24.11.2008
Venez, Zu est là.
Une fois n'est pas coutume, selon nos amis de l'Express, l'herbe est plus verte en nos riantes contrées qu'en dehors. Ces chantres des modèles danois, américains, anglais, allemands, bref, exotiques et surtout libéraux, font aujourd'hui un constat édifiant : heureusement que nous ne vivons pas au Vénézuéla. Relecture d'un article consacrée aux éléctions régionales et municipales de là-bas, loin.
Tout commence par un titre attirant, porteur d'espoirs et de lendemain qui chantent chez les amoureux de la démocratie. "De l'oxygène pour les anti-Chavez". Car en effet, l'opposition, asphyxiée "depuis plus de dix ans" par le joug stalinien du despote local, a triomphalement remporté 25% des régions vénézuéliennes. Un plebiscite, évidemment, car les états remportés par l'opposition "représentent plus de la moitié de la population vénézuélienne. Ce sont également des centres économiques, culturels et politiques névralgiques clefs". On se demande bien quel abruti anti-démocratique a inventé la région pour empêcher la Raison et la Démocratie de triompher. On se demande également si on parlera d'un triomphe du PS quand il remportera un quart des régions françaises.
Est notamment tombé dans l'escarcelle de l'opposition l'état de Tachira, où "le colonel-président Hugo Chavez développe un important complexe militaro-aéronautique (au grand bonheur de la Russie, premier fournisseur d'armes du Venezuela)". Comprenons que malgré cette lueur d'espoir en un Venezuela meilleur, le dictateur ourdit de sourds complots anti-occidentaux, assisté en cela par les remugles staliniens d'une Russie menaçante. Tout le monde n'a malheureusement pas le reflexe (démocratique) de développer des complexes aéronautico-militaires (démocratiques) avec des partenaires comme Dassault ou EADS (qui ne fournissent pas des armes au monde entier, eux).
En parallèle, l'état de Barinas, "sans importance politique (...) reste quant à lui aux mains de la famille Chavez". Il est évident que malgré les progrès nationaux, la corruption grève encore de nombreux états, et la dynastie présidentielle jouit d'un pouvoir illimité dans son fief. Tout le contraire des Hauts de Seine, de Levallois, de Neuilly, etc...
Mais, au delà de cet état des lieux, quelles raisons peuvent expliquer ce spectaculaire désaveu pour le Duce sud-américain ? Et bien, la perte de Caracas nous éclaire prodigieusement à ce titre. En effet, "un clivage se fait nettement sentir entre le Venezuela moderne, urbain, et estudiantin, où la lassitude du "chavisme" est pregnante, et un Venezuela plus rural ou Hugo Chavez conserve toute sa force". Si en France, il n'existe aucun clivage entre un pays urbain et moderne (où Nicolas Sarkozy triomphe) et un pays rural (où Nicolas Sarkozy triomphe), au Venezuela l'élécteur est facile à distinguer : celui des villes est moderne, intellectuel, et vote bien. Les ploucs, en revanche, se fient à n'importe qui, mais ce n'est pas nouveau, le populisme dont use et abuse Chavez a toujours fait recette auprès des pauvres, qui par définition sont idiots.
Par ailleurs, la campagne a été "marquée par des intimidations à répétition et d'innombrables insultes dont le chef de l'Etat est coutumier" (comme "Casse-toi pauvre con"). Si l'on concède de mauvaise grace que le président en exercice a "tenu à souligner le caractère démocratique des élections: "La voix du peuple est respectée", a-t-il précisé.", on rappelle cependant qu'il a tout fait pour entretenir un "climat de violence verbale qui cadre peu avec l'esprit démocratique". Il paraitrait même que "plusieurs candidats d'opposition particulièrement populaires ont arbitrairement été "inhabilités" et empêchés de se présenter devant les électeurs". Commentons je vous prie cette dernière assertion à la lumière de la suite de l'article. Celui-ci se focalise sur Manuel Rosales, adversaire de Chavez lors de la dernière présidentielle, qui a "fait l'objet de menaces plus personnelles : avant le vote, le chef de l'Etat a menacé d'envoyer les chars dans le Zulia en cas de victoire de l'opposition" (ne tremble pas, petite lectrice de l'Express, ce barbare est heureusement bien loin de nous). Or, l'opposition a conservé l'état de Zulia, et de chars ? Point. Les russes n'ont pas du les livrer, patience.
Mais revenons, je vous prie, à Manuel Rosales, victime de l'anti-démocratie présidentielle. Wikipédia nous apprend qu'il a, en avril 2002, "soutenu le coup d'état contre Chavez". Evidemment, ce n'est pas très bien, mais heureusement, "il l'a regretté plus tard" (surtout qu'il a raté). Manuel est également soupçonné par le parlement venezuelien de corruption. Celui-ci ayant mandaté une comission pour l'interroger, il a "refusé de s'y présenter". Un comportement d'innocent, évidemment. Sur qui pèsent donc les lourdes menaces du Staline des Andes, et qui pourtant courageusement tient bon.
Dans l'opposition, conclut l'article, "nul ne doute que la prochaine décision tactique de Chavez, consistera à renforcer les prérogatives du pouvoir central au détriment de celles de régions. Cela, afin de compliquer, autant que possible, la vie des gouverneurs qui ne sont pas dévoués au chef de la "révolution" bolivarienne." (notez les guillemets méprisants. La "rupture", c'est la classe. La "révolution" c'est la honte).
Pour ma part, sur ma chaise, nul ne doute que le journalisme tel que l'entend l'Express est à la probité et à l'objectivité ce que Bernard Laporte est à la charge ministérielle : un pitre, et un scandale.
18:22 Publié dans Ca m'énerve | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : chavez, venezuela, express







