21.02.2007
De la rotondité de la scène politique
Une interrogation m'a saisi sans prévenir, hier, alors que je rentrais chez moi le long d'un sympathique boulevard albertivillarien dont je ne citerai pas le nom pour ne pas faire de publicité aux travailleurs clandestins qui y pullulent. En effet, mon regard s'est égaré sur une affiche de Jean-Jacques Karman, célèbre arriviste local dont la triste figure orne les murs de la ville plus souvent que les RER A ne sont en retard, triste figure soulignée cette fois d'un frappant Faire mieux à gauche. Cette phrase m'a plongé dans un abîme de perplexité que je m'en vais cruellement retranscrire ici pour n'être point seul dans mon désarroi. Voilà la question que je me pose :
La vie politique est-elle ronde, ou bien plate ?
Cette question qui n'est pas sans rappeler un âge d'obscurantisme réjouissant où l'on brûlait les blasphémateurs, surtout quand ils avaient raison, mais elle n'est pas si triviale qu'on ne pourrait le supposer. Je m'explique.
La vie politique française s'organise de gauche à droite, ou de droite à gauche selon notre sens de lecture. Et si quelques candidats de l'UDF souhaiterait revoir cette carte politique pour donner au système un modèle un peu plus centrocentrique, il n'en reste pas moins que nos hommes et femmes politiques se répartissent plus ou moins harmonieusement d'un côté à l'autre d'un spectre qui ressemble à ça :
Extrême gauche - Gauche - Centre - Droite - Extrême droite
Il s'agit d'une vision "plate" du monde politique, où s'éloigner du centre revient à s'éloigner plus encore du côté "adverse". Dans cette vision la, Arlette Laguiller et Jean-Marie Lepen sont les plus farouches opposants, alors que Bayrou peut jouer à "je te tiens tu me tiens par le sondage IFOP" avec ses copains du PS ou de l'UMP. On note également que cette vision implique un aspect "fini" du spectre : de la même manière que nos glorieux anciens supposaient qu'au bout de la Terre, on tombait, aller au bout de la gauche ou de la droite donne le même résultat. On explique ainsi facilement pourquoi certains gauchistes tombent dans le ridicule, ou pourquoi De Villiers frôle régulièrement le gouffre de l'infâmie.
Imaginons maintenant que le monde politique n'est pas plat, mais rond (ne dit-on pas "la sphère politique" quand on est journaliste à court de périphrases ?). Le spectre se replie sur lui-même, et l'extrême gauche et l'extrême droite ne sont alors pas diamétralement opposés, mais voisins. D'un point de vue idéologique, ça peut se tenir : aucun des deux n'est véritablement démocrate, et surtout les excès des uns se rapprochent souvent des excès des autres (manif de chasseurs ou arrachage d'OGM, même combat ?). Evidemment, les valeurs sont inverses, mais la politique et la morale sont deux concepts distincts, et c'est par la méthode d'obtention et d'application du pouvoir qu'on distingue le grain de l'ivraie.
Où veux-je en venir ? Je n'entends à aucun moment mettre sur le même plan les ordures droitières du FN et les idéologues un peu radicaux de la LCR, on ne compare pas les manifestants et les putschistes. Néanmoins, il m'apparait nécessaire de rappeler que les appels systématique à l'union "à la gauche de la gauche" est un vide sémantique abyssal, une pirouette rhétorique dont l'unique objectif est en réalité de se démarquer hypocritement d'un PS honni (historiquement plus que rationnellement). A la gauche de la gauche, il y a le groupuscule, l'excès, la violence, pas la solution démocratique au mal-être ambiant. On perdrait moins de temps à gauche si au lieu de jouer à qui s'éloigne le plus du centre mou, on se mettait d'accord sur des valeurs communes, si on pratiquait la conciliation plutôt que la scission , le compromis plutôt que la démarcation artificielle.
On sait que vous êtes de gauche. L'objectif ce n'est pas de le prouver, c'est de se donner les moyens de l'appliquer politiquement. Et ça passe par l'union, pas par le sprint vers les extrêmes. A bon entendeur...15:50 Publié dans Res publica | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, modèle, présidentielle, 2007, gauche
De l'assassinat par les chiffres
L'élection présidentielle approche, et les programmes des candidats se mettent progressivement en place. Les solutions, les promesses et tout le vocable de la sortie de crise (ou du Père Noël si l'on est cynique et sans nuance) peuplent les discours des présidentiables de gauche, de droite ou d'ailleurs. Mais si les projets se structurent et que les propositions se précisent, l'essentiel du champ médiatique est occupé par UNE polémique : combien ?
Combien pour Ségolène, combien pour Nicolas. 35 milliards, 50 milliards, la guerre des chiffres est en marche. On balance au chaland des sommes monstrueuses, démesurées, on lui explique que la politique c'est bien mais que ça reste du vent tant qu'on n'a pas mis un prix derrière chaque parole et une addition pour parapher les programmes. La république des idées devient la république des calculatrices, mais pour le bien de la démocratie. Chacun y va non pas de son avis, mais de son calcul. On ne juge pas, monsieur, on prône l'objectivité, nous, monsieur. Les chiffres sont parait-il les juges les plus impartiaux qui soient. C'est connu, on ne peut pas leur faire dire n'importe quoi, aux chiffres.Surtout aux gros. Ca parle à tout le monde, les dizaines de milliards d'euros, on voit bien qu'un programme à 35 est plus intéressant qu'un programme à 50, ma bonne dame, c'est du bon sens.
Triste scène politique et médiatique française, qu'on assassine doucement sans que personne ne s'en offense. Que la droite s'empare des chiffres, c'est finalement dans l'ordre des choses. Elle s'adresse au nombril de l'électeur, et dans le monde libéral qu'elle rêve, l'électeur est avant tout un compte bancaire. Elle parle pouvoir d'achat, économie, allègement des prélèvements, "travailler plus pour gagner plus", "les français en auront pour leur argent". Mais la gauche, bordel, la gauche. Si le chiffre est de droite, la gauche a mieux à faire que de s'y fourvoyer. On ne batît pas un projet de société avec des bouliers, et s'il est nécessaire de rester rationnel, un discours éléctoral doit s'adresser au citoyen qui vote, pas uniquement au consommateur qui paie. En cela, la riposte du PS et sa conférence de presse d'aujourd'hui témoigneront (ou non) de sa capacité à élever le débat au dessus de la bourse.
Cette tendance au chiffrage absurde est dans tous les cas une formidable machine à broyer le débat, à niveller par le bas les échanges démocratiques et citoyens. Cette campagne présidentielle est plus que jamais plongée dans la médiocrité, et j'attends avec une impatience qui confine au désespoir un sursaut d'intelligence de la part des candidats et des médias relayeurs. Ces médias qui annoncent aujourd'hui un sondage donnant Ségolène Royal devançant d'un point Nicolas Sarkozy au premier tour. Hier Sarko était devant de 4 points. Belle démonstration de la pertinence des chiffres.
12:05 Publié dans Ca m'énerve, Res publica | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : chiffres, sondages, programme, politique, 2007
20.02.2007
De la masse assommante et assommée.
Hier, Ségolène Royal passait sur TF1 dans l'émission "J'ai une question à vous poser" dont le principe, réunissant une centaine d'ectoplasmes plus ou moins représentatifs des clichés sociaux en vigueur (la discrimination positive, vous savez) servent la so posent leurs questions à un candidat venu là pour les régaler de sa vision politique et de ses projets d'avenir.
Je n'ai pas vu cette émission, d'abord parce que j'avais mieux à faire (l), et ensuite parce que je ne me commets devant la télévision qu'en d'exceptionnelles circonstances, ou lors de la diffusion de matchs de football, je ne l'ai pas vue, donc, mais je vais la commenter, parce que d'une part tout le monde le fait, et d'autre part j'ai envie, et que c'est mon espace d'expression, et que si je commence à justifier chacune de mes interventions je vais finir par tomber dans la redondance.
Après les deux grands démocrates que sont Sarkozy et Lepen, Ségolène Royale s'est donc prétée au jeu du Bigdi de la citoyenneté télévisuelle, au sens où l'entend bien sûr TF1, à savoir des questions simples, mélodramatiques si possible, et suffisamment proches des gens pour leur titiller le nombril plutot que la conscience politique. De l'avis général, elle s'en est plutôt bien tirée (je me garderai de conclure, le fait de n'avoir pas regardé me dispense d'un avis sur le sujet), même si on lui reproche d'être restée délibérément floue sur certains aspects clés, notamment le financement de ses promesses. Pour ma part, je suis confus.
Je suis confus parce que, malgré mon aversion pour le système médiatique en général, et pour la télévision en particulier, je me fais comme les autres attraper par le bel appeau du show politique et de la frénésie qui l'entoure : je suis plutôt content que la socialiste ne se soit pas fait allumer par le panel de cerveaux disponibles dont l'avait affublé TF1, et je réprime même un sourire satisfait quand je lis que sa prestation pourrait redonner un coup de fouet à sa campagne. Mais si j'ai tout les signes extérieurs du pigeon téléspectateur moyen, je n'en conçois pas moins quelques réticences à me fondre dans le troupeau bêlant du tout-médiatique.
Ainsi, je me désole qu'on s'abaisse à considérer une émission de télévision privée (ie dont l'objectif est de faire des thunes, donc de l'audience, pas de fabriquer du citoyen) comme un moteur de la campagne présidentielle. Pire, je m'insurge contre l'importance que prend ce média putassier à quelques semaines de la plus importante élection nationale de ce début de siècle. Et surtout, je suis profondément attristé par le cercle vicieux dans lequel on se retrouve : l'émission étant plus vendeuse qu'un meeting quel qu'il soit, les commentaires autour de phrases lapidaires et de déclarations chocs sont multiples, alors que les discours travaillés, creusés, et sensés, en un mot intelligents sont relegués au fin-fond des éditos.
On transforme lentement et sûrement la politique en commerce, les candidats en VRP, et les discours en produits d'appel. Les électeurs sont relegués au rang de consommateurs, on vote comme on fait ses courses, et on finit par voter pour celui qui se vend le mieux.
Alors Ségolène, ok, il t'est nécessaire de céder à la pression médiatique et de te fondre dans le moule imposé à tous, mais s'il te plait, en tant que femme de gauche, essaie d'élever un minimum le débat au dessus du porte-monnaie. Merci !
18:35 Publié dans Res publica | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : ségolène, TF1, royal, politique, 2007







