29.08.2007

Le choix du chômage.

Vous allez probablement vous lasser, mais pas tant que moi. Vous lasser de quoi, aimeriez-vous savoir. De l'indignation vociférante et de la paraphrase écoeurée, voyez-vous. Il n'est pas une journée sans que mes yeux (certes avides, mais quand même) s'égarent sur la prose dégueulasse d'un de ces apôtres de la mondialisation/flexibilité/ouverture/ niquetamèrelepauvre qui n'en finissent plus d'apparaître ici ou là, champignons nauséabonds dont les ténèbres humides de "la droite décomplexée" font plus qu'encourager la pousse.  Pas une journée sans qu'on ne m'impose la doxa du travailler plus parce qu'il le faut. Et aujourd'hui, le tribun du profit-roi s'appelle Laurence Parisot, reprise sur Yahoo.fr entre deux entre deux apologies de Nicolas Sarkozy.

La chef du MEDEF, qui oeuvre comme chacun sait au bien-être de l'humanité en général et de ses individus les plus méritants en particulier, en appelle depuis le campus d'HEC à la "responsabilité des syndicats" pour autoriser la mise en place de réformes visant à "favoriser la compétitivité des entreprises françaises et à stimuler leur production". Vieille antienne néolibérale qui vise à nous convaincre que le salut de l'économie française passe par la dérégulation du travail (celui du salarié, évidemment), nos entreprises (les notres, sisi, à vous, et à moi aussi) se trouvant en concurrence avec celles de pays aux politiques autrement plus "rationnelles" (i.e. compréhensives vis à vis du marché et peu regardantes quant au reste). Il est vrai que nous avons encore maints progrès à accomplir avant de rattraper l'efficacité chinoise, l'opinion n'étant pas encore tout à fait prête (mais on y vient) à accepter le travail forcé des enfants et des handicapés.

Laurence énonce, en se tenant le menton pour dissimuler sa large dentition de prédateur et son sourire de vendeur d'aspirateurs, que cette réforme est "l'occasion ou jamais que plus personne ne fasse le choix du chômage".L'ayant déjà employé dans le post précédent, je me garderai d'employer le mot "pute", mais il me brûle les lêvres plus sûrement qu'un café trop chaud. "Que plus personne ne fasse le choix du chômage". Entendez : que ces feignasses de pauvres se sortent les doigts du cul au lieu de geindre qu'ils n'ont pas de quoi entretenir leur flemme pendant que nous on bosse. Car il est sensible que cette chère madame rejoint ici l'avis de nombre d'élécteurs sarkozystes : ceux qui ne travaillent pas, c'est parce que c'est des gros fainéants qui font rien qu'à pomper nos impôts. 

J'espère sincèrement que les syndicats ne resteront pas sourds à l'appel poignant de notre amie. Qu'ils auront honte d'avoir favoriser la glande en lieu et place du sain(t) travail. Qu'ils lanceront un énergique coup de pied dans le fondement des vampires qui vivent à nos crochets, nous, les forces vives de la nation. Noble combat que de pourchasser l'inutile qui plombe la croissance en gaspillant d'injustes indemnités en loisirs et spiritueux (voir fin du post précédent). Non Laurence, même si je ne suis pas syndicaliste, mon soutien t'es acquis. C'est que, comme toi, j'ai beaucoup fréquenté le chômeur. J'ai vu à quel point il se vautre dans sa luxueuse oisiveté. Avec quelle arrogance il me nargue en dépensant ce que je, moi, travailleur, m'échine à produire. Ah, moi aussi j'aimerais bien être en vacances toute l'année, passer ma vie entre les boutiques de Saint-Germain-des-Prés et l'opéra Bastille, et passer du temps avec mes potes au frais du contribuable. J'aimerais bien librement disposer de mon temps, sans responsabilité autre que celle que je m'accorde, à nager dans le plaisir sans rendre de compte à personne. Moi aussi j'aimerais être Cécilia Sarkozy.

C'est ça, ton problème, Laurence, tu utilises le mot "chômage" mais ce n'est pas à lui que tu penses. Si tu en usais à bon escient, tu penserais détresse, perte de repères, sentiment de rejet et d'inutilité, dépression, isolement et...pauvreté. Et ensuite, parce que malgré tes lacunes sémantiques, tu n'es pas complètement conne, tu te demanderais comment on peut en faire le choix, de tout ça. On se lève le matin et on se dit "tiens, et si je devenais pauvre et honteux, moi" ? On s'éclate à bouffer des pâtes premier prix, en expliquant à ses enfants que non, on n'a pas assez pour leur payer un cartable à la rentrée ? On prend son pied à s'abrutir devant la télé parce que les cinés, les théatres, les expos et les livres sont hors de prix ? Enfin, Laurence,...

Et je te vois venir. Tu vas me dire que le mérite intervient. Que si on en veut vraiment, on s'en sort, que c'est une question de volonté et d'effort. Tu vas te le manger, ton "pute" qui m'agace la gorge depuis tout à l'heure. Que viendras-tu parler d'efforts et de sacrifices, quand tu es née 276ème fortune française, couvée par ton papa et ses potes, et que tu diriges une boite que tu possèdes. Oh, je ne doute pas que du travail, tu en aies fourni, on peut naître dans la rose et en tomber, mais il est proprement scandaleux qu'un héritier sur-privilégié en ton genre s'autorise le moindre commentaire sur ce que les autres "méritent", ou que tu pondes d'aussi atroces contresens que ce "choix du chômage". Ta légitimité, acquise à la force de l'argent et de l'entregent paternels, est nulle.

Les ordures qui font la publicité de cent profiteurs pour stigmatiser les millions qui souffrent, ce sont elles et eux qui font un choix, celui d'une malhonnêteté intellectuelle toute entière tournée vers le renforcement de leur statut d'élite, économique, sociale, et culturelle. Tu fais bouffer au quidam la haine envieuse de son voisin chômeur parce qu'elle le détourne de toi, bénéficiaire satisfaite des inégalités sociales qu'on ne cesse d'élargir à coups de paquet fiscal ou d'impôts minimum. Tout ce que tu "mérites", Laurence, c'est d'être à la place de ceux que tu ériges en mal endémique de notre société laxiste, en parasites grouillant sur la carcasse d'une générosité sociale imbécile. Je doute évidemment qu'il t'arrive un jour de faire ce "choix du chômage" que tu nous vends si bien. Mais s'il survient, crois-moi, j'espère qu'ils seront nombreux à te cracher au visage la haine que tu sèmes.