09.08.2006

Ne parlons pas politique.

Chers et innombrables lecteurs,

 Vous aurez noté avant toute chose qu'être innombrable ET cher n'est pas donné à tout le monde. Mais à vous, si. J'espère que vous êtes flattés. Moi je le suis en tout cas, même si ce n'est pas l'objet de cet article. Car oui, cet article a un objet, et non des moindres : c'est une mise en garde.

En ces temps troublés où planent au-dessus de nos têtes sombres cumulus et UV cancérigènes, quand ce n'est pas des missiles air-sol pour nos amis qui visitent le Liban, il existe une menace que les médias taisent avec l'obsurantisme manipulateur qui leur est si familier. Et blablabla crise au Moyen-Orient, et pouf pouf c'est la Ligue 1 qui recommence, tandis que dans la pénombre de nos plus profondes campagnes rampe et grouille une vermine horrible, un monstre terrifiant, d'autant plus cruel et vicieux qu'il est légèrement moins médiatisé que celui du Loch Ness ou que l'autre Carlos au pays des lamas (pas ceux qui crachent, imbéciles), une créature sans nom ni visage, mais surtout sans visage puisque je vais la nommer : la tique.

Comme tous les monstres sauf TF1 qui lui se nourrit de cerveau, la tique est avide de sang. Du sang frais et vermeil qui palpite dans vos veines et irrigue vos muscles pour faire de vous des individus energiques et pimpants, adaptés à la randonnée forestière comme à la queue au super-marché ou la confection de cookies en cave. Ce sang si précieux qu'on refuse de filer aux autres parce que les aiguilles ça pique et que bon, tout ça pour un croissant et la conscience tranquille, je préfère filer 10 balles à un clodo. Cette sève qui coagule avec tant d'odorante élégance qu'elle inspira naguère au poète latin Ovide cet aphorisme qui a traversé les ages : Toutes les croutes amènent arôme. Ce sang, ces globules rouges et blancs, voire bleus pour nos amis à particule, la tique nous le pompe avidement, et sans nous demander notre avis. 

Son mode opératoire en dit long sur sa cruauté fourbe et sa cruelle fourberie : elle attend que vous fôlatriez dans l'herbe fraiche, tout juste humide de la rosée du matin, alors que s'élèvent dans l'air pur les odeurs chatoyantes de l'ami Ricoré, et profitant de ce moment touchant de communion avec la nature et les slogans publicitaires, elle vous saute dessus et s'agrippe à votre peau diaphane en y plantant violemment ses crochets sanguinaires, vous arrachant un cri de...un cri de rien du tout. Car oui, si la tique est effrayante, elle a pour elle un avantage supplémentaire : elle mesure la taille d'une tête d'épingle, et pèse encore moins lourd que l'hygiène dentaire de Ribery. Quand on se retrouve face à un fauve furieux, on a parfois la chance de le voir arriver et de s'enfuir. Alors que pour voir arriver une tique, bonjour. 

Une fois agrippée à vous, la tique vous parcourt, telle une main caressante s'abandonnant sans pudeur dans les recoins les plus intimes de vos secrètes comissures. En moins langoureux, ok, mais rarement loin des endroits sus-évoqués. C'est à dire ceux qui sont difficiles d'accès, et plus encore en public. Une fois son coin trouvé la tique, Shadok de cauchemar, pompe, pompe, et pompe encore. Elle gonfle, se transformant peu à peu en outre blanchatre pleine de ce sang vigoureux qui ne viendra plus jamais chatouiller vos pieds lorsque vous êtes restés trop longtemps dans la même position et que ça fait des guilis jusqu'au bout des orteils. Evidemment, plus elle grossit, plus elle est facile à repérer, mais vient ensuite l'étape suivante : la décrocher. Et c'est là que tout le machiavélisme de cette créature explose à la face du monde.

Quand vous remarquez enfin la tique sur votre corps velu (ou moins velu, mais le mien l'est et je me prends comme référentiel), l'erreur la plus commune est de l'arracher d'un air horrifié et dégouté en hurlant "ah salope je m'ai fait pomper". D'abord parce que grammaticalement c'est infâme, mais surtout parce que tirer sur la tique ne la décroche pas : tel un lézard laissant sa queue dans les mains eberluées (oui, je sais, d'habitude ce sont les yeux qui s'éberluent, mais on a bien des poils dans les mains, alors pourquoi pas des yeux), la tique laisse sa petite tête vicieuse plantée, et abandonne dans vos doigts tremblants de terreur pure sa poche de stockage. En gros, vous êtes niqué, et je m'exprime mal si je veux. L'extraction d'une tique requiert donc le recours à l'éther et à la pince à épiler, voire au lubrifiant pour quelques autochtones normands dont on se demande comment ils remplissent leurs placards. On l'endort, elle se décroche, on l'enlève, et ensuite on s'en débarasse aussi violemment qu'il est possible de l'être avec une bestiole de 2mms de long.

Quand on ajoute à cette description que la tique est souvent porteuse de maladies graves, on comprend mieux l'effroi qu'elle génère auprès des initiés qui ont pu la cotoyer dans son milieu naturel ou dans leurs sous-vetements.

Amis lecteurs, n'ayez plus peur des requins, des serpents, des mygales ou des étrangers, tout ça c'est surfait. Reprenez plutôt à votre compte le génial slogan de l'Amicale des Chasseurs de Tiques : "Mes tiques, c'est pathétique."

Merci de votre attention.

 

PS : afin de vous effrayer plus encore, vous trouverez ci-joint un portrait légèrement agrandi du monstre. Ames sensibles, kikoo.

 

medium_tique.2.jpg

 Josiane, tique en freelance.