25.11.2008

Une télé, Demorand, trois raisons de mater le foot

On parle souvent, pas forcément à tort, du manque de renouvellement des figures politiques françaises. C'est même un des enseignements majeurs que retiendra le quidam du chaos socialiste actuel : Ségolène Royal souhaite renouveller les cadres du parti, Aubry les conserver. Evidemment, en se penchant plus attentivement sur leurs déclarations respectives, on constate que ceux qu'on appellent "nouveaux" ne sont pas forcément neufs (Royal cite ainsi régulièrement François Rebsamen, qui était il y a 25ans directeur de cabinet de Fabius, ou Jean-Marc Ayrault, membre du bureau executif du parti depuis 79) comme si ce qui fait l'ancienneté d'un cadre politique se comptait en nombre de passages sur les plateaux télé. Mais on se doute qu'une parti de la valeur politique d'un individu se jauge à son expérience, et que la recherche d'une "fraicheur" nouvelle dans le paysage politique ne passe pas nécessairement par une crise de jeunisme. Revenons cependant au constat initial : on parle souvent du manque de renouvellement des figures politiques françaises.

Ce dont on parle moins, où dans tous les cas ce dont on parle bas, c'est l'incroyable homogénéité, à la limite de la consanguinité, des "invités" d'émissions politiques à la télévision. Je m'en faisais la remarquer hier en tombant sur l'émission (si inoubliable que le titre m'en échappe) animée par Nicolas Demorand sur i-Télé, et qui débattait - accrochez-vous à vos sièges, l'originalité du thème va probablement vous enrhumer - de la crise du parti socialiste. Etaient conviés pour ce débat furieusement nécessaire quatre personnalités, certainement séléctionnées - avec soin - pour leur expertise dans le domaine. Je n'ai pas retenu leurs noms, mais il y avait : Renaud Dely de Marianne, un mec du Figaro, une meuf de Challenge, et un "expert" de l'institut de sondage ViaVoice (je croyais que c'était un logiciel de reconnaissance vocale pour ma part, mais ce sont finalement deux métiers similaires).

Ces quatres mousquetaires s'opposaient vigoureusement sur l'état du PS et sur la marche à suivre pour sortir de cette crise. Les uns expliquaient que seule Royal pouvait sortir le parti de la crise en revendiquant son attachement aux valeurs sociales-démocrates, tandis que les autres leurs opposaient que seule Royal pouvait sauver le parti d'une mort annoncée en se rapprochant des valeurs sociales-démocrates. Essouflé par d'aussi haletants échanges, j'ai du changer de chaine pour une rediffusion de l'équipe du dimanche, et je m'excuse de ne pas pouvoir vous retranscrir le résultat des débats de nos amis spécialistes. Cependant, je pense pouvoir affirmer sans trop me mouiller qu'il en est ressorti que : le parti socialiste doit en finir avec ses utopies trotskistes (de merde), qu'il doit répondre à la menace Besancenot en affirmant haut et fort que le libéralisme ce n'est pas sale, et que Royal est la seule, parce qu'elle fait des bisous à François Bayrou, à disposer d'une marge de manoeuvre suffisante pour remettre la gauche au centre. De l'échiquier politique, pardon.

Honnêtement, on ne peut pas en vouloir aux invités de s'opposer si violemment et de fuir à ce point le consensus. L'un vient du quotidien officiel de l'UMP, l'autre du mensuel officiel de l'UMP, l'autre de l'hebdomadaire officiel du Modem, et le dernier est un sondeur, intrinsèquement de droite comme tous les manipulateurs de chiffre à la con. Incidemment, ils ont la facheuse tendance à réclamer aux socialistes (dont ils sont d'éminents contempteurs tant qu'ils ne diront pas la même chose que leurs partis d'affiliation) plus de "réalisme", de "rationnalité", et "d'amour immodéré de l'argent qui nous aide à payer nos jolis costumes sans lesquels c'est la honte d'aller à la télé". On peut cependant se demander quel effet produit sur le téléspectateur une émission qui se pose en débat, alors qu'elle réunit autour d'une table des gens qui disent strictement la même chose. Pour mieux comprendre, prenons un exemple.

Je suis présentateur d'une émission consacrée à "l'ultra-gauche" (autre marronier en ces temps de disette médiatique). J'invite Frédéric Lefebvre, porte-parole de l'UMP. J'invite Ivan Rioufol, éditorialiste au Figaro. J'invite Robert Dubois, directeur de cabinet de la ministre de l'intérieure (UMP). Et j'invite Franz-Olivier Giesbert, du Point. Thème du débat : "l'ultra-gauche est-elle une nouvelle menace terroriste contre laquelle il faut lutter ?". Bien que neutre et objectif (je suis journaliste, hein), il est probable que nous entendions beaucoup parler des "dangers de groupuscules favorables à la lutte armée", "de l'extreme gauche qui est un nouveau nazisme", "du gouvernement qui entend protéger les français de la violence politique d'extremistes incontrolables", voire "de la nécessité pour le PS de condamner fermement des gens qui n'aiment pas le marché".Et comment en vouloir à mes invités ? Ils parlent de ce qu'ils savent, de ce qu'ils pensent. La question est donc plutôt : pourquoi sont-ils vus par le journaliste comme ceux qui savent ? Pourquoi le journaliste de mass-media invite-t-il d'autres journalistes de mass-media et un des principaux pourvoyeurs en grain à moudre des journalistes de mass-media, quel que soit le sujet du jour ?

Je m'autorise une réponse : parce qu'on est bien entre gens comme soi. Pour la même raison que j'invite mes potes à jouer à Rock Band, plutôt que Patrick Balkany et un clochard de Saint-Ambroise, Nicolas Demorand préfère convier ceux qui, à peu de choses près, expérimentent les mêmes choses et partagent une vision et des valeurs communes. Là où le bat blesse, c'est que quand on joue à Rock Band entre potes, on n'a ni la prétention d'informer ou d'éclairer nos concitoyens, ni l'arrogance d'en faire une émission de télé.

Ce constat peut être étendu à l'intégralité des innombrables talk-shows qui parsèment désormais la TNT. Ces émissions de débat font systématiquement appel aux mêmes interlocuteurs, aux mêmes "experts", aux mêmes porte-voix "rationnels" portant haut leur "refus de la polémique stérile et des tabous". Les mêmes gens d'accord sur tout et qui nous donnent l'impression que la réalité, les possibles, sont circonsis à l'étroit cercle de leurs échanges. Que le PS a le choix entre le centre et le centre. Que la "modernité" et les "réformes" sont "nécessaires", sans jamais esquisser la moindre tentative de justification de leurs propos, de construction de leurs pensées, débitant les clichés dominants en inifinies variations en vase clos.

Les porcs s'enflent de leur expertise, probablement inconscients de la vacuité profonde de leurs "analyses", de la pauvreté crasse de leurs avis, du manque criant de solidité de leur travail logique. Les joutes verbales de ces auto-proclamés spécialistes de tout et n'importe quoi, contribuent implacablement à restreindre le débat public au cadre étriqué de la pensée "dominante".

Et on n'a pas fini d'en bouffer, de la novlangue iconoclaste.

17.11.2008

A mon grand dam, Eric

On n'y consacrera probablement pas la une de nos magazines, ni l'ouverture d'un journal télévisé, fut-il celui de NT11. Cela ne fera l'objet d'aucune tribune de BHL dans Le Monde, d'aucuns cris d'orfaie poussés dans les tranches matinales de nos chaînes de radio. Il n'est même pas sûr qu'on en parle sur le blog d'un éditorialiste du Figaro. Et pourtant, l'affaire est d'importance, et il serait bien triste que les foules n'en soient pas informées.

En effet, mesdames et messieurs, le 13 novembre, sur Arte, un homme, et pas n'importe lequel, a brisé menu du tabou sans les habituelles entraves de la bienpensance et de l'obscurantisme de gauche. Les détails de cette libération de la pensée sont livrés ici, mais pour résumer grossièrement à ceux qu'un clic dissuade la teneur des propos de ce nouveau croisé-de-la-vérité-sans-fard, elle tient en cette phrase, adressée à une personne discriminée positivement (comprenez : non-caucasienne) : "Ben évidemment, j’appartiens à la race blanche, vous appartenez à la race noire !". Il s'agissait de répondre à la question de l'inéluctabilité du métissage dans notre Europe encore blanche et pure - mais pour combien de temps ?.

Je sais, vos paumes vous démangent, vos bras fourmillent, votre gorge s'assèche tant l'applaudissement et le vivat vous taraudent. C'est humain, quand on est comme cet homme, Eric Zemmour, épris du vrai et trop longtemps prisonnier du carcan des convenances dans lequel le communisme, l'assistanat, et l'ultra-gauche se complaise à maintenir le débat public.

Mais il y a lieu de s'attrister, mes amis. Car si le médiocre Siné avait bénéficié d'une fort large couverture pour son "dérapage" (je mets des guillemets car nous savons, entre gens de bien, qu'en guise de libération intellectuelle, la saillie de Siné n'avait guère ébranlé l'idée, ridicule et héritée des heures les plus noires de notre histoire, de l'égalité des hommes entre eux, même quand ils ont la tête du logo Banania), Eric Z (comme Zorro, le justicier qui lutte contre la vermine consensuelle) est l'objet d'une insupportable omerta. Quelle tristesse, et en même temps quelle banalité, de voir les grands penseurs réduits au silence quand prospèrent les camelots anti-libéraux dans les colonnes de nos journaux.  Voyez avec quelle indifférence Isabelle Giordano, présentatrice de l'émission en question, acceuille la révélation de notre héros (hérault ?) du jour. Voyez la censure qui s'opère et qui nous prive du verbe haut de notre insoumis.

Alors si vous souhaitez néanmoins entendre la voix juste et docte qui résonne dans la brûme de nos lachetés quotidiennes, n'hésitez pas à sortir des sentiers battus et à vous orienter vers les médias alternatifs : en effet, Eric est s'est, au forceps et par la grâce d'une volonté sans faille et d'une lutte de chaque instant, ménagé un petit espace d'expression sur i-Télé, sur France 2, sur RFO, dans le Figaro et dans Marianne.

Vive la presse et la pensée libres !