. "Nous avons tenté de les dissuader par la douceur (lire : à coups d'insultes et de pieds), puis par la force en les délogeant toutes les heures avec un jet d'eau." Quel brave homme, quand même. Non seulement il agit pour sa commune, mais en plus, quand il croise des gens qui sont sales, il les lave ! Gratis ! Vous voyez bien qu'à l'UMP aussi, on a du coeur. N'écoutons pas tous ces jaloux qui parlent d'atteinte à la dignité humaine. Vous iriez, vous, laver des gens qui font sous eux et qui ne sont même pas votre vieux papy incontinent ? Malheureusement, ça ne suffit pas, nous explique-t-on. "Mais ils reviennent, et les riverains se plaignent de la vision, de la pollution sonore, et de la vue pour les gosses". Comprenez : allez expliquer aux gosses la beauté de la société française avec ces batards à côté. Non seulement ils puent et ils hurlent, mais ils nous foutent le bordel dans les têtes de notre future élite. Les pauvres, ça n'existe que pour leur faire peur quand ils ne veulent pas travailler plus pour gagner plus.
Le journaliste, qu'on sent chafouin, enchaîne en demandant à Georges s'il est bien à l'initiative de l'achat du répulsif "Malodore" utilisé pour déloger les importuns. Là, Georges est moins à l'aise, frôlant l'extrême limite du mensonge façon Richard Virenque "à l'insu de mon plein gré". Il affirme notamment "Le produit a été acheté avec de l'argent public, mais nous n'avons jamais demandé à des agents municipaux d'utiliser ce produit, contrairement à ce qu'ils disent". On en conclut donc que Georges prévoyait de s'en servir pour désinfecter ses toilettes. Ce qui expliquerait sa contrariété en apprenant que des agents municipaux, ces sales presque-pauvres, les lui auraient piqués pour aller les gacher aux alentours du centre commercial. C'est qu'on sait s'amuser, à Argenteuil. "Hey, Bernard, viens on va mettre du défoliant dans la fontaine du square. Le dit pas au maire, surtout, hihihi, c'est une surprise !". George va même plus loin. "Le test a été effectué, je ne sais pas exactement par qui". Là, on sent le potentiel ministériel. A la Défense, par exemple. Ce serait rigolo, non ? "Les essais nucléaires ont été effectués, je ne sais pas exactement par qui", ce serait une belle façon d'accéder à la postérité. Georges explique ensuite "Vu la polémique créée par l'opposition (lire : faut vraiment être un batard gauchiste pour m'emmerder avec ça), et après en avoir discuté avec Christine Boutin (qui lui en aurait piqué quelques litres pour asperger le siège du magazine Têtu), j'ai décidé de surseoir à son utilisation en attendant qu'on me propose d'autres solutions". D'autres solutions ? Enfin, George, un peu d'imagination. Que penses-tu de saupoudrer d'anthrax les bancs publics ? De recouvrir de clous les trottoirs pour empecher qu'on s'y assoit ? D'organiser une milice de bons citoyens pour aller tabasser les clochards ? De rafler les SDF pour les emmener sous la douche au Zyklon B ? Ca ne manque pas, les solutions, quand même.
Le journaliste, dont l'interview superbement préparée ne souffrait pas de digression oiseuse, enchaîne sur une vile provocation : "N'est-ce pas contraire à la liberté d'aller et venir ? N'utilise-t-on pas ce genre de produits pour les animaux ?". C'est odieux. Et Georges de répondre dignement, le rouge aux joues. "Ce n'est pas une chasse aux pauvres, mais une chasse au maire !". C'est vrai ! S'il y a une victime dans cette histoire, c'est lui, George Mothron ! Alors voilà, il désinfecte un petit coin de sa ville, comme ça, pour rendre service, et tout le monde lui tombe sur le rable sous prétexte que quelques connards qui puent l'auraient mal pris ? Non mais on est où, là ? Vous voulez sa mort, c'est ça ? Mais sortez les violons, on va vous refaire "la complainte d'Alain Juppé" version banlieusarde, si c'est ça que vous voulez ! Vous ne voyez pas que c'est un complot de la gauche pour faire tomber un nouveau fidèle serviteur de l'état ? "La liberté d'aller et venir ne vaut pas sous l'emprise de l'alcool. Il faut sécuriser ce site, et ce produit devait servir à cela" Notez-le bien, hein, notez-les mots de George. Fermez les bars, saisissez le cognac et la vodka, le vin et la bière, luttons contre ce mal endémique qui pourrit nos villes et nos villages. Foutons au trou tous les alcooliques, la liberté c'est pour ceux qui savent se tenir, qui mettent une cravate et qui sentent le menthol quand ils font "aaaaaaah". Vous me parlez d'animaux, mais ce SONT des animaux, les pauvres. Ils sont plein de poils, de crasse, et ils vont jamais à la messe. Ils sont dangereux, monsieur, la France en a peur, et je suis là pour la protéger. Dehors les marginaux, rentrez-donc dans vos pays...
Je vous passe les trémolos de conclusion, sur l'amour d'Argenteuil et de son image, je crois qu'il faut savoir s'arrêter. Mais il est un constat qu'on ne peut pas taire : Georges Mothron ne regrette rien. Pire, il maintient qu'il est nécessaire de faire quelque chose pour que le pauvre, cette gale qui contamine le pays, s'efface rapidement, sans jamais préciser que le meilleur moyen de le faire disparaitre, c'est encore qu'il ne le soit plus.
Evidemment, on doute qu'il soit le genre d'individu à s'abaisser à tant d'humanité, surtout quand on nous rappelle ses états de service : arreté municipal interdisant la quête sur la voie publique pour cause de gêne olfactive anormale, véto à la création d'une aire d'acceuil (pourtant obligatoire légalement) pour les nomades, proposition de loi suspendant les allocations familiales pour les parents de délinquants, la liste est longue et limpide : le pauvre, il faut l'éradiquer , pas l'aider.
Cet homme est au mieux un connard obtus, plus probablement un fils de pute nazi. Georges, crois-moi, inutile de claquer l'argent municipal inutilement, il n'existe pas meilleur répulsif que toi.
PS : je conseille à tous les lecteurs égarés jusqu'à la fin de cet article la lecture des "Dépossédés" de Robert McLiam Wilson, plongée au coeur de la pauvreté britannique post-Thatcher. Ca fout le bourdon, mais on en ressort avec une certitude : la politique ultra-libérale mise en oeuvre par (entre autres) Nicolas Sarkozy et ses amis est un fléau contre lequel il est urgent de lutter.
PPS : S'il est parmi vous un habitant d'Argenteuil, je l'enjoins avec insistance à introduire sa bouteille de Destop dans le fondement de son député-maire. On ne saisit jamais vraiment l'ampleur d'un problème tant qu'on ne l'expérimente pas soi-même.
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07.08.2007
No photo
Et puis, parce qu'il me reste un excédent de bile à déverser :
Nicolas, tu n'es pas sérieux. Tu monopolises tout les médias monopolisables, si tu le pouvais tu t'afficherais sur les pots de yaourt et tu me chanterais ma sonnerie téléphonique, tu parles de tout tout le temps, on te voit partout, et tu vas nous pondre un cake pour quelques photos de paparazzi de ton torse vigoureux sculpté par le jogging et le travail revalorisé. Tu viens de sauver des infirmières, tu devrais bien savoir que l'hopital ne se fout pas de la charité.
16:30 Publié dans Ca m'énerve | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Libérons le cynisme
Ainsi, c'est l'été. Oh certes, le soleil ne brille que par intermittence, mais on ne peut s'y tromper : les accidents de car, le dopage dans le Tour de France, les étitaphes de ceux qui s'éteignent sous les derniers feux de leurs vieilles rampes, ont pris d'assaut les unes de nos vigies médiatiques. C'est connu, l'été, on court, on meurt, on bronze, mais c'est à peu près tout. Sauf pour un homme, bien sûr. L'homme, devrais-je dire, tant son infinie présence eclipse toutes les autres. On l'appelera Nico, si vous le voulez bien, on le voit si souvent que c'est un peu un ami maintenant, on peut se le permettre.
Nico, donc, n'a que faire de l'été. C'est pas trois rayons de soleil qui vont lui faire préférer l'ombre des palmiers à celles des perches et des caméras. Et comme il fait un peu chaud pour le jogging, on innove, en faisant dans l'exotique pour rester de saison.
D'abord, la Lybie. La Lybie est un petit pays méditerranéen où il fait bon vivre tant qu'on n'est ni juif, ni opposant au régime, ni infirmière bulgare. Si on a des ennuis c'est qu'on les cherche, donc. La Lybie est dirigé par un mec un peu bizarre, qui s'habille en pyjamas très chers et qui fait péter des avions plein de gens pour qu'on parle de lui. Normal, c'est pas génial le jogging en pyjama. C'est un mec humble, il a choisi le surnom de "colonel", alors qu'il pourrait au moins être général. Et surtout il est sympa, il a plein de pétrole, et il aime bien les produits manufacturés de luxe, comme les avions de chasse ou les missiles Sol-Israël. Et il s'avère qu'il a quelques problèmes domestiques, ce cher colonel. Figurez-vous que des infirmières bulgares et un médecin palestinien sont venus jusque dans ses bras, inoculer le virus du Sida à ses fils et ses compagnes. Alors bon, ça l'a énervé, il les a condamné à mort, après leur avoir arraché des aveux à coup de guilis sous les pieds.
N'étant pas du genre à laisser pareille situation dégénérer (il sait le prix du personnel hospitalier, dont il compte diviser les effectifs par deux, rappelons-le), Nico réagit. Il envoie donc son chef de la diplomatie, celui-ci ayant fait ses preuves en géopolitique puisqu'il a quand même réussi à le faire classer dans les 50 hommes les plus élégants du monde. Cécilia, qui par un hasard somme toute heureux s'avère être également sa femme, s'est donc rendu chez le colonel pour briser les chaînes des opprimés à grands coups de sourires Prada. Nico l'a rejointe pour la photo finish, glissant dans la foulée au généreux colonel quelques joujous, dont une centrale nucléaire, pour déssaler l'eau de mer à la place de la centrale solaire de ces hippies d'allemands, s'arrogeant du même coup le bénéfice de mois d'efforts de la diplomatie européenne. (*)
Ensuite l'Afrique. Bon ok, la Lybie c'est en Afrique, mais là on parle de la vraie, celle avec des noirs, de la savane et des républiques bananières. D'abord le Sénégal, puis le Gabon, où le président Omar Bongo dirige démocratiquement le pays depuis 40 ans (une enviable longévité). L'occasion d'abreuver le peuple sénégalais (nous dirons africain, de toute façon c'est tous les mêmes) de sermons paternalistes, de clichés grossiers suintant le colonialisme mal refoulée. Pardon. L'occasion d'encourager les peuples africains dans leurs efforts de modernisation, de les assurer que la France saura leur tendre la main s'ils ont du pétrole, hum, s'ils achètent des avions, non, s'ils restent chez eux, bon, bref, la leur tendre. L'occasion surtout de s'accorder quelque espace médiatique supplémentaire avant des vacances bien méritées.
Les vacances, parlons-en. Nico est parti aux Etats-Unis avec sa femme (sans les infirmières bulgares, c'est encombrant) sa ministre de la Justice. Prendre un peu de recul, s'éloigner des camér...ah non, non, non. La mission présidentielle, même en tongs, ne souffre aucun repos, il y a tant de sujets sur lesquels il n'a pas encore donné son avis. Et puis rassurons-nous, quand Nico ne parle pas, c'est J-M qui parle de lui. Il faut dire que si on file des Mirages à un dictateur antisémite, on peut bien filer un petit sous-secrétariat d'Etat à un borgne désoeuvré.
Voilà pour l'essentiel, je vous rappelle que c'est l'été, il ne se passe rien de bien important. Ah, si, ce qui passe, et plutôt vite et bien, ce sont les discrètes réformes concoctées par le gouvernement pour nous faire la surprise à la rentrée. Service minimum, paquet fiscal, peines planchers, le tout voté avec la procédure d'urgence par des Chambres désertées. Bronzez tranquilles, amis français, tout va bien, le soleil brille et on revalorise le travail à votre place.
(*) J'aimerais répondre, de mon modeste point de vue de citoyen, à Nicolas Sarkozy qui s'est d'ailleurs fendu d'un de ces miracles rhétoriques devant lesquels nos courageux journalistes tombent muets, d'admiration certainement. Il assénait la semaine dernière la question suivante (dans l'esprit, les mots exacts se retrouvent sûrement sur internet) : "Les Etats-Unis signent des accords de coopération avec la Lybie. La France devrait-elle s'abstenir ? C'est ça que vous voulez, que la France s'exclue de ce partenariat ? Moi je crois que la France est une puissance légitime qui peut elle aussi intervenir à ce niveau." Pas moi, Nicolas. Et pour répondre à ta question, oui, c'est ça que je voudrais, que la France s'abstienne de vendre des armes à un dictateur, sanguinaire ou pas d'ailleurs. Que tu ne viennes pas donner des leçons de démocratie aux Africains entre deux poignées de main à des ordures despotiques. Que tu t'etouffes avec ton cynisme libéral déguisé en patriotisme économique, que tu cesses de nous prendre pour des abrutis avec tes sophismes et ta "décomplexion". Et, je sais que j'en demande beaucoup mais c'est mon blog, tu sais, que tu fermes ta gueule quelques jours que je puisse profiter de l'été sans me faire un ulcère.
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04.07.2007
De la déliquescence du lien social
On se connaît ? Non ? Tu vois...
11:29 Publié dans Trip | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
18.06.2007
Première en saignements
"Il n'y a pas eu de vague bleue". Voilà donc le grand enseignement, nous dit-on, de la soirée électorale d'hier, qui a vu la gauche reprendre à la droite une cinquantaine de sièges et Alain Juppé démissionner de son poste d'écologiste en chef (ouf, il n'aura pas eu besoin de faire semblant trop longtemps) sous les vivats d'une foule invisible mais bruyante. Personnellement, j'estime que c'est un constat, et certainement pas un enseignement, mais après tout les médias qui enseignent se comptent sur les doigts d'un ophidien et sont aussi confidentiels que la diffusion des idées marxistes sur le plateau d'une émission d'Arthur. Alors l'enseignement, quel est-il ? J'en vois plusieurs, alors je vais mettre un pluriel, si ça ne vous dérange pas. Les enseignements, quels sont-ils ? (ma maitrise de la conjugaison française vous éblouit, j'en suis conscient, mais attendez la suite, je vous promets un subjonctif imparfait avant la fin du post)
Le premier, c'est que les sondages ont définitivement intégré le champ démocratique, et que leur poids sur les suffrages est en passe de dépasser celui des idées. D'une part, de plus en plus de gens votent en fonction des sondages exprimés (matraqués, pardon) dans les médias de masse. D'autre part, le président d'un institut de sondages à désormais un incontestable statut d'analyste politique. Prenons le quotidien gratuit 20minutes : il aura, lors de la courte campagne pour les élections législatives, recouru à l'interview d'un représentant d'Ipsos ou de CSA au moins trois fois par semaine. Ces instituts ont beau se vautrer dans leurs prévisions avec la régularité d'un coucou suisse, ils n'en sont pas moins interrogés systématiquement non pas sur les sondages qu'ils produisent, mais sur les résultats de ces sondages. J'ai sous les yeux l'exemplaire du jour. Christophe Joly du quotidien demande à Jean-François Doridot, directeur général d'Ipsos, "La victoire de l'UMP n'est pas aussi large que prévue. A quoi l'attribuez-vous ?". Et ce monsieur de répondre que la TVA fiscale, que la mini-hausse du smic. Certes, je ne lui donne pas tort. Mais au nom de quelle expertise interroge-t-on cet homme sur les raisons politiques des résultats ? Quelle légitimité a-t-il pour analyser la situation politique française, ou plutôt en quoi a-t-il plus de légitimité que Jean-Michel Ranu, photocopieur à la COGIP ? Que je sache, on ne demande pas à un comptable d'expliquer pourquoi un produit ne se vend pas, ni à un chronométreur pourquoi c'est le Jamaïquain qui court le plus vite ? Il y a désormais une telle soumission au pouvoir des chiffres, une telle obsession du comptage et de la mesure, qu'on en oublie le fond, qu'on le relègue loin des gros titres et des premières pages. La politique, c'est de la com' et des chiffres, c'est tout. Comme c'est triste.
Le second enseignement, puisque le pluriel j'emplôyasse (chose promise,...), c'est que personne ne souhaite en tirer (d'enseignements, pas de secrétaires lubriques) de ce scrutin. Le PS s'affiche en vainqueur, l'UMP s'affiche en vainqueur, le Modem s'affiche en vainqueur, il n'est guère que le FN pour ne pas pratiquer le déni. Je souhaite donc rappeler les chiffres, puisque c'est tout ce qui compte. UMP + nouveau centre : 340, PS+PC+verts (kikoo la gauche plurielle) : 231. Majorité absolue pour le parti du commandeur des nombrils. Qu'on se réjouisse du "ressac" (un bien joli mot, soit dit en passant) subi par la droite, c'est tout à fait légitime, tant les prévisions étaient sombres. Qu'on en oublie l'essentiel, en revanche, c'est scandaleux, de la part des politiques comme de la part des journalistes qui sur les plateaux leur servent à grandes louches la soupe infecte de leur défection et de leur éthique déliquescente. On n'aura entendu personne évoquer la carte éléctorale, gigantesque scandale ciselé pour la droite par ce grand démocrate qu'est Charles Pasqua. Personne n'en aura profité pour lancer le débat (il est vrai difficile à initier au milieu des vociférations saucissonnées par les présentateurs des élus en goguette) sur les premières semaines du gouvernement Sarko Ier. Personne pour opposer un projet à un autre. On s'en fout, des raisons politiques, nous ce qui nous importe c'est kikigagne. Dont acte.
Le dernier enfin, et j'en parle déjà avec cette volubilité coutumière qui n'est pas sans agacer mon imposant lectorat, c'est que les journalistes de télévision sont soit des ordures, soit des burnes (ça me soulage d'être grossier, quand j'ai la tête d'Arlette Chabot qui s'affiche en surimpression sur mes lignes blogueuses) complètement dépourvues de talent. La soirée d'hier sur France2 (je n'ai pas osé TF1, je tiens à conserver mon ulcère pour ma quarantaine) était en cela édifiante. A Arnaud Montebourg, réélu de justesse: "Pensez-vous qu'il y ait eu un effet Ségolène Royal, qui est je le rappelle venue vous soutenir dans votre ville ?", finesse rhétorique odieuse pour sous-entendre que la politique n'est que people et religion. "La vierge Marie vous a dit vas-y mon coco, j'te kiffe, pensez-vous que cela vous a aidé ?". Mais Elise (Lucet), ma poule, tu as fait 20 ans de journalisme pour en arriver à ce niveau d'exigence intellectuelle ? C'est sympa, j'ai hâte que tu nous fasses un topo sur la situation au Darfour. "Monsieur Kouchner, aujourd'hui vous avez mis un pantalon en tissu africain, dans quelle mesure cela va-t-il changer la donne dans les négociations avec le président soudanais ?". Enfin, il y a pire. PPDA se serait fendu d'un "frappé par un nouveau coup du sort" en parlant de la défaite d'Alain Juppé à Bordeaux. Un "coup du sort". Une nouvelle preuve du complot franc-maçon qui vise à destabiliser l'Etat en lui brisant ses plus brillants énarques, j'aurais dit. Ou qu'il s'agit d'une profonde injustice envers ce grand serviteur de l'Etat que franchement je kiffe bien. Que PPDA soit de droite, c'est son droit (quel joli constat). Qu'il s'autorise de tels dérapages, c'est bien la preuve qu'on vit une sombre époque médiatique.
Concernant ma situation personnelle, et tout en m'abreuvant de sentences définitives comme celle que je viens de pondre un saut de ligne au dessus, j'attends. C'est chiant, d'attendre, et puis c'est long. Mais mon irritation envers Ségolène Royal ("Je veux etre premier secrétaire/Je ne vis plus avec François Hollande". Ok, quel rapport ?) croissant au rythme de mon inquiétude quant à la survie du PS passée l'euphorie d'une défaite moins cuisante que prévue, je ne veux pas me lancer à l'aveugle. Perdre foi en la politique, on sait ce que ça donne. Hein, monsieur Besson ?
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22.05.2007
U, PS
Non. C'est une entame peu courante, je vous l'accorde, mais je tiens à couper court aux nombreuses spéculations qui n'auront certainement pas manqué de vous agiter pendant mes quelques jours d'absence : non je n'ai pas rejoint les jeunesses trotksistes, non je n'ai pas jeté de pavés sur des policiers innocents, et non, aucun drapeau du Che ne flotte au mur (oui, c'est très aéré chez moi) de mon salon. Simplement, je refléchis encore. Et pas uniquement à mes vacances estivales.
D'abord, je suis rassuré de n'être pas le seul à me poser des questions sur la façon de me mobiliser, de me canaliser, et autres mots en "liser". Certains, et pas nécessairement les plus quelconques, semblent nager dans la même incertitude que moi. Avec des pistes similaires, mais la même appréhension à glisser le doigt dans les puissants rouages de ces machines à pervertir la conscience politique que semblent être les appareils. Mais partager une hésitation ne la rend pas moins pénible, juste un peu moins timide. Alors pour passer le temps (et certainement pas pour recueillir des avis, c'est pas mon genre) je vais vous l'expliciter, ce dilemme.
Alors voilà, MPR ou FN ? Reconnaître le génocide vendéen ou rétablir la peine de mort ? Interdire l'avortement ou réinstaurer le droit divin ? Franchement c'est dur de choisir, heureusement qu'on peut avoir tout d'un coup. Et ça pour le prix modique d'un petit raz-de-marée UMPesque aux législatives prochaines. Franchement c'est donné. Plus sérieusement, je tangue (j'aurais bien dit je gîte, mais c'est un mot si laid qu'il en ferait probablement planter la page web) entre gauche de gouvernement, et gauche de pas gouvernement. Non pardon c'est inexact : je penche vers la gauche de gouvernement, mais une petite voix taquine me retient en me disant "mais merde, et si la solution était ailleurs ? T'es sûr que tu t'es bien renseigné ? Que tu ne les juges pas à l'aune de ce que les médias serinent ? Que ça ne vaut pas le coup ?". C'est une sale pute, cette voix taquine, je ne sais pas ce qui me retient d'espièglement la faire taire à coup de marteau. Certes, la "gauche de la gauche" est un champ de ruines où les vautours pulullent, mais faire le constat de son démembrement est insuffisant. Et si personne ne se dévouait pour la reconstruire ? Et si c'était par facilité que je m'orientais ailleurs, parce que la tâche est aussi incertaine qu'insurmontable ? De là à penser que cette droitisation de la France que tout le monde évoque vient de ce lâche constat d'échec qui incite à rejoindre le confort du compromis plutôt que le sacerdoce de la conviction, il n'y a qu'un pas que je franchirais allègrement en jetant en patûre à la postérité une locution latine bien classe. Gloria Mundi Jacta Est, et c'est toi le rubis con, moi je suis la rose promise.
Le Parti Socialiste - j'ai du mal à écrire PS, j'ai toujours l'impression d'être à la fin de mon post et c'est désobligeant, un peu comme quelqu'un qui vous dit "au revoir" en pleine conversation parce que vous lui cassez les pieds (non ça ne sent pas le vécu, merde) - me tend donc amicalement les bras. Sauf que je me méfie des étreintes faciles, surtout depuis que ces crétins de "Free Huggers" courent les rues pour voler un peu de cette précieuse tendresse qu'ils entendent dispenser. Le PS, oui, mais pas n'importe lequel. Pas celui qui ressemble à l'antichambre d'un cimetière d'éléphants, pas celui des couteaux tirés au moindre revers, de l'extinction progressive des convictions derrière les égos et les intérêts particuliers. Pas ce PS de réaction, qui se définit par défaut, qui se plie aux modes, aux médias, qui se convertit au populisme et au nationalisme parce que c'est plus vendeur que la pensée sociale. Pas ce PS de droite.
Moi je cherche autre chose. Je cherche certes la force politique, mais je cherche aussi ceux qui y croient, ceux qui se sentent obligés d'être de gauche, parce que c'est la que repose la dignité. Ceux qui s'estiment nécessaires à cette société qui dérapent. Et pas ceux qui s'y installent de bon gré du moment qu'ils y trônent. Je cherche, et puis j'attends un peu, aussi. Puisqu'on lui prédit les pires écartèlements, j'attends de voir ce que ce parti va devenir. Mais je peux attendre longtemps, et je n'ai ni prétendants à éconduire ni tapisserie à défaire. Tout au plus ai-je une table à monter, et franchement elle n'a guère de conversation.
J'ai interrogé un ami (il s'appelle Wikipédia. Il raconte souvent n'importe quoi mais c'est un puit, c'est pratique pour apporter de l'eau à son moulin) sur les mouvances socialistes susceptibles de m'intéresser. Deux sortent du lot. Le Nouveau Parti Socialiste, et Alternative Socialiste. Je ne vais pas développer leurs spécificités, celles-ci vous sont accessibles d'un clic de votre index droit, ou gauche, faites pas chier les contrariés. Elles m'intéressent, me parlent, même, et cependant je sens comme une réticence à prendre au sérieux des projets qui après deux ans d'existence font déjà l'objet de scissions, de divisions, de désaccords.
C'est peut-être le propre de toute action politique que de se diviser sans cesse. La conception de la politique est trop personnelle pour se fondre doucement dans un moule collectif. Mais quand on se dit capable d'aider les autres à aller mieux, peut-être est-il bon de s'appliquer à soi la discipline qu'on leur propose. Enfin, ça, je ne le saurai pas si je ne me lance pas. Et comme en plus c'est pas loin de chez moi...
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