15.09.2009
Hortefeux de paille
J'aimerais revenir succintement (comprendre en moins de pages qu'un roman d'Amélie Nothomb) sur la désormais célèbre "polémique Hortefeux", coup de pub monstrueux au campus d'été UMP et aubaine journalistique pour brasser du vent sous couvert d'aborder les vrais sujets de fond.
Tout le monde connaît ma profonde affection pour l'UMP et ses valeurs : mélange d'arrogance, de bêtise et de peurs mal digérées, la pensée d'une écrasante majorité de ses militants se résume à quelques chansons de Michel Sardou et bouquin de développement personnel basé sur la "win". Autant dire que tout ce qui peut les faire passer pour des abrutis me brosse dans le sens du poil.
En ce sens, ma première réaction à la vidéo d'un Brice Hortefeux hilare expliquant que "quand il y en a un ça va, c'est quand il y en a beaucoup qu'il y a des problèmes" en face d'un militant dont le bronzage rappelle moins les pistes de Courchevel que les larges étendues sahariennes, m'a comme beaucoup conduit à la conclusion jouissive qu'était enfin prouvé ce que je subodorais depuis longtemps : Hortefeux est raciste.
Point d'autre forme de procès, ni de nuance : l'occasion est trop rare de faire tomber le masque de cette abjecte droite "décomplexée" qui repousse chaque jour les limites de l'acceptable.
Les justifications d'Hortefeux ("je parlais des auvergnats", puis "c'était une blague") et les contrefeux allumés par ses collègues majoritaires (Copé, Morano, Bachelot, Amara,...), couronnés par la réaction du monarque ("je n'ai pas de temps à perdre avec ce genre de polémique"), sont autant de pierres dans le jardin d'un Brice innocent : quand l'équipage est vent debout, c'est que le bateau tangue.
Mais voilà, les jours passent, et la façon dont se problématise cette affaire m'attriste, se focalisant qui sur des détails, qui sur des généralités qui seront oubliés d'ici au prochain embrasement médiatique : l'anti-racisme (pour les uns)/la bien-pensance (pour les autres), la solennité de la parole ministérielle, le comportement des médias vis à vis de la vidéo polémique et pour les plus l'ouest, la personnalité d'Hortefeux, ses soutiens et ses réactions.
Je pense pour ma part que cette tempête d'articles indignés, de condamnations ou de soutiens offusqués, passe à côté de l'essentiel. Car le vrai sujet de cette vidéo tourné par les journalistes de Public Sénat, ce n'est pas la déclaration d'un ministre oublieux des caméras, c'est un échange entre militants UMP et cadre de ce même parti. En ce sens il parle moins du "racisme" d'Hortefeux que de celui de l'appareil UMP dans son ensemble, et transitivement du gouvernement qui en est issu.
Le drame que révèle cet écart de langage, c'est que l'appréhension de l'autre n'a guère évolué depuis l'époque coloniale au sein du parti majoritaire. Ils ne haïssent pas les arabes, ni ne pensent consciemment qu'il est inférieur au blanc (c'est à cette nuance que le mot racisme du paragraphe supérieur doit ses guillemets : le racisme au sens originel du terme me semble modérément pertinent et surtout bien trop connoté pour discuter raisonnablement), ils ne peuvent simplement pas concevoir qu'un arabe ou un noir ne soit pas plus défini par sa couleur de peau qu'eux par la leur.
Ce trait est des plus anodins : ce sont les gens pour qui maghrebin, arabe ou musulman ne sont qu'un seul et même concept, ce sont les gens qui pensent que les noirs sont génétiquement plus sportifs que les blancs, ou qui diraient "nègre" si la bien-pensance n'était pas partout, ma bonne dame. Ce ne sont pas des monstres, nous en connaissons tous, simplement des ignares. Des gens dépassés par un monde trop rapide, et restés à une époque où l'apartheid ne choquait pas tant ça, les blancs se distinguant manifestement et naturellement des noirs.
Brice Hortefeux est à ce titre un cas d'école. Un exemple parmi tant d'autres : le Canard Enchainé relatait voilà deux ans les péripéties du ministre (de l'Identité Nationale à l'époque) sur une aire d'autoroute (racontée ici), péripéties narrées avec amusement par ledit ministre devant un parterre officiel. Avisant un groupe de personnes noires, celui-ci s'en approche et leur demande "d'où venez-vous ?". "De Caen", répondent-ils. "Oui d'accord, mais vous êtes d'où ?" insiste-t-il. La réponse ne variera pas, à la grande déception d'un ministre qui concluera dans son discours a posteriori : "Heureusement, j'ai compris à temps et je n'ai pas insisté. C'est là que j'ai compris toute la profondeur de ma mission".
Pour Hortefeux, le noir est nécessairement un étranger. Oh, pas un étranger qu'on déteste ou qu'on méprise, mais il est intrinsèquement différent de lui. Alors que le blanc lui semble d'une évidente parenté. Ce n'est pas stricto sensu du racisme, mais c'est une innocente discrimination sur laquelle se sont fondées bien des entreprises criminelles (doit-on rappeler que les esclavagistes ne s'imaginaient pas le moins du monde maltraiter des humains ? Ces gens ressemblaient beaucoup à des singes, après tout).
Pour revenir à la vidéo "star" de cette fin d'été, voilà ce qu'elle nous apprend : il existe à la tête de l'Etat UMP aussi bien qu'à sa base militante, une conception de la "France" qui n'a rien à envier à celle des années 50 (j'évite l'écueil de Vichy pour ne pas me manger un point Godwin). Une France de blancs, de gaulois, qui n'a rien contre les noirs ou les arabes mais qui ne peut absolument pas concevoir une identité de nature entre ces derniers et eux. Un immigré, un fils d'immigré, un petit fils d'immigré, restent définis par leur origine avant tout autre chose.
Que ce même gouvernement installe un ministère de l'Immigration et de l'Identité Nationale, envisage les tests ADN, et chasse les sans-papiers s'éclaire alors, il me semble, sous un nouveau jour.
Et voilà pourquoi celui-ci finira par être blanchi (héhé) des accusations de racisme à l'encontre de l'un ou l'autre de ses ministres : nous n'avons pas à faire à des nazis ou au Ku Klux Klan, simplement à des abrutis gonflés d'ignorance et de patriotisme "exclusif", des gens fondamentalement bêtes qui ne pourront jamais comprendre qu'un homme se définit moins par sa naissance que par son éducation et son inscription dans la société.
La "droite décomplexée" ressemble trait pour trait à la droite de l'inculture et de la connerie, n'est-ce pas ?
11:55 Publié dans Res publica | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : hortefeux, ump, racisme, droite
13.03.2008
Viol au dessus d'un nid de coconnes
L'évènement vous aura peut-être échappé, perdu qu'il est au milieu d'une actualité riche en vaguelettes roses (et les bleus réactionnaires écument, pas de jaloux), mais ce serait grand tort que vous passiez à côté, vous que je sais friands de littérature de combat.
Il est des témoignages qui nous touchent, qui ébranlent d'une pichenette jusqu'à nos plus intimes convictions, qui font éclore en nous mille bourgeons de cette humanité souvent flétrie en nos coeurs éteints et froids. Il est des livres dont émane une fragrance d'absolu, une vérité si pure que même avec les traces de doigts on peut voir au travers. Il est des leçons que seule la (grande) littérature, conduite par la plume du talent et la justesse du sens, nous offre.
Après Rimbaud, après Radiguet, voilà qu'un autre joyau juvénile nous dévoile avec génie les affres de l'amour adolescent. Et la nature étant bien faite, le patronyme de notre précoce étoile des lettres est taillé pour la postérité. Elle s'appelle Cynthia Sardou, fille de, et porte sa douleur et ses 34 ans avec la même élégance que les hideuses boucles d'oreille qu'elle arbore sur la couverture de son dernier opus, "Faut-il que je me fais encore violée".
J'eus aimé vous faire part de mon admiration avec mes propres mots, mais d'autres ont, avant moi, témoigné de leur émerveillement et décrit le chef d'oeuvre avec enthousiasme. J'enfile mes gants Mapa et je copie-colle.
Cynthia Sardou, a été kidnappée et violée par trois criminels dont deux récidivistes, durant la nuit du 24 au 25 décembre 1999. Elle a raconté son cauchemar et sa lente rédemption dans Appelez-moi Li Lou. Par cet ouvrage elle prend sa vie en main et dit aux victimes : «levez-vous !».
Ce livre est son «J'accuse» : Cynthia Sardou dénonce une magistrature irresponsable, lente et permissive, une presse qui fait en «Une» la part belle aux bourreaux, un soutien aux victimes médicalement et socialement indigent, une politique accablante, plus soucieuse de réduire les peines des délinquants que de protéger les citoyens, alors que les agressions sexuelles commises par des récidivistes défrayent chaque jour la chronique : du pédophile Francis Evrard à Andréas Pandy, de Guy Georges à Michel Fourniret, la liste des multi-agresseurs est longue, et cent prédateurs sont remis en liberté chaque année...
Ce vibrant hommage à l'éclat d'un talent par trop ignoré est signé de l'éditeur sur le site de la fnac. Je vous encourage à jeter un oeil à son catalogue, vous ne serez pas surpris d'y retrouver d'autres merveilles contemporaines comme "Grégory le petit prince au destin brisé", ou encore "Carla et Nicolas, la chanteuse et le président", où l'on devine la puissance du discours et la profondeur de l'investigation. Je ne suis pas allé jusqu'à consulter le "mot de l'éditeur" de chacun de ces ouvrages, mais je ne doute pas qu'on y compare Grégory Lemarchal à Jacques Brel et Nicolas Sarkozy à Winston Churchill. Mais revenons à notre brebis si vous le voulez bien.
L'éditeur, généreux, nous offre en plus de son panégyrique facho un extrait du prologue du livre. L'occasion de nous rendre compte du formidable don de Cynthia : ses lettres mises bout à bout forment des mots, ses mots mis bout à bout forment des phrases, et parfois ses phrases mises bout à bout forment des paragraphes. Pour le reste, je vous laisse seuls juges : "Il a eu la violence, puis il y a eu l'indifférence. Les faits, et puis le bavardage. L'incompréhension, et maintenant le sursaut et la révolte." Vous avez vibré ? Moi aussi, j'ai du mal à m'en remettre.
Ca s'appelle donc "Faut-il que je me fais encore violée", et pour 18euros, vous saurez tout des aventures sordides de notre héroïne, de son viol par trois arabes mangeurs d'enfant jusqu'à son combat pour le retour de la peine de mort, en passant par le drame de la génétique qui nous amène à cet amer constat final : Michel Sardou avec des boucles d'oreille et du mascara, berk.
16:23 Publié dans Critiques | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : sardou, viol, ump, pétain, lol







