25.02.2008
Histoire de...
Lu sur le blog de Maitre Eolas :
Article 5. - Le Président de la République veille au respect de la Constitution.
Nicolas, si tu passes par là...
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21.02.2008
Athée tais-toi.
Chers lecteurs, au pluriel ô combien
Jusqu'alors ce blog n'avait d'autre objet que d'expurger son auteur d'une bile quotidienne et nauséabonde, bile qui depuis les élections présidentielles se déverse essentiellement sur l'UMP et ses séides, qu'ils soient ministres, parlementaires, ou simple clowns médiatiques. Cet exercice d'avilissement gratuit de nos hommes et femmes politiques a ses avantages, en cela qu'il évite l'ulcère, mais il n'est en rien constructif et n'est en aucun cas digne d'un citoyen responsable et moderne. Voilà pourquoi mon billet sera aujourd'hui l'occasion, non pas de fouler au pied quelque représentant de la digne majorité présidentielle, mais de rendre un hommage, vibrant, à l'une des plus discrètes inspiratrices du chef de meute.
Son nom est déjà une promesse : Mignon. Il est des coïncidences si frappantes qu'on ne peut y voir que l'invisible main d'une volonté supérieure. D'une Volonté Supérieure, pardon. Après l'ingénu et poupon Klaus Barbie, voilà la touchante Emmanuelle Mignon, dont je vous propose de découvrir céant le parcours exceptionnel.
Née en septembre 1968, quelques mois après les grotesques gesticulations d'imbéciles libertaires, Emmanuelle se frotte très tôt à la diversité sociale et culturelle qui fait l'indéniable richesse de notre pays : d'abord à l'école Sainte-Marie de Neuilly, puis au Lycée Sainte-Geneviève de Versailles, où elle se forge un caractère délicat et un goût prononcé pour le multiculturalisme. Son implication dans le mouvement des scouts unitaires de France ne fait que renforcer son amour du prochain, qu'il soit humain ou non. Quand on lui demande quelles sont ses animaux préférés, la petite Emmanuelle cite déjà la grenouille et le bénitier.
Le temps vient alors des études supérieures. Emmanuelle interrompt sa licence de théologie (elle savait déjà tout, elle s'ennuyait) pour entrer à l'ESSEC, avant de sortir major de la promotion 1995 de l'ENA. Ce modeste parcours lui permet d'entrer, en 2002, au cabinet du ministère de l'intérieur, alors dirigé par Nicolas Sarkozy. Une lumière pâle auréole tout à coup Emmanuelle, tandis que retentit le murmure sublime des Anges, et la main invisible d'une Volonté Supérieure (la même que tout à l'heure) pointe un doigt autoritaire vers sa droite, levant ainsi le voile sur son destin. "De cet homme tu seras la plume, l'aumônière, et puis un peu le cerveau, steuplé". La vie d'Emmanuelle, jusqu'ici humble et modeste, trouve ici sa finalité.
Mais un homme, et a fortiori une femme, ne se résume pas à son passé, il est aussi le fruit du présent, dont le spirituel est la graine et l'arbre, Dieu. Il est donc temps de se pencher sur le coeur de notre hommage : l'actualité d'Emmanuelle.
C'est le mémorable discours de Latran, où son pantin le président rendit un hommage vibrant aux curés qui éduquent quand même très bien les enfants, mieux que les enseignants qui sont feignants, ou gauchistes, quand ce n'est pas les deux, qui mit enfin en lumière le rôle jusque là obscur de mademoiselle Mignon. Son goût de la laïcité, soluble dans le long manteau d'Eglises qui couvre notre beau pays, y trouvait son apogée. Autre récent fait d'armes : l'idée présidentielle d'associer à chaque élève de CM2 la mémoire d'un enfant déporté, et ce dès l'année prochaine. Quelques esprits étroits ont bien levé quelques objections, à commencer par l'utilité d'infliger à un enfant de dix ans le poids d'une mémoire qui fait défaut à nos plus hautes institutions. Mais le débat est lancé, et il relève du génie : insister sur l'importance de se souvenir de la Shoah, tout en raflant les clandestins à tour de bras et selon des méthodes pour le moins similaires avec le régime de Vichy. Les yeux brouillés de larmes, on voit moins bien l'indécence de la manipulation. Mais revenons à nos moutons de catéchisme. Emmanuelle, certainement mise en confiance par le succès de ses précédentes illuminations, se lance dans un nouveau combat : réhabiliter l'injustement décriée Scientologie. Sa saillie a déclenché une nouvelle levée de boucliers, à droite, à gauche, partout. Il est cependant notable que Tom Cruise est lui aussi mignon.
Les faits sont là, et d'importance : l'une des éminences grises les plus écoutées de l'Elysée est à la laïcité ce que Brice Hortefeux est au respect des droits de l'Homme. Biberonnée au prosélytisme dans un cocon réactionnaire, il est incontestable que la présence discrète d'Emmanuel Mignon au creux du pavillon droit du Président est une bonne nouvelle pour les intégristes de tout bord. Et derrière les effets d'annonces fumeux et les écrans de fumée sensationnalistes, c'est la loi de 1905 qui tremble de tous ses petits articles. Mignons, les articles.
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07.09.2007
Yade cons partout
Une fois n'est pas coutume, je suis coi. Parce que pour l'une des premières (sinon la première) fois, mes convictions politiques se heurtent à la tangible réalité. Ou plutôt se confrontent, j'ai le verbe violent bien prématurément. Je vous explique, vous en avez sûrement entendu parler.
Hier, la police est intervenue à Aubervilliers, la ville où j'ai grandi et passé le plus clair de mes vingt premières années, pour démanteler un campement de squatteurs dans la cité de la Maladrerie (pas tout à fait un chef d'oeuvre d'architecture baroque ni de volupté vicinale), cela à la demande de la mairie qui avait interpellé la préfecture, invoquant un "trouble à l'ordre public" notamment en raison de la proximité d'une école primaire (ils campaient devant son entrée). Ces squatteurs occupaient préalablement des appartements de l'OPHLM, et avaient fait l'objet d'une première expulsion en juillet. Voilà pour les faits.
Je ne sais absolument pas quoi en penser.
J'ai une profonde aversion pour les interventions policières massives, un peu par bêtise anar', surtout parce qu'elles représentent selon moi un symbole de la brutalité d'un Etat sans nuances. Je ne vois donc pas d'un bon oeil le recours à la force pour déloger des gens précaires, démunis, et très probablement déconnectés du reste de la société. L'affaire aurait eu lieu en terre UMP, ou n'importe où ailleurs, j'eus probablement hurlé avec les loups, ceux-là qui dénoncent l'inhumanité et la violence de cette décision.
Seulement, c'est ma ville. Et si je n'y vis plus, j'y ai encore trop d'attaches pour m'en abstraire. C'est ma ville, et si je n'ai jamais surveillé en détails sa politique, j'ai une affection sincère et un respect profond pour ses édiles (les convictions parentales n'y étant pas, j'en conviens, pour rien). Je suis donc incapable de les imaginer en bourreaux inconséquents, prompts à chasser le faible à des fins cosmétiques, cela ne ressemble ni à la ville, ni aux politiques municipales de ces dernières décénnies. J'ai donc un peu cherché, et trouvé ça. Le maire y explique (assez mal, je trouve) le recours à la préfecture et à la police, le justifiant notamment par le refus d'un passage en force de ces squatteurs devant les milliers d'autres demandeurs d'habitations HLM que compte la ville. Il a raison. Il a raison, mais la question qui se pose est : la méthode est-elle bonne ? Et que faire, face à l'illégalité de la détresse ?
Je ne doute pas qu'on entendra beaucoup de commentaires sur l'incapacité de la mairie (de gauche, est-il utile de le préciser ?) à résoudre pacifiquement cette crise. On entendra les donneurs de leçons télévisées (Morandini, que le grain de maïs qui te sert de cerveau explose comme un popcorn) vomir leur indignation, quoi, la gauche s'y met, mais alors autant voter à droite, au moins elle sait ce qu'elle fait. J'ai hâte, vous imaginez bien.
Cette proximité avec l'évènement et ses acteurs, elle me force à réfléchir, à m'extraire de cette tenace première impression que le faible à toujours raison. C'est faux. Etre une victime n'empeche malheureusement pas d'en faire à son tour, et le rôle d'une collectivité (Etat, ou municipalité) est d'arbitrer, ou mieux, de prévenir de tels conflits. Mais quoi, quand elle s'avère impuissante ? Quand elle doit choisir entre l'immédiate empathie et la responsabilité ? George Mothron, le batard pesticide, s'est-il lui aussi trouvé dans un tel cas ? Ces deux choix sont-ils similaires ?
Non. George Mothron a fait le cowboy vaporisateur, traitant ses SDF comme une vermine. La mairie d'Aubervilliers a eu recours à la préfecture, traitant ses squatteurs comme des gens, dans l'illégalité, certes, mais des gens. Cela veut dire : je ne suis pas apte à résoudre cette crise seule. Help. De l'aide. Et on lui envoie la cavalerie. Ces fameux "moyens supplémentaires" qui prennent souvent la forme d'un supplément de matraques. La solution existe, pourtant. Ces gens ont le droit au logement. Pas celui de s'imposer n'importe où, mais d'être logés, si. Le maire d'Aubervilliers a raison : le premier responsable, ce ne sont pas ces familles, mais l'Etat qui rechigne à imposer le minimum de logements sociaux requis par la loi SRU. Ca n'arrive pas à Neuilly, évidemment.
Ca me fait réfléchir, tout ça, et ça m'attriste un peu parce que je me dis que j'attaque bien vite bille en tête des problèmes plus nuancés. Que ma sensibilité efface mon intelligence, et que je devrais faire preuve de ce degré d'implication dans tout ce dont je parle. Je vous rassure, la conclusion ne change pas, vous allez voir.
Parce que Rama Yade. Parce que mademoiselle, ministre d'un gouvernement charitable où les sans-papiers sont impitoyablement pourchassés, caution minorité visible d'un ancien maire s'étant toujours opposé à la construction du moindre logement social, vient jouer du violon. "Ca m'étonne d'une ville communiste". Et ça t'étonne d'un gouvernement de droite ? Que dis-tu, exactement ? Que la décision du tribunal de Bobigny est la mauvaise, ou qu'y recourir est lâche ? Qu'il vaut mieux le statu quo, ou qu'il y avait mieux à faire ?
Je crois que j'ai ma réponse, Rama. Je crois que tu t'en branles. Je crois que comme ton éminent modèle, l'important c'est la com', pas la conviction. Pleurer dans les bras des opprimés, c'est bon pour l'image et à peu de frais. C'est d'une profonde malhonnêteté intellectuelle et morale, mais est-on à ça près, désormais ?
Enfin, ne nous inquiétons pas, pendant ce temps-là, loin des caméras, Brice Hortefeux fait du chiffre, ça fait toujours moins de sans-papiers à loger.
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06.09.2007
Suprême dinde
Citée par Lepoint.fr (je ne mets pas de lien, il est hors de question que mes rares lecteurs aillent se corrompre l'âme en se frottant au triste spectacle de la défaite du journalisme), Rachida Dati vient de poser les bases de son ministère avec une finesse d'hippopotame colérique. Attention, je cite à mon tour :
"La légitimité suprême, c'est celle des Français qui ont élu Nicolas Sarkozy pour restaurer l'autorité. Les magistrats rendent la justice au nom de cette légitimité suprême" Je saute à la ligne et j'applaudis.
*applause*
Hey, les magistrats, arrêtez maintenant, hein. Vous êtes investis d'une légitimité suprême, c'est quand même la classe, c'est pas donné à tout le monde. Mieux, cette légitimité suprême vous vient droit de Dieu Nicolas Sarkozy, qui avec votre concours va restaurer l'autorité, cette valeur morale déliquescente qui voit des sans-papiers agresser des fenêtres, des employés faire grêve sans demander l'autorisation, j'en passe et des bien pires. Tout part en couilles, messieurs les magistrats (à l'exception notable du monde patronal, qui fait preuve d'une telle vertu qu'il devient totalement inepte de le soumettre à la moindre loi pénale), et c'est à vous qu'il incombe de taper du poing sur la table et sur la tête des délinquants. Je, Rachida Dati, disciple et zélateur du Président (j'aurais bien mis un plus gros P, mais je ne le peux), vous ordonne et vous guide vers l'accomplissement de vos destinés. "La justice est indépendante dans son acte de juger (...) mais j'ai une autorité dans l'application de la loi et de la politique pénale. Je suis chef du parquet, ça veut dire quoi ? Je suis chef des procureurs, ils sont là pour appliquer la loi et une politique pénale", alors faites pas vos marioles, au pas. Les peines planchers, ça s'applique. Quoi, il est prévu qu'elles n'aientt valeur que de recommandations ? Vous êtes naïfs ou quoi ? Je me serais fait chier à pondre une loi pour qu'elle ne s'applique pas ? T'as piqué un BN ? 5 ans, peine plancher. T'as insulté le flic qui brutalisait ta mère ? 10 ans, renégat. Tu l'ouvres encore ? 20. Tu la sens ma grosse autorité ?
Bon trêve de galéjades, c'est en réalité d'une tristesse insondable. Cette ministre, intime du président (ils ont gardé les jetskis ensemble), fait montre d'une conception totalement erronnée de la séparation des pouvoirs. Pire, elle la nie, en sous-entendant que les juges et procureurs sont des rouages de l'exécutif, chargés comme tant d'autres fonctionnaires d'appliquer à la lettre la politique de Sarko, cette politique de bon sens, décomplexée, qui chaque jour nous rapproche d'une autre restauration que celle de l'autorité. Celle avec un grand R et un gros Louis.
C'est pas pour dire, mais ça va commencer à se voir, tout ça.
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05.09.2007
Médiocre supplémentaire
Petite phrase édifiante dans le "20 minutes" d'hier. Evoquant les bagarres entre bandes rivales à la gare du Nord, et à la visite du Premier Ministre, le journaliste rapporte :
"Il (François Fillon) a promis des caméras de surveillance, et des "moyens supplémentaires" (les guillemets sont d'origines) sans plus de précisions."
Pas mal, non ? Non ?
C'est pourtant simple de faire des heureux, de donner l'impression d'agir, d'être proactif et responsable. T'as un problème ? Tiens, des moyens supplémentaires. Ton fils s'est fait violer ? Tiens, des moyens supplémentaires. T'as des SDF devant ton centre commercial ? Tiens, des moyens supplémentaires. T'as des immigrés clandestins qui font rien qu'à sauter par tes fenêtres ? Tiens, des moyens supplémentaires.
Nouveau mantra médiatique, nouvelle conception de l'action politique, et révolutionnaire : s'il y a un problème, on te file des thunes, et ta gueule, change pas. Dans le cas de la Gare du Nord, on notera que François Fillon ne s'est pas risqué à détailler les moyens supplémentaires. C'est vrai que ça le faisait moyen d'annoncer "plein de dobermanns qui vont leur bouffer la gueule à ces connards violents", ou "des tasers encore plus puissants pour buter ces bougnoules qui pourrissent nos gares", voire "des mitrailleuses lourdes pour sécuriser l'accès des usagers au train". Là, "des moyens supplémentaires", c'est plus digne, plus pro, plus propre, et ça laisse penser qu'on réfléchit au lieu de simplement boucher les trous.
Ce qui est marrant, c'est que ce n'est pas valable partout. Il y a de l'échec scolaire ? Bon, bah les profs faut travailler plus, l'Etat n'a plus d'argent. Des salariés font grêves pour réclamer "plus de moyens", justement ? Vos gueules, les gauchistes, service minimum et hop, profond.
Deux poids, deux mesures, quatre raisons d'avoir confiance.
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Du courage présidentiel
Quand il implique sa femme dans une affaire d'Etat (et une bien nauséabonde) et qu'il refuse qu'elle en rende des comptes, il ne transforme pas en monarchie cette république à laquelle il clame son attachement souvent qu'à son tour, il est courageux.
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29.08.2007
Merci Michel
Je crois que j'ai compris le sens profond de la politique "d'ouverture" chère à notre nouveau président. Je l'ai comprise par la grâce d'une intervention de Michel Rocard, autant dire qu'elle m'a pris par surprise, cette lucidité subite. Michel Rocard, annoncé partout comme la "nouvelle figure de l'ouverture" sus-évoquée, et qui s'en défend certes peu vigoureusement, mais quand même, un peu, c'est déjà ça, expliquait que non, quand même, vous êtes gonflant les journalistes, je ne viens pas d'accepter une sucette contre mon âme, je participe en tant que simple membre, et pas sous mon autorité (comme le clame Xavier Darcos et 99% des brillants journalistes qui affectueusement caressent le gouvernement et ses membres dans le sens du poil) à une comission de réflexion sur la rénovation du métier d'enseignant, il s'agit d'une démarche normale que d'impliquer l'opposition dans certains débats, tout ça, lâchez-moi maintenant. En gros, hein.
C'est le mot "opposition", qui m'a mis la puce à l'oreille. C'est que je l'avais un peu oublié, ce mot, tant il a perdu de son sel et de son allant au contact de la sarkozymania. C'est que l'opposition, maintenant, c'est soit le PS et ses querelles de clocher, soit de futures figures de l'ouverture, et pas grand chose d'autre médiatiquement parlant. On a réussi l'exploit d'occulter un fait pourtant solide et chiffré : Nicolas Sarkozy a été élu avec 53% des suffrages exprimés. 100 - 53 = 47. Il y a donc 47% d'électeurs qui, techniquement, font partie de l'opposition, soit 16 790 830 voix. Ca fait un paquet, et il n'y aura pas de secrétariat d'Etat ou de direction du FMI pour tout le monde. Alors il faut ruser, et à ce jeu, il en est un qui passe maître, c'est Nico. Je vous explique.
Nico, il se dit, putain, je vais quand même devoir gouverner avec tout le monde, mes prédécesseurs ont bien dû discuter avec des gens de l'autre camp. Mais j'ai quand même pas franchement envie qu'on me contredise, et ils en sont bien capables, ces gros pénibles. Et là, il a l'idée qui tue, au sens propre, toute vélléité de contradiction : je vais bosser avec eux, mais si gros et si fort qu'on oubliera complètement que j'y étais obligé, qu'on trouvera ça généreux, et qu'on se contentera des miettes que je distribue. Aussitôt dit, aussitôt fait, ouverture, débauchage, Eric Besson, Bernard Kouchner, Fadela Amara, ta soeur, tout ça.
C'est génial. Parce que non seulement il se fait une image de mec ouvert, libéré des vieilles rivalités politiques, mais il remplace 47% d'opposants plus ou moins vigoureux par une vingtaine d'ectoplasmes avides de gloriole sans que personne ne remarque la manip. 16 790 810 individus escamotés en quelques mois, aucun prestidigitateur n'avait tenté ça depuis un célèbre allemand moustachu (qui n'est pas allé jusqu'au bout de son idée). Génial, je vous dis.
Evidemment, les socialistes n'y ont vu que du feu. Ceux qui se font débaucher, plutôt que de souligner qu'il était de toute façon impossible à Sarkozy de gouverner seul, se confondent en molles protestations, à base de "je fais qu'est ce que je veux arrêtez de m'embêter". Et ceux qui restent condamnent les traîtres, sans jamais mentionner que le débat public concerne tout le monde, l'opposition comprise, et qu'il est "normal" (merci Michel) qu'elle soit impliquée dans les différentes réflexions engagées (quitte, évidemment à s'y opposer).
Là où l'on pousse fort loin le burlesque, c'est qu'au final, on en ressort avec l'impression que participer à ces réflexions revient à cautionner le gouvernement qui les organise, ce qui revient à dissoudre l'opposition dans l'ouverture. Car si l'on n'a que le choix binaire de s'opposer ou de discuter, on voit vite qui a le beau rôle. Un joli cercle vicieux dont il sera compliqué de s'extraire pour un PS englué et aphone, hésitant entre les cris d'orfaie et la mollesse consensuelle (et pas complètement désintéressée) d'un, par exemple, Manuel Valls - on te voit venir, copain.
Et puisque la solution ne vient jamais que de la base, je vous propose de seriner sans faillir ces deux citations d'un monsieur mort, Alphonse Karr, romancier, journaliste, et accessoirement opposant à Napoléon III :
Tant de gens échangent volontiers l'honneur contre les honneurs. et Etre contente, pour l'opposition, c'est cesser d'être.
Je trouve qu'elles vont bien ensemble.
17:49 Publié dans Res publica | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
Le choix du chômage.
Vous allez probablement vous lasser, mais pas tant que moi. Vous lasser de quoi, aimeriez-vous savoir. De l'indignation vociférante et de la paraphrase écoeurée, voyez-vous. Il n'est pas une journée sans que mes yeux (certes avides, mais quand même) s'égarent sur la prose dégueulasse d'un de ces apôtres de la mondialisation/flexibilité/ouverture/ niquetamèrelepauvre qui n'en finissent plus d'apparaître ici ou là, champignons nauséabonds dont les ténèbres humides de "la droite décomplexée" font plus qu'encourager la pousse. Pas une journée sans qu'on ne m'impose la doxa du travailler plus parce qu'il le faut. Et aujourd'hui, le tribun du profit-roi s'appelle Laurence Parisot, reprise sur Yahoo.fr entre deux entre deux apologies de Nicolas Sarkozy.
La chef du MEDEF, qui oeuvre comme chacun sait au bien-être de l'humanité en général et de ses individus les plus méritants en particulier, en appelle depuis le campus d'HEC à la "responsabilité des syndicats" pour autoriser la mise en place de réformes visant à "favoriser la compétitivité des entreprises françaises et à stimuler leur production". Vieille antienne néolibérale qui vise à nous convaincre que le salut de l'économie française passe par la dérégulation du travail (celui du salarié, évidemment), nos entreprises (les notres, sisi, à vous, et à moi aussi) se trouvant en concurrence avec celles de pays aux politiques autrement plus "rationnelles" (i.e. compréhensives vis à vis du marché et peu regardantes quant au reste). Il est vrai que nous avons encore maints progrès à accomplir avant de rattraper l'efficacité chinoise, l'opinion n'étant pas encore tout à fait prête (mais on y vient) à accepter le travail forcé des enfants et des handicapés.
Laurence énonce, en se tenant le menton pour dissimuler sa large dentition de prédateur et son sourire de vendeur d'aspirateurs, que cette réforme est "l'occasion ou jamais que plus personne ne fasse le choix du chômage".L'ayant déjà employé dans le post précédent, je me garderai d'employer le mot "pute", mais il me brûle les lêvres plus sûrement qu'un café trop chaud. "Que plus personne ne fasse le choix du chômage". Entendez : que ces feignasses de pauvres se sortent les doigts du cul au lieu de geindre qu'ils n'ont pas de quoi entretenir leur flemme pendant que nous on bosse. Car il est sensible que cette chère madame rejoint ici l'avis de nombre d'élécteurs sarkozystes : ceux qui ne travaillent pas, c'est parce que c'est des gros fainéants qui font rien qu'à pomper nos impôts.
J'espère sincèrement que les syndicats ne resteront pas sourds à l'appel poignant de notre amie. Qu'ils auront honte d'avoir favoriser la glande en lieu et place du sain(t) travail. Qu'ils lanceront un énergique coup de pied dans le fondement des vampires qui vivent à nos crochets, nous, les forces vives de la nation. Noble combat que de pourchasser l'inutile qui plombe la croissance en gaspillant d'injustes indemnités en loisirs et spiritueux (voir fin du post précédent). Non Laurence, même si je ne suis pas syndicaliste, mon soutien t'es acquis. C'est que, comme toi, j'ai beaucoup fréquenté le chômeur. J'ai vu à quel point il se vautre dans sa luxueuse oisiveté. Avec quelle arrogance il me nargue en dépensant ce que je, moi, travailleur, m'échine à produire. Ah, moi aussi j'aimerais bien être en vacances toute l'année, passer ma vie entre les boutiques de Saint-Germain-des-Prés et l'opéra Bastille, et passer du temps avec mes potes au frais du contribuable. J'aimerais bien librement disposer de mon temps, sans responsabilité autre que celle que je m'accorde, à nager dans le plaisir sans rendre de compte à personne. Moi aussi j'aimerais être Cécilia Sarkozy.
C'est ça, ton problème, Laurence, tu utilises le mot "chômage" mais ce n'est pas à lui que tu penses. Si tu en usais à bon escient, tu penserais détresse, perte de repères, sentiment de rejet et d'inutilité, dépression, isolement et...pauvreté. Et ensuite, parce que malgré tes lacunes sémantiques, tu n'es pas complètement conne, tu te demanderais comment on peut en faire le choix, de tout ça. On se lève le matin et on se dit "tiens, et si je devenais pauvre et honteux, moi" ? On s'éclate à bouffer des pâtes premier prix, en expliquant à ses enfants que non, on n'a pas assez pour leur payer un cartable à la rentrée ? On prend son pied à s'abrutir devant la télé parce que les cinés, les théatres, les expos et les livres sont hors de prix ? Enfin, Laurence,...
Et je te vois venir. Tu vas me dire que le mérite intervient. Que si on en veut vraiment, on s'en sort, que c'est une question de volonté et d'effort. Tu vas te le manger, ton "pute" qui m'agace la gorge depuis tout à l'heure. Que viendras-tu parler d'efforts et de sacrifices, quand tu es née 276ème fortune française, couvée par ton papa et ses potes, et que tu diriges une boite que tu possèdes. Oh, je ne doute pas que du travail, tu en aies fourni, on peut naître dans la rose et en tomber, mais il est proprement scandaleux qu'un héritier sur-privilégié en ton genre s'autorise le moindre commentaire sur ce que les autres "méritent", ou que tu pondes d'aussi atroces contresens que ce "choix du chômage". Ta légitimité, acquise à la force de l'argent et de l'entregent paternels, est nulle.
Les ordures qui font la publicité de cent profiteurs pour stigmatiser les millions qui souffrent, ce sont elles et eux qui font un choix, celui d'une malhonnêteté intellectuelle toute entière tournée vers le renforcement de leur statut d'élite, économique, sociale, et culturelle. Tu fais bouffer au quidam la haine envieuse de son voisin chômeur parce qu'elle le détourne de toi, bénéficiaire satisfaite des inégalités sociales qu'on ne cesse d'élargir à coups de paquet fiscal ou d'impôts minimum. Tout ce que tu "mérites", Laurence, c'est d'être à la place de ceux que tu ériges en mal endémique de notre société laxiste, en parasites grouillant sur la carcasse d'une générosité sociale imbécile. Je doute évidemment qu'il t'arrive un jour de faire ce "choix du chômage" que tu nous vends si bien. Mais s'il survient, crois-moi, j'espère qu'ils seront nombreux à te cracher au visage la haine que tu sèmes.
16:32 Publié dans Res publica | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : parisot, chômage, MEDEF, choix, indignation, Laurence, travail
18.06.2007
Première en saignements
"Il n'y a pas eu de vague bleue". Voilà donc le grand enseignement, nous dit-on, de la soirée électorale d'hier, qui a vu la gauche reprendre à la droite une cinquantaine de sièges et Alain Juppé démissionner de son poste d'écologiste en chef (ouf, il n'aura pas eu besoin de faire semblant trop longtemps) sous les vivats d'une foule invisible mais bruyante. Personnellement, j'estime que c'est un constat, et certainement pas un enseignement, mais après tout les médias qui enseignent se comptent sur les doigts d'un ophidien et sont aussi confidentiels que la diffusion des idées marxistes sur le plateau d'une émission d'Arthur. Alors l'enseignement, quel est-il ? J'en vois plusieurs, alors je vais mettre un pluriel, si ça ne vous dérange pas. Les enseignements, quels sont-ils ? (ma maitrise de la conjugaison française vous éblouit, j'en suis conscient, mais attendez la suite, je vous promets un subjonctif imparfait avant la fin du post)
Le premier, c'est que les sondages ont définitivement intégré le champ démocratique, et que leur poids sur les suffrages est en passe de dépasser celui des idées. D'une part, de plus en plus de gens votent en fonction des sondages exprimés (matraqués, pardon) dans les médias de masse. D'autre part, le président d'un institut de sondages à désormais un incontestable statut d'analyste politique. Prenons le quotidien gratuit 20minutes : il aura, lors de la courte campagne pour les élections législatives, recouru à l'interview d'un représentant d'Ipsos ou de CSA au moins trois fois par semaine. Ces instituts ont beau se vautrer dans leurs prévisions avec la régularité d'un coucou suisse, ils n'en sont pas moins interrogés systématiquement non pas sur les sondages qu'ils produisent, mais sur les résultats de ces sondages. J'ai sous les yeux l'exemplaire du jour. Christophe Joly du quotidien demande à Jean-François Doridot, directeur général d'Ipsos, "La victoire de l'UMP n'est pas aussi large que prévue. A quoi l'attribuez-vous ?". Et ce monsieur de répondre que la TVA fiscale, que la mini-hausse du smic. Certes, je ne lui donne pas tort. Mais au nom de quelle expertise interroge-t-on cet homme sur les raisons politiques des résultats ? Quelle légitimité a-t-il pour analyser la situation politique française, ou plutôt en quoi a-t-il plus de légitimité que Jean-Michel Ranu, photocopieur à la COGIP ? Que je sache, on ne demande pas à un comptable d'expliquer pourquoi un produit ne se vend pas, ni à un chronométreur pourquoi c'est le Jamaïquain qui court le plus vite ? Il y a désormais une telle soumission au pouvoir des chiffres, une telle obsession du comptage et de la mesure, qu'on en oublie le fond, qu'on le relègue loin des gros titres et des premières pages. La politique, c'est de la com' et des chiffres, c'est tout. Comme c'est triste.
Le second enseignement, puisque le pluriel j'emplôyasse (chose promise,...), c'est que personne ne souhaite en tirer (d'enseignements, pas de secrétaires lubriques) de ce scrutin. Le PS s'affiche en vainqueur, l'UMP s'affiche en vainqueur, le Modem s'affiche en vainqueur, il n'est guère que le FN pour ne pas pratiquer le déni. Je souhaite donc rappeler les chiffres, puisque c'est tout ce qui compte. UMP + nouveau centre : 340, PS+PC+verts (kikoo la gauche plurielle) : 231. Majorité absolue pour le parti du commandeur des nombrils. Qu'on se réjouisse du "ressac" (un bien joli mot, soit dit en passant) subi par la droite, c'est tout à fait légitime, tant les prévisions étaient sombres. Qu'on en oublie l'essentiel, en revanche, c'est scandaleux, de la part des politiques comme de la part des journalistes qui sur les plateaux leur servent à grandes louches la soupe infecte de leur défection et de leur éthique déliquescente. On n'aura entendu personne évoquer la carte éléctorale, gigantesque scandale ciselé pour la droite par ce grand démocrate qu'est Charles Pasqua. Personne n'en aura profité pour lancer le débat (il est vrai difficile à initier au milieu des vociférations saucissonnées par les présentateurs des élus en goguette) sur les premières semaines du gouvernement Sarko Ier. Personne pour opposer un projet à un autre. On s'en fout, des raisons politiques, nous ce qui nous importe c'est kikigagne. Dont acte.
Le dernier enfin, et j'en parle déjà avec cette volubilité coutumière qui n'est pas sans agacer mon imposant lectorat, c'est que les journalistes de télévision sont soit des ordures, soit des burnes (ça me soulage d'être grossier, quand j'ai la tête d'Arlette Chabot qui s'affiche en surimpression sur mes lignes blogueuses) complètement dépourvues de talent. La soirée d'hier sur France2 (je n'ai pas osé TF1, je tiens à conserver mon ulcère pour ma quarantaine) était en cela édifiante. A Arnaud Montebourg, réélu de justesse: "Pensez-vous qu'il y ait eu un effet Ségolène Royal, qui est je le rappelle venue vous soutenir dans votre ville ?", finesse rhétorique odieuse pour sous-entendre que la politique n'est que people et religion. "La vierge Marie vous a dit vas-y mon coco, j'te kiffe, pensez-vous que cela vous a aidé ?". Mais Elise (Lucet), ma poule, tu as fait 20 ans de journalisme pour en arriver à ce niveau d'exigence intellectuelle ? C'est sympa, j'ai hâte que tu nous fasses un topo sur la situation au Darfour. "Monsieur Kouchner, aujourd'hui vous avez mis un pantalon en tissu africain, dans quelle mesure cela va-t-il changer la donne dans les négociations avec le président soudanais ?". Enfin, il y a pire. PPDA se serait fendu d'un "frappé par un nouveau coup du sort" en parlant de la défaite d'Alain Juppé à Bordeaux. Un "coup du sort". Une nouvelle preuve du complot franc-maçon qui vise à destabiliser l'Etat en lui brisant ses plus brillants énarques, j'aurais dit. Ou qu'il s'agit d'une profonde injustice envers ce grand serviteur de l'Etat que franchement je kiffe bien. Que PPDA soit de droite, c'est son droit (quel joli constat). Qu'il s'autorise de tels dérapages, c'est bien la preuve qu'on vit une sombre époque médiatique.
Concernant ma situation personnelle, et tout en m'abreuvant de sentences définitives comme celle que je viens de pondre un saut de ligne au dessus, j'attends. C'est chiant, d'attendre, et puis c'est long. Mais mon irritation envers Ségolène Royal ("Je veux etre premier secrétaire/Je ne vis plus avec François Hollande". Ok, quel rapport ?) croissant au rythme de mon inquiétude quant à la survie du PS passée l'euphorie d'une défaite moins cuisante que prévue, je ne veux pas me lancer à l'aveugle. Perdre foi en la politique, on sait ce que ça donne. Hein, monsieur Besson ?
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22.05.2007
U, PS
Non. C'est une entame peu courante, je vous l'accorde, mais je tiens à couper court aux nombreuses spéculations qui n'auront certainement pas manqué de vous agiter pendant mes quelques jours d'absence : non je n'ai pas rejoint les jeunesses trotksistes, non je n'ai pas jeté de pavés sur des policiers innocents, et non, aucun drapeau du Che ne flotte au mur (oui, c'est très aéré chez moi) de mon salon. Simplement, je refléchis encore. Et pas uniquement à mes vacances estivales.
D'abord, je suis rassuré de n'être pas le seul à me poser des questions sur la façon de me mobiliser, de me canaliser, et autres mots en "liser". Certains, et pas nécessairement les plus quelconques, semblent nager dans la même incertitude que moi. Avec des pistes similaires, mais la même appréhension à glisser le doigt dans les puissants rouages de ces machines à pervertir la conscience politique que semblent être les appareils. Mais partager une hésitation ne la rend pas moins pénible, juste un peu moins timide. Alors pour passer le temps (et certainement pas pour recueillir des avis, c'est pas mon genre) je vais vous l'expliciter, ce dilemme.
Alors voilà, MPR ou FN ? Reconnaître le génocide vendéen ou rétablir la peine de mort ? Interdire l'avortement ou réinstaurer le droit divin ? Franchement c'est dur de choisir, heureusement qu'on peut avoir tout d'un coup. Et ça pour le prix modique d'un petit raz-de-marée UMPesque aux législatives prochaines. Franchement c'est donné. Plus sérieusement, je tangue (j'aurais bien dit je gîte, mais c'est un mot si laid qu'il en ferait probablement planter la page web) entre gauche de gouvernement, et gauche de pas gouvernement. Non pardon c'est inexact : je penche vers la gauche de gouvernement, mais une petite voix taquine me retient en me disant "mais merde, et si la solution était ailleurs ? T'es sûr que tu t'es bien renseigné ? Que tu ne les juges pas à l'aune de ce que les médias serinent ? Que ça ne vaut pas le coup ?". C'est une sale pute, cette voix taquine, je ne sais pas ce qui me retient d'espièglement la faire taire à coup de marteau. Certes, la "gauche de la gauche" est un champ de ruines où les vautours pulullent, mais faire le constat de son démembrement est insuffisant. Et si personne ne se dévouait pour la reconstruire ? Et si c'était par facilité que je m'orientais ailleurs, parce que la tâche est aussi incertaine qu'insurmontable ? De là à penser que cette droitisation de la France que tout le monde évoque vient de ce lâche constat d'échec qui incite à rejoindre le confort du compromis plutôt que le sacerdoce de la conviction, il n'y a qu'un pas que je franchirais allègrement en jetant en patûre à la postérité une locution latine bien classe. Gloria Mundi Jacta Est, et c'est toi le rubis con, moi je suis la rose promise.
Le Parti Socialiste - j'ai du mal à écrire PS, j'ai toujours l'impression d'être à la fin de mon post et c'est désobligeant, un peu comme quelqu'un qui vous dit "au revoir" en pleine conversation parce que vous lui cassez les pieds (non ça ne sent pas le vécu, merde) - me tend donc amicalement les bras. Sauf que je me méfie des étreintes faciles, surtout depuis que ces crétins de "Free Huggers" courent les rues pour voler un peu de cette précieuse tendresse qu'ils entendent dispenser. Le PS, oui, mais pas n'importe lequel. Pas celui qui ressemble à l'antichambre d'un cimetière d'éléphants, pas celui des couteaux tirés au moindre revers, de l'extinction progressive des convictions derrière les égos et les intérêts particuliers. Pas ce PS de réaction, qui se définit par défaut, qui se plie aux modes, aux médias, qui se convertit au populisme et au nationalisme parce que c'est plus vendeur que la pensée sociale. Pas ce PS de droite.
Moi je cherche autre chose. Je cherche certes la force politique, mais je cherche aussi ceux qui y croient, ceux qui se sentent obligés d'être de gauche, parce que c'est la que repose la dignité. Ceux qui s'estiment nécessaires à cette société qui dérapent. Et pas ceux qui s'y installent de bon gré du moment qu'ils y trônent. Je cherche, et puis j'attends un peu, aussi. Puisqu'on lui prédit les pires écartèlements, j'attends de voir ce que ce parti va devenir. Mais je peux attendre longtemps, et je n'ai ni prétendants à éconduire ni tapisserie à défaire. Tout au plus ai-je une table à monter, et franchement elle n'a guère de conversation.
J'ai interrogé un ami (il s'appelle Wikipédia. Il raconte souvent n'importe quoi mais c'est un puit, c'est pratique pour apporter de l'eau à son moulin) sur les mouvances socialistes susceptibles de m'intéresser. Deux sortent du lot. Le Nouveau Parti Socialiste, et Alternative Socialiste. Je ne vais pas développer leurs spécificités, celles-ci vous sont accessibles d'un clic de votre index droit, ou gauche, faites pas chier les contrariés. Elles m'intéressent, me parlent, même, et cependant je sens comme une réticence à prendre au sérieux des projets qui après deux ans d'existence font déjà l'objet de scissions, de divisions, de désaccords.
C'est peut-être le propre de toute action politique que de se diviser sans cesse. La conception de la politique est trop personnelle pour se fondre doucement dans un moule collectif. Mais quand on se dit capable d'aider les autres à aller mieux, peut-être est-il bon de s'appliquer à soi la discipline qu'on leur propose. Enfin, ça, je ne le saurai pas si je ne me lance pas. Et comme en plus c'est pas loin de chez moi...
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