09.05.2007

Post-electum, citoyen triste

Voilà, c'est fait, la France a sauté le pas. Difficile de feindre la surprise, on nous l'annonçait à coup de pourcentages depuis plusieurs semaines, et nos espoirs d'y couper se sont vite réduits comme la peau du prévisible chagrin post-campagne. C'est peut-être ce caractère prévisible, attendu, qui rend le résultat si pénible. Un choc, c'est salutaire, ça nous prend aux tripes, ça donne envie d'exploser, c'est une douche froide sur la langueur de nos convictions. Là, non. L'implacable roue du(fabuleux, sauf que de cette fable il est le héros ET l'auteur) destin de monsieur Sarkozy nous a broyé le moral. Ca nous apprendra à traverser les autoroutes du "bon sens".

Il est élu, l'heure est à la digestion. A la résignation, pour beaucoup, tant les baudruches bravaches se dégonflent à l'heure où les noires prédictions se réalisent. J'essaie pour ma part d'éviter cette ultime lacheté qui consiste à oublier son indignation "de campagne" pour annoncer, l'air désappointé mais les principes en berne, qu'on en "prend pour 5 ans", et que tant pis. Je vous exposerai bien le fruit de mes réflexions quant à la manière appropriée de réagir à cet avènement de la droite dure, mais il n'est pas encore mûr. Tout mais pas ne rien faire, ne rien dire, voilà ma seule certitude.

Et puis comment construire sa réaction, quand ce à quoi on voudrait s'accrocher part en lambeaux. La gauche de la gauche est en ruine, qui cherche à sauver ses maigres sièges à l'Assemblée mais sans cohérence ni compromis (DEUX candidats communistes en Seine-Saint-Denis. Mouloud Aounit, si tu m'entends, fais comme Eric Besson, rejoins vite le nouveau président, c'est un environnement plus sain pour les indignes carriéristes). Et le parti socialiste, fer de lance présupposé de la future opposition, se déchire, ses requins-éléphants (vous savez, l'espèce qui prolifère sur les plateaux télé et qui affute ses (second-)couteaux en souriant comme un camelot) règlent leurs comptes sans la moindre pudeur ni le moindre scrupule, se disputant les maigres étincelles d'un contre-pouvoir bien éteint. Strauss-Kahn, Fabius, nouveaux Brutus imbéciles, puisse votre égo vous obstruer la gorge avant que vous ne massacriez les dernières chances de sauver le pays d'un règne sans partage du "moi" contre le "nous".

Cette élection nous apprend nombre de choses, toutes plus tristes les unes que les autres. D'abord, que la France souffre d'une malsaine soif de répression, de sanctions. Contre les "racailles", contre les chômeurs, contre les immigrés, contre tout ce qu'on conceptualise de loin. La prison, la fin de l'"assistanat", la fermeture des frontières, autant de façons de fermer sa porte à l'autre. On ne fait pas l'aumône, on chasse. Il n'y a plus de victimes, il n'y a que des profiteurs et des délinquants. Grand bien vous fasse, messieurs qui pronez le mérite et avilissez ceux qui sont la marge (à dessein, évidemment. Ou par leur gènes, qui sait). Je vous souhaite d'un jour tomber de l'autre côté de cette barrière que vous érigez avec le sourire satisfait du porc ségrégationniste qui vous habite.

On y apprend également que nous sommes des envieux. Un peuple de jaloux. Cette jalousie qui enferme, presque autant que la peur, dans la haine de l'autre et la soif de répression. Electeurs de Sarko, sa formule phare est inexacte. Vous ne souhaitez pas gagner plus, vous souhaitez que les autres gagnent moins que vous. Qu'on vous paie au lance-pierre, peu vous chaut, ce qui compte, c'est que le voisin le soit au martinet. Le délinquant n'est pas celui qui vous redistribue 5% du fruit de votre travail, mais celui qui vous "vole" votre dû. C'est une forme de renoncement, de soumission aux puissants. Et pour compenser, on tape sur celui d'en dessous. Peuple de cheffaillons, petites âmes obscènes qui préférez le règne du profit tant qu'il y a toujours moins bien loti que vous. Vous n'êtes pas des citoyens, vous êtes des serfs. Merde, je vais vomir.

Au petit jeu de la mesquinerie démocratique, les grands vainqueurs du suffrage sont...les vieux. N'est-il pas fondamentalement déprimant que celui qui prône le "travailler plus" soit élu par ceux qui ne travaillent plus ? Parce qu'ils jugent, ces brontosaures pré-alzheimeriens, que les générations suivantes triment moins qu'eux et que c'est injuste ? Parce que la solidarité nationale, c'est bon pour payer leurs retraites, pas les RMI de ces feignasses (souvent noires, en plus, mon dieu, on aurait jamais vu ça du temps du maréchal) ? Ce vote réac, nauséabond, m'afflige d'autant plus que notre pyramide des ages lui donne un poids croissant. Ce n'est pas les retraites qu'il faut réformer, ce sont les retraités ! Enfin...facile de prêcher quand on renonce à convaincre sa propre ascendance d'oublier ses bas-instincts et ses peurs ineptes.

La vie continue. Plus de la moitié des personnes que je croise chaque jour ont donné dans la solidarité sociale un grand coup de pied rageur, mais il ne m'est pas permis de le leur retourner dans le fondement. Après le raz de marée dans les urnes, le tsunami dans les burnes. Non, ok. C'est comme ça, on vit dans un pays (encore) démocratique, où l'on exprime ses idées par les mots. Même les plus vilains, "identité nationale", "racaille", "assistanat". Il appartient à ceux qui les maitrisent, qui comprennent le sens qu'on leur donne et qui en voit le danger, de les expliquer, et de les contrer. J'espère qu'on sera plus nombreux que ceux qui s'y résignent.

 

27.04.2007

L'entre-deux-tours niqué

La campagne précédant le premier tour avait déjà fait montre d'un niveau tout relatif, le clientélisme et la démagogie étouffant souvent les problématiques politiques, économiques, sociales, tout ce qui en démocratie devrait être débattu avec infiniment plus d'énergie que les infimes variations qui agitent les chiffres de nos merveilleux haruspices sondeurs. Alors que d'ordinaire on se plaint de le toucher, voilà qu'on expérimentait le contraire : tout le monde se branle du fond, puisqu'on croit savoir de source sûre (la même qui fournit aux divinateurs sus-nommés leurs solides prévisions) que "ça n'intéresse pas les français". 

Et puis au lendemain des résultats, l'heure était à l'espoir et aux réjouissances : les français, les mêmes qui préfèrent qu'on leur parle d'enfants démembrés plutôt que de politique monétaire européenne, avaient tranchés, et ils avaient choisi l'opposition entre deux projets de société, plutôt que le flou, le compromis, ou pire, les extrêmes. On annonçait, enfin, le vrai débat, celui avec des gros morceaux de convictions, et même quelques grumeaux de principes. Dans le coin droit, Nicolas Sarkozy, champion du pouvoir d'achat et du nettoyage à la vapeur, vainqueur aux points du vivifiant duel d'avec son fin démocrate de voisin de droite. Dans le coin gauche, Ségolène Royal, égérie d'une République morale et juste et juste et morale et très légèrement lénifiante, pour ne pas dire relou, dernier rempart d'une gauche laminée. Ah, la belle affiche. Projet contre projet, nous promettait-on, le libéralisme et la trique paternelle (rien à voir avec un dérèglement génétique) contre le socialisme et l'amour de la mère (l'été approche). Le choc, avec pour arbitre le capitaliseur du refus mou, promettait. On allait voir ce qu'on allait voir, foi d'analyste télévisuel, foi d'éditorialiste du Monde.

On y est. Et il n'est pas de mot suffisament fort pour décrire la béatitude dans laquelle me plongent les échanges entre Sarkofans et Royalistes. C'est facile, ça ressemble à ça :

Sarkofan : Oui, blablablablabla.
Royaliste : Nicolas Sarkozy est un danger pour la démocratie, blablablabla est inepte et dangereux.

Royaliste : Oui, blibliblibliblibli.
Sarkofan : Vraiment, c'est n'importe quoi, vous êtes fasciste et anti-démocrate.

Bon, j'exagère. Dans les faits, c'est pire : Les partisans du PS ne s'adressent pratiquement pas à l'UMP, la stratégie choisie étant la diabolisation de son candidat (en partie à raison) et la main tendue à Bayrou. Et les partisans de l'UMP, bénéficiant justement de cette stratégie de diabolisation, ne répliquent aux interrogations que part des cris d'orfaie ou du mépris petitement déguisé en bon sens universel(cf Henri Guaino, nègre des discours de Sarkozy, et ses douze "C'est absurde" par interview, souvent en réponse à une question fâcheuse pour son candidat).

L'organisation du débat Bayrou/Royal est ainsi une belle illustration du non-débat qui s'est imposé dans cet entre-deux-tours.

1) Royal et Bayrou, farouches contempteurs d'une république et d'une laïcité que Sarko met à mal, s'entendent sur l'organisation d'un débat télévisé, le tout étant de trouver un diffuseur.
2) Sarkozy, vexé et emmerdé d'être ainsi zappé de la campagne, fait pression (avec plus ou moins de subtilité et d'intermédiaires) sur les diffuseurs pour que le débat n'ait pas lieu.
3) Bayrou, Royal et leurs partisans dénoncent ces pressions.
4) Sarkozy et les siens hurlent au "procès stalinien".

Il n'y a pas dialogue, et il n'y aura probablement pas de dialogue jusqu'au second tour. Les socialistes ont choisi comme ligne directrice le rassemblement contre Sarkozy, rejoints par Bayrou et l'extrême gauche. L'UMP a elle choisi le martyr, considérant que toute contradiction apportée à son programme est nécessairement un procès d'intention, une attaque personnelle, un crime anti-démocratique, stalinien, fasciste, pédophile, nazi, tous ces mots éristiques qui n'ont d'autres objectifs que d'empêcher la tenue d'un échange sensé.

Difficile d'anticiper le dénouement de cette triste histoire. Le choix du PS, pour juste qu'il soit, de renoncer à l'échange avec Sarkozy sur le terrain des idées -terrain tristement défoncé par les médias et les coulées de boues fascisto-nationalistes- a l'inconvénient de tendre au candidat UMP la perche de la victimisation, perche que ses partisans et lui saisissent avec avidité. C'est effrayant.

Goût prononcé pour le statut de victime, apôtre du communautarisme,  récupérateur chaleureux des thèses nationalistes, pyromane sans états d'âme de la fragile solidarité sociale, obsédé du contrôle de l'image. bénéficiaire d'un tentaculaire réseau financier et médiatique : triste profil du mieux placé des présidentiables. Après la Russie, après la Pologne, la France ?

19.04.2007

Recentrons le débat

Ami, je déborde. A force de lectures, de discours, de débats, voilà que je ne synthétise plus la politique, que l'élection présidentielle me sort par les orifices, et pas les plus élégants. Comme le disait Titange91, 17 ans, 75 kilos dont 3 de boutons d'acné, spécialiste du flou gaussien sur ses photos Meetic, je sature.  Il faut que je m'échappe, que je m'épanche - et sans tomber, si possible -, que je trouve un exutoire à ce trop-plein partisan, à cette pénible conviction qu'avant dimanche, 20h, je ne connaitrai pas le repos, que je continuerai à bourrer le crâne de mon entourage de "Bayroucaymal", "Sarkokaka", et autres simplismes militants, en espérant que le ralliement d'un seul, d'une seule au vote utile que j'encourage de toute ma mauvaise foi, de toute ma rhétorique bourdieuse et agressive, fera pencher la balance du côté des moins pires. Tu vois, je suis là pour ne pas en parler, et je me vautre dedans comme un journaliste du Monde dans les maladresses de la candidate socialiste. AH, T'ARRETES MAINTENANT, HEIN.

Je cherchais, sans trop y croire, le réconfort dans les bras tentaculaires et pour tout dire assez peu tendres du net, espérant débusquer la perle rare qui m'obligerait, l'espace d'un moment, à mobiliser mon activité neuronale pour autre chose que l'acrimonie anti-médiatique et la desespérance politique. Je cherchais, et cliquai sur Yahoo Actualités, comme ça, au hasard, lorsqu'elle surgit.  Enfin. THE AMAZING AND HOLY GRACE. La miséricorde divine, le nirvana, et tous les paradis spirituels, artificiels, fiscaux, tout ce que vous voulez, bref, elle était là, en Une, et illustrée : la news qui allait me délivrer du mal.

Il serait cruel de bâtir un quelconque suspense sur sa nature, aussi vais-je vous dévoiler son titre, et vous comprendrez, vous aussi serez peut-être touchés par son indicible universalité, sa douceur intrinsèque, son humanité. Figurez-vous que "Les moules d'Arcachon à nouveau interdites à la consommation". C'est fou, non ?

Quelle information plus fondamentale, quelle nouvelle plus effarante, que ce triste sort réservé aux petites moules d'Arcachon, quel sort cruel infligé par un censeur malfaisant touche ces petits êtres couleur ébène. Voilà que mon coeur s'emballe : une nouvelle cause à défendre, un nouveau cheval de bataille pour ma soif d'indignation. Libérez les moules d'Arcachon. Ensemble tout de vient possible, mais pas sans les moules d'Arcachon. Nos moules valent plus que leurs profits. Putain, ça fait du bien de se sentir revivre.

Passé l'enthousiasme initial, voilà que je me plongeai dans l'article, avide de détails qui structureraient ma pensée et renforceraient ma conviction que se tenait là, devant mes yeux encore embués d'émotion, le prochain sujet primordial de société, dès que la question du premier ministre de François Bayrou serait reglé. De mollusque à mollusque, il y a comme une continuité. Et, un bonheur ne survenant jamais seul, voilà que j'apprenai le coeur battant le noeud du problème, et non l'inverse, ça fait mal. Je vous le retranscris, je suis sympa : "La préfecture rappelle que la consommation de moules atteintes par le dinophysis peut entraîner des désagréments gastriques". Comment rester indifférent à cette préoccupante révélation, comment ignorer la portée métaphysique de cet aveu ? La moule est interdite, apprend-t-on, et je traduis pour les inconséquents qui n'ont que survolé la phrase, parce que si on la mange on aura mal au ventre ! Putain ça ne peut pas vous laisser de marbre, ça ! Quel odieux cynisme pourrait vous pousser à négliger ce scoop ! Qu'attendent les journalistes, les vrais, ceux qui risquent leur peau pour obtenir ces infos qui nous bouleversent, les faux-pas syntaxiques de Ségolène, les problèmes de coeur de Sarkozy, les très surprenantes déclarations du président du FN, les amertumes conjuguées de Nicolas Hulot et Dieudonné, qu'attendent-ils, ces fiers plumitifs qui oeuvrent à l'élévation des foules par l'information, pour saisir au bond cette perche tendue et approfondir le sujet, pour questionner nos candidats sur ce VRAI sujet de société ? Des troubles gastriques, oui, mais lesquels !? Et les moules, pourquoi d'Arcachon ? C'est pas très français "dinophysis", non, ça ne mérite pas un ministère ? C'est la faute à l'Europe ? Au Capital ? A l'arbitraire division gauche/droite qui paralyse la mytiliculture depuis trop longtemps ?

 

Ami, je vibre, comme je n'avais pas vibré depuis des lustres. J'ai la rage, le mors-au-dent, la bave aux lèvres, je sens que tout va se jouer là, sur cettre problématique apparemment anodine mais ô combien pertinente pour nous, "les français". On va quand même pas se faire emmerder dans notre digestion sans réagir.

Le 20 t'enivre ? Attends le 22.

Voilà, J-3. Le ton monte, le borgne aussi. Le spectre du 21 avril, cette merveilleuse périphrase cliché, commence à faire le tour des rotatives. Le journaliste maladroit, ou cynique, tend à Jean-Marie Le Pen des perches telles qu'on pourrait répondre à sa place, et fait enfler les polémiques ineptes (Sarkozy français, pas français ?) à l'heure de choix autrement plus pertinents que le nombre de générations nécessaires pour présenter une candidature présidentielle en France.

Il y a quelques semaines, la situation médiatique m'aurait désespéré. Aucun "petit" candidat n'est audible, le débat se concentre sur des broutilles et des querelles d'écoliers. Le ralliement d'un fossile républicain fait couler plus d'encre que les dérapages insupportables de l'homme qui fait (mais pour combien de temps ?) la course en tête. La présidentielle est traitée par l'anodin, le futile, l'inepte, comme si Jean-Pierre Pernaud avait phagocyté les rédactions du pays entier. Mais je m'en fous. C'est trop tard. J-3. Mes neurones fument comme des pompiers, j'ai l'impression de succomber à une triste monomanie. Je ne pense plus qu'à ça. Je ne parle plus que de ça. J'applique malgré moi l'imbécile politique du court terme, celle qui veut qu'on ne se passionne pour elle qu'à la veille d'une échéance électorale. Je suis prisonnier de mon impuissant militantisme, de ma flemme aussi. J'ai l'impression que les jeux sont faits, que les affligeants sondages ont beau changer toutes les trois heures, alea jacta est.

Autour de moi, on vote Bayrou. Je généralise, mais le béarnais est implacablement majoritaire parmi les gens que je cotoie. Et le discours est le même partout : "je trouve qu'il y a du bon à gauche et du bon à droite, et puis il m'énerve, le vieux système". Variante douce du "tous pourris", triste constat de la déshérence de la politique de conviction chez les mieux lotis par le système. Le vote Bayrou est un vote blanc, et il n'aurait rien de condamnable s'il n'avait aucune chance de le porter au pouvoir. Mais, au même titre que le vote FN, il est dangereux, presque irresponsable. Quand le coup de pied dans la fourmilière est d'une telle force qu'il peut propulser son bénéficiaire jusqu'au second tour, le geste est inconséquent. Elire, c'est choisir, ça ne peut par définition être protestataire. Qu'un candidat puisse capitaliser sur l'insatisfaction citoyenne au point de l'emporter, c'est effrayant, et l'illustration que la politique française est maltraitée, mal comprise, mal ressentie. Le vote Bayrou est naïf, ou cynique, mais dans tous les cas malsain. Où l'art de la communication prévaut sur les principes. Où le projet se résume à ce qui se vend bien. A ce qui "intéresse". Putain...

Je parle beaucoup de Bayrou, parce que je me sens cerné. Je n'oublie pas Sarkozy, mais j'ai quelque part la conviction qu'il s'est grillé à force de gesticulations foireuses et laides. Je ne veux pas croire que la haine, même enrobée de miel républicain, puisse plaire et rassembler. Si j'ai tort, ma foi en l'humanité en prendra un coup.

Et puis il y a ceux qui ne votent pas, qui s'en foutent. Ceux-la, je n'en parle pas, ça pourrait être mon tour de déraper.

 

28.03.2007

Lâchez les meutes.

Il était temps. C'est qu'on a failli l'attendre, la coquette. Elle se faisait désirer, laissant même craindre une absence fort désobligeante de la campagne présidentielle. C'est que, depuis quelques années, on ne peut plus s'en passer, tant elle structure le débat public et mobilise les énergies, les discours, et les moulinets de bras vengeurs. Et heureusement, elle a fini par s'inviter énergiquement et par la grande porte de la Gare du Nord, elle ne nous a pas posé de lapin, elle est là : l'émeute.

Oui, l'émeute, ce mot-tiroir qui porte en son sein, et l'air de rien, toutes nos peurs sociétales et nos bassesses sécuritaires. Ce mot qui surgit périodiquement dans nos bouches et nos médias, et dont le sens n'est que trop rarement rappelé, décrit un "Soulèvement populaire, généralement spontané et non organisé, pouvant prendre la forme d'un simple rassemblement tumultueux accompagné de cris et de bagarres.". Soit, grossièrement, ce qui s'est passé à la station Gare du Nord hier, quand une centaine d'individus se sont violemment opposés à la Police suite à l'interpellation d'un fraudeur. Les avis divergent quant à l'origine des incidents, excès de zèle et violence policière ou agression caractérisée dudit fraudeur, mais personne ne discute le mot qui les décrit : c'est l'émeute. 

L'emploi de ce mot avait déjà été analysé à sa précédente évocation (ici, notamment), mais s'en préoccuper est plus que jamais d'actualité. D'abord parce qu'il intervient à un moment clé, alors que d'après nos amis prestidigi sondeurs Nicolas Sarkozy s'essoufle et JM Lepen piétine, un moment tellement approprié qu'on entendra sûrement quelques férus du complot anti-républicain dénoncer une manipulation. Et surtout parce qu'il relance l'interminable débat sur la violence de la société, l'insécurité française chronique, et le malaise des banlieues, le tout dans un grand sac opaque et mou. 

On peut s'attendre à de multiples réactions, du PC au FN, les uns prônant le durcissement de la répression, les autres argumentant qu'un tel problème se traite à la racine, et qu'il s'agit d'une ramification de la crise dite "des banlieues". Soit, on sait quelle vision je défends et là n'est pas mon propos. Ce qui m'insupporte, c'est qu'on (ce qu'il y a derrière ce "on" est bien la clé de mon discours, et pourtant il m'est difficile de le définir) instrumentalise ces incidents pour en faire un thème de campagne. Ce qui dans une manif étudiante serait passé comme une lettre à la poste, et n'aurait bénéficié que d'une ou deux phrases lâchés par un présentateur au JT de 20h ("une manifestation ternie par les agissements de quelques centaines de casseurs", hop la, c'est bon), parait ici en une de nombreux quotidiens, et va probablement faire les choux gras de la presse et d'internet pour les prochains jours. Quelques photos chocs, une description light des évènements ("on ne sait pas grand chose"), et hop, on lâche la bombe.

C'est dramatiquement irresponsable. On ne peut pas ignorer, quand on est journaliste, qu'on va par là-même centré l'essentiel de la campagne présidentielle sur un thème qui a déjà il y a 5 ans imposé un déchirant second tour. On sait, on sent forcément que du fait du clientélisme médiatique et de la mercantilisation du politique, tous les candidats vont s'engouffrer dans la brêche, à qui fera la déclaration la plus poignante, la plus résolue, la plus tapageuse. Et, pire que tout, on sait qu'on fait peur. 

Ces élections s'annonçaient déjà nombrilistes, à se centrer sur le pouvoir d'achat, à brosser cyniquement les clients électeurs dans le sens du poil, elles risquent désormais de se voir imposer un second pilier : la peur. La peur de l'embrasement, la peur de la violence, qu'elle soit policière ou "banlieusarde", la peur de l'autre ou de l'Etat, le plus souvent des deux. C'est tellement plus vendeur, c'est tellement plus facile à mettre en scène, la peur. On le sait, les grands stratèges politiques ou médiatiques nous le serinent, "les français veulent qu'on parle d'eux". Faux. "Les français" on s'en fout. A l'heure d'un choix démocratique, on s'adresse aux citoyens. On les responsabilise, on leur fournit quelques clés, mais on ne leur sert pas un brouet plus infâme qu'un téléfilm de fin de soirée. 

Les évènements à l'école Rampal, cette violence policière imbécile, étaient indéfendables. Et la résistance des citoyens (j'insiste. Pas des français, des citoyens) courageuse, et noble. Mais elle ouvre également une porte qu'il est irresponsable de laisser entrebaillée, celle de la contestation systématique des interventions policières. Celle qui plait aux libertaires sans nuance, à ceux qui voient dans l'Etat un instrument d'oppression, à ceux qui s'enivrent du glamour révolutionnaire pour jeter des pavés aux flics. Le danger du mot "émeute", c'est qu'on lui associe rapidement "l'insurrection" ou la "révolte", et qu'il existe trop de gens qui les appellent de leurs voeux ou les brandissent comme menace. Les uns comme les autres, profondément anti-démocrates et anti-républicains", vont profiter de ces évènements pour investir tous les champs disponibles, et nous servir les clichés/préjugés/amalgames qui lîment soigneusement les fondations de la vie collective.

Alors chers amis, si on vous parle des "émeutes", soyez citoyens, parlez plutôt de France-Autriche.

26.03.2007

De l'inanité du drapeau

Les socialistes sont des crétins. Il est toujours bon de commencer une note par une accroche prometteuse, aussi me permets-je de résumer mon propos avec ce qu'il faut de provocation pour attirer le chaland. Vous avez remarqué à quel point les articles putassiers réveillent ? Il a suffit d'un étron chroniqueux sur Libé pour me donner envie de défendre un film qui sans ces attaques imbéciles n'aurait mérité qu'un vague et flemmard "ouais, bon, c'est pas mal, enfin c'est comme la bd quoi". Je ne sais pas vraiment quelle mouche a piqué les deux journalistes qui ont pondu ce brûlot au titre prémonitoire, mais ça doit être une sacré bête. Demain, ils nous expliqueront pourquoi "Cours, Lola, Cours" est un film de propagande nazie. La preuve, l'héroïne est blanche (oui, comme la poudre) et elle court plus vite que les autres. Scandaleux !
 
Bref, je diverge au point d'en oublier de satisfaire à ma provocation initiale. Les socialistes sont-ils vraiment des crétins ? Tu brûles de le savoir, ô rare lecteur, et je te sais gré de ce feu qui réchauffe mes doigts gourds et mon coeur empesé de cette solitude cruelle qui mange nos jours et allonge nos nuits jusqu'à l'infini grisâtre des plus terribles déliquescences. Ok. Donc, les socialistes. En réalité je ne veux parler que de l'équipe de campagne de Mme Royal, et plus précisément de ses stratèges qui, et je les mets dans le même sac du fait de ma totale ignorance de leur fonctionnement (participatif ?), se vautre dans la fange nationaliste avec béatitude, en bricolant pour leur candidate un discours à la thématique putride et réac. "Sortez vos drapeaux français", "chantons la Marseillaise",... Ah la belle trouvaille. Brandissez vos baguettes et vos saucissons, mes amis, faites pêter les bérets plutôt que les casquettes Nike, c'est ça la beauté de notre pays ! 
 
Il y a 5 ans, déjà, les socialistes avaient commis la pire des erreurs stratégiques conçues par les esprits machiavéliques et tortueux qui turbinent pour rendre la rupture tranquille et l'ordre juste à la France d'après : ils avaient fondu comme des rapaces borgnes dans le piège tendu par le malin Jacques Chirac, et s'était précipité dans le thème (ô combien porteur) de l'insécurité, au point de se rendre inaudibles sur toutes les autres thématiques. En permettant à la droite de jouer sur son propre terrain, celui des petites peurs individuelles, Lionel Jospin s'était tiré une balle dans le pied. Aujourd'hui, et alors que j'espérais les dents serrées jusqu'à me blanchir les orteils qu'elle ne tomberait pas dans un panneau similaire, Ségolène Royal fonce tête baissée dans le thème merveilleux de l'identité nationale, de la fierté populaire, du bal des pompiers et de l'étranger qui est très très gentil mais étranger quand même.  Que Sarko capitalise sur ces discours, c'est évident. Il flatte avec un succès proportionnel à la mesquinerie de la démarche les bas instincts du peuple français, et ne s'adresse absolument jamais au citoyen. Augmente ton pouvoir d'achat, aies en pour ton argent, t'inquiète pas pour ton boulot je vais les virer ces feignasses qui te le piquent (NDLR : c'est toi le paradoxe), et autres promesses nombrilistes inhérentes au raisonnement qui caractérise la droite, celui de l'explosion du ciment collectif pour atomiser la société en millions de petites cellules consommatrices, c'est un ressort habituel de nos amis libéraux (au sens économique). Mais que les socialistes, qui devraient déjà être échaudés par le coup de pied au cul de 2002, répondent à ces arguments sur le même refrain, c'est desespérant. Qu'ils rebondissent sur l'identité et la fierté nationale avec aussi peu de nuance, qu'ils soient incapable d'élever le débat au dessus de la fosse sceptique dans laquelle la droite l'enfonce, c'est déprimant.  

La gauche souffre d'un gigantesque problème de visibilité, de lisibilité, d'où le tapis rouge déroulé à Bayrou. Trop de gens en France ne conceptualisent plus du tout la différence entre droite et gauche, "c'est pareil", "c'est éculé". Le salut passe par une démarcation claire, par un discours centré sur la raison d'être de la gauche, l'édification d'un ciment social fort, une protection collective des individus et un respect de l'humain qui ne s'arrête pas à la carte d'identité. Répondre à la droite par un discours "concurrent", c'est déjà perdre, c'est se rallier à leur programme, à leurs principes, c'est se débattre dans la boue d'un terrain trop favorable à l'adversaire. Ségolène Royal était une coquille vide. C'est du moins comme ça que j'aimais la concevoir lors de sa nomination, investissant le PS et notamment François Hollande de la responsabilité de la remplir (merci de n'y voir rien de graveleux) d'un discours fort et intelligible, intelligent et social au sens large. Force est de constater que le contrat n'est pas rempli, lui. Le discours de Royal est d'une vacuité terrible. Il surfe sur la tendance, il réagit, il rebondit, mais à aucun moment il ne propose vraiment, il n'explique, il ne structure une pensée claire. C'est une politique de marché, de consommation, et à aucun moment de conviction. C'est au mieux un miroir de la "tendance", à aucun moment une force de proposition progressiste. Ségolène sonne faux, elle sonne loin, elle va finir par se perdre dans la stratosphère du dédain politique et du plaire à tout prix.

J'ai prévu de longue date de voter socialiste, moins par conviction que pour m'éviter les mêmes affres de culpabilité qu'au soir du premier tour de 2002. J'ai de plus en plus de mal à me tenir à cette ligne directrice. J'ai de plus en plus de mal à défendre la candidate. Allez donner confiance en quelqu'un qui vous a déçu...J'en suis désormais à guetter dans les déclarations de la candidate quelques mots rassurants, quelques subtilités qui me chuchoteraient tranquillement "du calme, Olivier, tout ça c'est tactique, je ne suis pas dupe". De quoi justifier ma confiance initiale, de quoi me redonner la force de batailler pour défendre l'égérie pour l'instant survendue d'une gauche moribonde. Vous allez quand même pas m'obliger à revoter Besancenot, hein ?

22.03.2007

Mise au point sur les i de "politique"

Je ne me fais pas assez confiance pour bloguer politique. C'est un frein pénible que de s'auto-censurer, par peur du ridicule ou de la prétention, et ça commence à me gonfler de voir s'exprimer sur la toile une infinité de fast-thinkers qui ne se posent pas ces questions. J'aimerais m'affranchir de mes réticences, d'autant plus ineptes qu'elles ne se manifestent que sur la toile. Je sacralise trop l'écrit pour m'autoriser à retranscrire ce que je hulule à longueur de journée sans la moindre gêne.

Seulement voilà, plus la campagne approche de son terme, et plus je ressens la nécessité de convaincre, à la maigre échelle du lectorat famélique qui parfois s'échoue sur ce blog comme un dauphin grabataire sur les plages envahies de ces gras estivaux, ceux qui doutent ou, pire, ceux qui ne doutent plus. C'est un peu vain, c'est un peu lâche, ce sera ma seule contribution aux multiples débats qui pullulent sur la toile à tort ou à raison.

Et puis merde, je suis tellement monomaniaque que même si je vous parlais jeux vidéo je finirais par évoquer la droite et la gauche. Autant laisser libre court à ma frénésie militante, et si je vous lasse, indulgents spectateurs de mes cyber-errances, je ne vous attache pas.

 Sur cet ultime calembour, à tout de suite.

09.03.2007

Pauvres, est-ce que vos cercles s'élargissent ?

Une news Yahoo People (oui, j'ai des sources respectables) titre aujourd'hui : "Le cercle des milliardaires s'élargit encore". Reprenant un article du magazine américain Forbes, haut-lieu de la juste économie et de l'égalité financière (voire de la légalité financière, mais ne polémiquons pas en vain), la news annonce avec enthousiasme que le monde recense désormais 946 milliardaires, un record absolu. En soi cette annonce ne me fait ni chaud ni froid, d'abord parce que je ne connais aucun milliardaire - ou alors il le cache bien -, et surtout parce que ces fortunes démesurées ne représentent rien de tangible dans mon petit référentiel de salarié, qui hésite plusieurs mois avant d'investir dans une Xbox360 (je vous ai pas dit ? J'ai une Xbox 360 !). Non, si je prends la peine de retranscrire cette joyeuse nouvelle, c'est parce que la rédactrice de Forbes que l'article paraphrase nous annonce, je cite avec des guillemets stérilisés pour ne pas choper une saloperie capitaliste, que "de part et autre du globe, cette croissance est le simple reflet d'une économie mondiale dynamique". Joli, non ?

Parce que, comme beaucoup de par le monde, je suis assez peu réceptif au concept de "dynamisme économique" seriné par quelques médias de masse et quelques politiciens, de masse également. N'ayant pas bénéficié (ou subi) d'études économiques, et mon autodidactisme se limitant à la lecture d'un hors-série du Point (SATAN !), tous les pourcentages avec un "+" devant ne me sont jamais apparus comme de réjouissantes nouvelles annonçant des lendemains qui chantent. C'est con, quand on sait que l'augmentation du CAC40 provoque chez certains une joie équivalente à trois orgasmes, je me prive de quelque chose. Bref, je ne savais pas comment appréhender l'économie mondialisée et son bonheur chiffré, pondéré, mesurable. Grâce à Forbes, j'y vois plus clair. L'économie va bien. Très bien, même, puisqu'elle n'a jamais concentré autant de richesse autour d'individus nantis (mais qui le méritent, hein. On sait bien que les riches méritent de l'être, et je vous laisse deviner le corollaire évident de cette affirmation méritocrate). Son dynamisme est indéniable, qui garantit au monde entier plus d'heureuses gens qui brassent des sommes colossales pour le bien commun. Souriez, connards, regardez comme c'est beau quand on a plein d'argent, et dites-vous que ça peut vous arriver, la preuve, il y a 100 nouveaux milliardaires par an.

Je ne connais ni le public du magazine Forbes, ni sa direction politique. Mais qu'on puisse, sans ciller, considérer que l'apparition de nouveaux milliardaires (dans des pays où il fait aussi bon vivre que la Russie ou la Chine) est le signe d'un dynamisme économique réjouissant, ça me sidère. Qu'on légitime la concentration des richesses mondiales autour d'une élite aussi humaniste que je suis chevelu, qu'on loue un système qui paupérise en masse et enrichit en particulier, je l'accepte avec d'autant moins de grâce qu'à l'échelle mondiale je fais plus partie du bon côté du porte-monnaie. 

Le système économique actuel, encensé par tous les crétins libéraux qui le juge juste et égalitaire, n'a besoin d'autres preuves de son insupportable hypocrisie que ce genre d'articles à la con. Le marché s'auto-régule, bullshit, tout le monde y gagne, bullshit, on est dans une dynamique positive, mon cercle avec du gravier. Le libéralisme au sens où l'entendent nos amis financiers, ça ne marche pas pour vivre ensemble. Ca crée une noblesse de fait, qui ne mérite pas plus son statut que celle de l'Ancien Régime, et une armée de serfs dont le travail entretient le statut susdit. Ca créé de la misère sociale en masse, et de l'élévation pour une infime minorité, qui fera malheureusement toujours plus de bruit (le rêve, ça vend du papier) que ceux qu'elle écrase. 

Donc si vous croisez un exemplaire de Forbes, n'hésitez pas à le planquer au milieu des magazines de cul, la pornographie économique y sera à sa place.(et puis évitez de voter Bayrou, hein, s'il vous plait.)

 

27.02.2007

De l'ascension mécanique chez les mous

J'avoue concevoir une certaine perplexité vis à vis de mes réflexions matinales, bercées par le doux balottement du métro et la non moins douce promiscuité que m'offre mes concitoyens, éclairées des vieux néons sales et rythmées par les jolis raclements de gorge de mon voisin tuberculeux (quelle autre circonstance atténuante ?). Ainsi, je crois pouvoir revendiquer la paternité de la métaphore politique la plus inepte du siècle naissant. Je vous explique.

Il était 9h12, précises, et je me joignais dignement au flot mouvant des passagers du RER A terminus La Défense, flot essentiellement constitué de cadres en déguisement traditionnel grisâtre, de touristes (???) probablement égarés ou japonais (eux seuls semblent trouver un interet à l'étron de bronze érigé comme un doigt d'honneur au ciel qui décore la place Carpeaux), et d'étudiants aisés-mais-rebelles-avec-des-trous-à-leur-pantalon qui vont d'un pas nonchalant apprendre à enculer les masses à grands coups de marketing mix. Ce flot cosmopolite s'avançait vers les majestueux escalators qui mènent à la liberté lorsque survint à mon esprit encore engourdi une interrogation subite (j'aime bien les épithètes inutiles) : devais-je contourner le gros des troupes par la gauche, la droite, ou avancer calmement au centre ?

Là, je crois que vous me voyez venir, et vous avez tout à fait raison d'estimer que ce n'est plus les cheveux que je tire, mais les soies. Oui, ma conscience perpétuellement focalisée sur l'échéance présidentielle venait d'interpreter cette question à l'aune du choix politique à venir, et le parallèle s'imposait. Mais si, il s'impose, je vous jure.

Comment ne pas voir dans ce choix trivial une réplique simplificatrice de celui qui s'imposera aux Français dans quelques semaines ? Ne me trouvé-je pas exactement dans la position de l'électeur qui hésite entre l'engagement politique, de gauche ou de droite, et le compromis centriste ? Et qu'en déduire ? 

Dans le cas de l'escalator, choisir un côté, c'est s'exposer au courroux de la masse, aux soupirs contrariés des centristes doublés, voire aux tentatives de coude des plus agressifs bestiaux (je ne parle pas d'expérience mais certains comportements observés s'en rapprochent, promis), pour avancer un peu plus vite. Rester au centre du troupeau, et piétiner derrière la grosse dame rougeaude, c'est le choix du confort. Pas celui de la lâcheté, n'allons pas jusque là, mais la manifestation d'une certaine indifférence vis à vis de la montée, d'un détachement certain quant à la suite des évènements. Un non-choix.

Dans le cadre politique, mon analyse est analogue. Choisir le compromis centriste, c'est tentant parce que c'est confortable et qu'on n'est sûr de ne pas s'exposer trop violemment. C'est pratique, comme un robot ménager qui défigure la cuisine mais qui coupe tellement bien les carottes. Le vote latéral (de préférence de gauche hein, déconnez pas), c'est prendre la responsabilité d'un choix tranché. Ca demande un peu d'engagement, un peu de réflexion, un peu de naïveté peut-être, mais c'est le prix pour ne pas piétiner dans le flot des indifférents.

Evidemment, les plus contrariants d'entre vous argueront que face à l'escalator demeure toujours le choix de prendre l'escalier, mais je prie les anarchistes et les relous de pérorer ailleurs que sur mon blog à moi. 

 

21.02.2007

De la rotondité de la scène politique

Une interrogation m'a saisi sans prévenir, hier, alors que je rentrais chez moi le long d'un sympathique boulevard albertivillarien dont je ne citerai pas le nom pour ne pas faire de publicité aux travailleurs clandestins qui y pullulent. En effet, mon regard s'est égaré sur une affiche de Jean-Jacques Karman, célèbre arriviste local dont la triste figure orne les murs de la ville plus souvent que les RER A ne sont en retard, triste figure soulignée cette fois d'un frappant Faire mieux à gauche. Cette phrase m'a plongé dans un abîme de perplexité que je m'en vais cruellement retranscrire ici pour n'être point seul dans mon désarroi. Voilà la question que je me pose :

La vie politique est-elle ronde, ou bien plate ?

Cette question qui n'est pas sans rappeler un âge d'obscurantisme réjouissant où l'on brûlait les blasphémateurs, surtout quand ils avaient raison, mais elle n'est pas si triviale qu'on ne pourrait le supposer. Je m'explique.

La vie politique française s'organise de gauche à droite, ou de droite à gauche selon notre sens de lecture. Et si quelques candidats de l'UDF souhaiterait revoir cette carte politique pour donner au système un modèle un peu plus centrocentrique, il n'en reste pas moins que nos hommes et femmes politiques se répartissent plus ou moins harmonieusement d'un côté à l'autre d'un spectre qui ressemble à ça :

Extrême gauche - Gauche - Centre - Droite - Extrême droite 

Il s'agit d'une vision "plate" du monde politique, où s'éloigner du centre revient à s'éloigner plus encore du côté "adverse". Dans cette vision la, Arlette Laguiller et Jean-Marie Lepen sont les plus farouches opposants, alors que Bayrou peut jouer à "je te tiens tu me tiens par le sondage IFOP" avec ses copains du PS ou de l'UMP. On note également que cette vision implique un aspect "fini" du spectre : de la même manière que nos glorieux anciens supposaient qu'au bout de la Terre, on tombait, aller au bout de la gauche ou de la droite donne le même résultat. On explique ainsi facilement pourquoi certains gauchistes tombent dans le ridicule, ou pourquoi De Villiers frôle régulièrement le gouffre de l'infâmie.

Imaginons maintenant que le monde politique n'est pas plat, mais rond (ne dit-on pas "la sphère politique" quand on est journaliste à court de périphrases ?). Le spectre se replie sur lui-même, et l'extrême gauche et l'extrême droite ne sont alors pas diamétralement opposés, mais voisins. D'un point de vue idéologique, ça peut se tenir : aucun des deux n'est véritablement démocrate, et surtout les excès des uns se rapprochent souvent des excès des autres (manif de chasseurs ou arrachage d'OGM, même combat ?). Evidemment, les valeurs sont inverses, mais la politique et la morale sont deux concepts distincts, et c'est par la méthode d'obtention et d'application du pouvoir qu'on distingue le grain de l'ivraie. 

Où veux-je en venir ? Je n'entends à aucun moment mettre sur le même plan les ordures droitières du FN et les idéologues un peu radicaux de la LCR, on ne compare pas les manifestants et les putschistes. Néanmoins, il m'apparait nécessaire de rappeler que les appels systématique à l'union "à la gauche de la gauche" est un vide sémantique abyssal, une pirouette rhétorique dont l'unique objectif est en réalité de se démarquer hypocritement d'un PS honni (historiquement plus que rationnellement). A la gauche de la gauche, il y a le groupuscule, l'excès, la violence, pas la solution démocratique au mal-être ambiant. On perdrait moins de temps à gauche si au lieu de jouer à qui s'éloigne le plus du centre mou, on se mettait d'accord sur des valeurs communes, si on pratiquait la conciliation plutôt que la scission , le compromis plutôt que la démarcation artificielle.

On sait que vous êtes de gauche. L'objectif ce n'est pas de le prouver, c'est de se donner les moyens de l'appliquer politiquement. Et ça passe par l'union, pas par le sprint vers les extrêmes.  A bon entendeur...

De l'assassinat par les chiffres

L'élection présidentielle approche, et les programmes des candidats se mettent progressivement en place. Les solutions, les promesses et tout le vocable de la sortie de crise (ou du Père Noël si l'on est cynique et sans nuance) peuplent les discours des présidentiables de gauche, de droite ou d'ailleurs. Mais si les projets se structurent et que les propositions se précisent, l'essentiel du champ médiatique est occupé par UNE polémique : combien ?

Combien pour Ségolène, combien pour Nicolas. 35 milliards, 50 milliards, la guerre des chiffres est en marche. On balance au chaland des sommes monstrueuses, démesurées, on lui explique que la politique c'est bien mais que ça reste du vent tant qu'on n'a pas mis un prix derrière chaque parole et une addition pour parapher les programmes. La république des idées devient la république des calculatrices, mais pour le bien de la démocratie. Chacun y va non pas de son avis, mais de son calcul. On ne juge pas, monsieur, on prône l'objectivité, nous, monsieur. Les chiffres sont parait-il les juges les plus impartiaux qui soient. C'est connu, on ne peut pas leur faire dire n'importe quoi, aux chiffres.Surtout aux gros. Ca parle à tout le monde, les dizaines de milliards d'euros, on voit bien qu'un programme à 35 est plus intéressant qu'un programme à 50, ma bonne dame, c'est du bon sens.

Triste scène politique et médiatique française, qu'on assassine doucement sans que personne ne s'en offense. Que la droite s'empare des chiffres, c'est finalement dans l'ordre des choses. Elle s'adresse au nombril de l'électeur, et dans le monde libéral qu'elle rêve, l'électeur est avant tout un compte bancaire. Elle parle pouvoir d'achat, économie, allègement des prélèvements, "travailler plus pour gagner plus", "les français en auront pour leur argent". Mais la gauche, bordel, la gauche. Si le chiffre est de droite, la gauche a mieux à faire que de s'y fourvoyer. On ne batît pas un projet de société avec des bouliers, et s'il est nécessaire de rester rationnel, un discours éléctoral doit s'adresser au citoyen qui vote, pas uniquement au consommateur qui paie. En cela, la riposte du PS et sa conférence de presse d'aujourd'hui témoigneront (ou non) de sa capacité à élever le débat au dessus de la bourse. 

Cette tendance  au chiffrage absurde est dans tous les cas une formidable machine à broyer le débat, à niveller par le bas les échanges démocratiques et citoyens. Cette campagne présidentielle est plus que jamais plongée dans la médiocrité, et j'attends avec une impatience qui confine au désespoir un sursaut d'intelligence de la part des candidats et des médias relayeurs. Ces médias qui annoncent aujourd'hui un sondage donnant Ségolène Royal devançant d'un point Nicolas Sarkozy au premier tour. Hier Sarko était devant de 4 points. Belle démonstration de la pertinence des chiffres.

20.02.2007

De la masse assommante et assommée.

Hier, Ségolène Royal passait sur TF1 dans l'émission "J'ai une question à vous poser" dont le principe, réunissant une centaine d'ectoplasmes plus ou moins représentatifs des clichés sociaux en vigueur (la discrimination positive, vous savez) servent la so posent leurs questions à un candidat venu là pour les régaler de sa vision politique et de ses projets d'avenir.

Je n'ai pas vu cette émission, d'abord parce que j'avais mieux à faire (l), et ensuite parce que je ne me commets devant la télévision qu'en d'exceptionnelles circonstances, ou lors de la diffusion de matchs de football, je ne l'ai pas vue, donc, mais je vais la commenter, parce que d'une part tout le monde le fait, et d'autre part j'ai envie, et que c'est mon espace d'expression, et que si je commence à justifier chacune de mes interventions je vais finir par tomber dans la redondance.

Après les deux grands démocrates que sont Sarkozy et Lepen, Ségolène Royale s'est donc prétée au jeu du Bigdi de la citoyenneté télévisuelle, au sens où l'entend bien sûr TF1, à savoir des questions simples, mélodramatiques si possible, et suffisamment proches des gens pour leur titiller le nombril plutot que la conscience politique. De l'avis général, elle s'en est plutôt bien tirée (je me garderai de conclure, le fait de n'avoir pas regardé me dispense d'un avis sur le sujet), même si on lui reproche d'être restée délibérément floue sur certains aspects clés, notamment le financement de ses promesses. Pour ma part, je suis confus.

Je suis confus parce que, malgré mon aversion pour le système médiatique en général, et pour la télévision en particulier, je me fais comme les autres attraper par le bel appeau du show politique et de la frénésie qui l'entoure : je suis plutôt content que la socialiste ne se soit pas fait allumer par le panel de cerveaux disponibles dont l'avait affublé TF1, et je réprime même un sourire satisfait quand je lis que sa prestation pourrait redonner un coup de fouet à sa campagne. Mais si j'ai tout les signes extérieurs du pigeon téléspectateur moyen, je n'en conçois pas moins quelques réticences à me fondre dans le troupeau bêlant du tout-médiatique.

Ainsi, je me désole qu'on s'abaisse à considérer une émission de télévision privée (ie dont l'objectif est de faire des thunes, donc de l'audience, pas de fabriquer du citoyen) comme un moteur de la campagne présidentielle. Pire, je m'insurge contre l'importance que prend ce média putassier à quelques semaines de la plus importante élection nationale de ce début de siècle. Et surtout, je suis profondément attristé par le cercle vicieux dans lequel on se retrouve : l'émission étant plus vendeuse qu'un meeting quel qu'il soit, les commentaires autour de phrases lapidaires et de déclarations chocs sont multiples, alors que les discours travaillés, creusés, et sensés, en un mot intelligents sont relegués au fin-fond des éditos. 

On transforme lentement et sûrement la politique en commerce, les candidats en VRP, et les discours en produits d'appel. Les électeurs sont relegués au rang de consommateurs, on vote comme on fait ses courses, et on finit par voter pour celui qui se vend le mieux.

Alors Ségolène, ok, il t'est nécessaire de céder à la pression médiatique et de te fondre dans le moule imposé à tous, mais s'il te plait, en tant que femme de gauche, essaie d'élever un minimum le débat au dessus du porte-monnaie. Merci !

28.09.2006

Le trop dit gêne

Les consensus m'énervent. En soi cette affirmation n'a rien de révolutionnaire, le propre de l'individu étant souvent, et plus souvent encore quand il est CSP+ à tendance bobo-capillotracteur, de s'extraire de la masse de ses contemporains, de préférence intellectuellement ça salit moins les mains. Mais, ayant récemment subi l'éprouvante quoiqu'admirable Palme d'Or annuelle, mes instincts révolutionnaires sont justement émoussés, voire refroidis tant je redoute le fratricide, et je le clame donc sans honte ni crainte de panurgisme : le consensus m'énerve.

Et comme il m'énerve, et que rien n'est plus desesperant que l'énervement gratuit, je m'efforce de le justifier, de le légitimer, d'en faire une position réfléchie plutôt qu'instinctive. Ca m'est arrivé pas plus tard que cette semaine, étant confronté au phénomène le plus douloureusement unanime (à l'exception de nos amis du FN qui n'en ratent évidemment jamais une quand il s'agit de dire des bêtises pour se faire mousser), j'ai nommé le film Indigènes.

Récompensé à Cannes, promu dans un premier temps avec intelligence et mesure, rien ne laissait supposer que la sympathie laisserait peu à peu la place à l'aigreur et à l'agacement. Pire, bien que je nage désormais dans ces deux dernières mamelles du blog, je suis pratiquement certain d'aller le voir, et de l'apprécier. MAIS, en attendant, ça me gonfle. Ca a commencé il ya un petit mois, quand j'ai lu coup sur coup dans Première, Libé, 20minutes, UGC Magazine et Fan2 une interview des indigènes en question (Jamel Debbouze, Roschdy Zem, Sami Bouajila et Sami Naceri) et de leur chef de cohorte (Rachid Bouchareb), les noms entre parenthèse étant destinés aux quatres ermites privés de toute communication avec la société occidentale qui auront miraculeusement échappés au matraquage moralo-promotionnel. On y parlait devoir de mémoire, reconnaissance du tirailleur, douleur de l'occultation historique, patriotisme et intégration, c'était très sympa. Sauf qu'au bout de 4 lectures globalement similaires, on commence à se dire qu'on a fait le tour et que le journaliste est bien sympa, mais que servir la soupe à ses interlocuteurs à base d'idolatrie du brise-tabou et de cirage de pompes jamelien, c'est digne de Severine Ferrer et ça insulte un brin l'intelligence du lectorat. 

C'aurait pu en rester là, et j'eus mis mon agacement sur le compte d'une mauvaise humeur élitiste et donneuse de leçons que ma conscience m'interdit de hurler sur les toits. Mais malheureusement, non. Après la presse sycophante, c'est la politique récupératrice qui est venue papilloner autour de l'animal, jusqu'à culminer lors de l'annonce par un Jacques Chirac ému comme après sa première magouille éléctorale du dégel des pensions pour les anciens-combattants étrangers. Une mesure légitime et louable qu'on ne peut pas apprécier à sa juste mesure tant elle pue le geste electoraliste, mais mon propos n'est pas ici de dénoncer le verrouillage politicien de notre société médiatique. A ce niveau là de consensus national, je n'avais d'autre choix que d'être horripilé, du fait de la première phrase de ce post. 

J'ai vaguement retourné le problème dans ma tête, à chercher une bonne raison de détester ce phénomène. Dire du mal de Jamel, c'était un peu trop facile. Dire du mal des arabes, c'est déjà pris par nos amis du FN évoqués plus haut. Dire du mal du cinéma, c'était un peu gros. Alors j'ai fini par trouver : ce qui légitime mon énervement, c'est la mise à l'écart de Bernard Blacan, un des protagonistes du film, récompensé lui aussi à Cannes du prix d'interprétation collectif, mais complètement boudé par les médias. Pourquoi ? Parce qu'il s'appelle Bernard et qu'il est blanc.

Quand on pousse l'exaltation du symbole jusqu'à la discrimination, quand on se lave la conscience coloniale à grands coups d'indignation tardive, quand on se répand en larmes de crocodiles devant l'injustice et l'ingratitude de l'Histoire, ça s'appelle de la démagogie, une démagogie dont sont prisonniers les réalisateur et interprètes d'Indigènes, très certainement bien intentionnés et courageux, mais victimes de l'insupportable hydre médiatico-bien-pensante, transformant une initiative belle et juste en horripilante machine à meubler la presse. Promouvoir l'apitoiement, l'indignation devant les conditions de vie des habitants de foyers Sonacotra et le manque de reconnaissance des immigrés, c'est noble, sauf quand ce grand consensus national oublie d'élargir l'image en parlant du présent. On cherche encore les voix qui s'élèveront pour rappeler que vider chaque jour pendant quarante ans les poubelles d'un pays ingrat, c'est au moins aussi courageux que de mourir pour lui.

J'irai voir Indigènes, mais le consensus m'énerve. Et c'est lui qui a commencé.

09.08.2006

Ne parlons pas politique.

Chers et innombrables lecteurs,

 Vous aurez noté avant toute chose qu'être innombrable ET cher n'est pas donné à tout le monde. Mais à vous, si. J'espère que vous êtes flattés. Moi je le suis en tout cas, même si ce n'est pas l'objet de cet article. Car oui, cet article a un objet, et non des moindres : c'est une mise en garde.

En ces temps troublés où planent au-dessus de nos têtes sombres cumulus et UV cancérigènes, quand ce n'est pas des missiles air-sol pour nos amis qui visitent le Liban, il existe une menace que les médias taisent avec l'obsurantisme manipulateur qui leur est si familier. Et blablabla crise au Moyen-Orient, et pouf pouf c'est la Ligue 1 qui recommence, tandis que dans la pénombre de nos plus profondes campagnes rampe et grouille une vermine horrible, un monstre terrifiant, d'autant plus cruel et vicieux qu'il est légèrement moins médiatisé que celui du Loch Ness ou que l'autre Carlos au pays des lamas (pas ceux qui crachent, imbéciles), une créature sans nom ni visage, mais surtout sans visage puisque je vais la nommer : la tique.

Comme tous les monstres sauf TF1 qui lui se nourrit de cerveau, la tique est avide de sang. Du sang frais et vermeil qui palpite dans vos veines et irrigue vos muscles pour faire de vous des individus energiques et pimpants, adaptés à la randonnée forestière comme à la queue au super-marché ou la confection de cookies en cave. Ce sang si précieux qu'on refuse de filer aux autres parce que les aiguilles ça pique et que bon, tout ça pour un croissant et la conscience tranquille, je préfère filer 10 balles à un clodo. Cette sève qui coagule avec tant d'odorante élégance qu'elle inspira naguère au poète latin Ovide cet aphorisme qui a traversé les ages : Toutes les croutes amènent arôme. Ce sang, ces globules rouges et blancs, voire bleus pour nos amis à particule, la tique nous le pompe avidement, et sans nous demander notre avis. 

Son mode opératoire en dit long sur sa cruauté fourbe et sa cruelle fourberie : elle attend que vous fôlatriez dans l'herbe fraiche, tout juste humide de la rosée du matin, alors que s'élèvent dans l'air pur les odeurs chatoyantes de l'ami Ricoré, et profitant de ce moment touchant de communion avec la nature et les slogans publicitaires, elle vous saute dessus et s'agrippe à votre peau diaphane en y plantant violemment ses crochets sanguinaires, vous arrachant un cri de...un cri de rien du tout. Car oui, si la tique est effrayante, elle a pour elle un avantage supplémentaire : elle mesure la taille d'une tête d'épingle, et pèse encore moins lourd que l'hygiène dentaire de Ribery. Quand on se retrouve face à un fauve furieux, on a parfois la chance de le voir arriver et de s'enfuir. Alors que pour voir arriver une tique, bonjour. 

Une fois agrippée à vous, la tique vous parcourt, telle une main caressante s'abandonnant sans pudeur dans les recoins les plus intimes de vos secrètes comissures. En moins langoureux, ok, mais rarement loin des endroits sus-évoqués. C'est à dire ceux qui sont difficiles d'accès, et plus encore en public. Une fois son coin trouvé la tique, Shadok de cauchemar, pompe, pompe, et pompe encore. Elle gonfle, se transformant peu à peu en outre blanchatre pleine de ce sang vigoureux qui ne viendra plus jamais chatouiller vos pieds lorsque vous êtes restés trop longtemps dans la même position et que ça fait des guilis jusqu'au bout des orteils. Evidemment, plus elle grossit, plus elle est facile à repérer, mais vient ensuite l'étape suivante : la décrocher. Et c'est là que tout le machiavélisme de cette créature explose à la face du monde.

Quand vous remarquez enfin la tique sur votre corps velu (ou moins velu, mais le mien l'est et je me prends comme référentiel), l'erreur la plus commune est de l'arracher d'un air horrifié et dégouté en hurlant "ah salope je m'ai fait pomper". D'abord parce que grammaticalement c'est infâme, mais surtout parce que tirer sur la tique ne la décroche pas : tel un lézard laissant sa queue dans les mains eberluées (oui, je sais, d'habitude ce sont les yeux qui s'éberluent, mais on a bien des poils dans les mains, alors pourquoi pas des yeux), la tique laisse sa petite tête vicieuse plantée, et abandonne dans vos doigts tremblants de terreur pure sa poche de stockage. En gros, vous êtes niqué, et je m'exprime mal si je veux. L'extraction d'une tique requiert donc le recours à l'éther et à la pince à épiler, voire au lubrifiant pour quelques autochtones normands dont on se demande comment ils remplissent leurs placards. On l'endort, elle se décroche, on l'enlève, et ensuite on s'en débarasse aussi violemment qu'il est possible de l'être avec une bestiole de 2mms de long.

Quand on ajoute à cette description que la tique est souvent porteuse de maladies graves, on comprend mieux l'effroi qu'elle génère auprès des initiés qui ont pu la cotoyer dans son milieu naturel ou dans leurs sous-vetements.

Amis lecteurs, n'ayez plus peur des requins, des serpents, des mygales ou des étrangers, tout ça c'est surfait. Reprenez plutôt à votre compte le génial slogan de l'Amicale des Chasseurs de Tiques : "Mes tiques, c'est pathétique."

Merci de votre attention.

 

PS : afin de vous effrayer plus encore, vous trouverez ci-joint un portrait légèrement agrandi du monstre. Ames sensibles, kikoo.

 

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 Josiane, tique en freelance.

26.07.2006

Sondage d'or

Chers lecteurs,

Ce matin, j'ai reçu ça : 

medium_bichounou.2.JPG

Nonobstant le plaisir discret et pudique que j'éprouve en me voyant l'objet d'une représentation si flatteuse, et suite à un échange tendu avec l'auteur, il me faut lancer une grande question, comme une perche tendue (elle aussi) dans votre direction pour m'éviter la noyade :

est ce que c'est beau, ou est ce que c'est moche ?

La réponse vous appartient. Merci.

Poly-games

Il est un constat que j'ai de plus en plus de mal à ignorer : je retombe peu à peu dans la consommation frénétique et compulsive. Je pourrais probablement mettre en lumière quelque excuse de mauvaise foi, et notamment le fait que l'âge adulte et responsable approchant (OUAIS, IL APPROCHE, NAN, IL EST PAS ENCORE LA, NAN, NAAAN) je me jette corps et âme dans l'achat irresponsable de jeux vidéo, avant que mon salaire ne soit vampirisé par les impôts, un loyer indécent, et quelques menues dépenses liées à une vie posée et digne. Il y a probablement du vrai dans cette analyse, mais pour être tout à fait à peu près honnête, je m'en fous. Et je profite. Et comme l'irresponsabilité se double souvent de générosité irréfléchie, je vous en fais profiter également.

Vous trouverez donc ci-dessous, déguisés en critiques objectives, quelques encouragements à vous procurer ces merveilles vidéoludiques qui me valent haussements de sourcil vaguement desapprobateurs et sourires amusés et condescendants de mes compagnons de route professionels, et moins professionnels (kikoo). 

Guitar Hero (PS2) : Si je commence par ce jeu, c'est essentiellement parce qu'il monopolise mon activité neuronale et mon enthousiasme autant que faire se peut. Si l'on m'avait dit que je me déhancherais frénétiquement en tapotant une guitare playskool avec le sérieux d'un polytechnicien qui fait une blague et la concentration d'un camp bavarois, je l'aurais probablement cru vu que je me connais. Mais quand même, hein. I love rock'n'roll, didoum didoum.

Elektroplankton (DS) : Afin de poursuivre dans la veine musicalo-créative amorcée par l'achat de Guitar Hero, j'ai investi dans cette chose vidéoludique. Son concept est d'une clarté limpide, aussi vais-je vous l'énoncer sans fioritures : on fait remuer des trucs de formes chelous qui produisent des bruits tout aussi chelous en dessinant sur l'écran d'amples arabesques, chelous également. Bref, vous l'aurez compris de part votre brillant esprit de synthèse, c'est un jeu chelou. Mais faire des boucles rythmiques à base de "kikoo" et faire tourner des machins qui imitent les moines tibétains, ça dégage un charme difficilement retranscriptible avec des mots du dictionnaire.

New Super Mario (DS) : Il est évidemment délicat d'évoquer un jeu aussi connu que celui-ci, tant le plombier fait couler d'encre à chacune de ses sorties de sous l'évier. Gnagnagna gameplay parfait, gnagnagna nostalgie et nouveautés, gnagnagna multijoueur, je ne suis pas un publi-commercial aussi vous épargnerai-je ces formalités critiques pour vous dire l'infâmie de deux cadres gris, ternes, mais propres sur eux, qui se hurlent des "putain mais c'est mon étoile, connard" en pleine pause déjeuner. Se prendre au jeu, ça coute 39,99€.

Je m'arrête là car je ne vise pas l'exhaustivité, mais j'aurais aussi pu évoquer Trauma Center (DS), Brain Training (DS), Midnight Club 3 (PS2), Psychonauts (PS2) ou l'échange de coups de tête en milieu champêtre et ombragé avec abricots, raisin et plus si affinités. Autant vous dire que je fais plus que jamais mien l'immense aphorisme de Jean-Théodore Einstein, lancé à la foule ébahie un soir de championnat du monde de mots croisés:

"Si le jeu se conjuge à la première personne, il n'est jamais plus doux que lorsqu'il se partage."

Con de gamer sociophile. 

Liban des remplaçants

Je me promets chaque jour de résister à l'envie compulsive d'écrire sur le Liban. Chaque jour je me rappelle avec insistance que non, Olivier, tu n'as aucune plue-value sensée à apporter à un débat déjà sur-saturé d'analyses branleuses. Mais je suis faible, ou têtu, ou les deux, et le fait est qu'aujourd'hui, je craque. Tant pis, hein, et puis promis le prochain article parlera de choses légères et de rock'n'roll.

En fait non.  (là où vous  ne voyez qu'un saut de ligne, vertigineuse magie du net, il y a en réalité un jour de reflexion qui m'amène à la conclusion suivante : écrire par agacement et sentiment d'impuissance c'est mignon mais ça tourne en rond. Comme un petit chat.)

18.07.2006

Est-ce Boli ?

Epineux sujet que celui qui s'impose peu à peu aux Unes de nos quotidiens. Non, je ne parle pas de la sortie en librairies de l'auto-apologie de monsieur Sarkozy, ni du transfert de Franck Ribery, pas même de la canicule qui point à l'ombre de nos maisons de retraite, je parle de cèdres qui ploient sous la violence des bombes.

Epineux parce qu'en plus d'être complexe, l'évoquer dans le confort et le calme d'un bureau parisien frise l'indécence. L'indignation sonne creux quand on agite le poing entre deux accoudoirs, et la rage sans courage c'est un peu comme un loir sans couloir, ça n'a pas vraiment de sens. Mais j'ai la pretention de penser que les vagues lecteurs qui s'aventurent sur ce blog auront le recul suffisant pour juger à leur juste non-valeur les lignes qui suivent.

J'ai 23 ans, et accès aux médias français de masse depuis presque autant de temps, même si je dois confesser que mes premières années furent plus riches en babil devant Téléchat qu'en lecture du Monde. J'ai donc été nourri à la vision franco-françaises des évènements qui secouent le Proche-Orient depuis qu'il existe dans les esprits occidentaux. Vision que je suis incapable d'évoquer, de distinguer, mêlée qu'elle est à l'avis que j'essaie de me forger depuis que j'ai entrepris une démarche élitiste qui tend à essayer de penser en marge du 20h de PPDA. Toujours est-il que j'ai conscience des innombrables biais qu'elle induit mais que j'en ai fini avec la prudence et la prévention du désaccord, si j'ai entrepris ce post ce n'est pas uniquement pour m'étendre sur mon inévitable subjectivité.

Beyrouth est sous les bombes. Triste engrenage que celui qui fait bégayer l'Histoire, plus triste encore quand on sait qu'elle bégaie rarement des chants d'amour. Beyrouth est sous les bombes et on cherche encore quelle guerre le justifie, sinon celle des intégrismes contre la raison. La chronologie des évènements est floue, mais le déclencheur semble être l'enlèvement de deux soldats israëliens par le Hezbollah et le meurtre de huit autres à la frontière des deux pays. Suite à quoi, en représailles à ces actes tristement condamnables, on a sorti les roquettes et les salades diplomatiques. Quand la loi du Talion fait de l'escalade, les gagnants se comptent sur les doigts d'un président de conseil d'administration.

Chercher un fautif, un méchant, serait d'un simplisme indigne, mais je ne peux malheureusement pas m'empêcher de penser qu'il y a une victime un peu plus innocente que les loups qui se déchirent dans le sable et le sang : le peuple libanais. Pris en otages par un groupe terroriste qui n'est pas élu, et ne le représente donc aucunement, si présumément populaire soit-il , voilà qu'en réponse aux exactions de ce même groupe c'est lui qui prend. Au risque de faire dans l'analogie acrobatique et provocatrice, imagine-t-on l'armée espagnole bombarder Paris parce que l'ETA y aurait pignon sur rue ? Je ne sais par quel raccourci malhonnête l'état-major israëlien justifie-t-il le massacre de civils  sinon par l'amalgame entre un Etat et une milice intégriste, amalgame impardonnable et dont l'impunité en dit long sur le mépris de la communauté internationale à l'encontre des populations indigènes. Alors oui, il y a la Syrie, il y a l'Iran, le jeu des alliances et des influences rend plus opaque encore les rôles et interêts de chacun, mais dans un tel flou on ne peut que bombarder à l'aveugle, et compter les dommages collatéraux. Les Etats-Unis, la "police du monde", instrumentalisent l'évènement pour faire pression sur les "Etats-voyous", énième surenchère dans le grand jeu du Je te tiens, tu me tiens par le missile balistique, quitte à transformer la rue libanaise en réservoir à chair à canon. Et le grand problème de la chair à canon c'est qu'à force de prendre des bombes sur la gueule, elle a tendance à s'en enfiler des ceintures sous la veste, pour aller cracher sa haine et sa rancoeur, cristallisées en rage intégriste, chez le Diable Occidental.

On joue avec le feu, et on n'a pas fini de se brûler. Dans un mois et demi, ça fera 5 ans que le World Trade Center s'est effondré. 5 ans qu'on enterre la justice et la mesure, qu'on les sacrifie sur l'autel de la lutte contre le Mal. 5 ans de fuite en avant, d'unilatéralisme et de mépris, où l'on tolère l'intolérable pour lutter contre l'autre intolérance. 5 ans qu'on fabrique de la haine et qu'on fait le jeu des intégrismes de tout bord. 5 ans que l'ONU bafoué exhibe sa cruelle impuissance alors qu'il est la seule solution viable. 5 ans que l'on s'indigne, moi le premier, mais en privé et sans lendemain. 5 ans que le lâche laisse faire le despote, qu'il arpente les couloirs des mosquées, de la Knesset ou de la Maison Blanche. Et 5 ans qu'on attend et qu'on craint un revival qui ne manquera pas d'arriver si les choses en restent là. 

Et parce que la trivialité n'est jamais qu'une manière élégante d'oublier l'amertume d'un avenir qui ne chante plus, je vous laisse avec les mots non moins élégants d'une personnalité de circonstance :

"Dans le cul, j'ai dit, dans le cul." John Beyrouth

10.07.2006

Lilian, tu pleures.

Hier, c'était beau et triste. Je pourrais aligner les paragraphes comme autant de flagellations footballistiques, s'il n'y avait sur la toile des gens infiniment plus talentueux et justes. Recourir à la citation n'est pas toujours une facilité, c'est aussi la manifestation d'un respect moins envieux que sincère.

"Nous voilà donc avec une bonne vieille envie de chialer qu'on fait mine d'ignorer au fond de soi. On y trouve, un peu mêlé, le plus petit chagrin de la fin d'une belle Coupe du monde. Avant de mieux mesurer le chemin parcouru par ce groupe, il va falloir se laisser imprégner par la déception, en boire le calice jusqu'à la lie, revoir l'image de Thuram en larmes – lui le plus sage, le plus détaché, celui qui ne croyait plus en l'équipe de France... Si lui pleure, rien ne nous en empêche plus."

Merci.

07.07.2006

Karen de pique

Puisque je me vautre allègrement dans les clichés du blog, je m'en vais copier-coller les paroles d'une chanson coule, et les orner de maintes onomatopées laudatives, ainsi que d'un très beau dessin.

 

Ooooooh !

I know, what I know. 

  Aaaaaaah.

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 Merci bien.

06.07.2006

Quete et requete.

Bonjour toi.  Oui, toi, toi qui me lit et que je tutoie fort peu civilement vu qu'on ne se connait pas. Les gens que je connais, ou pire, ceux qui me connaissent, cassez-vous, ce n'est pas à vous que je m'adresse aujourd'hui. Aujourd'hui, j'enquête sur le lecteur qu'un hasard laborieux et mutin a poussé sur une page où il se fait tutoyer, comme ça, d'entrée, merde quoi.

Ce qui m'interesse, cher lecteur anonyme, c'est le pourquoi de ta présence. Et haut&fort fournit aux curieux dans mon genre un outil sympathique, qui permet de lister les requetes google qui ont abouties ici. C'est édifiant, voyez plutot les principales :

 "South park sexe". Hmmm, le rapport ne saute pas aux yeux, mais tu t'interroges sur des choses saines, camarade. Cartman a-t-il un petit zizi, moi, je dis oui.

"François henri pinault copains". Salut françois-henri, ça me fait plaisir que tu passes dans le coin. Oui, je te rassure, on est toujours copain, surtout si ton papa ne te déshérite pas.

"Gnou". Well done, on est pile dans le thème. Bienvenu, ami zoologue, puisses-tu  trouver ton bonheur. 

"La femme de zinedine zidane". Là, j'avoue que je doute aussi du bien-fondé de ta présence. Je peux à la limite te parler des cheveux de Zizou, mais sa femme...pfiou.

"Le roi des nuls". C'est à moi que tu parles ? Connard.

"problème de reniflage de mon nez". Celui-la me plait beaucoup. Amis lecteurs, n'hésitez pas, si votre nez coule, venez lire mes posts, ça a l'air efficace.

"rire et sourire sur le foot". Les gnous se cachent pour sourire, même sur le foot. Raté.

"sourire antidépresseur".  C'est ça d'avoir des potes nevrosés, ils sont prêts à tout.

 C'est tout pour aujourd'hui,. Bien évidemment si tu n'es, ami lecteur, concerné par aucune de ces requetes, je t'invite à me faire part de celle qui t'a conduit en ces lieux. Pour ma culture, et puis un peu pour me foutre de ta gueule.

Cordialement.

De la solitude du supporter

Cher lecteur, il me faut t'annoncer avec gravité et désarroi que j'ai l'élitisme qui me démange. Oh certes, il se détecte en filigrane dans beaucoup de ce que je raconte, le trait est même parfois grossi par jeu, mais il affleure rarement autant qu'en cette triste période d'unanimité footballistique. Car oui, ma plaie, mon dol, mon naufrage, c'est cette France unie qui hurle son bonheur finaliste au point de se jeter sous les métros, cette France que j'ai envie de tabasser jusqu'au sang pour qu'elle ferme sa gueule et qu'elle me laisse savourer mon euphorie mondialiste sans la partager avec 50 millions de crétins bruyants et gesticulants.

Ceux qui prétendent que la vraie beauté du football c'est la communion des supporters ont raison, mais uniquement s'ils parlent d'une communion d'une minorité en marge du plus grand nombre. La communion nationale, c'est bon pour la récupération politicienne, pas pour le fan de ballon rond. Se retrouver noyé dans un flot d'amoureux éphémères de l'Equipe de France, il n'y a rien de pire pour ternir la joie pourtant sincère que m'inspire son parcours.

J'ai l'euphorie sélective et sinon solitaire, au moins restreinte. Je hurle et je trépigne en petit comité, mais toute plongée dans un bain de foule en liesse m'arrache un soupir consterné. J'essaie, pourtant, d'être heureux avec les autres, de joindre ma voix au concert dissonnant des klaxons compulsifs et des cris victorieux, mais rien n'y fait, au bout de 5 minutes, j'ai envie de shooter dans le gamin en maillot floqué Zidane qui court dans la rue en hurlant qu'on est en finale.

Je crois que je vous hais, français moyens, quand vous venez piétiner mes plates-bandes populaires de vos gros sabots panurgiques. Vous m'êtes odieux, avec votre passion en toc et votre euphorie frénétique et forcée. Je n'aime pas votre football de coqs nourris à l'Equipe et à Téléfoot, je n'aime pas les clichés imbéciles dans lesquels vous vous vautrez tout votre saoul, à seriner comme des ânes des refrains périmés et laids. Et un, et deux, et trois blaireaux. J'en viens presque à penser que vous méritez les métaphores obséquieuses et calculées de la classe politique, qui s'efforce avec l'empressement indigne de veules charognards d'arracher un lambeau de gloire médiatique grâce à votre soudain autant qu'irrepressible attachement à ce sport d'opiomanes.

Je vous hais aussi parce que vous donnez finalement raison aux anti-footeux, aux frustrés aigris qui crachent sur le football comme on crachait sur un condamné à mort, comme un exutoire à sa propre laideur intérieure. Vous leur tendez les batons qu'ils utiliseront pour battre, et battre encore en brêche les clichés les plus éculés du supporter vulgaire, bruyant et sans-gêne. Mais allez, sortez vos drapeaux et rotez vos bières en vous rassemblant en troupeau pour éructer des slogans idiots devant les caméras ravies des marchands de bonheur en bois. Oubliez qu'on meurt à Gaza, qu'on légifère dans votre dos, qu'il y a des gens à la rue en d'autres occasions que les soirs de victoire. Oubliez, puisqu'on vous file votre fix de jubilation machinale et cocardière. 

Et puis quand ce sera fini, quand vous serez repu de libations nocturnes dans les artères de vos cités, vous pourrez en bouffer, du football utile. Du football qui vous explique que l'intégration en France se passe pas si mal, du football qui prouve qu'on peut etre pauvre et heureux, alors arretez de raler pour le SMIC, bande de glandeurs. Du football comme outil des cyniques pour vous vendre n'importe quoi, du café ou des bulletins de vote. Merci pour tout Zizou. 

Vous êtes pathétiques. Je suis pathétique. Vivement dimanche. 

Foot lose

Je suis un mec chanceux. Je suis né sans tare congénitale d'importance, à part peut-être une certaine propension à laisser tomber les choix et les cheveux, je gagne un salaire confortable pour faire un boulot qui me plait dans une ambiance très agréable, j'ai des parents compréhensifs et attentionnés, des amis sensibles et différents, et j'ai même tendance à regarder en direction de Sirius avec une personne relativement assez aimable, et je pèse mes mots à défaut de mesurer mes phrases. Bref, je suis un mec chanceux. Mais quand ça veut pas, ça veut pas. Et ce soir, ça voulait pas.

C'était pourtant bien parti, avec la qualification réjouissante de Levallois-Perret pour le tour qualificatif de la coupe régionale d'aviron en piscine, et accessoirement de l'équipe de France de football pour la finale du Mondial 2006. Un évènement vécu sur la terrasse d'un bar sympathique, avec des gens qui l'étaient tout autant malgré leur atroce indifférence vis à vis de la balle ronde et du deuil portugais. Mais faire sauter des crabes avec des pattes de poney, ça mobilise forcément trop l'intellect pour savourer à sa juste...heu...saveur l'indicible joie du footeux béat et qualifié.

Quelques sautillements plus tard, et après un détour par la ville qui compte la plus grande diaspora portuguaise d'Ile de France après Lisbonne, je me retrouve à Opéra pour attraper le dernier métro. Soudain, se dresse sur mon chemin une barrière en plastique. Damn, serait-ce une décoration pour fêter la victoire, me dis-je plein d'espoir et de mauvaise foi ? Une voix metallique et glacée me déleste malheureusement aussitot de mes naïves illusions. "Suite à un grave accident voyageur, le trafic est terminé sur la ligne 7 entre chateau-landon et pont-neuf". ET COMME PAR HASARD JE SUIS ENTRE LES DEUX, CONNASSE. Mon ire tarie, j'emprunte une sortie en reflechissant à la suite des évènements. Premier reflexe : chercher un noctilien. Second reflexe : se rappeler de la dernière fois où j'ai attendu un noctilien à Opéra. Troisième reflexe : chercher un taxi. Mais chercher un taxi dans un chaotique Paris pré-finaliste, c'est un peu comme chercher un morceau de viande dans la bouche d'un alligator, c'est risqué et c'est un brin utopiste. Et comme je réserve mes petits bouts d'utopie à des usages moins prosaïques, j'ai préféré marcher jusqu'à Gare de l'Est.

Je remonte donc le boulevard des Capucines jusqu'à la Madeleine, le temps de me rendre compte qu'en fait je tourne le dos à la gare en question. Je rebrousse chemin au milieu des klaxons, des drapeaux et des alélébleu hurlés par des hurluberlus peinturlurés (dites le vite, qu'on rigole), et je remonte ce même boulevard, puis celui des Italiens, qui nous attendent en finale, les chacals. Je suis entre temps accosté par un asiatique en délicatesse avec la langue française ET avec la langue anglaise, ce qui ne facilite pas la communication, et qui souhaite lui aussi rejoindre la gare de l'est. Je l'enjoins à m'accompagner joyeusement, mais en silence, ce qu'il a le bon gout de comprendre sans que je l'exprime, et nous arrivons jusqu'à Le Peletier, où je commets ma plus grosse erreur : demander mon chemin. J'avais dans l'idée de remonter la ligne 7, mais je voulais confirmation histoire de ne pas attirer mon nouvel ami jaune dans un coupe-gorge. J'intercepte donc un passant qui passe (truc de ouf), et lui demande comment qu'on fait pour rejoindre la gare de l'est. Alors mais mon bon mais non, la ligne 7 c'est un détour, faut aller jusqu'à Strasbourg-St-Denis. Alors ah bon. Mais s'il le dit, hein. Alors on marche, jusqu'à Strasbourg-St-Denis, puis on remonte le boulevard de Strasbourg (ouais, maintenant je connais beaucoup plus de boulevards parisiens, merci bien). On débouche sur Gare de l'Est, non sans avoir constaté sur un plan qu'on a fait un détour de merde que je justifie en bredouillant que bon, hein, voilà. Les rues sont toujours pleines de voitures qui hurlent et de piétons qui klaxonnent, voire les deux en même temps. Des groupes de mecs dévorent des yeux des groupes de filles, des groupes de filles hurlent "onéhanfinal" en évitant soigneusement de croiser les regards des groupes de mecs, et mes jambes commencent à être lourdes. L'arrêt du Noctilien tombe donc à pic.

Le noctilien est un service de bus de nuit mis en place assez récemment et qui dessert quelques grandes places parisiennes lorsque les métros ont eu le mauvais gout d'arreter de circuler. La nuit, donc, comme leur nom l'indique avec habileté et élégance. Le problème des noctiliens, c'est le passage de la théorie à la pratique. Par exemple, je vérifie sur le plan que le N43 passe juste à coté de chez moi, et l'affichage numérique annonce qu'il arrive à Gare de l'Est dans 10 minutes. Cool, j'ai de la chance. Dix minutes plus tard, bon, ok, c'était pour rire, le prochain arrive dans 40 minutes. Au bout de 15 minutes, une femme s'impatiente et décide d'appeler la RATP. Après quelques redirections téléphoniques, elle arrive enfin à obtenir une info : le prochain N43 passera dans...1h30. Youpi. Je recommence à réfléchir à la marche à suivre, lorsqu'un aveugle déclare à la femme du téléphone qu'il va rentrer à Aubervilliers à pieds, et que si elle peut le guider un peu, c'est sympa. Elle accepte, et ils partent. Mon intense esprit de compétition se met alors en marche, et je me dis : si un aveugle peut le faire, JE peux le faire. Alors je pars. Rue du faubourg-saint-martin, stalingrad, puis je longe le canal jusqu'à la cité des sciences. Porte de la villette, encore 10 minutes et j'y suis. D'ordinaire, le trajet La Villette - chez moi me parait longuet et lassant, mais après 1h30 de marche forcée, il passe comme une lettre au Pony Express. Mon papa m'appelle pour s'enquérir de ma situation, je lui explique que j'arrive dans 5 minutes et qu'il peut donc se recoucher l'esprit léger, au contraire de mes pieds qui eux pèsent trois tonnes et quatre ampoules, putain de chaussures de ville de merde, on devrait toujours etre en baskets. 

2h50. J'ouvre ma porte. Merde, faut nourrir les chats. Je nourris les chats. Merde, faut que je cherche mon avis d'imposition. Je cherche mon avis d'imposition. Merde, faut que je dorme. Alors j'ai dormi.

The end.

30.06.2006

A cran géant

Je suis chaque matin, et depuis plusieurs mois, le témoin d'une scène étonnante qui se déroule immanquablement à ma sortie du RER, lorsque je traverse ce joli paquebot architectural qu'est le CNIT en direction du bonheur indicible et professionnel que m'apporte chaque matin ce travail chez SFR qui déchire sa race et qui soutient l'Equipe de France avec des SMS gratuits tout le samedi vers les numéros de l'opérateur. Kikoo Zizoo, jspr k tu va lé niké lé brézili1 lol. Bref, chaque matin, et par deux fois, j'assiste à la scène suivante :

Une femme, me fixe d'un air complice et amusé. Elle renifle une fiole en plastique puis fronce ostensiblement le nez, de l'air de dire "oulala ça sent pas bon hihihihihi". Puis elle en verse sur une rose en me faisant un clin d'oeil. Moi, forcément, je palpite, je me dis, mais putain, mais c'est génial, où va-t-elle chercher tout ça ? Mais là où ça devient vraiment génial, c'est qu'après, elle tend la rose a une femme qui sort du métro. Et la femme, elle la renifle, et puis elle devient toute rouge en faisant une grosse grimace, genre "olalala, ça sent pas bon", mais d'un air un peu moins amusé et complice que la femme précédente. Ensuite, elle rend la rose, et la dame la tend à un monsieur enveloppé et chauve qui sort lui aussi du métro. Il la renifle, et il fronce les sourcils d'un air de dire "olalala, ça sent pas bon", puis il jette la rose sur le trottoir, et il marche dessus. THE END.

C'est diffusé sur l'écran géant du CNIT, ça passe en boucle, en moyenne une fois toutes les deux minutes, et c'est sponsorisé par "Clear Channel". Et ça fait plusieurs mois que je m'interroge profondément sur le sujet. Toutes les hypothèses y sont passées : tentative d'humour (mais pas crédible, depuis le temps on leur aurait dit), publicité cryptique (mais beaucoup trop, alors), interversion de deux vidéos lors de l'intégration par le responsable de l'écran en question, qui aurait confondu le vrai visuel et un .AVI pourri envoyé par son collègue entre deux powerpoints récupérés sur mdr.fr,...Aucune ne tient vraiment la route, et je suis donc arrivé à la dernière, que je m'en vais vous exposer car je sens bien qu'à votre tour, cette histoire vous passionne.

En fait, l'objectif de ce petit film cocasse est de rendre le sourire aux gens qui travaillent à la Défense, et qui s'extraient péniblement de transports en communs bondés, dégoulinant encore de la sueur de leur voisin de rame, et le coeur emplit de cendres à l'idée d'affronter une nouvelle journée de paperasserie corporate et de réunions chronophages où l'on débat sans fin du process de validation des machins XhGTyJ, avec en fil rouge les déboires domestiques d'un collegue bricoleur qui retape sa maison et qui se sent obligé de le partager entre deux coups de fil à bobonne. Et quel meilleur moyen de mettre un peu de baume au coeur des masses laborieuses que de leur mettre sous le nez la preuve incontestable que la médiocrité peut elle aussi avoir son heure de gloire ? C'est déjà la recette de maintes émissions de télévision, certes, mais là c'est encore mieux, c'est sous tes yeux à toi, petit cadre terne et maussade, tu peux le toucher du doigt. Trois acteurs au physique aussi ingrat que le talent, au service d'une réalisation plate et mal-foutue, avec des couleurs moches genre vidéo de repas de famille avec le caméscope de tonton Jean, le tout illustrant une idée scenaristique qui frôle l'attentat psychologique, ET CA PASSE EN BOUCLE SUR UN ECRAN VU CHAQUE JOUR PAR DES DIZAINES DE MILLIERS DE PERSONNES.

Accroche toi, copain de grisaille, mon frère de routine : s'ils ont leur heure de gloire, toi aussi tu l'auras. Et puis si ça ne te remonte pas le moral, fais comme moi, baisse les yeux quand tu passes devant. 

A part ça ils ont mis un bouton "effacer le weblog" dans l'interface Haut&Fort. Soit ils ont une confiance aveugle en l'habileté digitale de leurs clients, soit je dois prendre ça comme un message poli mais lourd de sens. Salauds.

26.06.2006

Economie-catin

Certains d'entre vous m'auront déjà lu ou entendu évoquer l'infâme torchon crypto-capitaliste qu'on a l'indécence de distribuer sur le parvis de la Défense les lundi matin, et qui porte le nom extrêmement bien porté d'Economie-matin, l'économie étant évidemment à comprendre dans le sens de l'accumulation de richesses par des gens riches, donc cools en entubant des gens pauvres donc moins cools. Mais si j'en reparle aujourd'hui, c'est que l'exemplaire de ce matin est proprement génial de cynisme et de propagande néo-libérale déguisée en analyse journalistique pointue.

Ca commence par la couverture, qui titre "Les actionnaires prennent le pouvoir", avec un poing dressé empoignant fermement le sigle euro, dans un écho forcément provocateur à la symbolique bolchévique. "Actionnaires de tous les pays, unissez-vous", chante l'Internationale des chroniqueurs boursiers, et si Marx fait des saltos dans sa tombe, ça lui fera les pieds. Quant à la faucille et au marteau, rien d'étonnant à ce qu'ils prennent la poussière, ils sont tellement désuets à l'heure des moissoneuses-batteuses. L'intérieur du magazine est évidemment à l'avenant, et l'on peut y retrouver trois grands thèmes illustrés par des articles de fonds :
- Dominique de Villepin est grillé.
- La politique économique française est sur la bonne voie, mais reste bien trop sociale pour garantir la compétitivité du pays à l'échelle mondiale
- Les grands patrons, c'est des gens sympas et beaux et drôles et bien habillés avec du vrai bon goût et ohhh et aaaaah et slurp slurp slurp.
Toute ressemblance avec les refrains préférés du MEDEF et de l'UMP sarkozyste serait pûrement fortuite, tant on ne peut imaginer une telle entorse à l'ét..kof kof...hique journalistique.

Quelques phrases balancées comme si de rien n'était entre deux apologies du gouvernement (hors vilain petit canard à particule) ou de François-Henri Pinault sont d'ailleurs à la limite du prosélytisme. Ainsi, Eric Revel, chroniqueur sur LCI et probable militant pour Luttes Ouvrières nous pose-t-il l'importante question suivante : "Avec les 35 heures et le nouveau Smic à 1500€, la France est-elle toujours une terre d'investissement pour les capitaux étrangers ?". C'est vrai quoi, bordel, si on commence à donner des thunes aux pauvres et aux glandus, on va faire fuir les fonds de pension à la philantropie unanimement saluée, et qui c'est qui va regarder LCI pour suivre le cours de son action ? Y en a marre des décisions irresponsables, et il est heureux que des voix s'élèvent contre l'iniquité d'une politique un minimum équitable.

Encore plus loin dans le débat objectif, cette intervention indignée de Christian de Boissieu, président délégué d'un Conseil d'Analyse Economique qui fait honneur au second terme du sigle : "Mais remettre en cause le capitalisme ne sert à rien : l'économie mondiale est capitaliste, et tant mieux". Ah bah oui, merci bien pour ton analyse Christian, là on comprend mieux, tout s'éclaire. Je compte d'ailleurs reprendre ta rhétorique à des fins personnelles, pour clore le bec des pénibles qui moquent mon amour du football. "Non mais vous comprenez les gars, ça sert à rien de critiquer, le football c'est cool, et c'est tant mieux." Nul doute qu'ils ploieront enfin devant l'indiscutable démonstration. Avec un peu de bol et en mettant une jolie cravate, je serais peut-être à mon tour nommé président délégué d'un Conseil d'Analyse de quelque chose, et je pourrais enfin donner libre cours à mes pulsions créative, de la cocotte-en-papier à l'A380 en feuilles A4.

Je ne m'attacherai pas à décrire toutes les inepties assenées comme autant de vérités bibliques qui pulullent dans les 23 petites pages de ce gratuit, je me contenterai de vous apprendre que l'essence est trop chère, que le français (quel procédé plus digne que celui de généraliser n'importe quoi à tout un pays sans l'ombre d'une preuve) en est malheureux parce que ça va pourrir ses vacances, que Nicolas Miguet est un mec courageux, et que les salariés actionnaires de leur employeur sont les citoyens de demain. Merci bien.

Evidemment, je n'ai pas la malhonneteté intellectuelle de prétendre qu'il s'agit du seul journal atrocement partial dans le paysage médiatique hexagonal. Ils le sont tous, et le revendiquent plus ou moins. Mais cette perfusion matinale de Jean-Pierre Pernaud, cette propagande discrète des thèses déjà politiquement dominantes, est tristement nuisible à l'esprit critique général. A force de gaver les oies blanches, on en fait des moutons, et si la métaphore animale est bancale, le constat n'en est pas moins pessimiste. L'endoctrinement discret mais systématique a rarement débouché sur une société florissante et juste. A bon entendeur.

Et puis rien à voir, mais je tiens à le hurler sur les toits avec la violence frustrée du cyber-chirurgien aigri, les ruptures d'anèvrismes, c'est chiant. Et les bancs de Bercy mériteraient une chanson. 

24.06.2006

Pour ou contre le ni-oui ni-non ?

Aujourd'hui, et même ce matin si j'en crois la position du soleil et l'horloge en bas à droite de l'écran, je suis allé voter. Pas pour un sondage de lequipe.fr, pas pour le futur chanceux qui ira saluer solenellement cet abruti de soldat inconnu en plein cagnard de juillet, pas pour éliminer Bruno et sauver Laetitia en filant des thunes à mon opérateur téléphonique, non , je suis allé voter pour donner un avis sur la question suivante : Etes-vous, oui ou non, pour le droit de vote et d’éligibilité de tous les résidents étrangers aux élections locales ?

Démarche louable que celles des communes de Seine-Saint-Denis qui ont choisi d'organiser cette consultation populaire, ouverte à tous sous réserve de présentation d'une pièce d'identité ou d'un justificatif de domicile. Louable parce qu'elle sort des sentiers d'un débat public confisqué par la télévision et les grands médias, le cantonnant généralement à de grands thèmes fourre-tout et rejetant par là-même l'élécteur/débattant au rang de spectateur déresponsabilisé et panurgique. Non mais vous comprenez monsieur, on s'en fout de votre avis, les sondages disent que vous êtes à 54% d'accord avec le monsieur à cravate qui parle avec des mots plus jolis que vous. Le caractère local de l'initiative, et sa déconnexion (au moins partielle) des grands débats de présidentiables, est donc une garantie de fraîcheur et d'implication de la part des votants.

Evidemment, tout n'est pas parfait : la question est opaque et un brin démago (qu'entend-t-on par "résident étranger" ?), l'information autour des enjeux est clairement insuffisante (absente, en tout cas, des bureaux de vote), et il est à craindre que l'utilisation qui sera faite des résultats frise allègrement la malhonneteté intellectuelle. Mais malgré ces bémols, malgré l'imperfection prévisible d'une organisation bancale, j'ai envie de hurler à toute personne que je croise d'aller voter putain de bordel de ta race. De montrer que malgré les voitures qui brulent sur TF1, malgré les performances footballistiques en dent de scie de cet algérien tonsuré élevé un peu contre son gré au statut d'icône de l'intégration réussie, malgré le bruit et l'odeur qui parait-il envahissent nos cages d'escalier, malgré les ateliers clandestins qui pulullent dans les tours de la Villette, malgré ce petit con qui t'a arraché ton sac un soir de fête de la musique, malgré le catastrophisme politique et médiatique ambiant, malgré tout ça, on est capable de comprendre qu'une ville métissée c'est une ville riche, quelle que soit le délabrement de ses HLMs.

Et je monte sur mes grands chevaux lyriques si je veux, j'ai le droit d'être démago, chacun son tour. Non mais. 

(et pour info : http://www.aubervilliers.fr/actu3640.html)

23.06.2006

Comme unique a tort.

D'aucuns ne manquent de me faire part de la frustration difficilement contenue que génère en eux la tardive mise à jour de ce blog. Comme je suis aussi sympathique que compatissant, je tiens donc à leur témoigner ma sympathie et ma compassion, en toute modestie et avec dans les yeux cette trouble émotion qu'on s'efforce de singer quand on va à l'enterrement de quelqu'un dont on n'a rien à foutre, et qu'on pense à ce qu'on va manger le soir pendant que le prêtre loue les qualités morales et le bonheur que répandait autour de lui ce connard qui m'a pas rendu mes 500 balles. Ca ne sent pas le vécu, mais si on ne parlait que de ce que l'on connait, les commentateurs sportifs seraient au chomâge. Alors bon.

Cette introduction puante expédiée - il faut bien commencer quelque part, et si possible pas dans le fondement de qui que ce soit j'ai peur du noir - passons aux choses sérieuses : je vous annonce avec la discrétion réjouie de ceux qui savent cracher aux visages défaits des malheureux chroniques la joie intense qui leur brûle les entrailles et s'asseoir avec élégance sur la pudeur quand il s'agit d'hurler au monde que la vie est belle, je vous annonce, disais-je, que je dispose désormais d'un nouvel outil au bureau:  Office Communicator.

C'est un joli nom, d'autant plus joli qu'il décrit assez bien la fonction première de la chose : communiquer au bureau (je précise pour les handicapés de la langue anglaise, kikoo). Mais pas communiquer de manière statique et lente, avec des mails. Pas non plus de manière gênante et agressive, avec un téléphone. Non, Communicator permet de dialoguer avec les autres employés en...chattant. Exactement comme MSN, avec la même apparence, les mêmes fonctions, mais pas tout à fait les mêmes contacts. En effet, il n'est évidemment possible d'ajouter que des gens de l'entreprise, dès lors qu'ils sont référencés dans le carnet d'adresse interne, de l'hotesse d'accueil au PDG.

La prise en main est immédiate pour quiconque a déjà manipulé l'un ou l'autre de ces chronophages qui permettent d'échanger avec son voisin de palier ou des inconnus polonais smileys salaces et abréviations à faire baver un académicien français (comme s'ils avaient besoin de ça (oui les vannes sur la sénilité des tricornés sont originales comme une chanson d'Amel Bent, mais faut bien remplir, hein)). On y retrouve tout l'arsenal du cyber-bavard : des smileys adaptés à l'environnement professionnel, avec des sous-titres évocateurs comme "rencontrons-nous" (deux silhouettes autour d'une table), "je n'accepte pas" (une poubelle), ou le mystérieux "Peux-tu parler ?" (un..heu..un truc), mais aussi la possibilité d'associer un son pénible à toute reception de message, ou celle plus constructive de bloquer les importuns. Bref, c'est TROP COOL.

Mais malgré l'adéquation quasi-totale du produit à sa cible, je ne peux m'empêcher d'émettre quelques doutes sur la viabilité de la chose. Sur une journée d'utilisation, cet outil a été utilisé pour : décider du repas de midi, discuter de la gay pride, essayer d'ajouter les grands chefs à sa liste, créer un roman photo avec des smileys et revendiquer par nickname interposé que "la vie est une courgette". Je ne doute pas que ces activités renforcent la créativité des équipes, mais de la créativité à la productivité il y a un pas qu'il serait téméraire de franchir sans parachute. Néanmoins, il est impensable que les grands pontes de l'entreprise n'aient pas mûrement réfléchi cette idée avant de se lancer, et la liste des avantages doit être plus longue que celle des inconvénients. En voilà quelques-uns :

- Simplifier le travail du département des Ressources Humaines : "Kikooo Mr. Rampon, vous êtes licencié LOL".
- Limiter l'usage de salles de réunions : "Hey, demain 14h, groupchat pour acter le nouveau process. Soyez pas en retard."
- Eviter les labeurs pénibles sans passer pour un tire-au-flanc : "Heu, mettre à jour le doc ? Attends, j'ai des problèmes de connexion, je crois que[BLOQUER LE CONTACT]".
- Faciliter la tâche des sycophantes : "Oooh, monsieur, j'adore votre dernier powerpoint (l)(l)(l)(l)(l)(l)(l)"
Et tant d'autres. 

Quelle que soit l'utilisation qui sera faite de cet outil, on peut de toute façon noter qu'elle est révélatrice d'une tendance aussi récente que rapide à la virtualisation des rapports humains, que ne manqueront pas de blâmer les partisans du reniflage d'haleine mutuel et les nostalgiques du bisou piquant. Je n'ai ni l'envie ni la capacité de débattre du bien fondé de leurs reproches, mais en attendant on peut désormais travailler comme on drague. Et à part les acteurs de pub AXE, ça n'était jusqu'ici pas donné à tout le monde. ASV ?

En conclusion et pour changer diamétralement de sujet - le grand écart c'est feng shui - j'aimerais citer Dominique A, qui a, à l'inverse de Didier Barbelivien, beaucoup plus de talent qu'il n'y a de lettres à son nom de famille :

C'matin j'ai vu l'avenir, il nous fait un sourire. Avec des graines de pavot dans les interstices, mais ça pourrait être pire.

21.06.2006

Tétons l'été avant qu'il ne fletrisse

Aujourd'hui, c'est l'été. Et avec un à-propos digne des plus grandes répliques de cour de récréation , je me propose de revenir sur ce qu'il est réellement, histoire de ne pas uniquement parler de foot sur ce putain de blog.

L'été est une saison qui s'intercale doucement quoi que sans trop leur demander leur avis entre le printemps et l'automne. Le premier, temps des cerises, des papillons, et des accouplements champêtres, fait la part belle aux hormones et aux premiers rais d'un soleil timide et mutin qui ne manque pas de nous laisser croire qu'il va faire beau aujourd'hui alors que finalement non, le fourbe. Le second, temps des feuilles mortes et de la mélancolie, laisse le champ libre aux depressifs et aux poètes romantiques qui regardent les jeteés noires de vagues agitées avec les cheveux au vent, la veste dans le vent, et le chateau brillant. Mais l'été, lui, ne joue ni avec notre parapluie ni avec notre friable mental, il est joie et volupté, caresse solaire et chaleur caniculaire.

L'arrivée de l'été s'accompagne de maints signes avant-coureurs : les collègues parlent de leurs vacances à venir au lieu de raconter leur palpitant weekend chez les beaux-parents, les enfant pullulent dans les rues au lieu d'être parqués dans les écoles dans l'attente d'une prise d'otages bienvenue, et les chairs jusqu'ici dissimulées par des habits aussi chauds que disgracieux malgré les nombreux conseils de Cosmopolitan pour être belle en col roulé, les chairs disais-je, se dévoilent aux regards libidineux et moyennement discrets des passants et autres usagers des transports (dans tous les sens du terme) en commun, et n'en déplaise aux exégètes phallocrates de Mahomet, c'est assez cool.

En été il convient, en plus d'un suivi strict et drastique des consignes anti-pollution délivrées par Air-Parif, de se conformer à certaines coutûmes sinon millénaires du moins séculaires, et ça c'était juste pour caser un joli mot avec "air", encore. Les voici:
- Etre de bonne humeur. Il est indécent d'être malheureux quand les oiseaux chantent, quand les rues scintillent de mille éclats de rosée parfumée au monoxyde de carbone et quand on discerne moins de nuages dans le ciel que de liaisons synaptiques dans le crâne de Luis Fernandez. Arborer une moue tristounette, niet.
- S'immuniser aux odeurs. Le pince-nez n'est pas encore un accessoire de mode reconnu, mais il aspire à le devenir, surtout si vous avez la chance d'emprunter quotidiennement le métro, le RER, où tout moyen de déplacement impliquant l'imbrication de votre nez dans les aisselles d'un quidam qui manifestement est à cours de déodorant. Courage.
- Parler de maigrir. Pas "maigrir", j'insiste, juste en parler, pour bien montrer à vos proches que votre ligne vous soucie et que vous souhaitez que ça change. Les adbos ou le jogging, c'est marrant 5 minutes mais faut pas déconner, et puis le chocolat c'est bon avec les fruits de saison.

Il existe beaucoup d'autres façons d'aborder l'été, mais je vais pas m'amuser à recopier le supplément été de Jeune&Jolie ou FHM, vous n'avez qu'à aller les feuilleter chez votre marchand de journaux.  C'est con qu'il fasse un peu trop chaud pour les autodafés.

20.06.2006

Le foot pour les nuls

Afin de surfer sur la vague d'une coupe du monde qui n'en finit pas de contaminer notre environnement, de nos nobles devantures de fast-food jusqu'aux hors-séries de l'Humanité (et n'en déplaise à Jean-Jérome Rousseau qui disait  avec acrimonie que "quand la société fait le grand écart, elle risque de se prendre un petit pont"), j'ai décidé à mon tour de vulgariser le football, pour le rendre accessible aux masses grinçantes de frustration contenue qui masquent leur perplexité et leur désarroi de n'y rien comprendre derrière une haine du sport-roi qu'il faut être idiot ou cul-de-jatte pour juger crédible.

Evidemment, les nuances sont nombreuses et je ne me risquerai point à égarer le béotien par de superfétatoires (taggle) précisions. J'ai employé le mot "vulgariser", c'était certes pour faire joli mais pas que. Soyons organisés et concis.

1. Les acteurs

Le football est un sport qui oppose des mannequins publicitaires Puma à des acteurs de publicité Nike sur une pelouse ornées de droites et de courbes tracées à la craie, sûrement pour rappeler la marelle à ces grands enfants que sont les footballeurs, et avec un ballon qui n'est pas sans rappeler une canette de Coca-Cola, mais en plus sphérique et en moins rouge.

Un match de football oppose deux équipes de 11, dont un de chaque côté qui a le droit d'utiliser ses mains pour autre chose que vérifier l'état de ses gonades ou se recoiffer s'il est italien. On l'appelle le "gol", parce qu'il est habillé différement des autres et qu'il crie tout le temps sur tout le monde, comme un neuneu qui aurait perdu son nounours. Les 10 autres exercent leurs reflexes psychomoteurs en tapant dans un ballon quand il passe à portée, ou en crachant par terre le reste du temps.

On divise les joueurs en quatre catégories :

Les gols, donc, déjà évoqués précédemment.
Les arrières, qu'on appelle ainsi parce qu'ils jouent plus bas que les milieux
Les milieux, qu'on appelle ainsi parce qu'ils jouent essentiellement au milieu du terrain
Les avants, qu'on appelle ainsi parce qu'ils jouent devant les milieux, mais pas trop sinon ils sont hors-jeu (1).

On distingue également quelques individus particuliers sur la pelouse :
L'arbitre, qui se boudine dans un maillot trop petit qui le rend très enervé, ce qui l'oblige à souffler dans un sifflet très souvent et à faire des grimaces aux joueurs pour dissiper son aigreur.
Les entraineurs, souvent plus vieux que les autres acteurs. Certains entraineurs imitent le poteau télégraphique pour cacher leur stress, d'autres agitent les bras violemment en criant très fort et en devenant tout rouges pour cacher leur incompétence.
Les soigneurs, animaux de compagnie des footballeurs, ils viennent parfois sur le terrain quand l'un d'entre eux est triste et a besoin d'un gros calin ou de chatouilles.

2. Les objectifs

L'objectif de nombreux footballeurs est de gagner les matchs qu'ils disputent. Les autres jouent au Paris-Saint-Germain, et leur cas est trop complexe pour être ici évoqué. Mais comment gagner un match ? Bonne question. D'ordinaire, on gagne un match en ayant marqué plus de buts (2) que l'adversaire. Une ambition délicate à assouvir, l'adversaire ayant souvent tendance à vouloir, lui, marquer plus de buts que vous. Il faut donc tout à la fois attaquer ET défendre, une dichotomie qui pose problème à nombres de joueurs. Il faut donc leur faire des dessins compliqués sur des tableaux noirs, comme à l'école primaire, avec des croix et des flêches pour leur dire où aller. Quand un joueur oublie ce qu'il doit faire, on dit qu'il fait une "erreur de marquage". 

Il existe également des objectifs secondaires, qu'aucun footballeur digne de ce nom ne néglige. Le plus courant est de collectionner des petits bouts de carton que l'arbitre distribue aux joueurs qui imitent le mieux les gestes de Tekken. Si le geste est réussi, le carton est jaune, s'il est parfait, rouge. Tout joueur qui remporte un carton rouge ou deux cartons jaunes gagne le droit d'aller se reposer un peu plus tôt que ses copains. D'autres objectifs moins réguliers apparaissent parfois selon les matchs : envoyer le ballon le plus loin possible derrière les tribunes, déshabiller son adversaire, avoir la coupe de cheveux la plus ridicule, etc. Les possibilités sont nombreuses et les meilleurs footballeurs développent dans ces domaines une polyvalence impressionnante.

3. La coupe du monde 

Les deux parties précédentes vous ont rendu le football accessible et limpide, mais il reste désormais à comprendre le principe de l'évènement planétaire qui ne peut manquer de changer votre vie (ou au moins votre paysage médiatique) pendant ce joli mois de juin.

La coupe du monde a lieu tous les quatre ans, pour copier les jeux olympiques, sauf qu'on allume pas une flamme, on allume juste la télé. Elle se déroule en divers lieux d'un même pays, désigné comme hôte officiel de la compétition par un comité de gens très gras et très riches qui ne font pas grand chose mais qui ne sont pas du tout corrompus. Le pays hôte a alors la responsabilité de construire des stades, de créer une mascotte moche, et de mobiliser alcool, policiers et prostituées en un temps record. 

Les participants à la coupe du monde de football sont souvent des équipes de football, mais des fois c'est juste le Costa-Rica. Ils se sont qualifiés au terme de longues campagnes qui les ont opposés aux autres équipes de leur région. Ainsi, on peut se qualifier en jouant contre l'Allemagne, l'Angleterre et la Russie, ou contre Tuvalu, la Nouvelle-Zélande et la Papouasie-Nouvelle-Guinée. L'égalité dans le sport, c'est important. Une fois qualifiés, les pays doivent choisir 23 joueurs en bon état et les acheminer jusqu'au pays hôte. Lorsqu'ils ne trouvent pas 23 joueurs, ils ont le droit d'inviter le fils du président à vie ou de naturaliser un brésilien qui passait par là. Qu'ils viennent en avion, en bateau, en car, ou à la nage dans le cas du Costa-Rica, les participants prennent leur quartier dans de luxueux hotels en attendant leurs premiers matchs contre d'autres participants venus d'ailleurs, mais qui sont logés à l'étage d'en dessous. C'est plus pratique pour les batailles de polochons.

La compétition commence souvent par un match de prestige entre l'équipe du pays d'accueil et une petite équipe qui ne risque pas de la battre pour ne pas pourrir l'ambiance, comme par exemple le Costa-Rica. Ensuite, les autres équipes sont réparties dans des groupes de 4, et jouent les unes contre les autres. C'est ici qu'interviennent les commentateurs sportifs. Il s'agit de personnes qui se font passer pour des journalistes et qui sont là pour vous convaincre que le match que vous regardez est trop bien. Leur rôle est donc de vous rappeler que ce joueur paraguayen vendait des pneus quand il était petit, ou que la femme de Zinédine Zidane s'est fait refaire les seins parce qu'elle voudrait qu'il arrete de la délaisser pour jouer avec ses chaussettes. Ils sont très importants, et très bien payés, et c'est grâce à eux si la coupe du monde est un si joli spectacle.

Quand les commentateurs sont fatigués, on déclare que c'est la "fin de la première phase", et on prend seulement  deux équipes par groupe pour qu'elles continuent à jouer. C'est généralement là qu'on vire toutes les équipes du Tiers-Monde, faudrait pas confondre vacances et immigration clandestine, sauf une, qu'on appelle "la surprise". Cette année ce sera le Ghana, faites gaffe.  Au bout d'un moment, on arrive à la finale, qui oppose toujours le Brésil au pays hôte, sauf des fois. Les joueurs du pays gagnant de ce dernier match ont le droit de crâner dans un bus avec leurs têtes dessus en descendant la plus grande rue du pays (autant vous dire que si c'est le Costa-Rica, on va rigoler). Les joueurs de l'autre équipe s'allongent sur la pelouse en pleurant, et déclarent au micro de TF1 que "c'est dommage, on avait un coup à jouer.".

 Après la finale, plus personne ne parle de football et on peut reprendre une activité normale et saine, se préoccuper de la hausse des impots et de la grippe aviaire. Sauf si c'est la France qui gagne, mais ne vous inquiétez pas, cette année ça ne risque pas.

(1)Hors-jeu : Il y a hors jeu quand les arrières d'une équipe lèvent tous le bras en regardant fixement ET l'arbitre, ET un avant adverse, ce qui explique le fort taux de strabisme divergent chez les footballeurs. Première cause de but refusé et de protestation des commentateurs, dont le célèbre "oulalala y avait pas la ligne droite de Longchamp".
(2)But : Il y a but quand les joueurs d'une même équipe viennent s'entasser sur un coin de la pelouse avec un air béat. S'ils relèvent la tête brusquement en agitant les bras et en fronçant les sourcils, on dit que le but est "refusé".

19.06.2006

Paris est ma chique

Attention, cet article est opaque pour tout footophobe. 

 

Du côté de Beaubourg existe une peinture murale figurant une silhouette qui affirme dans un phylactère "je suis un petit bout d'utopie". Il est évidemment bien mal-aisé d'engager la conversation avec cette silhouette - comme si son affirmation la dispensait de tout autre échange philosophique -, mais j'aurais envie de lui dire : "Hey, moi aussi je suis un bout d'utopie, et un plus gros que toi". 

L'utopie, j'y suis né il y a 7 ans, alors que j'éprouvais mes premières passions bachelières dans un lycée de Seine Saint-Denis. Evidemment, à l'époque je ne l'appelais pas comme ça, je n'en étais pas conscient, je me contentais de revendiquer avec le fierté provocatrice des débuts mon statut de "supporter du PSG". Je n'étais pas le seul à m'engager alors dans ce que je croyais être l'équivalent d'une relation sentimentale durable (et naïve, ça va, j'étais jeune) : s'apporter mutuellement le bonheur, moi par mon soutien, le club par ses résultats. Des sentiments d'autant plus intenses qu'ils s'accompagnaient de cette rivalité factice et médiatique avec le clan des "supporters de l'OM", pourtant frappés du même mal. On n'a pas le même maillot, mais on a la même affliction. 

Bien évidemment, ça ne s'est pas vraiment passé comme je l'imaginais initialement. On était pourtant bien partis : un début de saison 99-2000 en fanfare, certes terni par maintes contre-performances et autres expulsions de Laurent Robert, mais qui débouche quand même sur une finale de coupe de la ligue contre un adversaire à la portée du club de mon coeur (expression popularisée depuis par un animateur éminent de mon utopie supportrice, un certain #11) : Gueugnon. Deux buts et une prestation infâmante plus tard, et je quitte le Stade de France dépité, mon père ayant le bon goût de dissimuler une partie de sa jubilation (salaud de lyonnais, et encore son club a-t-il à l'époque le bon goût de se contenter des accessits). C'est en forgeant qu'on devient forgeron, mais supporter échaudé se précipite quand même sous l'eau froide. Illustration la saison suivante, où plein de confiance je claironne qu'on est trop fort et qu'on va tout casser. Recrutement ambitieux, carton contre Rosenborg en ligue des champions, et puis...rien.

Depuis, chaque saison apporte son lot de psychodrames, d'échecs improbables, de décisions ubuesques. L'insupportable et gesticulant Luis Fernandez qui met le futur meilleur joueur du monde sur le banc, le président délégué dont le nom redondant n'est malheureusement pas une oxymore, le bosniaque psychorigide et paranoiaque qui transfigure un groupe limité avant de le massacrer une fois enrichi. Francis Llacer, José Aloisio, le tibia de Jerome Leroy et la main de Stéphane Pichot. Le 4-3 de la Corogne, le 3-0 du CSKA, les matchs indigents et les coups d'éclats sans lendemain.

 Aujourd'hui, à la veille d'une nouvelle saison, après m'être répété chaque mois depuis 7 ans qu'on ne m'y reprendrait plus, je frétille et je fanfaronne. Evidemment, j'ai mûri. Je ne m'enflamme plus pour la rumeur Kaka, je m'enflamme pour Sammy Traoré. Je ne rêve pas de triomphe continental, je SAIS qu'on sera champion de France. Je n'annonce plus un jeu offensif et léché et des scores fleuves, je croise les doigts pour une saison de 1-0 avec des buts du genou, voire de Bernard Mendy.

 Nous sommes en 2006, et je suis un gros bout d'utopie.