19.06.2006

De l'art de parler de pommes.

C'est chose délicate que de commencer un article. Afin de remédier à ce frein anti-créatif, j'ai donc décidé de recourir à un artifice aussi grossier qu'efficace, à savoir l'évocation de ce que j'ai dans les oreilles. Pas la cérumen, n'en déplaisent aux biologistes en herbe qui n'eurent pas manquer d'en tirer de brillantes analyses, mais la musique qui s'écoule de mon accessoire pour cadre urbain, terne, gris et décoré de deux écouteurs blancs.

En l'occurence, il s'agit de la chanson du vent, et ne prenez pas ça pour une injonction péremptoire même si l'envie de me manque pas de vous envoyer mâcher des algues sur une plage costaricaine, par pure misanthropie. Non que je sois réellement misanthrope, mais on se fait les armures qu'on peut contre la niaiserie, la banalité, et le regard scrutateur des cyber-voyeurs que vous ne manquez pas d'être dès lors qu'on soulève un bout d'étoffe pour dévoiler un pan de sa personnalité. Arrêtez, je vais rougir, j'ai la pudeur à fleur de poil, et je m'égare. J'écoute donc la chanson du vent, et elle a la gentillesse de me fournir le sujet dont je rêvais, un sujet à la hauteur des ambitions encyclopédiques et culturelles de ce blog : le tuba.

Les tubas constituent une sous-famille des cuivres, au même titre que les trompettes, les casseroles et les bobines dont on fait de palpitantes expériences, telles que générer un palpitant champ magnétique à l'aide d'un courant continu mais néanmoins palpitant, le tout en eructant de vagues références à des physiciens britanniques qui ne nous ont rien fait sinon pondre de palpitants théorèmes et autres règles des trois doigts. Une information très perturbante, d'autant plus que le tuba est souvent fait de laiton.

Le tuba s'exprime d'une voix grave et posée, par de vibrants pom pom pom qui ne sont pas sans rappeler le bruit de fruits chutants sur l'occiput inspiré d'un Isaac assoupi, ou les vocalises d'un élan de centre-gauche.

Le tuba apparait régulièrement derrière les imprécations rauques et poignantes de mains solitaires, ou les pétillances aigre-douces de Thomas frangés : il souligne le discours, il met en valeur ce qu'il soutient. Il est humilité et discrétion, toujours à l'abri d'une lumière qui ne manquerait pas d'accrocher ses rayons chatoyants à ses pistons huilés. On pourrait presque affirmer que le tuba est un pom de l'ombre, mais nous ne sommes pas pour la diffusion de calembours minables quand on parle de choses sérieuses.

Pour modifier la hauteur des sons, comme sur les autres cuivres, le musicien (tubiste) agit sur divers paramètres : tension de l'appareil musculaire facial, quantité et vitesse de l'air expulsé, le tout en coordination avec les différentes combinaisons de doigtés. Toutes ressemblances avec le cracher de noyaux de cerise ou le lancer olympique de postillons seraient pûrement fortuites, les doigts n'ayant chez ces derniers qu'un rôle tout au plus cosmétique, ou alors je ne veux pas savoir.

Il se dégage de son pavillon les effluves nostalgiques d'une époque révolue où il faisait bon être tristes ensemble, à cacher un coeur qui se serre sous les accords festifs d'une fanfare poussièreuse. Quelle que soit la rythmique de son discours, il est ineffable tristesse et joyeuse farandole, sautillante frénésie tout autant que douce mélancolie. Il est des instruments qui savent arracher des larmes d'un coup d'archet, bien plus rares sont ceux qui concilient sans grandiloquence le déhanchement et le sanglot. 

Quelques militaires imbéciles croient anoblir leurs plats appels à la marche forcée en usant contre son gré de ce bel instrument. Comme si l'écrin pouvait relever l'inanité de ce qu'il contient. Il est des obus égarés qui eurent mieux fait d'aller visiter les compositeurs martiaux.

En plus d'être un appel au meurtre mesquin, le tuba se trouve parfois affublé de noms indignes de sa généreuse gravité. Du soubassophone à l'hélicon, on est en droit de se demander ce qui passe exactement par la tête des créateurs du lexique musical. Ce ne sont pas des hémi-cons, en tout cas.

On dit souvent à raison qu'une déclaration d'amour se passe de démonstration surnuméraire, mais je ne puis résister à vous retranscrire, dans la mesure de mes maigres aisances sonores, le chant qui me fît succomber au charme de cet instrument. Attention les yeux.

Pom pom podom pom pom
Pom popopom podom podom
Podom Pom Podom Popopom
Pom podom podom popom. 

Merci. 

16.06.2006

La meilleure défense c'est taggle.

Tu connais l'histoire du con qui dit rien ?

De l'art de plaire aux masses

Quelques esprits chagrins que je maintiendrai dans un confortable anonymat pour garder de saines relations de travail ont, à l'occasion de la renaissance de ce blog, péroré sur son esthétisme spartiate. Pour les citer, avec des pincettes chères à Desproges, "il est chiant à lire ton blog, ya même pas d'images". Loin de moi l'idée de me lancer dans de longues et laborieuses justifications, ou d'expliquer avec pédagogie et patience que le principe d'un blog et le copier-coller de Google Image ne sont pas forcément synonymes, reste que cette remarque me plonge dans des abîmes de perplexité. 

Parce que c'est vrai, moi j'écris pour écrire, et même si j'ai la politesse de m'adresser à mon lecteur à la deuxième personne du pluriel, je fais assez peu de cas de ses envies ou de ses goûts, partant du principe que c'est MON espace d'expression et que si t'es pas content tu peux toujours aller sucer des cailloux à Trinidad et Tobago. Et au delà du bien que cela pourrait faire à l'activité touristique de nos amis trinidadéens, je me demande si ce principe est bien raisonnable. 

Un artiste qui n'a pas de succès vous dira que l'art n'est pas fait pour plaire. Qu'il ne souffre pas de compromis, qu'il est riche de son essence, pas de la vision qu'en ont les autres - souvent de gros ignares vulgaires, hein, faut bien expliquer son échec sans trop se remettre en cause. Je ne me sens déjà pas l'âme d'un artiste, alors celle d'un artiste maudit, moins encore. Moi je me sens l'âme d'un collègue sympathique et dévoué qui se met en quatre pour satisfaire aux exigences de ses pairs, si basses de plafond soient-elles.

Ainsi, parce que j'ai le coeur sur la main et qu'il a le malheur de faire un gateau au chocolat auquel je ne suis pas encore prêt à renoncer, je m'en vais faire plaisir à l'importun.

Si je n'avais pas de scrupules à paraphraser un auteur aussi mauvais que Franck Dubosc, je dirais "pour toi, public"

 

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15.06.2006

Vrac

Il faut que j'arrête de prendre des photos floues de lampadaires lorsque je remonte ma rue après minuit.

C'est en forgeant qu'on devient forgeron mais me pèse une enclume dont je ne sais que faire. 

Julian Casablancas chante avec un à-propos sidérant pour un mannequin Converse©.

Ta gueule Olaf. 

Bailler, soupirer et sursauter lorsque la porte s'ouvre, ce n'est pas une vie. Et Dieu créa la...ok, j'arrête avec ça aussi.

(a+b)² = a² + 2ab + b² .  Parce qu'il est important de souligner les identités remarquables, même sans leur accord.

Tu sais où tu peux te la mettre ta tenue de cocktail ?

Damn damn damn damn.

Ta gueule Olaf.

Ma psyché est un bordel sans nom, il va falloir que je lui en trouve un.

Reproduire un schéma douloureux, c'est de la persévérance, de la bêtise, ou Obiwan Kenobi ?

Si les mots piteux et utopie partagent autant de lettres, on peut légitimement supposer que ce n'est pas un hasard.

And I don't write better when I'm stuck to the ground.

 

 

Etat gris pâle

Je lutte en permanence, et depuis au moins 2 minutes, contre mes vélléités pontifiantes d'emphase métaphysico-péremptoires. J'ai une envie folle de pondre un pavé boursouflé de grandes tirades sur la vie qui est décidément bien complexe, l'esprit qui est décidément bien con tout court, et le rapport à son prochain qui ne manque pas de mobiliser le second alors que bon, il est con, on l'a déjà dit. MAIS, parce que j'ai encore un peu de compassion polie pour les yeux fragiles et conciliants qui s'aventurent ici, je préfère parler légèrement de choses légères que gravement de choses graves. Grave.

Ainsi, j'aimerais attirer votre attention sur  un drame banal et néanmoins cruel : il fait gris. Outre que cela augure de quelques averses peu souhaitables, cette nouvelle donne météorologique pose quelques problèmes d'ordre esthétique. En effet, La Défense sous un ciel bleu et hyperbolique et vice et versa, c'est supportable, à quelques frustrations estivales près. Mais La Défense sous la grisaille, c'est à se pendre. Les bâtiments sont ternes, les gens sont ternes, alors si le ciel s'y met, c'est plus qu'un appel à la mélancolie déprimée. Et quand en plus, en ces temps glorieux de Coupe du Monde, l'affiche de l'après-midi est un réjouissant Equateur - Costa-Rica, on se prend à penser qu'on serait mieux ailleurs, et loin. Ou à attendre l'étincelle qui nous regonfle de l'intérieur. Ne le dites à personne, mais j'ai appris dernièrement qu'elle se fait moins rare qu'on ne le croit.

Finissons par une édifiante citation de Monsieur Jean-René Voltaire :

"Qu'on soit gris ou grisé, l'important c'est de ne point la conclusion bâcler." 

14.06.2006

Oui mais pourquoi ?

Annoncer avec fracas son réjouissant (sisi, ça me réjouit, moi, et ça suffit d'ailleurs) retour chez les cyber-tartineurs de tranches de vie, c'est bien. C'est bien, mais on se doute que l'annonce précède quelque chose de plus consistant, un peu comme l'entrée précède le plat de résistance, et ce sera ma dernière comparaison gastronomique, n'abusons pas des bonnes choses. 

Ce quelque chose de plus consistant, ça pourrait être le récit de ma journée d'hier, quelques considérations footballistiques, un commentaire composé sur l'apport de Midnight Club 3 dans ma vie de jeune cadre ludophile, ou la politique déliquescente de notre très chère nation. Ca viendra peut-être, mais pour l'instant j'ai plutôt envie de contredire mon post précédent et de vous expliquer les raisons de ce retour. Pas les vraies, certes, parce que j'ai déjà du mal à les accepter, alors vous les soumettre, vous pouvez toujours vous toucher, mais des raisons quand même.

Petit tas : Muscler son cerveau

Le docteur Kawashima est un célèbre neurologue japonais qui a constaté de part ses recherches sur le cerveau qu'il était stimulé par de petits labeurs quotidiens et le recopiage du livret du jeu DS qui en est né n'en fait pas partie alors j'arrête. L'idée, c'est que notre délicieux encéphale a une fâcheuse tendance à s'endormir sur ses lauriers synaptiques si on ne le stimule de manière régulière, récurrente et..heu..c'est déjà pas mal. Compter sur ses doigts, ses poils de bras ou le nombre de fois où son collègue de bureau renifle permet donc de se muscler la tête. Lire trois pages de Victor Hugo ou 5 mois de Public, pareil. Ecrire, pareil, en plus fun. Donc voilà, vous m'avez compris, si je m'exhibe textuellement, ce n'est pas par goût, c'est pour faire rajeunir mes neurones. Je vous tiendrai évidemment au courant de mes merveilleuses avancées dans le domaine.

Petit bée : Expurger

C'est un joli mot, "expurger". Sans grand sens si on ne précise pas ce qu'on expurge, mais vous constaterez bien vite que le sens n'est pas mon souci principal. Ou plutôt, que vous sachiez interpreter mes propos m'est égal comme j'aurais bien du mal à l'exprimer par une comparaison habile et sophistiquée. J'expurge, donc, j'évacue, à mots couverts voire enfouis. Ce n'est pas très satisfaisant, mais ça me suffit en l'état actuel des choses. Oui, j'expurge aussi beaucoup de formules creuses, je ne vous oblige pas à lire, hein, bon.

Petit sait :  Réécrire

Ma vie est dans une phase de stagnation, professionnelle en tout cas, et la routine guette toujours avec voracité le petit cadre ingénu et terne. Il n'est pas évident d'en prendre conscience, d'autant moins quand on a la triste faculté de se contenter de ce qu'on a en toutes circonstances. Mais un sympathique voyage dans un RER suant et bondé m'a ouvert les yeux : il me faut un minimum de stimulation, sinon je vais me vomir. Comme la piscine c'est fatiguant, comme la guitare c'est long, je retourne donc au stade du tripotage  de syllabes. Pas dit que ça me satisfasse longtemps, mais je n'ai pas grand chose à perdre. Et puis j'aime bien donner du "vous" à un interlocuteur aussi intangible qu'inexistant. Kikoo.

 

A part ça, rien. 

Back and forth

Le blog qui renaît de ses cendres, pour maintes raisons qu'on n'exposera pas tant elles sont banales et attendues, est un grand classique.

 Et j'ai beaucoup de mal à accepter sans contrariété de tomber dans le lieu commun, mais je dois m'y résigner.

Alors je m'y résigne. Pfiou. 

19.12.2005

Le retour à la mère (et pas que)

Voilà désormais deux semaines que je traine à nouveau mes guêtres du coté d'Aubervilliers, cette charmante bourgade où l'on promène son mal-être et son pitbull sous casquettes, bandanas, et grimaces patibulaires (ou voulues comme telles). Le changement d'environnement est un peu déroutant, que de passer des lignes de basses maisons londoniennes aux déprimantes et grises barres HLM d'une Seine-Saint-Denis moins sexy que jamais. Mais ce que je perds en réjouissance visuelle, je le gagne en vie sociale.

Je revoie des têtes trop longtemps lointaines. Je re-goute aux joies des jeux vidéo à plusieurs, de l'ivresse légère et partagée, des repas qui s'étendent jusqu'au dernier métro. J'apprécie à nouveau les charmes parisiens, sarthois, normands. Et je n'ai plus le temps d'écrire ici, ce qui n'est pas pour me déplaire.

 Mais quelques envies fugaces me rappellent qu'écrire est un plaisir et pas une simple occupation. Alors ça va revenir.

 Si, promis. Mais en attendant cassez-vous, et allez lire du Pierre Bordage.

 

18.11.2005

Ce weekend

Bruxelles, ses frites, son atomium, son palais royal, son musee de la Bande-Dessinee.

Bruxelles, ses petites rues tortueuses, ses grandes avenues rectilignes, ses belles places ombragees, ses marches.

Bruxelles, sa population cosmopolite, ses deux langues officielles, son accent rigolo.

Tout ca, je ne le verrai pas.

Par contre ses caves, ses goths, ses verres en plastique, sa musique bizarre, ses etiquettes, ses gens bourres, attention, me voila !

17.11.2005

Revue depressive

International :

Le ministre anglais des Affaires Etrangeres, Jack Straw, a admis ce matin l'utilisation d'armes au phosphore blanc par les forces britanniques en Irak, réagissant ainsi au meme aveu de la part du Pentagone, cela quelques jours apres l'avoir ferocement nié. Bien sur, ces armes ne visait pas les civils et ne vont donc pas a l'encontre des accords internationaux sur l'usage des armes chimiques. Certains soulignent cependant qu'en l'état, américains et britanniques ont unilatéralement entrepris un conflit armé dans le but de prevenir l'utilisation d'armes chimiques et de destruction massive, en utilisant eux memes des armes chimiques et de destruction massive. Ce ne sont plus des couleuvres, c'est le monstre du Loch Ness.

France :

Nicolas Sarkozy est au plus haut dans les sondages. Comme quoi brasser du vent et montrer les dents, ca paie plus que de refléchir. L'homme est un loup pour l'homme, mais plus souvent encore c'est un mouton.

Economie :

Les Etats-Unis, toujours a la pointe en terme d'oecuménisme, gardent le controle des noms de domaine Internet, et ce malgré la pression de tres nombreux pays a travers le monde qui militaient pour que ce controle soit dévolu a l'ONU. Motif avancé : on ne peut pas prendre le risque de voir des dictatures exercer une injuste censure sur les sites dissidents. L'axe du mal a tellement bon dos qu'il va finir par se choper un lumbago.

Culture :

NRJ est toujours la radio la plus ecoutée en France. Des animateurs monosyllabiques, une programmation musicale quantitativement rachitique et qualitativement gerbante, une pub par minute en moyenne, et un traitement de l'actualité a mi-chemin entre le 13h de Jean-Pierre Pernaud et M6 Kid. Ne reste plus qu'a esperer que l'echantillon interrogé par les sondeurs était en rééducation au sein du departement audio-prothesiste de la Pitié-Salpetriere.

People :

La cérémonie d'intronisation du prince Albert II de Monaco qui se tient ces trois prochains jours donne lieu a moult hommages de la part du gratin international, et bénéficie d'une couverture médiatique a faire vomir un gamin du Darfour s'il avait encore quelque chose a regurgiter. Il est vrai qu'il est plus chatoyant de louer les graces d'un roitelet en bobsleigh que d'évoquer le manque de tenue de ces affamés africains qui n'ont meme pas la décence de cacher leurs cotes saillantes sous une djellabah. Et puis l'evasion fiscale interesse moins "les gens" que les amours torturés d'une analphabete au sang bleuatre. Désolé Pierre, la Bastille n'est plus qu'un opéra.

 Sport :

Au sortir d'une rencontre de barrages houleuse pour la Coupe du Monde de football 2006 opposant Suisse et Turquie a Istanbul, les joueurs helvetes ont été pris a parti (euphémisme) par des joueurs turcs fous de rage, soutenus par un service de sécurité moins attaché a la faire respecter qu'a venger l'honneur de son pays a coups de pied. Bilan : un joueur suisse gravement touché a l'uretre, deux autres ainsi que l'entraineur des gardiens légerement blessés, et une condamnation sublime de determination par le président de la FIFA : "Nous pouvons aller jusqu'a leur interdire les éliminatoires de la Coupe du Monde 2010". Difficile de déterminer ce qui est le plus triste entre la violence imbécile des crétins du Bosphore, la pusillanimité de dirigeants pleutres et irresponsables, et les réactions xenophobo-malhonnetes des opposants a l'entrée de la Turquie dans l'Europe. Une chose est sure, messieurs, vous rendez service au football.

 

A part ca, la vie est belle, et le soleil a meme le bon gout de briller sur un Londres matinal.

15.11.2005

Maintenant qu il fait tout le temps nuit sur toi

Hier j'ai lu, quasiment d'une traite, le bouquin de Mathias Malzieu Maintenant qu'il fait tout le temps nuit sur toi. Plus connu (pour l'instant) comme chanteur du groupe Dionysos, ce monsieur avait deja fait parler sa plume pour un recueil d'histoires fantastiques destinees aux enfants, 38 mini westerns. Mais ici, et meme si l'on retrouve le ton fantastique et loufoque de son precedent ouvrage et de ses chansons, ce n'est plus pour les enfants. Bien sur, ceux-ci pourront aimer l'histoire de ce heros auquel un geant bienveillant offre une ombre magique, mais la richesse de ce livre n'est pas la. Non, elle est dans la douleur qui suinte des pages de ce livre, dans ce desespoir sourd qui tord le heros parce que sa mere est morte, parce que sa mere n'est plus la, parce qu'il ne peut s'habituer au vide et aux ombres qu'elle laisse derriere elle, a sa place.

L'histoire commence a 19h30, heure a laquelle la mere de Mathias s'eteint a l'hopital de Valence. Alors qu'il attend sur le parking son pere et sa soeur qui sont partis chercher des habits pour la morte, terrasse par un deuil impossible,  Giant Jack lui apparait. Geant fantasque mais vite sympathique, il confie au heros un bout de son ombre, censee l'aider a surmonter l'epreuve, et a le preparer a la vie avec ce vide et cette douleur. Le livre raconte la complicite du heros et de ce geant, et les aventures de Mathias avec ce nouvel accessoire.

Mais le but de l'ouvrage n'est pas la, il ne s'agit pas simplement d'un delire mi-pueril mi-macabre issu d'un esprit loufoque. C'est une catharsis, un exutoire, un travail de deuil par la plume plutot que par les larmes. C'est pudique, c'est terriblement touchant, et c'est ecrit avec le rythme saccade de celui qui hesite entre le sanglot et l'eclat de rire.

Au risque de tomber dans le poncif, on aime ou on n'aime pas l'univers de Dionysos (qui transparait evidemment beaucoup dans ce livre). Mais si l'on s'habitue a l'imaginaire du chanteur, et a son ton ni tout a fait grave, ni tout a fait leger, on ne peut qu'etre touche par un propos qui parle a tous. Qu'on ait vecu un deuil de pres, ou de plus loin, il est des sentiments qui sentent l'authencitite a un tel point qu'on se les approprie, qu'on les ressent a son tour, et qu'on exorcise un peu, au fur et a mesure que Mathias apprend a domestiquer sa douleur, les epreuves qu'on a soi meme vecu.

Conseil de lecture : Immergez vous dans une musique triste et douce, ca decuple l'emotion de ce livre (au hasard, le dernier album de Sigur Ros).

En plus : Cette lecture eclaire d'un jour forcement nouveau le dernier album de Dionysos, Monsters in Love, qui reprend un certain nombre d'images et de situations issues du livre.

 

10.11.2005

Dehontologie Journalethique

C'est le bordel. C'est la chienlit. C'est une insurrection, une revolte, un scandale, une atteinte aux valeurs les plus sacrees de la Republique, de la democratie. C'est l'echec du gouvernement, c'est  la faute des arabes, c'est une aubaine pour l'industrie automobile.

On ne tarit ni de periphrases ni de superlatifs pour evoquer les recents evenements qui secouent la banlieue parisienne depuis plus d'une semaine. Ma vision des evenements comme de leur analyse n'est que parcellaire, mais leur couverture mediatique ne manque pas d'aneantir le peu de respect qu'il  me restait pour les medias en general et la television en particulier. Je vais donc a mon tour me glisser dans la peau de ces journalistes affligeants, de ces scribouillards sans deontologie, sans ethique, qui mettent leur plume neurasthenique au service des interets de leurs amis politiques, de leurs actionnaires, ou de leur simple incompetence crasse.

Je suis bien evidemment conscient que cette demonstration/denonciation n'est pas exempt de poujadisme et de malhonnete intellectuelle, mais chacun son tour.

 

PREMIERE TENTATIVE : 10/11/2005, Le Figaro, "Paris brule-t-il ?"

Credo : On sert la soupe, on fait des raccourcis puants et on n'analyse surtout pas.

 

Voila bientot deux semaines que le Nord de la banlieue parisienne est soumis au chaos, chaque nuit etant l'occasion pour des bandes de jeunes de plus en plus organisees d'incendier des vehicules et de devaster des equipements publics pourtant mis a leur disposition par l'Etat. Le dernier bilan effectue par une police nationale debordee faisait etat de plus de 8000 vehicules brules, un compte qu'il faut probablement majorer etant donne l'accessibilite toute relative de ces zones de non-droit ou les pompiers sont accueillis par des jets de pierre et des insultes de la part des populations locales, essentiellement issues de l'immigration maghrebine. Nicolas Sarkozy, present a Clichy-sous-bois, epicentre de cette catastrophe democratique, a souligne que "le courage et la determination du gouvernement viendraient a bout de toute resistance anti-democratique", ajoutant que la precarite etait "un drame social contre lequel le gouvernement lutte avec vigueur, mais qui ne justifie en rien l'insoumission aux regles de la Republique et a ses representants policiers, pompiers, et militaires qui oeuvrent pour le salut des honnetes gens". Le ministre de l'Interieur est egalement revenu sur les incidents de La Courneuve qui ont coute la vie a 3 personnes agees, presumement molestees pour avoir voulu arreter des casseurs qui s'appretaient a devaster une maison de retraite. "Il est du devoir d'un Etat fort", a affirme Mr Sarkozy, "de poursuivre avec abnegation et de chatier severement les personnes se rendant coupable de telles ignominies. Le respect est une valeur qu'incarne ce gouvernement, et tout individu l'ignorant doit savoir qu'il fait face a une nation soudee, unie contre ces actes insenses". Interroge sur la loi sur l'immigration qui se discute actuellement dans l'hemicycle, le ministre de l'interieur n'a en revanche pas souhaite s'exprimer. Cette loi devrait permettre de limiter l'arrivee des familles immigrees sans ressources qui viennent s'amasser dans les ghettos urbains du nord de l'agglomeration parisienne, ou l'insecurite fait rage depuis des annees. Elle permettra egalement au Gouvernement de proceder a des incarcerations prolongees de personnes issues de l'immigration soupconnees d'avoir participe aux violences de ces dernieres semaines, de nombreux analystes ayant lie l'embrasement des banlieues a la fin du Ramadan, la premiere nuit d'emeute coincidant meme avec l'Aid-El-Kebir. Au gouvernement desormais de tracer une ligne claire quant a sa politique sur l'immigration, l'integration des nouvelles generations etant plus que jamais remise en question. Reste a savoir pour finir si l'etat d'urgence decrete par le ministere de l'Interieur dans les departements les plus touches (Seine-Saint-Denis, Val-de-Marne, Essone) ramenera le calme dans une region terriblement sinistree.

 

SECONDE TENTATIVE : 10/11/2005, Liberation, "Sarko, la crise"

Credo : On utilise les faits pour regler ses querelles de clocher, a grand renfort de vibratos demagos. L'analyse est inutile, de toute facon c'est la faute des autres, et elever le debat ne pourrait que nous priver de batons pour les battre.

 

Deux semaines. Bientot deux semaines que la  banlieue nord de l'agglomeration parisienne est le theatre, chaque nuit, de longs affrontements entre des bandes de jeunes et une police en sous-effectif. Desemparees, les representants des forces de l'ordre reclament plus de moyens et des consignes plus claires de la part d'un ministere de l'Interieur qui semble preferer les effets d'annonce aux mesures efficaces. Un reflet relativement fidele de la politique gouvernementale de lutte contre l'insecurite dont l'efficacite est chaque jour dementie par les chiffres alarmants de la delinquance, essentiellement dans les quartiers et communes les plus pauvres d'Ile de France. La question est donc posee de la pertinence d'une politique axee sur la repression violente et la limitation de l'immigration aux depens des budgets scolaires et culturels, dont les baisses conjointes ont l'annee derniere provoque la fermeture de plusieurs ecoles et MJC en Seine-Saint-Denis, le departement le plus touche par les evenements. L'absence de prise de position de Dominique de Villepin, relaye sur le terrain par un Nicolas Sarkozy aussi omnipresent que politiquement flou, alimente l'idee que le gouvernement paie ses choix liberaux et son absence d'implication autre que mediatique dans ce probleme de l'insecurite qui avait pourtant amene au pouvoir un Jacques Chirac alors herault de la tolerance zero. Pris a parti par des familles de la cite des 4000, le ministre de l'Interieur a declare vouloir "poursuivre avec abnegation et chatier severement les coupables de telles ignominies", faisant reference aux incidents de mardi soir qui ont coute la vie a 3 personnes agees, aggravant ainsi un bilan qui fait deja etat de plusieurs dizaines de victimes en moins de 15 jours. On retiendra des propos du Super-ministre cette fermete si souvent entendue dans sa bouche, exempt de tout recul quant a la responsabilite du gouvernement depuis 3 ans. Reagissant aux propos de Nicolas Sarkozy, Francois Hollande a violemment remis en cause les choix politiques du leader de l'UMP, evoquant notamment "une politique ultra-liberale beneficiant aux plus riches et qui a contribue a accentuer la pauperisation et la montee de la violence dans les banlieues defavorisees". Le premier secretaire du PS a egalement souligne "l'incroyable irresponsabilite d'un gouvernement qui fait le lit de l'extreme droite en diabolisant une immigration plus victime que coupable". Les accalmies constatees ces dernieres nuits laissent penser que le mouvement se resorbe, mais a l'heure du bilan la situation risque d'etre dramatique pour ces zones deja economiquement precaires. Comme le disait Patrick Braouzec, depute-maire de Saint-Denis, "des annees d'economies de bouts de chandelle dans des domaines aussi vitaux que l'education ou la sante par un gouvernement a la solde des plus puissants ne pouvait qu'embraser la poudriere banlieusarde, reduisant en cendres les efforts des municipalites et de la region pour limiter les injustices sociales subies par ces populations". Une chose est sure, le peuple francais n'est plus dupe de l'inefficacite gouvernementale, les cotes de popularite des membres du gouvernement s'effondrant de concert (moins 10% pour Nicolas Sarkozy, moins 8% pour Dominique de Villepin, moins 6% pour Jacques Chirac). Le PS n'exclut pas un appel a des elections legislatives anticipees.

 

 

TROISIEME TENTATIVE : 11/11/2005, TF1, "Edition Nationale du journal de 20h"

Credo : Il faut du sensationnel et de l'emotion, il faut que le telespectateur compatisse et s'indigne. Il faut Nicolas Sarkozy, aussi.

 

PPDA : Mesdames et messieurs, bonsoir. Alors que la France s'appretait a celebrer les 50ans de l'armistice franco-allemande ayant scelle la fin de la deuxieme guerre mondiale, les violences se sont poursuivies cette nuit dans de nombreuses communes du nord de la region parisienne. Plus de 458 vehicules ont ete incendies par des bandes des cites, portant leur total a plus de 8000 en deux semaines. 53 jeunes, pour la plupart issus de l'immigration, ont ete interpelles par les forces de l'ordre a la Courneuve, ou trois personnes agees ont trouves la mort dans des circonstances dramatiques. Nicolas Sarkozy, le ministre de l'Interieur, s'est rendu sur place pour discuter avec les familles et les policiers. Un reportage de Julien Latrot et Magali Delatanne.

*travelling sur des voitures qui brulent. Des policiers qui essuient des jets de pierre, la camera capturant la fuite de jeunes masques dans leurs echarpes*

Voix du journaliste : La situation etait loin d'etre retablie dans la cite des 4000, a La Courneuve, ou la police continue d'affronter des bandes de jeunes apres une nuit d'emeutes qui a coute la vie a trois personnes agees. Roger Duruc, Jean Costel et Marie-anne Statend s'etaient reuni devant leur maison de retraite situee au bord de la cite, afin de dialoguer avec d'eventuels casseurs. Victimes d'un jet de cocktails Molotov, ils ont ete conduits a l'Hopital de Lariboisiere, mais n'ont pas survecu a leurs blessures. Ici, c'est l'indignation et la colere qui prevalent.

*interview d'une femme, la trentaine passee, en pleurs, entouree de ses proches. Sous titre "Isabelle Costel, fille de Jean Costel"*

Isabelle : "On en a marre ici. On en a marre *sanglots* ! Quel interet de s'en prendre a des innocents ! Mon pere s'entendait tres bien avec tout le monde, il etait meme objecteur de conscience pendant la guerre d'Algerie ! On veut que ca s'arrete, la police doit faire son travail, ils doivent payer pour ce qu'ils ont fait"

Voix du journaliste : Rendu sur place au plus vite, le ministre de l'interieur Nicolas Sarkozy s'est declare choque et aneanti par cet acte gratuit et inhumain. Il s'est entretenu avec les familles des victimes, leur promettant de tout mettre en oeuvre pour que les coupables soient justement chaties.

* plan americain sur Nicolas Sarkozy, l'index dresse face a une foret de micros*

Sarkozy : "Je le declare, et je n'en demordrai pas, le courage et la determination du gouvernement viendront a bout de toute resistance anti-democratique, de toute obstruction a la justice, qui doit s'appliquer en toutes circonstances. Nous vivonsun drame social contre lequel le gouvernement lutte avec vigueur, mais qui ne justifie en rien l'insoumission aux regles de la Republique et a ses representants policiers, pompiers, et militaires qui oeuvrent pour le salut des honnetes gens. Il est du devoir d'un Etat fort de poursuivre avec abnegation et de chatier severement les personnes se rendant coupable de telles ignominies. Le respect est une valeur qu'incarne ce gouvernement, et tout individu l'ignorant doit savoir qu'il fait face a une nation soudee, unie contre ces actes insenses. Tout cela doit cesser, il existe des lois dans ce pays qui s'appliquent a tous et qui SERONT appliquees."

Voix du journaliste : Le premier ministre Dominique de Villepin a quant a lui exprime ses condoleances aux familles, leur assurant que le gouvernement tout entier se mobilisait pour mettre un terme aux emeutes qui secouent la France depuis maintenant deux semaines, mobilisant jour et nuit policiers, pompiers et medecins. Rappelons que la mort de deux jeunes dans un transformateur EDF ont ete le detonateur de cette crise sans precedent qui relance le debat sur la ghettoisation d'une immigration non-controlee. L'Assemblee Nationale debattra d'ailleurs dans la semaine d'une nouvelle loi sur le sujet. Ici, les voitures brulent toujours. Julien Latrot, La courneuve, pour TF1.

08.11.2005

Avertissement tres utile qui n'a rien a voir avec du meublage

Mise a jour imminente.

(vous voyez, ce n'est pas du meublage.)

(en attendant je mets a jour mes listes de trucs vus et entendus, alors hein.)

11.08.2005

Une vie pour un million

Londres, vendredi 18 août 2006. Hatem est en retard, pour changer. Si sa mère ne s’obstinait pas a lui dire qu’elle l’aime a chaque fois qu’il quitte la maison, il ne serait pas en train de dévaler quatre a quatre les marches de la station Clapham Common au risque de se rompre le cou. Quelle idée de partir si tard, n’aurait il pu préparer ses affaires hier soir ? Maintenant Laura et Andrew vont l’attendre, et se moquer gentiment de son incroyable propension à trouver des excuses. C’est pourtant vrai qu’il ne retrouvait plus son couteau suisse ! A l’heure qu’il est ils doivent déjà être en train de charger la voiture avec les bagages et les sacs de couchage pour ce week-end qu’ils attendent depuis des mois. Des mois que, chacun a leur tour, les circonstances les empêchent d’organiser ces trois jours dans la  vieille maison de campagne de la famille de Laura. La dernière fois c’est même lui qui a repousse la date a cause de son concours d’avocat. C’eut été bête de compromettre ses chances d’entrer à l’école de la magistrature de Londres. Mr Delawney, son professeur de droit lui a bien dit que c’était la dernière ligne droite, et que doue comme il était il touchait au but. Comme sa mère était fière quand il lui a annonce les résultats. Hatem Madhjali, fils d’immigres pakistanais, reçu a la prestigieuse London Academy avec la troisième place du concours en prime. Mais pour l’instant, le brillant futur avocat est en retard. Son gros sac de campeur cliquete de partout, pas étonnant vu le bordel, c’est ça de tout préparer a la dernière minute. Les couloirs du  metro défilent à toute vitesse tandis qu’il court vers le quai de la Northern Line. 19h a la sortie de la station Golders Green, lui a dit Andrew. Evidemment, il n’y sera pas, il était déjà 18h quand il est parti de chez lui et c’est presque à l’autre bout de la ligne. Il entend un metro arriver. Avec un peu de chance, s’il attrape celui la il limitera les dégâts. Il accélère encore, laissant derrière lui les dernières publicités pour les comédies musicales du West End, une petite vieille essoufflée, et un groupe de policiers qui surveille la station depuis les attentats du mois dernier. Il y en a d’ailleurs un autre sur le quai, là-bas. Le metro arrive dans un bruit d’enfer. Les policiers semblent s’agiter, et regardent dans sa direction. Lui crient-ils quelque chose ? Mais que fait celui de droite, il..c’est…
La balle l’a cueilli en plein front.
Andrew et Laura ont attendu en vain. Le lendemain, les journaux publiaient les excuses fatiguées du chef de Scotland Yard. « La protection des citoyens britanniques nécessite une vigilance de tous les instants. Une fois de plus nous répétons que ce genre d’incident peut se produire, mais qu’est ce qu’une vie en comparaison des millions que l’on préserve ? ».  La mère d’Hatem, elle, connaît la réponse.

Seminaire de rien

Axa, comme toute entreprise multinationale et tentaculaire, developpe en son sein une mentalite corporate. Ainsi, les organes de communication interne rivalisent de bonnes idees (une tour eiffel en carton, des briques anti-stress avec chacune un mot dessus et qui mises bout-a-bout forment une phrase du type "give confiance to the full to people for life, ou autre apologie vibrante des valeurs de l'entreprise...). J'apprecie tout particulierement la campagne "devenez un Axa hero", pour laquelle sont placardees sur chaque mur des affiches d'hommes serrant le poing ou de femmes marchant d'un bon pas un dossier sous le bras et l'air resolu de celles qui savent que rien n'importe plus que la vie en entreprise. Bref, les efforts consentis pour instaurer dans la boite une mentalite pro-active et impliquee sont nombreux.

Victime collaterale de la volonte de lobotomiser ses employes, j'ai recu hier un mail du boss de mon boss m'annoncant que j'etais cordialement invite a un seminaire dans un luxueux hotel du Derbyshire, au Nord de l'Angleterre. En soi, sortir de Londres deux jours n'est pas pour me deplaire, ma vision du pays etant pour l'instant plus que parcellaire. Mais laissez moi vous donner l'objectif de ces deux jours en compagnie d'autres employes d'AXA Insurance :

The purpose of the Conference is to provide an opportunity for 30 representatives from across Planning & Business Support to come together, meet and exchange ideas on our common vision of “Enabling The Business To Do Business”.

Je cache mal mon enthousiasme a l'idee, deux jours durant, de disserter sur les vertus du middle-management, de gloser sur les ambitions a long terme d'AXA sur le marche des assurances, et a faire des pendus en vocabulaire d'entreprise (anglais, ahah) dans le but de mieux connaitre des gens plus vieux qui n'auront pas plus envie que moi d'etre la.

Il  ne reste plus qu'a esperer que la bouffe sera bonne...

 

08.08.2005

Cinq espèces qu’il faudrait rayer de la surface de la Terre.

1 : Le gamin de moins d’un an.

Il bave. Il ne va pas aux toilettes quand il a besoin de faire pipi ou caca, et il ne s’en excuse même pas. Il agite ses membres de manière désordonnée, comme un pantin grotesque manipulé par un marionnettiste bourré. Il a les yeux globuleux, et soit trop de cheveux soit pas assez. Sa conversation manque d’intérêt. Il pleure pour des conneries, comme par exemple quand il a faim.

2 : Le gamin de 5 ans.

Il parle fort pour montrer qu’il sait parler. Il court partout pour montrer qu’il sait marcher. Il vient vous parler même quand vous ne le connaissez pas, parce qu’il aime bien la couleur de votre pull. Il pose des questions  comme « Ca sert à quoi le parterre ? ». Il ne chante pas très bien, et des chansons idiotes. Il croit que le père Noël existe. On est obligé de les regarder d’un air attendri lorsqu’ils vous agrippent le sac à dos pour voir ce qu’il y a dedans. Il pleure pour des conneries, comme par exemple quand il se cogne le genou.

3 : Le gamin de 10 ans.

En famille, il est gluant de remarquable fierté bêcheuse, finissant un maximum de phrases par « hein pas vrai ? » pour chercher l’approbation d’une figure tutélaire omnisciente et le rassurer dans sa connaissance naissante du monde. « Hey, Papa, les tomates c’est pas des légumes c’est des fruits hein pas vrai ? »

En groupe, il vit les débuts du comportement grégaire : il parle fort, il fait le malin, il ricane, il prononce les gros mots avec maladresse, pas encore affranchi de la morale parentale. Il lui manque des dents, ou il a un appareil dentaire. Il pleure pour des conneries, par exemple quand son copain lui pique sa Game-Boy.

4 : Le gamin de 15 ans.

Il sait tout. Il est persuadé que vous n’y connaissez rien et qu’il souffre comme vous n’avez jamais souffert. Il bourgeonne à tout point de vue, et en est fier. Il se retranche dans des convictions opaques pour se démarquer de son entourage et s’en créer un nouveau. Il cherche à choquer et en cela il fait comme tout ceux de son âge. Il a un skyblog. Il fume, il se drogue, il érige le vice en style de vie. Ou en tout cas il le voudrait. Il pleure pour des conneries,  comme par exemple quand Vanessa Granger lui dit qu’il est trop moche pour sortir avec elle.

5 : L’adulte.

Il est mature. Il observe avec recul et distance ses congénères moins experimentés, et en parle parfois sur son blog. Il sait ce qu’il veut dans la vie, et comment l’obtenir. Il est posé, sarcastique et cultivé, mais le tait modestement. Il peste contre la société de consommation et le réchauffement global avant de prendre sa voiture pour aller au supermarché. Il se dit que ses meilleures années sont derrière lui. Il ne pleure plus, il a passé l’age.

Cinq choses que j’aime alors que je ne devrais pas

1 : Manger des pâtes.

Repas de base de l’étudiant ou du jeune célibataire, il est de bon ton de finir par en avoir assez.

2 : Jouer aux jeux vidéo.

Les jeux vidéo abrutissent et noircissent l’âme de la jeunesse. Les jeux vidéo sont un loisir puéril et dispendieux. C’est une activité asociale.

3 : Aimer le football.

Le football est un sport décérébré, où pullulent les beaufs et les brutes épaisses. Le football est populaire, donc indigne. Parler de football sans le pratiquer régulièrement est l’apanage des fainéants.

4 : Rester secret.

Ne pas parler de soi c’est avoir quelque chose à cacher. Les vraies relations se fondent sur la franchise et le dévoilement. C’est au mieux un manque de confiance en son interlocuteur, au pire une façon de se rendre intéressant.

5 : Les chats.

Le chat est vil. Le chat est calculateur, et vous aime pour ce que vous lui apportez plus que pour ce que vous êtes. Le miaulement du chat est vibrant d’hypocrisie, et il pratique le chantage affectif. Le chat ne remplit aucun rôle dans une société moderne dépourvue de souris baladeuses. Le chat ne va pas au travail en costume.

Cinq choses que je fais alors que je n’en ai pas envie.

1 : Me lever le matin.

Alternatives : me lever le soir, être paraplégique, mourir dans la nuit, être un chat.

 

2 : Mettre un costume pour aller au travail.

Alternatives : aller au travail en maillot du PSG, aller au travail tout nu, ne pas aller au travail, être un chat.

 

3 : Passer des coups de téléphone.

Alternatives : utiliser des pigeons voyageurs, être télépathe, vivre en plein milieu du Pacifique, être un chat.

 

4 : Discuter avec des gens qui ne m’intéressent pas.

Alternatives : être autiste (plus que maintenant, je veux dire), habiter au pole Nord, revoir mes exigences à la baisse, être un chat.

 

5 : Parler d’argent.

Alternatives : être riche, avoir 2 ans, rétablir le troc, être un chat.

03.08.2005

Toxicomanie.com

Etant, comme promis initialement, passe par a peu près tous les lieux communs inhérents aux blogs (indignation politique, étalage de vie palpitante, critique de trucs que j’aime trop que faut que tu les aimes aussi lecteur), il me reste un passage obligé : l’analyse, sourcils froncés et recul discutable en bandoulière, de ma relation au web. Allons y donc gaiement.

Ce qui me pousse a l’écriture de ce post est un évènement somme toute banal, que tout employé a vécu un jour ou l’autre : la connexion web au boulot merde. Rien de grave, jusqu'à ce que ma commande de billets d’Eurostar se perde dans les limbes du Timeout juste APRES que j’ai entré mes informations de paiement. C’est énervant, surtout que voila, c’est urgent, et puis le prix augmente quand on s’approche de la date du voyage, donc attendre 48h pour savoir si la commande est passée oui ou glop, eh bah c’est pas cool. Non, pas du tout cool.

Une petite frustration du quotidien, comme il en arrive de temps en temps, et que le sage prend avec distance et flegme, en tachant de penser a autre chose (comme la nouvelle saison de foot, par exemple). Alors pourquoi cette situation provoque-t-elle en moi un tel afflux de haine ? Pourquoi me retrouve-je la bave aux lèvres, a souhaiter que les administrateurs réseaux d’AXA se vident de leurs tripes dans d’atroces râles d’agonie ? Pourquoi en viens-je à mordre mon bloc note pour ne pas hurler de rage ? Bonnes questions, me dis-je en connaisseur.

Le fait est que le web est devenu au fil des ans, et surtout au fil des heures passées devant un ordinateur, un outil indispensable, un luxe communicationnel dont je suis incapable de me passer. Qu’il faiblisse, qu’il hoquette, et mon humeur fait de même. Je me targue pourtant, avec un brin d’arrogance, de savoir m’arrêter. D’avoir une vie a coté. Certes. C’est comme avoir une vie a coté des transports en commun quand on n’a pas de voiture : c’est cool mais ça fait une belle jambe. Le fait est qu’Internet est devenu trop précieux pour que son accès soit soumis a d’autres volontés que la mienne. D’où mes réactions démesurées, amplifiées par le sentiment d’impuissance.

Bref, et pour conclure sur une note culture, Damon Albarn disait dans la chanson Coffee and TV :
Do you feel like a chainstore ?
Practically floored
One of many zeros
Kicked around bored


Moui, aucun rapport, je sais.

02.08.2005

Plaidoyer pour un sorcier

Il a été dit énormément de choses sur la série des Harry Potter. Chef d'oeuvre de la littérature contemporaine pour les uns, symbole de la blockbusterisation du marché du livre pour les autres, l'hexalogie (pour l'instant) de J.K. Rowling fait en tout cas couler beaucoup d'encre, a commencer par le sien. 6 tomes, au nombre de pages croissant pour culminer aux alentours de 800 cette année, c'est de la lecture. Et pourtant si peu...

Il faut savoir que le fan moyen dévore un tome d’Harry Potter avec un enthousiasme proche de la frénésie. Et la langue anglaise n’est même plus un obstacle pour la majorité d’entre eux, la faute a un processus de traduction bien trop long qui prolonge insupportablement l’attente. Une attente qui croit inexorablement a chaque épisode : si la fin du premier tome laissait place a une curiosité amusée pour la suite, la fin du cinquième laisse le fan la bave aux lèvres, répétant comme un mantra « bordel, encore plus d’un an a attendre ». Et le sixième promet, si l’on en croit les quelques affamés qui l’ont déjà dévoré, une attente encore plus difficile. D’où vient un tel attachement, une telle dépendance a ce roman ? Difficile d’analyser les raisons de ce succès, la littérature n’est pas une science exacte. Néanmoins quelques éléments peuvent nous servir de pistes.

Premièrement, l’univers. La romancière anglaise a construit, au fur et a mesure des tomes, un monde mi-réel mi-fantaisiste, peuplés de personnages charismatiques, surfant a la fois sur une imagination débordante et sur les stéréotypes les plus courants du roman « enfantin » (un terme a prendre avec des pincettes tant la série s’éloigne, dans les derniers tomes, du ton « gentillet » des débuts) : les clichés de la vilaine famille adoptive, du géant amical, ou du méchant garçon rival ne viennent jamais plomber le récit. D’abord parce que l’aventure ne laisse pas le temps d’approfondir leur manque de relief initial. Mais surtout parce que chaque tome les rend plus complexes, plus fouillés. Ajoutez a cela un vocabulaire et des noms pittoresques, vous obtenez un background solide pour y inscrire une histoire, une vraie.

Le deuxième aspect séduisant des Harry Potter est assurément leur rythme : effréné. Les rebondissements sont légions, les pages se dévorent, et le style fluide et léger de Rowling accélère encore le processus. Son talent est d’ailleurs essentiellement fonde sur cette capacité a nous tenir en haleine, a vibrer avec son héros. L’identification quasi immédiate nous entraîne à sa suite de Privet Drive à Hogwarts, des terrains de Quiddich aux bois des Centaures. On enrage aux brimades qu’il subit, on désespère aux malheurs qui lui tombent dessus, et, corollaire évident, ses succès nous rendent euphoriques. On se surprend bien souvent avec un sourire terriblement niais collé au visage, ou a contrario une boule d’angoisse dans l’estomac. Pour une histoire légère et sans ambition, ça surprend.

Une histoire légère, en apparence. C’est la que repose l’aspect le plus riche de la série. Entamé comme un conte, le récit se densifie, s’intensifie, et se complexifie au fil des tomes. Le postulat de cette évolution : Harry grandit. Il a 10ans lorsque ses aventures débutent. A l’aube du 6eme tome, il en a bientôt 16. Période charnière que la fin de l’enfance, lorsque le héros découvre l’age adulte. Et comme un narrateur qui suivrait l’évolution de son personnage, l’écriture de la romancière suit le mouvement. La candeur des débuts se teinte d’ironie, les difficultés bénignes auxquelles fait face Harry deviennent sordides. Ainsi, un style qui aurait pu devenir lassant devient palpitant du fait de sa constante évolution, vers un ton plus adulte, plus sombre. Au point de se demander comment va finir ce cycle, dans le bonheur ou dans le sang.

Harry Potter est chez certains victime de son succès. L’excès de popularité lasse, et nombreux sont ceux qui ne s’y plongent pas par refus du conformisme. C’est une pose qui les prive d’une lecture prenante, plaisante, passionnante peut être, et c’est plutôt dommage. Enfin, si ça les sauve du Da Vinci Code, on ne peut pas les blâmer.

01.08.2005

C'est un ordre.

Virginie, VA acheter le dernier Harry Potter. C'est pour ton bien.

(l'argumentaire viendra, promis.)

19.07.2005

La vie de bureau

Travailler, ce n'est pas seulement s'asseoir devant son ordinateur tous les jours ouvres pour lire ses mails en attendant que son café refroidisse. Non, c'est aussi partager son espace vital avec des gens. Pire, avec des gens que l'on ne choisit pas. Et comme tout être humain est par essence xénophobe et vil, la reaction première que déclenche cette situation, c'est la médisance. Donc je vais médire. Et pour cela lister les différents types d'individus qui composent ce charmant sixième étage du 1, Aldgate.

Les ricaneuses.

Tout open-space ne peut décemment se passer d'une ou deux boites à rire sur pattes, qui meublent avec élégance et discretion l'espace sonore de tout un chacun. Ainsi, sont installées cote à cote deux charmantes dames, entre 30 et 40 ans, qui sont régulièrement prises d'une frénésie ricanante. Qu'entends-je par "frénésie ricanante" ? Eh bien il s'agit d'une phase où l'individu réagit au moindre stimuli verbal extérieur par un "ah ah ah" ou "hi hi hi". Il est important de noter que la réaction doit être systématiquement sur le MEME ton, pour exercer tout son potentiel néfaste sur la concentration des collègues. Cela donne, dans les faits, un son "rire" identique toutes les, allez, deux minutes. Mais là où ces dames sont redoutables, c'est qu'elles sont légèrement décalées. Ainsi le résultat ressemble a "Ahahaha hihi", avec "Ahahah" le rire de l'une et "hihi" le rire de l'autre. Toutes les 5 minutes. Le MEME son. Pendant, genre, 3 heures. A se pendre. Je reflechis donc à une solution pour résoudre le problème. Parmi les choses envisagées, figurent l'ablation de la langue, l'ecoute forcée pendant 24h nonstop de l'intégrale de Patrick Bosso pour définitivement leur flinguer le sens de l'humour, ou le déménagement.

Le gras qui souffle.

Se moquer de son prochain, c'est mal. C'est pas moi qui le dit, c'est la morale, et elle saoule. Donc faisons fi de ce conseil, et abordons le deuxieme spécimen que l'on croise dans l'open space. On l'entend souvent arriver avant de le voir, tant il respire avec une force qui ferait palir un soufflet de forge. Humpfff...HUUUMPFFF...tandis qu'il s'avance de son pas lourd, la lippe pendante et l'oeil éteint. Chaque foulée semble lui coûter un effort démesuré, quantifié par un volume d'air expulsé équivalent à celui d'une soufflerie expérimentale. Bref, il est bruyant, et le bruit est d'autant moins élégant qu'on croit qu'il va baver chaque fois qu'il ouvre la bouche. Cela suffirait à faire de lui une terreur, mais il est en plus affublé d'un défaut d'élocution manifeste, qui le rend incompréhensible du français que je suis mais aussi de TOUS les collègues qu'il peut croiser. L'observation de ses conversations est d'ailleurs édifiante, puisqu'elles sont un exemple fabuleux de dialogue de sourd. "Agneuniegnowibagnoher" "yeah, yeah, i agree". Le pauvre. Et en plus il est technicien informatique. Le pauvre. Y a des clichés qui ont la vie dure.

La harpie téléphonique.

On peut me croire, au vu des premiers paragraphes, asocial et désagréable envers les êtres humains qui partagent mon lieu de travail. C'est faux, je m'efforce d'être souriant et poli. Mais il y en a une avec qui, non, je ne peux pas. Cette dame a le bonheur d'occuper le bureau juste derrière mon dos (nous sommes donc dos à dos), et j'ai mis quelques jours avant de mettre un visage sur la voix que j'entendais. Une voix atroce. Imaginez un croisement entre un tuberculeux enroué et une gamine prépubère à un concert de Saez. Entre une routière testostéronée et un castrat. Sa voix monte dans les aigus rauques, et descend dans de ténébreux abysses dissonants. Mais une voix, c'est une voix, c'est pas sa faute, c'est celle à la cigarette. Le problème c'est qu'il y a le ton, aussi. Elle ne parle pas, elle aboie. Si elle pouvait déchirer le combine avec ses dents, nul doute qu'elle le ferait. J'ai longtemps cru que ce caractère de cochon se limitait à ses échanges téléphoniques (fréquents, et sonorement volumineux) mais non, elle est pareille avec les gens en vrai. Le regard noir, le sourire rare ou froid, la moue hautaine et condescendante. Tenez lui la porte, elle ne vous regardera même pas. L'ascenseur se referme sur une pauvre dame encombrée de papiers, elle attendra, stoïque, que les portes se ferment sans esquisser un geste vers le bouton d'ouverture. C'est un glaçon, un bloc de misanthropie mobile. Je la pousserais bien dans l'escalier. Mais elle prend l'ascenseur.

D'autres specimens mériteraient d'etre décrits, tel le "sympa qui bouffe tout le temps", le "timide qui se marie et que les autres saoulent de questions", ou la "jolie qui le sait et qui se la pète". Mais ceux la manquent de profondeur, et puis faut arreter de se moquer des fois, apres on va en Enfer.

14.07.2005

Fete nationale

(l'accentuation viendra ulterieurement)

Mercredi 14 Juillet. Les drapeaux sont de sortie de l'autre cote du Channel, on se prepare au defile planplan et a l'intervention du looser de la Republique. La patrouille de France affute son kerozene, les anciens combattants lustrent leurs medailles, et Gilbert Montagne est fait chevalier de la Legion d'Honneur sous un soleil tropical.

Pendant ce temps la, Londres continue de compter ses morts. Les bouquets se multiplient devant la station Aldgate, partageant l'espace avec ces photos pathetiques laisses par des gens sans nouvelles de leurs proches. La vie a repris dans la capitale britannique, laissant derriere elle ces evenements tragiques. Les medias eux, en font comme d'habitude des tonnes dans le pathos enrichi en guimauve. L'etudiante de 20ans fauchee dans la fleur de l'age, les orphelins ou les parents effondres, l'injustice de cette mort qui frappe aveuglement les bons citoyens qu'ils etaient. Scotland Yard cherche d'eventuels coupables survivants, le parlement legifere a la hate, et...et quoi ?

Ces evenements sont graves. Edifiants. Que la colere et la compassion, sentiments epidermiques, predominent au premier abord, c'est plus que comprehensible, c'est naturel. Mais j'ai peur que, comme pour NewYork il y a 4ans, comme pour Madrid l'annee derniere, l'Occident n'en retire rien. Les politiques securitaires se renforcent, la condamnation de l'Islam radical s'intensifie, la psychose s'installe. Et quoi ? Rien. Personne ne s'interroge sur les racines de ces attentats, de ce radicalisme. Les theories fumeuses sur le choc des civilisations monopolisent les quelques analystes qui ne se complaisent pas dans l'anti-Benladen basique. Je ne peux resister a l'idee de faire un parallele entre le probleme de la delinquance en france, et essentiellement dans les banlieues, avec cet islamisme meurtrier. L'echelle n'est pas la meme, mais les oeilleres sont du meme acabit : il faut punir, il faut condamner, il faut nettoyer. L'appareil politico-social, dans les deux cas, ne se trouve aucune responsabilite sinon celle de chasser les coupables. Et d'attendre les suivants. Pourquoi ces deux environnements, cites banlieusardes ou pays musulmans, cesseraient brutalement de produire ces germes de haine et de destruction ? Rien ne se resoudra jamais autrement que par un engagement a long terme de la puissance "dominante" (l'Etat/l'Occident) pour transformer ces foyers de ressentiment en lieux d'echange et de discussion. Il est inconcevable que des hommes et des femmes frayant dans l'elite intellectuelle occidentale ne soit pas consciente de cet etat de fait. Il s'agit donc d'une volonte precise, et consciente, de la part des pays developpes, de maintenir leurs interlocuteurs dans une pauvrete sociale ET intellectuelle qui ne peut qu'aider le terrorisme a deployer ses racines veneneuses. Et puis dans terrorisme, il y a terreau. Apres tout, les attentats ne sont que les dommages collateraux d'une politique dont l'Occident sort pour l'instant grand vainqueur.

Et c'est la, encore une fois, que les medias occidentaux font preuve d'une lachete et d'une soumission au pouvoir sans faille. Qui d'autre que les medias pourrait rendre public ce genre de debat ? Qui d'autre pourrait forcer le pouvoir a affronter ses propres mensonges ? Mais il est moins risque, moins polemique, de s'etendre en tirade gluante sur le martyr des attentats, sur la brillante determination des politiques a PUNIR, a ERADIQUER le terrorisme, sur la compassion ou la colere, sans plus d'analyse que celle du quidam moyen. La conscience politique est un element en constante rarefaction, et les journalistes ne sont pas les derniers touches.

11.07.2005

Le jour d'après (pour faire original)

Les événements d’hier sont encore à la une des journaux, à la bouche des journalistes et des politiciens, peut-être même dans les yeux de mon voisin d’en face dans le métro. Un métro qui a recommencé à fonctionner normalement, ou presque, moins de 24h après le drame qui a coûté la vie à 50 personnes et en blessant 700, dernier bilan officiel. Un métro plutôt vide, vue l’heure, mais pas désert, comme si les londoniens voulaient dire aux terroristes, à l’instar de leur premier ministre, « vous avez peut-être le monopole de la terreur, mais ça ne suffira pas, la vie continue malgré vous». Tout le monde se plonge dans l’édition spéciale de Métro, 30 pages de chiffres, de photos, pour dire et rationaliser l’horreur. Les visages sont graves, les regards moins ternes que d’habitude, mais les indices de l’attentat sont rares. La rame file, comme si rien ne s’était passé. La voie synthétique égrène les noms des stations, jusqu'à Bank. La Circle line (touchée par l’explosion d’une rame à Aldgate) est coupée, je parcours donc le kilomètre qui me sépare du bureau à pied. Les gens marchent d’un bon pas vers le cœur de la City, un peu moins nombreux que d’habitude, mais il est tôt, à peine 8h. Un cordon de sécurité interdit le passage plus loin dans la rue. Après consultation de l’agent de police en présence, les environs de la station Aldgate sont condamnés. J’appelle un collègue, « pas la peine de venir, l’accès au bâtiment est interdit. Oui, toute la journée. De rien, bon week-end ». Je repars dans l’autre sens, croisant ces fourmis en costume qui n’auront peut-être pas ma chance, et qui iront travailler à deux pas, la tête probablement pleine de ces cris, de cette fumée, de ce sang, qu’ils ont évité de justesse hier. Je rentre chez moi. Le soleil brille, comme il brillait hier, quand je parcourais les 8 kms qui séparent Aldgate de Clapham, home. Un soleil vif, après la pluie du matin, comme si après avoir pleuré les morts, le ciel passait au autre chose, incitant la multitude fuyant la City à faire de même. Un flot ininterrompu traverse le London Bridge, quelques heures à peine après les explosions. Les bus fonctionnent peu, ou pas. Les voitures de police filent dans le sens inverse, toutes sirènes dehors. Et déjà, on a l’impression que ces évènements sont loin. Je croise des gens qui font leur jogging. D’autres leurs courses. Certains rigolent à l’arret de bus. Bordel, il y a 5h cette ville a été frappée par un attentat meurtrier, et dont la valeur symbolique est inestimable, et ces gens rient. Mais que faire d’autres ? Les gens vivent, oui, les gens continuent à vivre, comme si de rien n’était. Ou plutôt comme si ça ne changeait rien. Et ils ont raison. Le deuil, l’émotion, c’est quelque chose qu’on vit intimement, qui ne doit pas impacter nos vies sociales. Les pleurnicheries politiciennes, les « nous sommes tous londoniens », les minute de silence, ce sont des passages obligés, parce qu’il faut faire comme d’habitude. Mais hors caméra, on continue à faire ce que l’on a à faire. Et qu’est ce que j’ai fait moi, en rentrant ? Rassurer quelques proches inquiets, suivre les derniers bilans, les dernières déclarations. Et puis j’ai pris un bain. Comme d’habitude. J’aimerais dire qu’il avait valeur exceptionnelle, baptême ou purge, mais non. C’était pour me laver. Et c’est peut-être plus beau que la compassion photogénique.

07.07.2005

Ca n'arrive pas qu'aux autres

Difficile de mettre de l'ordre dans ses idées, quand on vit un attentat de l'interieur, ou presque. 7h50, j'arrive a la station Clapham Common. La Northern Line est fermée, les gens sont orientés vers les bus qui passent dans le coin. J'en prends un que je connais et qui me conduit a Sloane Square. Je laisse passer trois métros, blindés, et je monte dans un de la Circle Line, direction ma station habituelle, Aldgate. 8h50. Le métro s'immobilise un peu avant la station Tower Hill (qui précede Aldgate). Un probleme électrique, selon le conducteur. 10 minutes passent. Le metro bouge, jusqu'a Tower Hill. Encore un instant d'hésitation, et on annonce que le métro n'ira pas plus loin. Terminus. Maugréant contre le manque de fiabilité des transports londoniens, et a moitié en retard, je presse le pas vers mon taf. Je passe tout pres de la station Aldgate, entourée de quelques camions de pompiers. Un probleme éléctrique, surement. Je rentre dans le batiment, je prends l'ascenseur, je m'assieds a mon bureau, et je vais voir sur le site de la BBC si c'est bien un probleme éléctrique. Ils disent que oui, "Power Surges".

Cinq minutes plus tard retentissent les haut-parleurs de l'etage. Priere de rester dans le batiment, personne ne rentre personne ne sort. Bizarre pour une panne de courant. Ca commence a bruisser, les gens cherchent a joindre les collegues absents. Infructueusement, le reseau est saturé. On arrive a avoir Kristle. Elle pleure, elle parle trop vite. Ca coupe. Les gens se massent devant les télévisions, ou rafraichissent frenetiquement leur navigateur internet. Les premieres infos tombent. Trois stations ont explosé. Plus un bus, peut etre plus. Une panne de courant qui fait exploser un bus, bof. C'est donc terroriste. Les news le confirme, le décompte des victimes commence. Les gens rassurent leur proche par mail ou par telephone quand ils le peuvent, les rires nerveux se multiplient, les visages fermés aussi.

Personnellement j'ai du mal a réaliser. Un attentat a 100m de mon taf. Le genre de trucs dont on parle a la television, qui choque, mais qui reste si flou, si impersonnel. Et la, je suis dedans, ou presque. Et quand je reflechis aux sentiments que cela me procure, ce n'est pas reluisant : un melange de stress et d'excitation, a l'idee d'etre aux premieres loges. De vivre quelque chose d'important. Je devrais avoir peur, etre inquiet, ou compatissant, au pire blasé, mais pas excité. Le gout du sang, du sensationnel. Je le méprise chez les autres mais j'ai le meme, je ne suis pas mieux.

La journee se déroule, lentement, rythmée par les sonneries des mobiles et les declarations bidons des politiques. Blair s'indigne. Delanoé lache le "nous sommes tous londoniens" de circonstance, les medias tatonnent devant le nombre de morts et l'etendue des dégats. La faim s'installe. On ne peut toujours pas sortir, et bosser, etre concentré, c'est pas facile. Les transports inter-urbains etant tous coupés, je me demande comment je vais rentrer, et finit par conclure que mes pieds sont la solution la plus simple. 8kms sous la pluie youpi. Mais il y en a qui sont tellement plus a plaindre...

01.07.2005

Remarques en vrac Part II

Cela fait quelques temps que j'accumule les constatations sur cette belle terre londonienne mais que la flemme retient ma plume avec vigueur. Il est temps que je me fasse violence. Hop !

- Si vous voulez avoir l'air cool, mais pas trop propre sur vous, dans les rues de Londres, une seule solution : arborer une canette de Red Bull, et la siroter avec l'air satisfait et un brin fier de lui du "ouf qui fait des trucs de ouf". Cette boisson est en vente libre (comme en Belgique, oui les belges), mais je ne l'ai pour l'instant croisée que dans les mains de djeunz lookés skaters ou goths. Peut etre que le cadre dynamique préfère se doper au thé avec un nuage de lait.

- Les londoniens sont de grands enfants, et cela se retrouve jusque dans leurs voitures de police et leurs ambulances. Là où les notres font un bruit somme toute régulier et commun, celles de Londres ont piqué leur séquence sonore aux jouets pour gamin genre pistolet laser qui fait plein de bruits différents. C'est mignon, mais c'est vite insupportable, d'autant plus que le volume est reglé pour faire imploser les tympans de tout piéton trop proche du véhicule.

- Il existe à Londres un des jobs les plus enrichissants qu'il m'ait été donné de voir, j'ai nommé le "teneur de pancartes". En effet, on croise dans les axes fréquentés par les piétons des gens payés pour tenir verticalement un long pieu en bois au bout duquel est fixée une affiche, souvent flechée, indiquant le macdo le plus proche, un bar a cocktails, ou une cordonnerie. Cela remplace avantageusement la distribution de tracts (ça existe aussi à Londres), mais on ne peut s'empêcher de plaindre le pauvre bougre dont le rôle se borne à tenir droit ce machin et à éviter de bailler trop souvent. On peut également se demander pourquoi ils ne remplacent pas ces gens par un simple pied métallique pour tenir la pancarte, mais toujours est il que ca créé des emplois. Des vrais. Des beaux. Des que tu t'accomplis, tu te sublimes dedans. Bien joué les britons.

- J'ai pu constater après inspection detaillée de la machine à café, qu'il existe une discrimination insupportable envers ceux qui n'aiment pas le laid. En effet, il n'existe qu'un seul café qui est servi "black", tous les autres sont affublés de cet atroce "white" qui signifie "avec un nuage de lait", traduisible également par "ne vous inquietez pas ça n'a pas du tout le gout de café". Ayant testé par pur interêt scientifique, et ayant été proche de la nausée de la première à la dernière gorgée, je ne puis que m'indigner devant le traitement atroce que les anglais font subir à leur café d'entreprise. C'est inhumain. Bon par contre j'ai aussi constaté qu'il existe un frigo rempli de canettes (coca sprite fanta) en libre service, et ça c'est bonheur.

- Un terme revient en permanence dans les conversations téléphoniques, dans les salutations, dans les échanges avec les vendeurs de sandwichs,...c'est le mot "cheers". Me refusant par pur orgueil à consulter un dictionnaire ou à demander à un collègue. Donc, j'essaie de déterminer empiriquement la signification de ce mysterieux vocable. Cheers (prononcer tchiiiiiiiiirz) semble se rapprocher d'un "merci", mais également d'un "de rien", d'un "à bientot" et d'un "bordel tu aurais pu me tenir la porte au lieu de me la claquer à la gueule" (mais là je penche pour du second degré. Bref, c'est un mot bordel, et j'espère que d'ici trois mois je saurai m'en servir.

Et pendant ce temps là, il fait à Londres un temps londonien.

25.06.2005

De la popularité du ventilateur

Histoire de changer, l'actualité politique française m'attriste, m'atterre, m'afflige, et tout ces verbes qui expriment le desarroi et l'abattement. Evidemment, je suis loin d'être le seul, et s'en plaindre revient globalement à enfoncer des portes ouvertes. Mais ce blog ne se veut pas qu'informatif, et a aussi vocation à me servir d'exutoire lorsque j'ai besoin de lâcher la pression.

La pression. Il lui plairait ce terme, à Nicolas. C'est positif la pression, ça fait avancer. La pression qu'on subit et dont on s'accomode. La pression qu'on met sur les adversaires pour les pousser à la faute. C'est une hydre tentaculaire la pression. Protéiforme. Elle peut être physique, rhétorique, intellectuelle. Mais dans le cas de Nicolas, la pression est médiatique. Il évolue parmi les journalistes comme un requin au milieu des poissons pilotes. Ils lui servent la soupe avec une bienveillance et une bonne volonté qui frisent l'obséquiosité. Nicolas a un avis sur tout et, ça tombe bien, on le lui demande. Et dès qu'on commence à l'oublier, il suffit de remettre un coup de manivelle dans le moulin à provoc' pour relancer la machine.

Et la machine a été merveilleusement bien relancée, cette semaine. Le meurtre d'un gamin dans la cité des 4000 à La Courneuve, dramatique héritier d'une balle pas forcément si perdue, a été l'occasion de voir resurgir sous les feux des projecteurs Super-Ministre de l'intérieur, déclarations percutantes et auto-satisfaction en bandoulière. Tout est bon pour entretenir son image d'homme efficace et determiné. Et tant pis si pour cela il faut patauger dans la démagogie la plus crasse, et emprunter à la peste brune une partie de son champ sémantique. Nicolas va passer un "coup de karcher" dans cette cité, la "nettoyer". Ne vous inquiétez pas messieurs-dames, la police est là pour chasser les trafiquants, les criminels. Quoi madame, quels prochains ? Caméraman, foutez la moi hors-champ, elle m'emmerde.

Nicolas sait trouver les mots pour que le français le comprenne. Il sait le rassurer, il sait dompter sa peur, sa colère, et s'en faire le héraut. Plus jamais ça, monsieur, plus jamais. L'état français va agir, enfin. Et de prôner la repression, la sanction. La punition. Notre Rambo de Neuilly le claironne, il veut "qu'on rétablisse l'ordre et ensuite seulement qu'on dialogue". Comment ne pas y souscrire, quand on a le nez dans son nombril suant la peur et la méfiance ? Comment se dire que la répression n'éradiquera jamais les racines que seules analyse et préventions peuvent arracher ? Comment déceler derrière le roi des médias l'homme qui parle fort parce qu'il n'a rien à dire ? Qui tape parce qu'il ne sait faire que ça ?

Difficile. D'autant plus que l'oiseau, dont on ne peut qu'admettre l'habilité, sait profiter du silence ou de l'indignement maladroit des autres pour faire le nid de sa propre importance. "Vous voyez, j'ai voulu qu'on agisse, le gouvernement décide d'agir alors les professionnels de la pensée unique, tous ceux qui parlent sans rien faire depuis longtemps, aujourd'hui doivent s'inquiéter parce qu'on a décidé d'agir", dit il. Comprenez "Moi je bosse pour vous, françaises, français, contrairement à ces bouffons qui se gavent de petits fours en parlant Europe et Développement Durable dans les salons aux dorures centenaires", "Moi je ne suis pas comme eux, je suis comme vous". On a du mal à concevoir q'une démagogie si ostentatoire, un populisme si flagrant, puisse passer comme une lettre à la poste. Mais c'est le cas. C'est triste.

C'est triste, mais ce n'est malheureusement qu'une facette de Nicolas. Il y en a une autre. Plus sournoise encore. Nicolas a trouvé son bouc-emissaire pour la mort du gamin : les juges. Ces sales juges qui se cachent derrière leur pouvoir pour en abuser, et qui se trompent impunément. Ces juges laxistes qui mènent la France à la catastrophe. Et quand on rappelle au ministre, numéro 3 de l'executif, que le principe de séparation des pouvoirs est constitutionnel en France, il répond "La loi, il faut la changer". Absolument Nicolas, bien vu. Le pouvoir judiciaire, finalement, on peut s'en passer, s'il ne punit pas autant qu'on le voudrait. Les principes républicains peuvent bien s'effacer, ya un gamin mort là quand même !

Nicolas a donc fait d'une pierre trois coups. S'affirmer plus que jamais comme LE battant, l'homme impliqué et responsable, loin de la chienlit politicienne qui l'entoure. Resensibiliser médias et électeurs sur le thème de la repression policière chère à son coeur, se gardant bien d'évoquer toute solution à long terme. Et enfin, élargir encore un peu plus son influence politique en mettant la pression, cette chère pression, sur les juges, qu'il ne peut pas contrôler. Joli bilan, Nico.

Afin de conclure cet article sur un ton un peu plus ludique, essayons d'imaginer le futur politique de la France, dans la droite (l'extrême droite ?) lignée des évènements de cette semaine.


11/2005 : Les grandes manifestations sociales mettent le gouvernement à genoux. De Villepin demissione. Chirac appelle un socialiste à Matignon pour une enième cohabitation.

05/2007 : Plombé par une gauche divisée, le candidat socialiste Bertrand Delanoë ne passe pas le premier tour de l'éléction présidentielle.

06/2007 : Nicolas Sarkozy triomphe au deuxième tour, et souligne "le désir des français d'une action efficace et immédiate"

01/2008 : Un fait divers atroce bouleverse l'opinion. Dix gamins ont été mutilés par un homme qui revendait leurs organes. Nicolas Sarkozy propose de rétablir la peine de mort pour les meurtres multiples sur mineurs. 75% des français trouvent cette décision courageuse.

03/2008 : La loi est adoptée par la majorité parlementaire, l'opposition n'osant aller à l'encontre des sondages.

09/2008 : Trop de criminels échappent à la peine de mort, finalement rétablie pour tous les homicides volontaires avec préméditation. Nicolas Sarkozy s'en prend aux juges, qu'il juge "trop éloignés de la réalité du terrain".

10/2008 : Les tribunaux sont rattachés aux préfectures de police. Les magistrats descendent dans la rue, mais les médias couvrent peu le mouvement. Le président parle de "feu de paille" au journal de TF1.

03/2009 : Les chiffres parlent d'eux même : la criminalité est en baisse de 15% dans les quartiers sensibles. Nicolas Sarkozy, qui jouit d'une côte de popularité de 80%, annonce que ministère de la justice et de l'intérieur vont être fondus en un seul super-ministère qui dépendra directement du président pour, dit-il, "moins de paperasse et plus d'efficacité au jour le jour et sur le terrain".

07/2009 : La police réprime dans le sang les manifestations visant à protester contre la privatisation de l'éducation nationale supérieure. Nicolas Sarkozy parle de "terrorisme corporatiste, qui confirme que l'éducation doit être laissé aux professionnels, pour que nos enfants ne soient pas endoctrinés". TF1 (rebaptisé France1), France2 et France3, rattachées depuis quelques semaines au ministère de l'interieur, parlent d'"incidents mineurs".

08/2009 : Les leaders de la manifestation sont condamnés à mort, pour "violence en société à des fins terroristes".

10/2009 : Le taux de scolarisation après 16ans tombe à 35%. Le chomage baisse. Nicolas Sarkozy exprime sa "satisfaction de voir la France s'engager sur le chemin du plein emploi".

02/2010 : Nicolas Sarkozy propose de relancer l'idée d'un septennat, afin "d'inscrire l'impulsion donnée par les français dans la durée". Le suffrage n'est plus universel. L'opposition crie au "suffrage censitaire" mais les médias préfèrent s'apesantir sur la capture d'Oussama Ben Laden par l'armée française, présente en Iran depuis le début de la troisième guerre du Golfe.

06/2011 : Un attentat dévaste un étage des 4 Temps à la Défense, faisant 400 morts et des milliers de blessés. Nicolas Sarkozy déclare l'état d'urgence pour mieux contrer la menace terroriste. L'assemblée nationale est dissoute et se constitue un "conseil républicain" nommé par le président. La peine de mort est rétablie pour tous délits la méritant.

07/2011 : Les manifestations anti-arabes se multiplient, l'opposition dénonce "le laisser-faire de la police". Nicolas Sarkozy annonce qu'une commission va être créée afin de mieux enqueter sur les ramifications terroristes en France. Les français sont encouragés à lui rapporter toute activité suspecte détectée dans leur entourage.

...

21.06.2005

C'est la fête à l'auberge.

J'avais déjà brièvement évoqué cet aspect de mon séjour, mais d'un point de vue logement il se décompose en deux périodes : les deux premières semaines dans le centre de Londres (auberge de jeunesse chère, mais bien située), puis le reste des trois mois (deux mois et demi, donc, bien joué !) dans une auberge plus excentrée. Ainsi, lundi 13, je dus apres le travail déménager de ma bonne auberge de Great Portland Street, abandonnant avec tristesse Marcel, mon frigo et ma connexion internet, pour me rendre au Parkside Hotel, situé aux alentours de la station Clapham Common.

Clapham (prononce Klapam, et non Klafam comme la logique le voudrait, mais comment attendre une quelconque logique de la part d'autochtones qui peignent leurs bus en rouge, qui trouvent le cricket palpitant, et qui s'ébahissent devant les chapeaux d'une mamie vaguement royale)) est en réalité un quartier du sud de Londres (Zone 2 niveau transport) qui change complètement de l'environnement bourgeois que j'ai connu précédemment. Les Jaguar et les Porsche sont remplacées par des Ford et des Opel, les écureuils par des pigeons, et John-le-banquier-rasé-de-près par Jim-qui-te-taxe-une-ou-deux-livres-en-sentant-la-biere. Un quartier, pour situer aux parisiens, qui rappelle le 18ème sans les gros blocs immobiliers, ou Bastille sans les bars. Voilà.

L'auberge se situe à 10min à pied de la station de métro, dans une rue qui s'appelle Clapham North Side, et qui se situe entre Clapham High Street, Clapham Road, et Clapham South Side. Très logique, once again, et surtout dur à trouver. Un bus (le 137, ou le 345) relie la station de métro à l'auberge, et ça, quand on le sait, c'est bonheur.

Me voilà donc mettant les pieds dans cette batisse de 5 ou 6 étages, accolée à une grande pelouse pas très belle où des gamins jouent au foot et où des joggers jogguent (étonnant, je sais). J'arrive à la réception, je présente l'impression de mon mail de confirmation. Le monsieur tique, va chercher son chef, me demande 5 fois pour combien de temps j'ai réservé, reconsulte son chef qui enfile ses lunettes (ça devient serieux), me regarde, me tend une clé, m'explique où est la chambre, rigole quand je lui dis qu'il y a peut-être besoin que je paie, prends ma carte, me demande combien de jours je veux payer (puisque j ai le droit de ne pas tout payer d'un coup), me ponctionne 500livres (gargl) sur mon compte, me rend ma carte, me dit au revoir, pouf.

Je prends l'ascenseur, je suis le couloir, jusqu'au bout tout au bout, dans un coin. J'appréhende en me disant que les chambres à l'écart sont peut-être un peu merdique, et que vu qu'ils avaient l'air de découvrir ma réservation, ils m'avaient mis dans un truc un peu foireux de dépannage. J'ouvre la porte avec ma clé, j'entre, et GASP, putain, c'est grand ! Et ya un bureau ! Et une armoire ! Et une commode ! Et un frigo ! Et un lit double ! Je ferme la porte, jette mon manteau sur le lit, me tourne : une porte. J'ouvre, et ô stupeur, une salle de bain ! Avec des toilettes ! Et une BAIGNOIRE !!!! Le paradis ! (pour resituer, j'ai réservé, et payé en conséquence, une single-basic room, prévue donc pour n'être qu'une pièce avec un lit et deux trois meubles, l'occupant faisant sa toilette dans les salles de bain d'étage).

Je m'installe, je déballe le portable, je l'allume : tiens, une connexion wifi non protégée. Je clique sans conviction, et pouf, j'ai le net ! Miracle ! Bon, bémol, la liaison réseau est faible, et les déconnexions sont fréquentes et parfois durables. Mais c'est tellement inespéré...Bilan tres positif, donc, du déménagement : si le cadre y perd un peu, logistiquement c'est le pied.

Reste ce petit désagrement : le metro est systématiquement blindé le matin, comme aux plus beaux jours des grèves parisiennes, et la ventilation du circuit londonien étant ce qu'elle est, on passe 20 minutes assez désagréables. On s'y fait !

11.06.2005

Demago8

Live8. Je ne connais pas le traitement médiatique réservé en France à l'initiative de sir Bob Geldof, mais ici c'est la folie. Alors qui c'est ce monsieur ? Le producteur de télévision, ancien punk de son état, est surtout connu pour avoir initié le Live Aid pour l'Ethiopie, et pour l'hymne mondialo-dégoulinant "We are the world" qui sert désormais de chant de rassemblement à toutes les causes humanitaires très très belles. C'était il y a vingt ans, mais nous gardons tous un souvenir ému de ces stars de la chanson, se donnant la main pour entonner un poignant "nous sommes le monde, nous sommes les enfants". Snif.

Ainsi donc, notre philanthrope anobli est sorti de sa réserve (je veux dire de son silence, il ne vit pas avec les sioux en Oklahoma) il y a quelques semaines, profitant de l'organisation du sommet du G8 a Edhimburg pour annoncer l'organisation du Live8, à savoir 5 concerts à travers le monde (Londres, Paris, Rome, Berlin et Philadelphie), reunissant tout ce que la planète compte de stars de la musique, de Coldplay à Paul Mc Cartney en passant par Madonna, U2 ou Stevie Wonder. Des concerts évidemment gratuits dont le but est de sensibiliser l'opinion publique à la situation catastrophique que vit le continent africain depuis un bon bout de temps. Noble initiative en somme, et loin de moi l'idée de critiquer l'organisation de cette grand oeuvre humanitaire.

Là où le bât blesse, à mon sens, c'est dans la transmission du message au public, et l'utilisation qui est faite par le monsieur des medias, en tout cas outre-Manche : impossible d'ouvrir un journal sans voir s'étaler en gros caractères ses declarations tapageuses, bien-pensantes et démago. Se poser en agitateur des consciences, et ouvrir les yeux des pays développés sur la misère de la majorité des pays africains, d'accord. Mais se poser en contre-pouvoir, et surfer sur la vague d'angélisme populaire générée pour ridiculiser les instances - loin d'être toutes blanches dans l'histoire - à coup de "la misère c'est mal" ou "quand on veut on peut", c'est irresponsable. Irresponsable parce que si imposante soit la manifestation culturelle du Live8, elle n'est qu'un coup de poing sur la table, et ne propose finalement rien de viable pour résoudre les problèmes soulevés. L'annulation de la dette des pays pauvres est un premier pas, mais un premier pas simpliste, qui finalement ne résoudra rien s'il n'est pas suivi d'actions sur le long-terme de la part des pays développés.

S'opposer frontalement aux déclarations tempérées des institutions politiques, c'est détruire un peu plus ce qu'il leur reste de crédibilité, et les pousser à abandonner le moindre embryon de projet viable au profit d'initiatives "paillettes" qui leur vaudront l'estime d'une foule qui oublie aussi vite qu'elle se mobilise. La politique occidentale est certes pleine de défauts, et le désinteret total dont elle fait preuve à l'égard des pays les plus pauvres est scandaleuse, tout comme est scandaleux la cécité des médias qui se dispensent de rendre compte de la situation mondiale au profit des petits problèmes de nos grassouillets nombrils. Remettre en cause cette politique et ce traitement médiatique est donc salutaire, et le Live8 trouve ici tout son sens. Mais il ne faut pas se laisser emporter par l'enthousiasme, sous peine de nuire directement au message que l'on veut faire passer. Bob Geldof n'est visiblement pas mû par l'appât du gain ou d'une quelconque visibilité médiatique, mais il n'en fait pas moins preuve d'une naïveté politique et d'un orgueuil monstrueux. Le piège des initiatives trop bien-pensantes est là : on sombre très vite dans une demagogie grisante qui favorise bien plus l'immobilisme que le vrai changement.

Une derniere chose m'empèche de souscrire totalement au mouvement initié par Bob : on y restreint ici l'essentiel du problème africain à la misère et a la famine, pronant comme solution l'envoi massif de fonds "occidentaux" à ces pays. De l'argent, il en faut. Mais l'essentiel du problème africain est politique : la majorité de ces nations sont controlées par des despotes locaux, à l'humanisme aléatoire, qui font le bonheur de nos puissances occidentales puisqu'ils leur permettent un accès total, et à bas prix, aux ressources qui pourraient justement faire la richesse de ces pays. Aider l'Afrique, c'est la débarasser de son élite corrompue, et c'est donc nuire aux intérêts économiques de nos nations (a mon tour de faire preuve de simplisme). A l'heure du nombrilisme nationaliste, où l'on se préoccupe plus du taux de chomage dans sa ville que de la construction européenne, j'ai peur que beaucoup préfèrent envoyer un paquet de riz en Ethiopie plutôt que de renoncer à une partie de leur confort et de leur "fierté nationale". L'humanisme c'est sympa quand c'est un soir par an.

10.06.2005

Un ami pour le bureau

Etant pour l'instant sensiblement désoeuvré au boulot, j'en suis réduit à jouer avec Excel, afin d'y acquérir les capacités nécessaires à l'accomplissement de ma mission, à savoir faire semblant de connaître la gestion de projet, mais en anglais.

Au cours de mes explorations dans les options, j'ai malencontreusement activé l'assistant Office. Mais si, vous savez, cet odieux trombone qui vous bassine avec ses phylactères jaunes dès que vous avez le malheur de faire quelque chose qu'il reconnait, du style "Vous venez de taper "Bo". Si vous voulez écrire "Bonjour cher monsieur", cliquez ici". Lourd ! Parti pour occire cet énergumène d'un clic droit bien placé, je voyais alors l'option magique : "Choose assistant". Allais-je pouvoir me débarasser du métallique boulet en le remplacant par une bestiole plus jolie, au hasard un écureuil ? Eh bien oui, presque ! Une boule rouge moche, un robot à pattes de chèvres (ils fument quoi chez Microsoft ?), un logo scintillant, un magicien sympathique, une terre qui tourne (original), et, et, et...UN CHAT ! Ouiiiiiiiiiiiiii, un chat ! Alors évidemment j'ai foncé ! Remplacer un trombone par un chat, c'est une occasion qu'il faut saisir.

Et j'ai donc maintenant un chat comme assistant office. Il est beau. Il est intelligent. Il me regarde quand je tape, il me fait des léchouilles quand j'oublie de taper pendant trop longtemps, il met ses lunettes pour me corriger mes fautes, il prend son ordinateur portable pour envoyer mes mails, il tamponne, il grimpe a l'ecran. Je peux passer un quart d'heure à le regarder cligner des yeux, agiter les oreilles, remuer la queue ou chasser un papillon. C'est mon ami maintenant, je ne veux plus le quitter. Et je souhaitais lui rendre hommage sur ce blog, et le remercier pour tout ce qu'il fait pour moi. J'ai meme quelques images de lui pour vous :



Adorable, hein ?

(chef, donnez moi du boulot, pitié)